Interview de M. Sébastien Lecornu, ministre des outre-mer, à Public Sénat le 9 juin 2021, sur l'Outre-mer face à l'épidémie de Covid-19, l'avenir de la Nouvelle-Calédonie et un projet de loi spécifique à Mayotte.

Texte intégral

ORIANE MANCINI
Et notre invité politique ce matin, c'est Sébastien LECORNU. Bonjour Monsieur le Ministre.

SEBASTIEN LECORNU
Bonjour, merci de m'accueillir.

ORIANE MANCINI
Merci beaucoup d'avoir accepté notre invitation. Ministre des Outre-mer. On est ensemble pendant vingt minutes. Et à mes côtés pour cette interview Patrick ROGER, journaliste au Monde. Bonjour Patrick.

PATRICK ROGER
Bonjour.

ORIANE MANCINI
Vous suivez avec attention l'actualité des Outre-mer, on va bien sûr en parler avec vous longuement, Sébastien LECORNU, mais d'abord cette gifle reçue hier par le président de la République. Il y a une condamnation unanime de la part de toute la classe politique. Qu'est-ce que ce geste dit de notre démocratie, pour vous, est-ce qu'elle est malade aujourd'hui ?

SEBASTIEN LECORNU
Eh bien, à coup sûr, elle est malade, et puis, il y a surtout une violence qui monte dans la société et on le sent bien, je pense que le président de la République, hier, dans l'interview qu'il a donnée, il dit deux choses, c'est-à-dire, pas de banalité du mal, et d'ailleurs, moi, je me réjouis que les condamnations furent unanimes, parce que, après tout, on aurait pu aussi craindre que parfois, il y ait une rupture de ce point de vue, ça n'a pas été le cas. Donc pas de banalisation de ce mal…

ORIANE MANCINI
Vous le redoutiez de la part de qui la rupture ?

SEBASTIEN LECORNU
Non, mais je veux dire, hier, ça avait de l'allure à l'Assemblée nationale, quand chaque groupe, l'un après l'autre, quelles que soient les sensibilités politiques, dit : on ne touche pas au président de la République, parce qu'il y a évidemment une dimension institutionnelle derrière, et accessoirement, on ne touche à aucun être humain, parce que la violence ne fait pas partie, la violence physique comme verbale, mais encore plus physique, ne fait pas partir de nos valeurs et de notre culture, évidemment, ça fait du bien de l'entendre ; c'est ce que j'appelle lutter contre la banalisation de ce mal, dans lequel on accepte, année après année, semaine après semaine, qu'un chauffeur de bus se fasse agresser, que des policiers ou des pompiers soient caillassés, que des maires soient agressés dans le cadre de leurs fonctions, que le président de la République soit victime d'une gifle. Donc ça, je pense que c'est essentiel aussi qu'on refasse un peu Nation, et qu'on refuse cette banalisation. Et puis, en même temps, eh bien, le président l'a fait dans son interview, il faut aussi prendre un tout petit peu de hauteur et relativiser, je crois que c'est le mot qu'il a employé, relativiser, parce que, eh bien, nous, nous sommes protégés par la police, ce n'est pas le cas des maires, bon, voilà, il y a la charge symbolique…

ORIANE MANCINI
Mais justement, il parle aussi des maires, il met un peu sur le même plan l'agression dont il a été victime et les agressions dont sont victimes les maires, vous, c'est vous, vous avez porté la loi Engagement et proximité, qui a été portée après la mort du maire de Signes, on s'en souvient de cet événement dramatique, ça a renforcé la protection juridique des maires, les aides psychologiques, leur pouvoir de police ; est-ce qu'il faut aller plus loin dans les sanctions envers les agresseurs d'élus pour vous ?

SEBASTIEN LECORNU
Eh bien, il y a déjà des réponses pénales qui sont lourdes et importantes, d'ailleurs, on va attendre de voir ce que l'enquête dit, mais j'ai cru comprendre que les personnes hier qui ont voulu agresser le président de la République, ce sont des personnes qui n'étaient pas connues des services de justice, c'est bien là où est le problème, parce que je pense qu'il ne faut pas être non plus dans une course à l'échalote en permanence, nouvelles lois, nouvelles mesures, on a juste affaire aussi à des personnes qui elles-mêmes versent dans cette violence ou dans cette grande radicalité, donc il faut aussi combattre le mal à la racine, et c'est vrai que lorsqu'on dit que cette violence physique, elle démarre par une violence verbale, les réseaux sociaux, malheureusement, foisonnent aussi d'un carburant pour ce faire, avec une libération aussi des actes où, eh bien, petit à petit, quand on ne condamne pas, les lignes rouges sur le bien et le mal, pardon de le dire aussi simplement que ça, mais sont des lignes rouges qui ne sont plus clairement identifiées par tout un chacun, et malheureusement, elles sont franchies. Donc je pense que c'est bien de condamner, c'est bien de lutter contre cette banalisation, et de fait, le point commun entre le président de la République et un policier ou un maire, c'est la puissance publique, c'est-à-dire, c'est celles et ceux qui s'engagent, alors, après, certains portent un uniforme, certains sont armés, certains sont protégés, d'autres ne le sont pas, ça, c'est bien une rupture d'égalité entre nous, mais la réalité…

