Déclaration de M. Emmanuel Macron, président de la République, sur l'inauguration de l'Hôtel de la Marine, à Paris le 10 juin 2021.

Texte intégral

Je voulais vraiment vous remercier et vous féliciter. Je pense d'ailleurs qu'il n'y a pas de hasard, nous étions il y a deux ans jour pour jour aux côtés de nos sauveteurs en mer parce qu'il y a eu de terribles pertes en mer et nous étions ensemble pour honorer la mémoire de ceux qui avaient péri pour sauver des vies. Deux ans plus tard, nous sommes réunis dans ce lieu qui porte l'histoire de la Marine. Notre pays vient de traverser un peu plus d'une année, une année et demi, comme beaucoup d'autres, de vie difficile et de contraintes et nous avons hier rouvert les restaurants, après avoir rouvert les terrasses il y a 3 semaines.

Aujourd'hui, nous sommes réunis ici pour dévoiler cette plaque et inaugurer ce lieu. Alors ce lieu, ce sont des siècles d'histoire, et pour vous tous et toutes, ce sont des années de combats et de travaux. Pour certains, c'est plus de 10 ans de combat pour éviter que ce lieu ne parte, ne quitte l'Etat et le giron public. Je remercie vraiment les Amis de l'association d'avoir oeuvré et de s'être ainsi battus. Mais pour toutes celles et ceux qui y ont contribué, ce sont des années de travail incroyable. Je voulais vous remercier parce que je pense qu'ici, vous avez collectivement réussi à inventer un nouveau visage de notre politique patrimoniale, et je le dis vraiment, Philippe vient de l'évoquer rapidement.

D'abord parce que vous avez réinventé un lieu collectivement, et vous l'avez réinventé avec une infinie délicatesse qui correspond au siècle que vous aimez tant. C'est-à-dire, vous l'avez réinventé en arrivant à le vieillir et à retrouver l'émanation et l'esprit de ce XVIIIème formidable et ce cheminement que nous pouvons vivre avec à la fois nos antiquaires, nos métiers d'art et le savoir-faire français. Je pense qu'il ne faut jamais oublier tout le savoir-faire des entreprises qui sont derrière, les compagnons, les artisans dont nous avons tant besoin. Dans toutes les disciplines que vous représentez, vous avez su complètement réinventer le lieu.

Ensuite, vous l'avez réinventé parce que vous y avez mis une modernité incroyable, architecturale, et vraiment je vous remercie, on était tout à l'heure sous votre création [la verrière], et nous avons les pieds sur une autre création [le sol de la cour d'honneur] et je veux vraiment saluer le travail de nos architectes et créateurs, et de notre architecte en chef, parce que je pense qu'il y a eu une capacité là aussi à marier et tresser, avec beaucoup de goût, l'esprit initial et la très grande modernité.

Et puis je pense qu'on le réinvente par l'occupation des lieux. Je salue le talent de Philippe BÉLAVAL, et la capacité d'abord à ne pas perdre le fil avec la Marine. L'amiral le rappelait tout à l'heure, je l'en remercie, il y a encore quelques années, c'était nos marins qui étaient là et je pense que le fait que l'Académie reste présente, qu'elle soit dans ces lieux, qu'il y ait cet usage qui va continuer à se faire, ce fil tressé avec notre Marine, notre histoire, est important. L'autre fil qu'on continue à tresser avec notre histoire, c'est la mémoire de l'esclavage et le fait que la Fondation pour la mémoire de l'esclavage soit en ce lieu. C'est aussi le symbole que nous assumons tout de notre passé, mais que nous remettons dans sa centralité l'importance de réinventer aussi notre avenir avec cela. Je pense que c'est ça, la France. Et puis, donner la place au savoir-faire français, la gastronomie, la capacité à recevoir le monde entier qui viendra ici. Je félicite notre chef qui est là et vraiment nos restaurateurs qui portent ce savoir-faire, cette excellence française, réussir à inventer d'autres usages, le co-working, les bureaux comme vous avez su le faire aussi, et donc donner une modernité à ce lieu et accueillir le monde. Que la Fondation puisse ici accueillir les collections Al Thani, que vous puissiez faire partager au public aussi ces collections, ces savoir-faire. Nous allons accueillir aussi le sport, cher Gianni, merci d'être là, puisque la FIFA occupera une partie des lieux et je salue le président LE GRAËT à ses côtés. Je pense que ce lieu va être au fond un agrégateur de talents et de cette attractivité de la France à laquelle nous croyons. Mais vous l'avez fait avec beaucoup de goût.

Je dis tout ça parce qu'au fond, ce lieu sera tout à la fois un palimpseste puisque tout ce que l'histoire a sédimenté ici sera visible et présent. Il ne perdra pas son âme et sa fidélité à notre marine et il reste dans le giron de l'État. Mais il sera pleinement installé dans cette modernité. Je crois que notre pays, qui parfois oppose la capacité à saisir le monde avec les traditions, la capacité à penser le moderne en aimant l'histoire profonde, devrait voir ce lieu comme la synthèse de tous les défis qui sont les nôtres. Pour cela, je veux vraiment vous remercier président BÉLAVAL, parce que vous et toutes vos équipes qui sont là, présentes, et je sais que ça a été un immense engagement, vous avez réussi à faire ce mariage. J'essaie de décrire à peu près ce qui fut votre travail pendant des années en lien avec la Marine, avec la ville de Paris que je salue et que je remercie aussi, et avec l'ensemble des partenaires. Rien n'était écrit et le pire était possible. Quand le meilleur en sort, c'est qu'il y a eu beaucoup de patience, beaucoup de talent et beaucoup de persévérance. Donc merci infiniment pour cela et merci de ce voyage dans le temps qui a été fait avec beaucoup de goût. Tout ce que je viens de décrire en quelques mots, c'est la France, vraiment, forte de son histoire, regardant son passé en face et voulant embrasser le monde parce que nous allons continuer à conquérir, parce que nous savons d'où nous venons.

Merci infiniment pour le talent que vous avez mis dans cet ouvrage, dans la réinvention de ce lieu et surtout j'envie toutes celles et ceux qui pourront occuper une partie des locaux parce que c'est une chance inouïe. Bravo à vous.