Interview de M. Olivier Véran, ministre des solidarités et de la santé, à France Info le 29 juin 2021, sur le variant Delta du Covid-19, l'importance de la vaccination et la loi sur la procréation médicalement assistée (PMA).

Texte intégral

MARC FAUVELLE
Bonjour Olivier VERAN.

OLIVIER VERAN
Bonjour.

MARC FAUVELLE
Ça fait six semaines que la France a entamé son déconfinement et on voit qu'un peu partout autour de nous, au Royaume-Uni, au Portugal, en Allemagne, en Russie, le variant Delta fait repartir l'épidémie, est-ce qu'on peut encore y échapper ?

OLIVIER VERAN
On peut échapper, d'ailleurs pour l'instant nous y échappons, puisque le taux d'incidence, c'est-à-dire la circulation du virus continue de baisser dans notre pays. On est environ 18 de taux d'incidence, c'est vingt fois moins que ce qu'on a pu avoir, même trente fois moins que certains taux d'incidence qu'on avait pu atteindre dans certains départements. Signe que le déconfinement progressif qui avait été décidé par le président de la République était le bon, dans le bon timing et de la bonne manière, mais ça veut dire évidement qu'il faut qu'on reste vigilant, on n'abandonne pas les gestes barrières, mais ça à nouveau je pense que les Français l'ont bien saisi.

MARC FAUVELLE
On en est où de ce variant aujourd'hui en France ?

OLIVIER VERAN
Le variant Delta représente environ 20 % des nouveaux diagnostics que nous réalisons, donc vous voyez qu'il continue de monter en pourcentage, pas en valeur absolue, puisque comme il y a une baisse de nombre de cas, mais la part de variant Delta augmente, ça ne fait pas augmenter le nombre de cas, mais il devient progressivement dominant, ce qu'il fait d'ailleurs dans tous les pays du monde, puisqu'il est plus contagieux, donc maintenant chacun aussi a bien compris le mécanisme, quand vous avez un variant qui est plus contagieux que l'autre, il le remplace progressivement.

SALHIA BRAKHLIA
Et quand sera-t-il majoritaire chez nous justement ?

OLIVIER VERAN
Je ne peux pas vous donner de date, mais ce qui est sûr, c'est qu'il progresse par rapport aux autres virus, par rapport au variant anglais notamment, qui petit à petit, qui décline plus vite en fait que les autres. Donc il faut qu'on reste encore une fois très vigilant, qu'on se vaccine massivement, ça c'est très important.

MARC FAUVELLE
On va en parler.

SALHIA BRAKHLIA
Cette progression du variant Delta en pourcentage, est-ce qu'elle peut entraîner une quatrième vague à la rentrée, c'est ce qu'on entend chez certains épidémiologistes ?

OLIVIER VERAN
Il y a eu 23000 diagnostics de Covid lié au variant Delta en Angleterre hier, ils sont à 18000 en moyenne, ils étaient tombés à quelques 1000 cas par jour, donc cela nous appelle à l'humilité et à la vigilance, c'est une évidence, il y a des vagues en Russie, vous l'avez dit. J'ai vu que l'Australie reconfine Sidney pour 15 jours, que Singapour renonce à la stratégie zéro Covid, que la Nouvelle Zélande est en train, la Nouvelle Calédonie est en train de revoir aussi ses protocoles sanitaires, ce variant qui est très contagieux évidement il va nous mettre devant plusieurs défis, mais encore une fois aujourd'hui à l'heure à laquelle je vous parle, il a plutôt tendance, le virus, à décliner y compris d'ailleurs dans les Landes où nous nous étions rendus avec le Premier ministre, Jean CASTEX la semaine dernière, nous avons mis en place un plan d'action très fort avec toutes les équipes qui sont mobilisées là-bas pour faire du contact tracing, vacciner de façon massive, on a distribué des milliers et des milliers d'autotests aussi et le taux d'incidence a baissé d'environ 10 % en quelques jours, signe que ce n'est pas, je dirais, il ne faut pas baisser les bras au contraire il faut être très actif partout où on voit des départs épidémiques. Mais nous avions connu ça l'été dernier, j'étais allé en Mayenne, en Guyane puis ensuite il y avait eu les Bouches-du-Rhône à la fin de l'été.

MARC FAUVELLE
S'il y a une nouvelle vague, est-ce qu'elle ressemblera forcément aux précédentes en termes d'hospitalisation et de décès ?

OLIVIER VERAN
Non et c'est d'ailleurs ce que nous nous attendons tous, c'est d'avoir les données anglaises, les pauvres, c'est entre guillemets eux qui sont frappés les premiers, mais d'autres pays aussi où la vaccination a été importante.

MARC FAUVELLE
Il y a très peu de décès pour l'instant au Royaume-Uni.