ORIANE MANCINI
... Plein de mesures supplémentaires, et le renforcement des mesures envers les agresseurs de forces de l'ordre, est-ce qu'il faut prendre des mesures similaires envers les agresseurs…

SEBASTIEN LECORNU
Il existe déjà beaucoup de choses, il faut que les mesures soient appliquées par l'autorité judiciaire, le problème, à chaque fois, c'est la preuve, moi, je me suis... vous savez, j'avais d'ailleurs dit parfois aussi dans l'hémicycle, au Sénat, qu'il ne fallait pas non plus verser dans une forme de démagogie, alors, on était à quelques semaines des élections sénatoriales, donc certains collègues sénateurs parfois en ont rajouté quelques louches, ça fait sûrement partie du jeu, la réalité, c'est de faire preuve, bien souvent, quand vous avez un maire qui est agressé, et il faut qu'ils arrive à démontrer devant l'autorité judiciaire, la nature, la qualité de ses agresseurs, comment ça s'est passé, c'est particulièrement vrai avec les installations par exemple de gens du voyage, qui sont malheureusement, on le sait très, très bien, une des sources de violences auxquelles les maires ou les adjoints aux maires d'ailleurs, ou les conseillers municipaux sont confrontés. Donc notre sujet, c'est le système de preuves, notre capacité à établir les faits devant l'autorité judiciaire, et ça, sauf à malmener notre Etat de droit et à écrire n'importe quoi dans la loi de la République, eh bien, ce n'est pas une loi qui va le régler. Donc, là, il faut y travailler, la vidéoprotection par exemple, moi, je sais qu'en tant que candidat aux élections départementales, permettez-moi de le dire, dans l'Eure, on va justement massivement déployer la vidéoprotection, parce que ça permet de capter des preuves devant l'autorité judiciaire.

ORIANE MANCINI
Et là, on va parler des Outre-mer longuement, on commence par la crise sanitaire, Patrick.

PATRICK ROGER
Oui, d'abord, faire peut-être un point de situation dans les Outre-mer, il y avait quelques inquiétudes en Guyane notamment.

SEBASTIEN LECORNU
Inégal partout, depuis le début, et en fait, il n'y a pas une crise sanitaire, il y a une crise sanitaire par territoire, et c'est vrai que c'est toujours un peu désagréable pour nos concitoyens ultramarins de voir que dans l'hexagone, parfois, on déconfine, pendant qu'on prend des mesures de restriction dans certains territoires, et vice et versa. Aujourd'hui, on est dans une situation qui revient quasiment à la normale aux Antilles, avec une exception à Saint-Martin, Martin sur lequel les chiffres ne sont malheureusement pas très bons, mais sur lequel on a des mesures de couvre-feu et une vaccination qu'on cherche à accélérer…

ORIANE MANCINI
Qui vont être renforcées à Saint-Martin, du coup, les mesures ?

SEBASTIEN LECORNU
Eh bien, les mesures sont maintenues, le sujet, c'est la coopération avec la partie hollandaise, parce qu'on est sur une île dans laquelle il y a un partage de souveraineté, et donc, c'est parfois là où c'est un peu difficile d'homogénéiser tout ça, non, la vraie situation que nous observons de près, c'est évidemment la Guyane, vous l'avez dit, sur laquelle le taux d'incidence hier soir était autour de 300 avec une vaccination qui avance assez lentement, on a un confinement qui est actuellement en cours, alors assez thématisé, en fonction, soit, des lieux, soit évidemment des degrés d'acceptabilité de certaines ouvertures, en termes de circulation de l'épidémie, en tout cas, le chiffre diminue, la tension hospitalière est forte, d'ailleurs, les praticiens hospitaliers appellent massivement à ce que nos concitoyens se vaccinent, qui est la seule réponse de protection évidemment pour la population. La Réunion, Mayotte, on a des taux d'incidence qui sont bas à Mayotte, qui restent assez élevés à La Réunion, autour de 150, le sujet évidemment, c'est la circulation des variants, la Guyane, variant brésilien, Mayotte et La Réunion, variant sud-africain, qui rend toujours mine de rien la situation fragile, c'est pour ça qu'on l'observe de près.

