Déclaration de M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'Etat auprès au tourisme, aux Français de l'étranger et à la francophonie, sur un projet européen de résidence d'artistes, à Palerme le 14 juin 2021.

Intervenant(s) :

  • Jean-Baptiste Lemoyne - Secrétaire d'Etat auprès au tourisme, aux Français de l'étranger et à la francophonie

Circonstance : Inauguration Kultur Ensemble/Atelier Panormos - La Bottega

Prononcé le

Texte intégral

Monsieur le Maire, cher Leoluca Orlando,
Madame la Ministre, chère Michelle,
Monsieur le Ministre, cher Benedetto,
Messieurs les Ambassadeurs, Monsieur Christian Masset,
Monsieur et Madame les mentors,


Je salue les artistes naturellement, Juliette et Caner, ici présents,

Sans oublier, pour ma part, toute l'équipe de France de la culture ici réunie,

Le directeur de l'Institut français, la Conseillère de Coopération et d'Action Culturelle, ainsi que ses équipes,

Et puis sans oublier celles du Quai d'Orsay ici présentes,

C'est un grand bonheur d'être ici parce que c'est une première, effectivement, Monsieur le Maire. Premier Institut culturel franco-allemand, à travers ce projet de résidence d'artistes, qui vient concrétiser un engagement qui était cher au coeur de la Chancelière, cher au coeur du Président de la République, ils l'avaient inscrit d'ailleurs dans ce Traité d'Aix-la-Chapelle qui était le signal fort d'un nouvel élan.

Je dois dire que la traduction aujourd'hui est très émouvante, au sens où elle touche, pour avoir depuis ce matin pu baigner dans l'atmosphère dans laquelle les heureux résidents vont évoluer dans les prochains mois, je dois dire que cela ne peut pas laisser indemne.

Je crois que l'on est à un moment, dans la vie de nos Etats, dans la vie de nos peuples, dans la vie de l'Union européenne, particulièrement douloureux et important. Douloureux parce que l'on sort d'une période un peu traumatisante et aujourd'hui, le fait de se retrouver, ensemble, a beaucoup de valeur. C'est une sorte de renaissance, on revit, on revient à l'essentiel. L'essentiel, c'est la culture, et si nous nous retrouvons ici, pour ce premier projet à Palerme, Monsieur le Maire, ce n'est pas un hasard. C'est un choix. Un choix européen.

Un choix qui a tout à voir avec l'essence du projet lui-même, qui est de faire en sorte que les artistes français, allemands, italiens, puissent dialoguer comme, en leur temps, Alexandre Dumas, Goethe, ici à Palerme, et qui ont pu bénéficier de ce bouillon de culture. C'est ici un berceau de la civilisation européenne, où se sont mélangées magnifiquement les influences grecque, romaine, byzantine, arabe, normande, souabe, angevine, et espagnole. Cela a été rappelé, on le voit d'ailleurs ne serait-ce que dans cette architecture de la Zisa, à quelques mètres d'ici.

M. le maire me disait "mais tu te rends compte, ce sont les Normands qui ont construit cela et ils ont pris l'architecture arabe, alors qu'ils venaient justement de gagner". Or, je crois que cela dit beaucoup de ce qu'est l'ADN de Palerme, de ce qu'est cette identité européenne, qui est justement, avant tout fondée sur l'altérité.

Cela peut paraître paradoxal, "identité", c'est ce qui est le même ; "altérité", c'est ce qui est l'autre, mais justement, l'Europe est ce dialogue incessant, cet aller-retour incessant et ce dialogue fructueux, fécond, entre identité et altérité. C'est ce qui fait ce que nous sommes et c'est véritablement l'aventure que vont vivre les artistes.

Je veux aussi saluer et remercier Anne Tallineau de l'OFAJ ainsi que Tobias Bütow, son homologue allemand, et Johannes Ebert, sans qui tout cela n'aurait pas vu le jour. Je dois dire que je vois bien là la ténacité de l'oeuvre de l'OFAJ. J'ai eu la chance de bénéficier des programmes de l'OFAJ et quelque part, c'est avec émotion que celui qui a bénéficié de ces programmes, aujourd'hui, en lance un autre.