OLIVIER VERAN
Voilà mais il faut du temps, vous le savez très bien entre le moment où une vague commence et le moment où la vague d'hospitalisation et de décès peut suivre, il faut plusieurs semaines, donc je reste prudent mais la logique voudrait puisqu'on va toutes les études qui le montrent que si vous êtes vacciné, vous pouvez être contaminé, mais vous ne faites pas de forme grave. Entre guillemets ça pourrait ressembler dans quelques mois à ça, quelqu'un qui vous direz, je t'embrasse pas, j'ai le Covid…

MARC FAUVELLE
Une gripette pour le coup.

OLIVIER VERAN
Et ça va, oui j'ai une espèce de petit rhume mais heureusement j'ai été vacciné. Le problème il n'est pas là, le problème il est qu'il y a encore une partie des populations du monde, pas que la France, il faut regarder aussi ailleurs qui hésite ou qui retarde la vaccination et ces gens-là sont particulièrement exposés face à un variant qui est particulièrement contagieux et qui pourrait entraîner un sur-risque sanitaire. Donc c'est vraiment tout l'enjeu. Si on est tous protégés et tous vaccinés, ça ne veut pas dire qu'il y aura zéro circulation du virus mais ça veut dire qu'on aura zéro impact sanitaire et donc on aura zéro impact social, économique, éducative.

MARC FAUVELLE
Zéro impact sanitaire, ça c'est possible ?

OLIVIER VERAN
c'est ce qu'on vise, quand je dis zéro, on sait qu'on a 94, 95 % de réduction des hospitalisations, plus de 80 % de réduction des formes symptomatiques sévères grâce à la vaccination, reste en fait les plus âgés d'entre nous, les gens qui bien que vaccinés sont susceptibles de présenter une forme grave, encore une fois avec un risque fortement réduit par le vaccin, mais quand vous avez 90, 95 ans votre système immunitaire il répond moins bien, donc on a beau vous protéger et d'ailleurs c'est pour ça qu'on envisage de faire une 3e vaccination, un rappel de vaccination à la rentrée pour les personnes âgées dans les EHPAD, peut-être faudra-t-il le faire pour renforcer, pour booster leur immunité.

MARC FAUVELLE
Uniquement pour les personnes âgées ?

OLIVIER VERAN
Uniquement pour les personnes âgées à priori, c'est ce que nous disent les scientifiques que je consulte beaucoup en ce moment.

MARC FAUVELLE
Pas pour ceux qui ont été les premiers vaccinés dès la fin décembre ou début janvier, pas pour les autres Français vaccinés au tout début.

OLIVIER VERAN
Ce qu'on sait pour l'instant si je prends l'exemple d'un quadragénaire au hasard, Marc FAUVELLE, qui est vacciné avec deux doses, si cette personne devait entre guillemets être contaminée par le Covid, déjà le risque est beaucoup plus faible et si cette personne attrape le Covid, le risque de faire une forme symptomatique et encore plus une forme grave est extrêmement marginal. donc en fait le Covid peut passer par vous mais il vous terrasse pas et vous ne l'avez pas de séquelle et vous n'avez pas d'hospitalisation, donc voilà vous avez eu, vous êtes potentiellement porteur .par contre si vous avez 95 ans et que vous avez été totalement vacciné et que le Covid vous chope, si vous vous êtes contaminé au Covid, là vous allez quand même un risque beaucoup plus faible parce que vous êtes vacciné, mais vous avez quand même un risque de quelque chose qui est dur à quantifier, mais d'avoir une forme symptomatique qui peut vous emmener en réa. Ce qu'on a vu d'ailleurs dans l'EHPAD notamment dans les Landes où il y a sur 25 personnes contaminées, 25 résidents, la plupart étaient vaccinés mais ils sont très fragiles parce qu'ils sont très âgés, donc ils ont une immunité qui tient moins longtemps.

MARC FAUVELLE
Ce sont des personnels de cet EHPAD qui les ont contaminés, des personnels non vaccinés ?

OLIVIER VERAN
Ce qu'on me dit c'est qu'il y a eu 6 soignants contaminés dans 5 n'étaient pas vaccinés, 5 n'étaient pas vaccinés et ça c'est, je vois de toute façon que ça monte dans l'opinion et c'est compréhensible, on l'a toujours dit la vaccination ne sera pas obligatoire dans notre pays, d'ailleurs elle n'est pas obligatoire dans aucun pays dans le monde, on incite, on accompagne, on va chercher les gens, on les appelle, on met en place des barnum dans les villes et dans les villages, on suit le Tour de France avec un camion qui vaccine, vous en avez maintenant dans les supermarchés, dans les centres commerciaux, dans les distributions de soupe populaire, dans les milieux associatifs, on vaccine partout. Si les gens qui nous écoutent se disent, allez je me motive ce matin, j'y vais, vous avez 1500 centres qui vous attendent, vous pouvez y aller sans rendez-vous, si vous y allez ce matin en disant je veux me faire vacciner, vous avez toutes les chances d'être vacciné dans les 10 minutes ou le quart d'heure qui suit. Donc on met tout en place et on met des messages explications. Et je crois que tout le monde joue le jeu.

SALHIA BRAKHLIA
Il y a quand même des récalcitrants du côté des soignants notamment.