PATRICK ROGER
Vous avez mis en place une procédure de levée progressive des motifs impérieux…

SEBASTIEN LECORNU
A partir d'aujourd'hui, oui…

PATRICK ROGER
Malgré tout, le député LR, Mansour KAMARDINE, concernant Mayotte, vous accuse de tenir les Mahorais comme des chiens en laisse et de les enfermer en cage, ça, c'est violent quand même ; pourquoi ces mesures sont-elles maintenues à Mayotte ?

SEBASTIEN LECORNU
Non, j'ai de l'amitié pour Mansour KAMARDINE, mais il y a des mots qu'il ne faut pas employer, alors je sais qu'on est en campagne électorale, que parfois, il faut dire des choses fortes pour se faire entendre, c'est sûrement cela, on va mettre ça sur ce compte-la, non, parce que l'inverse, on dirait aussi qu'on ne protège pas les mahoraises et les mahorais. Bon, les mêmes parfois nous ont reprochés d'être trop tardifs dans l'envoi de vaccins, alors que pourtant nous étions sur les premiers territoire de la République à être livrés en vaccins, et ensuite, ce sont les mêmes qui parfois n'encouragent pas à la vaccination, les mêmes nous ont parfois reprochés de prendre des mesures de restriction trop tardivement, et ensuite, nous reprochent de les maintenir trop longtemps, moi, je pense qu'il ne faut pas faire de politique avec cette crise sanitaire. Mayotte a connu des moments très, très difficiles, avec un taux d'incidence qui était à plus de 1.000 avec un variant sud-africain qui circulait à grande vitesse, aujourd'hui, il est une évidence que la présence de ce variant nous oblige à prendre des mesures de précaution, et pardon, il faut finir ses phrases, dès lors que la vaccination n'avance pas assez vite, et c'est là où je compte sur Mansour et sur l'ensemble des candidats aux élections départementales à Mayotte aussi…

ORIANE MANCINI
Et pourquoi elle n'avance pas assez vite ?

SEBASTIEN LECORNU
Pour porter un message d'adhésion, parce qu'il y a…

ORIANE MANCINI
Elle adhère moins qu'en métropole la population dans les Outre-mer ?

SEBASTIEN LECORNU
Eh bien, déjà, les taux d'incidence parfois sont très bas, donc on ne sort pas de mesures de restriction, comme on vient de le vivre-là, donc il y a ce sentiment que c'est bon, on l'a eu, c'est derrière soi, bon, c'est un peu humain, mais ça, il faut lutter contre cette idée-là, parce que, malheureusement, l'épidémie peut revenir, parfois, vous avez aussi quelques groupuscules sur les réseaux sociaux ou ailleurs qui s'agitent et qui font de la politique anti-vaccins, comme on dit si bien, en agitant les peurs, en disant que..., enfin, en faisant aussi parfois des raccourcis avec l'histoire, qui sont des raccourcis qui franchement donnent le haut de coeur. Donc, voilà, je pense aussi que la réalité, c'est que la capacité à redonner toutes les libertés de circulation, etc., à l'ensemble de ces territoires, et y compris les territoires insulaires, parce qu'on vit une épidémie dans un territoire fermé par définition différemment, il y a un CHU en général, donc quand il est à saturation, eh bien, on ne peut pas faire d'évacuation sanitaire sur d'autres territoires qui eux-mêmes parfois sont fermés, enfin, tout ça est un peu difficile, la réponse, c'est vaccin, c'est la vaccination, c'est du PFIZER ou du MODERNA en grand nombre, depuis le début, il y a les bras pour piquer, parce que le personnel soignant est complètement engagé, et pardon d'être direct, ce qui manque, c'est les bras à piquer. Bon, là, donc, il faut aussi dire les choses. On a un retard désormais qui est un retard que j'ai du mal à accepter, non pas une acceptabilité politique, mais je me dis : mince, enfin, quand on voit les pays dans le monde dans lesquels les gens n'ont pas la chance d'accéder à un système de soins ou à des stocks de vaccins, et que nous, nous pouvons le faire, je me dis c'est quelque chose de dommage, voilà, je le dis comme ça, c'est un cri du coeur.

ORIANE MANCINI
Un mot juste sur la Guyane, parce que vous dites, la situation est assez inquiétante là-bas, vous avez maintenu les élections sur place, est-ce que ça se tiendra dans des conditions particulières ou ce sera les mêmes conditions qu'en métropole ?