Je disais donc que nous avons, ici, en Europe, ce dialogue entre identité et altérité et ce qui va typiquement réunir Juliette et Caner, je pense que c'est ce qui fait l'originalité d'être européen. Nos amis américains placent l'individu avant toute chose, l'individu prime sur le collectif. Nos amis en Asie, c'est l'inverse, c'est le collectif qui prime sur l'individu. Et nous, en Europe, nous avons cette troisième voie qui, je pense, est originale, mais qui a beaucoup d'implication, c'est que les individus, - je préfère employer le mot de "personnes" - nous sommes des personnes qui, étant nées et ayant grandi dans des communautés, la famille, la ville, la région, le pays, sommes fortes de ces racines, mais nous choisissons aussi d'autres communautés électives et nous embrassons d'autres aspirations.

Le fait d'être ces personnes, à la fois des individus qui sont enracinés dans l'humus, enracinés dans une histoire, fait cette singularité européenne. Et le fait d'avoir cette capacité à avoir ces échanges au sein de Panormos, de la Bottega, de cet espace unique, je crois, est une opportunité formidable. Pour les artistes, il y a un dicton en France qui dit "tous les chemins mènent à..." on va le changer, c'est "mènent à Palerme". Ils ne mènent pas à Rome, ils mènent à Palerme. D'ailleurs, Juliette me le disait : "c'est étonnant, car tout mon travail est centré autour de la cire, des drapés, et c'est ici, en Italie, et singulièrement en Sicile, que se trouve l'origine de tout cela". Et voilà, le chemin l'a menée à Palerme, et nul doute qu'ils vont se succéder, parce que chaque trimestre, de nouveaux artistes vont arriver et vont aussi, je dirais, puiser l'inspiration et pouvoir se projeter. Se projeter parce qu'il ne s'agit pas d'être seulement dans l'histoire et dans la contemplation de l'histoire, mais au contraire, d'être aussi dans l'invention du futur.

De ce point de vue-là, je veux aussi rendre hommage à Massimo Valsecchi, le propriétaire du Palazzo Butera, qui va accueillir nos résidents en pension, si je puis dire, et qui a à coeur, à travers son oeuvre, de faire en sorte que l'on se projette vers l'avenir.

Faisons un voeu, celui de se projeter, quelque part en juin 2121, et à ce moment-là, les petits-enfants de nos petits-enfants, peut-être visitant ces Cantieri Culturali qui auront évolué, n'évoqueront pas Alexandre Dumas et Goethe mais évoqueront, justement, la grande Juliette et le grand Caner qui, ici aussi, ont trouvé l'inspiration. Et je crois qu'à ce moment-là, cela sera le symbole que l'initiative lancée aujourd'hui avait du sens, qu'elle vient cimenter une amitié avec ce projet.

Ce projet n'est pas hors sol, on l'a vu, à travers l'ADN de Palerme. Au contraire, un projet qui est enraciné dans un sol fertile, le sol de Sicile. Alors, je ne vais pas être beaucoup plus long, mais vous dire que c'est un moment fort en émotion, à titre collectif, parce que c'est aussi le fruit d'un travail mené depuis plusieurs années. M. l'ambassadeur de France, Christian Masset, a suivi cela de près, le traité était en 2019, et aujourd'hui, deux ans plus tard, cela trouve une application concrète. Puis, c'est émouvant à titre personnel, au regard de ce compagnonnage, avec l'OFAJ et du fait que le petit garçon qui a grandi huit ans à l'ombre du Mur de Berlin a toujours à coeur de participer à cette relation franco-allemande, aux côtés du Président et la Chancelière.

Alors, merci pour tout ce qui a été réalisé, plein de bonnes choses aux artistes, et je crois, Monsieur le Maire, que nous aurons bien des occasions de revenir pour s'abreuver aux sources et aux futures sources que vont constituer les oeuvres qui vont naître ici.

Je vous conseille de vous abonner aux comptes Instagram, - je connais celui de Juliette, celui de Caner, pas encore -, car il y a du potentiel. C'est une grande fierté de voir que le continent européen a des ressources, qu'il a comme ressource, comme richesse principale, ces femmes et ces hommes qui construisent l'avenir.


Je vous remercie.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 16 juin 2021