SEBASTIEN LECORNU
Oui, alors, non, je n'ai pas de religion sur le sujet, pour être honnête, donc on a saisi le Conseil scientifique, on a mené une consultation avec les maires, parce qu'après tout, ce sont eux qui organisent aussi le scrutin, l'arrêté, c'est que, on sait tenir un scrutin dans les règles de l'art sanitaire avec les mesures barrières, le sujet, c'était la campagne, bon, on fait campagne différemment en Guyane que dans l'Eure, beaucoup de choses se font à l'extérieur, enfin, je veux dire, les rassemblements se font à l'air libre, on est quand même dans des organisations de campagne qui sont différentes, et on n'a pas observé de comportements, de la part des colistiers et des candidats, qui viendraient à l'encontre de ces mesures barrières. Donc, en fait, dès lors qu'il y a une responsabilité collective, collective, ce n'est pas que l'Etat, c'est aussi les maires, mais aussi les candidats, aussi les militants, une responsabilité collective de la manière de mener cette campagne, le scrutin peut être tenu dans les délais, je rappelle que le principe…

ORIANE MANCINI
Et dans les mêmes conditions partout ailleurs…

SEBASTIEN LECORNU
Oui le principe, c'est de tenir les élections dans les temps dans une démocratie, c'était l'exception qui nous aurait amené à repousser ces élections.

PATRICK ROGER
Et une partie des Outre-mer, des économies d'Outre-mer sont fortement dépendantes de l'activité touristique, du secteur touristique, je pense notamment aux Antilles à La Réunion, éventuellement même à la Nouvelle-Calédonie…

SEBASTIEN LECORNU
Ou la Polynésie…

PATRICK ROGER
Ou la Polynésie. Comment faire en sorte que, eh bien, l'activité touristique puisse reprendre ?

SEBASTIEN LECORNU
Eh bien, dès aujourd'hui, elle va reprendre, parce que lorsqu'on lève les motifs impérieux pour les personnes vaccinées dans tous les territoires, parce que, pour le coup, il y a une réalité, c'est quand on est vacciné, l'accès est plus facile que lorsqu'on ne l'est pas, et pour des raisons qu'on peut complètement comprendre. Eh bien, vous êtes vers une reprise de l'économie touristique, dès qu'on a fait ces annonces, on a constaté que les différents opérateurs touristiques voyaient des réservations se faire de pays d'ailleurs très différents, mais y compris des Européens, c'est particulièrement vrai en Polynésie, c'est particulièrement vrai à Saint-Barth, pour prendre ce qu'il y a de plus visible, mais c'est tout aussi vrai à La Réunion, en Martinique et en Guadeloupe. Et donc on va vers une reprise progressive, je vous rappelle que nous avions pris des mesures plutôt courageuses pour sauver la saison à Noël, dans laquelle on avait réussi à encapsuler 15 jours de vie touristique pour les fêtes de fin d'année, qui n'avait pas entraîné une reprise de l'épidémie en janvier, parce qu'on avait des protocoles tellement stricts que tout cela avait plutôt bien fonctionné, il faut le reconnaître. On a eu malheureusement une partie de la saison un peu flinguée, il faut bien le reconnaître, février, mars, c'est cette période d'hiver ici, dans laquelle, il y a évidemment des opportunités importantes là-bas, c'est comme ça, les chiffres n'étaient pas bons, désormais, on a cette reprise à partir d'aujourd'hui, avec en plus des compagnies aériennes qui jouent le jeu, qui mènent un certain nombre de promotions sur leur offre commerciale. Et donc ça va dans le bon sens.

ORIANE MANCINI
Vous encouragez les Français à passer leurs vacances d'été dans les Outre-mer avec le pass sanitaire pour aller de métropole dans les territoires d'Outre-mer ?

SEBASTIEN LECORNU
En tout cas, en étant vaccinés, le pass sanitaire, ce n'est jamais qu'une manière de présenter ses documents, ce qui compte, c'est d'être vacciné. Et dès lors que vous êtes citoyen…

ORIANE MANCINI
Mais il y aura une forme de pass sanitaire, soit, vous êtes vacciné, soit vous faites un test PCR de toute façon, pour vous rendre dans les Outre-mer ?

SEBASTIEN LECORNU
Quoi qu'il arrive, vous faites un test PCR pour les Outre-mer…

ORIANE MANCINI
Et la vaccination pourra vous exempter du test PCR…

SEBASTIEN LECORNU
Parce que la géographie de nos Outre-mer les met au contact de pays dans la zone qui peuvent toujours nous exposer aux variant. Le test PCR, c'est notre capacité à détecter si les gens sont malades ou pas et à séquencer ensuite le test positif pour savoir de quel variant il s'agit. Donc, en fait, on gardera le test PCR pour tous les Outre-mer ou antigénique, en tout cas, le cas échéant…

ORIANE MANCINI
Quoi qu'il arrive ou pour ceux qui sont vaccinés, il n'y aura pas de test PCR ?

SEBASTIEN LECORNU
Test PCR y compris pour ceux qui sont vaccinés, ça, je suis formel là-dessus, et pardon, mais c'est un moyen de protéger les populations locales, donc là, on ne rigole pas avec ça, pardon, mais je pense que désormais, on vit tous avec ça, j'ai dû en faire, moi, une vingtaine de tests PCR, donc c'était juste notre capacité…

ORIANE MANCINI
Non, mais c'est important de préciser pour les gens…

SEBASTIEN LECORNU
Eh bien, ça permet de contrôler les flux et de s'assurer que si un variant circule, être en situation de le mettre en protection les populations le cas échéant. Donc avec les tests, avec la vaccination, on a une reprise de l'activité touristique qui peut se refaire à la normale.

ORIANE MANCINI
On va parler de la Nouvelle-Calédonie, Patrick.

PATRICK ROGER
Oui, on sort d'une semaine de travaux intenses et d'échanges fructueux, a priori, entre les différentes composantes, même s'il en manquait une, une date a été arrêtée pour... c'est l'Etat qui a fixé la date du 12 décembre, pour la troisième consultation et qui marquera la sortie de l'accord de Nouméa. Quel retour avez-vous déjà là-bas sur place ?

SEBASTIEN LECORNU
Eh bien, on continue évidemment à avoir des contacts avec l'ensemble des délégations qui sont venues à Paris, mais aussi une partie de la société civile, parce qu'il ne faut pas oublier que tout ça n'est pas qu'une affaire entre politiques, et qu'il y a désormais plus de 280.000 personnes qui sont inquiètes de leur avenir, quelles que soient leurs origines, quel que soit le camp dans lequel, entre guillemets, elles se situent, le oui ou le non à l'indépendance, non, je pense que là, il faut tracer le chemin entre maintenant et le 12 décembre prochain, continuer d'avancer sur le document du oui et du non, vous savez, pour la première fois, on a travaillé sur les réponses, on a voulu montrer ce que, pour l'Etat, en implication juridique, financière, en droit international, ce que voulait dire ce oui, ce que voulait dire ce non, et ça, ça n'avait jamais été fait…

ORIANE MANCINI
Est-ce que vous avez le sentiment que ça a infléchi certaines positions, notamment du côté des indépendantistes ?

SEBASTIEN LECORNU
Ça les a éclairés, mais des deux côtés, il ne faut pas penser que ce n'est que du côté des indépendantistes, je pense que le non, vous savez, ce n'est pas indépendantistes, non indépendantistes, c'est indépendantistes d'un côté, et autonomistes de l'autre, donc donner aussi du corps et du sens au projet des autonomistes avait tout aussi d'importance pour l'Etat, moi, ça m'intéresse en tout cas tout autant. On a éclairé ce oui et ce non, désormais, il y a un document qui doit sortir, qui va faire l'objet d'une ultime consultation de la part de la société civile, notamment du monde économique, vous savez quand vous avez des chapitres entiers dans le document qui concernent les questions monétaires, les implications bancaires, la question des accords commerciaux, eh bien, ça, ça intéresse directement le monde économique, donc il faut qu'on arrive évidemment à partager ce document avec eux, on y arrivera…

ORIANE MANCINI
Qui sortira quand ? C'est à quelle échéance ?

SEBASTIEN LECORNU
Dans les jours qui suivent, oui, oui, on tient un calendrier assez resserré, et puis, bien sûr, nouer des relations, continuer de nouer des relations, ça, c'est déjà fait, mais avec celles et ceux qui étaient absents, notamment l'UNIL…

PATRICK ROGER
Pardon, cette semaine, il y a des rapprochements qui se sont effectuées ?

SEBASTIEN LECORNU
Oui, clairement, eh bien, sinon, on n'aurait pas eu cette déclaration du gouvernement qui traduit quand même une convergence sur un certain nombre de choses, pas la date, clairement, la date du 12 décembre, c'est le choix du gouvernement…

ORIANE MANCINI
Vous la maintiendrez, même si elle est contestée ?

SEBASTIEN LECORNU
Bien sûr, l'Union calédonienne n'a pas validé ce choix de date, en revanche, la stratégie qui consiste à se dire : on éclaire le oui et le non, on conforte et on consolide, et on sécurise la fin de l'accord de Nouméa, 1998 à maintenant, avec ce troisième référendum le 12 décembre prochain, et derrière, on vient donner une période de transition, de visibilité et de stabilité qui permet de savoir ce qui se passe le jour d'après en cas de oui et en cas de non, pour aller vers une énième consultation, enfin, ultime consultation pour le coup, celle de 2023, qui dira, en cas de oui, quelle est la relation, quelle Constitution déjà pour cet Etat indépendant, et quelle est la relation entre la France et cet Etat qui est indépendant, ou en cas de non, quel est le lien, quelles sont les institutions de la Nouvelle-Calédonie dans le cadre de la République, eh bien, là, on a enfin une séquence qui est désormais lisible, visible, qui crée de la stabilité pour l'ensemble des acteurs calédoniens, mais aussi pour la population.

PATRICK ROGER
Certains parmi ceux qui n'étaient pas présents à Paris évoquent à mi-mots l'hypothèse, la possibilité d'un boycott du référendum de la consultation du 12 décembre, vous y croyez sincèrement ?

SEBASTIEN LECORNU
Déjà, j'ai noté que les différentes déclarations politiques n'allaient pas dans ce sens, puis, pardon, mais la responsabilité serait – de celles et ceux qui iraient sur ce terrain – serait historique, déjà, enfin, elle n'aurait pas de sens, elle n'aurait pas de sens vis-à-vis du processus de décolonisation dans lequel nous sommes engagés devant les Nations unies, c'est-à-dire que ceux-là même devront répondre devant les Nations unies que le processus ne peut pas aller correctement et convenablement jusqu'au bout, nous, nous tenons parole. L'accord de Nouméa va jusqu'à son terme, on tient parole, parce qu'on organise ce troisième référendum, rappelez-vous il y a encore quelques mois, certains nous demandaient de constater que l'accord de Nouméa était terminé, il n'en est pas question. Donc dès lors qu'on organise ce référendum, tout le monde doit évidemment jouer ce jeu, et donc, il n'est pas question d'aller sur cette pente du boycott pour les grands responsables politiques, indépendantistes, alors après, que quelques voix isolées, ici ou là puissent le dire, c'est autre chose. Mais en tout cas, je connais le sens des responsabilités des uns et des autres, nous venons de trop loin, dans un dossier suffisamment complexe, pour se permettre de jouer comme cela avec l'accord de Nouméa…

ORIANE MANCINI
Mais est-ce que quand même, vous êtes inquiet sur l'avenir de l'île, est-ce que, clairement, il y a un risque de partition aujourd'hui de la Nouvelle-Calédonie ?

SEBASTIEN LECORNU
Non, tout le monde la refuse cette partition, tout le monde la refuse, après, qu'il y ait des réflexions sur l'organisation politique à l'intérieur de l'archipel, de faire évoluer éventuellement les compétences des communes, des provinces, du gouvernement, etc, eh bien, typiquement, c'est ce que j'appelle, moi, la consultation du projet de 2023, si le non devait l'emporter une troisième fois, eh bien, il faudra bien qu'on s'interroge sur les organisations politiques calédoniennes, là, il y a des choses qui sont demandées, si le oui l'emporte, c'est encore un autre champ qui s'ouvre devant nous, mais ces questions seront posées.

PATRICK ROGER
Ce n‘est pas de votre responsabilité, mais sincèrement, est-ce que la situation actuelle de blocage du gouvernement, puisque, actuellement, les indépendantistes sont incapables de s'accorder sur le président et la vice-présidence du gouvernement, est-ce que cette situation peut durer jusqu'au 12 décembre ?

SEBASTIEN LECORNU
Dans l'absolu, ça ne regarde pas le gouvernement de la République, dans l'absolu, je ne suis pas là pour être dans une ingérence dans les affaires politiques partisanes calédoniennes…

PATRICK ROGER
Mais le gouvernement a besoin quand même d'interlocuteurs…

SEBASTIEN LECORNU
Eh bien, il y en a un, Thierry SANTA expédie les affaires courantes, il y a un gouvernement collégial, il y a un président du Congrès, vous savez que pour celles et ceux qui ne connaissent peut-être pas bien les organisations calédoniennes, mais les provinces et les communes ont beaucoup de compétences, donc, voyez, l'instabilité gouvernementale ne nous a pas empêché d'avancer sur un certain nombre de sujets. Il est clair que pour des raisons de visibilité, y compris davantage d'ailleurs peut-être pour des investisseurs privés, pour le monde économique, à avoir un gouvernement stabilisé, apporterait évidemment beaucoup, mais une fois de plus, que ce gouvernement soit aujourd'hui non formé et non constitué ne nous a pas empêché de nous réunir, ne nous a pas empêché de tracer une feuille de route institutionnelle, ne nous a pas empêché d'avancer sur le traitement de la crise Covid avec les autorités en place, n'empêche pas le nouveau haut commissaire d'arriver en Nouvelle-Calédonie. Donc, non, je pense qu'il ne faut pas regarder cette affaire gouvernementale de manière complètement…

ORIANE MANCINI
On va parler de Mayotte…

PATRICK ROGER
Juste une dernière question, est-ce que vous allez réunir prochainement un comité des signataires, à quelle date, et sous quelle forme ?

SEBASTIEN LECORNU
Oui, cet été, en tout cas d'ici à l'été, et je suis en train actuellement de mener un certain nombre de consultations pour l'organiser dans les meilleures conditions.

ORIANE MANCINI
Où ? Sous quelle forme ?

SEBASTIEN LECORNU
A Nouméa, après, j'attends de voir aussi le désir de certains, peut-être de venir à Paris ou de revenir à Paris.

ORIANE MANCINI
Et cet été, il y a une date un peu plus précise ?

SEBASTIEN LECORNU
Pas encore.

ORIANE MANCINI
On va parler de Mayotte ! Vous avez promis un projet de loi spécifique à Mayotte, quand sera-t-il présenté ?

SEBASTIEN LECORNU
On termine les consultations, alors, la période évidemment électorale vient interrompre tout cela, et c'est bien légitime, la consultation, elle a bien fonctionné, pratiquement plus de 1.200 personnes y ont participé, 300 contributions, avec un certain nombre d'axes dans le projet de loi sur la convergence économique et sociale, c'est, en clair, comment on termine la départementalisation, là, on est au milieu du gué, et ça ne satisfait personne, donc on ne peut pas continuer comme ça, une branche régalienne évidemment sur la sécurité de nos concitoyens et sur la lutte contre l'immigration, une mise à l'échelle aussi d'un certain nombre de normes qui parfois entravent le développement économique de Mayotte, et puis, bien sûr, une réflexion institutionnelle sur le conseil départemental, si on se projette dans 10 ou 15 ans, comment l'institution doit fonctionner ; ce sont les 4 chapitres que j'ai mis sur la table, la consultation s'est donc bien déroulée, l'idée étant de présenter ce texte en Conseil des ministres entre la fin de l'année, entre la fin de cette année, et le début de l'année 2022. Donc il est clair qu'on n'aurait pas un débat parlementaire qui serait terminé d'ici à l'élection présidentielle, mais nous le savions au moment où nous avons mis ce projet de loi sur la table, mais en tout cas, je pense que c'est nécessaire de s'inscrire désormais dans un temps court, moyen et long, en tout cas, on a fêté les 10 ans de la départementalisation de Mayotte, il était temps de recréer les perspectives pour les 10 prochaines années.

ORIANE MANCINI
En Conseil des ministres à la fin de l'année, est-ce que vous en parlerez avant, est-ce qu'on connaîtra les grandes lignes de ce projet de loi avant ?

SEBASTIEN LECORNU
Bien sûr, l'idée, c'est de retourner devant les acteurs Mahorais pour faire un premier retour des contributions et des consultations, et d'essayer de tracer l'architecture d'un projet de loi et de le co-construire, mais enfin, il y a rarement des lois qui concernent un territoire en tant que tel, on a fait des choses récemment avec Jacqueline GOURAULT sur l'Alsace, mais c'est rare d'avoir une loi qui est consacrée à un seul territoire. L'idée, c'est d'avoir quand même une méthode de co-construction, puis, je mets les pieds dans le plat, si on veut éviter aussi qu'il y ait de la récupération politicienne nationale de ce qui se passe au quotidien à Mayotte, il vaut mieux co-construire avec les acteurs du territoire, donc on va vers une démarche…

ORIANE MANCINI
Vous visez qui, le Rassemblement national en disant ça ?

SEBASTIEN LECORNU
Oui, eh bien, souvent, madame LE PEN quand même prend en otage Mayotte sur Twitter, à la fois en se servant de ce qui se passe à Mayotte pour dire aux Français de l'hexagone : vous avez vu ce qui s'y passe est terrible, et donc aussi en stigmatisant ce qui se passe au quotidien sur l'île, et en même temps, en faisant croire aux Mahoraises et aux Mahorais qu'elle les protège, ce qui évidemment est absolument faux. Donc, moi, je préfère une méthode beaucoup plus pragmatique, très respectueuse, et dans laquelle on réaffirme que Mayotte, c'est la France, qu'on est fier que ça soit français, donc là aussi, pas d'ambiguïté sur ce point, parce que, parfois on lit des choses dans la presse qui sont toujours un peu contrariantes, mais que, néanmoins, si c'est français, eh bien, il faut donc aussi une vraie méthode française de s'adapter aussi aux problématiques du quotidien qu'on peut vivre là-bas…

PATRICK ROGER
Et vous aviez annoncé quand même une présentation de l'architecture justement de cette loi programme en juillet, c'est toujours cet échéancier ?

SEBASTIEN LECORNU
Toujours, entre juillet et septembre, j'attends aussi que les élections départementales se terminent, et d'avoir l'exécutif départemental installé.

ORIANE MANCINI
Ce sera par vous ou le chef de l'Etat pourrait s'emparer de ce dossier ?

SEBASTIEN LECORNU
On verra comment les choses se feront, en tout cas, le président de la République suit de très près évidemment l'élaboration de ce projet de loi, parce que ça s'inscrit aussi dans les engagements qu'il avait pris lorsqu'il s'était rendu à Mayotte.

ORIANE MANCINI
Le Sénat aussi, Gérard LARCHER, a lancé une mission d'information sur la question de l'insécurité à Mayotte, il dit qu'il y aura aussi un volet immigration clandestine, examen du lien entre la question migratoire et la question de la sécurité, vous soutenez cette démarche, c'est une bonne idée ?

SEBASTIEN LECORNU
Eh bien, le Parlement est dans son rôle, après, une fois de plus, il faut que ça débouche toujours sur des propositions opérationnelles, concrètes, éviter aussi parfois les récupérations politiques, enfin, voilà, moi, je suis moi-même... j'ai été élu parlementaire au mois de septembre dernier, je suis donc moi aussi sénateur à la base. Donc moi, évidemment…

ORIANE MANCINI
Récupérations politiques de la part du Sénat... ?

SEBASTIEN LECORNU
Non, non, il n'y a pas de raison, mais je veux dire, ce qu'il faut, c'est que c'est un dossier compliqué, Mayotte, donc il faut qu'on soit sur des choses techniques, précises, concrètes opérationnelles, faisables et ne pas être dans une gesticulation à quelques semaines de la présidentielle, pour faire du « y a qu'à, faut qu'on », mais là, pour le coup, je ne doute pas de la sagesse sénatoriale sur ce sujet.

ORIANE MANCINI
Une dernière question politique, Sébastien LECORNU, vous qui êtes issu des Républicains, quel regard vous portez sur ce qui se passe actuellement dans votre ancienne famille politique ?

SEBASTIEN LECORNU
Bon, c'est un peu triste, mais je ne me réjouis pas de voir une grande formation politique qui est l'héritière du RPR de Jacques CHIRAC, de l'UMP, d'Alain JUPPE ou de Nicolas SARKOZY, même de manière plus ancienne, d'une famille Gaulliste, voir complètement que la crise de valeurs, la boussole, qui est complètement déréglée, et au fond, ça a commencé entre les deux tours de l'élection présidentielle en 2017, lorsqu'ils n'ont pas su clairement dire, le bureau politique des Républicains, n'ont pas su clairement dire qu'il fallait voter pour Emmanuel MACRON contre Marine LE PEN, cette phrase n'a pas été exprimée aussi simplement que cela, et malheureusement, ça crée des fractures qui sont profondes, alors aux Républicains, il y a des gens formidables…

ORIANE MANCINI
Elles sont aussi entretenues par la majorité présidentielle, ces fractures ?

SEBASTIEN LECORNU
Non, enfin, nous ne sommes pas chefs de notre opposition, ça, je pense aussi, il faut qu'on arrête avec ça, sous-entendu, on aurait le cynisme d'organiser ce bazar, etc, non, je veux dire, si le Parti Les Républicains, je ne parle pas des militants ou des élus, il y a des gens très bien au LR, il ne faut pas tout assimiler, mais si la direction des Républicains n'arrive plus à faire envie, ce n'est pas de la faute d'Emmanuel MACRON, je veux dire, s'ils ne sont pas capables de sortir un projet clair avec des valeurs claires, et également aussi une stratégie en matière d'alliance claire, eh bien, ça, c'est pour le coup leur responsabilité, typiquement, on a binôme aux élections départementales, qui est membre historique des Républicains, qui est déjà d'un binôme depuis 2015, je suis ministre d'Emmanuel MACRON depuis 2017, Les Républicains viennent d'annoncer qu'ils veulent l'exclure, ça n'a absolument aucun sens. Donc cette dimension sectaire, au bout d'un moment, eh bien, elle fait perdre le fil et l'attention que l'on peut avoir vis-à-vis des Français, c'est ce qui malheureusement est train de se produire, c'est assez triste.

ORIANE MANCINI
Et merci beaucoup, merci Sébastien LECORNU d'avoir été notre invité ce matin.

SEBASTIEN LECORNU
Merci beaucoup.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 10 juin 2021