OLIVIER VERAN
Il y a les récalcitrants, il y a des gens qui ont peur. Il y a des gens qui me disent, j'ai peur de la piqûre. Je leur dis, écoutez vraiment ce n'est pas pour vous faire peur mais entre une intramusculaire qui prend à peu près 2 secondes et qui est très vite oubliée et des soins de réanimation ou alors un Covid qui vous met K-O avec 40 de fièvre au lit pendant 5 jours, voire des séquelles avec de la fatigue qui peut persister pendant des semaines, il y a pas photo. Vous avez des gens qui ont peur du vaccin, là je leur dis, 3 milliards d'injection de ce vaccin ont été faites sur la planète, 3 milliards, plus de 50 millions, 53 millions même en France ont été faites.

MARC FAUVELLE
Mais ça suffit pour vous quand vous voyez les chiffres…

OLIVIER VERAN
Attendez quand on me dit qu'il n'y a pas de recul, c'est la campagne la plus massive et la plus concentrée de vaccination jamais réalisée.

MARC FAUVELLE
Mais vous voyez que dans certains services à l'hôpital ou dans les EHPAD, ça ne suffit plus aujourd'hui à faire monter le taux de vaccination.

OLIVIER VERAN
le taux de vaccination monte encore mais pas suffisamment vite et je l'ai dit mais je le redis bien volontiers, je ne peux pas prendre le risque d'avoir des vagues de Covid dans les EHPAD, d'être obligé de refermer les EHPAD, d'être obligé de dire à des dizaines, des centaines de milliers de personnes âgées qui n'ont rien demandé qu'elles ne peuvent plus voir leurs familles, qu'elles ne peuvent plus sortir et compter les malades et les victimes dans les EHPAD parce qu'il y aurait une peur, qui n'aurait pas pu être combattu et vaincu dans les établissements sanitaires ou médico-sociaux.

SALHIA BRAKHLIA
Et donc ?

OLIVIER VERAN
Et donc je leur dis, oui nous faisons le maximum, j'ai écrit à tous les directeurs d'établissement.

SALHIA BRAKHLIA
Vous aviez déjà écrit une première fois aux soignants.

OLIVIER VERAN
Oui mais ça avait fait monter le taux de couverture, là j'ai écrit aux directeurs d'établissement pour leur dire, mobilisez-vous au sein de votre EHPAD, au sein de votre hôpital. Il y a des EHPAD où on atteint quasiment les 100 % de vaccination des soignants.

SALHIA BRAKHLIA
La vaccination obligatoire pour les soignants dans les EHPAD, c'est non pour le moment ?

OLIVIER VERAN
C'est un travail collectif, c'est un engagement collectif où les soignants à un moment donné se retrouvent et se disent, allez on va faire ce geste-là, on va se vacciner, se protéger et protéger nos résidents. Je ne veux pas montrer du doigt, comprenez-moi…

MARC FAUVELLE
Mais elle vous fait peur aujourd'hui cette vaccination, elle vous fait peur aujourd'hui Olivier VERAN la vaccination obligatoire des soignants, d'autres pays le font sans avoir ces réserves.

SALHIA BRAKHLIA
L'Italie par exemple.

OLIVIER VERAN
Peu de pays le font, il nous faut une loi pour pouvoir aller vers une vaccination obligatoire des soignants et on a donné une date, on a donné la date de septembre, c'est-à-dire qu'on se donne l'été pour que vraiment tout le monde ait eu le temps de faire son choix et de se vacciner, après quoi oui si la vaccination est insuffisante, nous irons vers une vaccination obligatoire. Mais encore une fois c'est pas, c'est loin d'être inédit notre pays, on ne peut pas travailler dans un hôpital si on n'est pas vaccinés contre l'hépatite B. Vous ne pouvez pas prendre l'avion pour aller en Guyane, si vous n'êtes pas vacciner sur la fièvre jaune, enfin il y a rien de très nouveau, mais d'abord ce travail de conviction, ce travail collectif auquel je crois et je ne veux certainement pas pointer du doigt ou incriminer les soignants parce que leur boulot est compliqué, parce qu'ils en ont ras-le-bol, qu'ils ont eu une année qui était très difficile, je leur dis juste la seule manière de nous en sortir et de reléguer le Covid aux oubliettes, c'est de protéger les plus fragiles d'entre nous, ceux qui même vacciner gardent un risque faible, mais garde un risque de décéder ou tu as une forme grave.

MARC FAUVELLE
Olivier VERAN, est-ce que vous envisagez de rendre payants les tests PCR pour les personnes non vaccinées dans le cas des tests dits de confort par exemple, pour monter à bord d'un avion, c'est l'Académie de médecine qui le demande ?

OLIVIER VERAN
C'est une piste qui est à l'étude, pas tout de suite, parce que, actuellement, nous avons besoin encore de tester, et que chacun puisse se faire tester sans frein, c'est aussi l'honneur de notre pays que de faire en sorte qu'il n'y ait aucun obstacle financier pour pouvoir se tester et lutter contre l'épidémie. A terme, lorsque la vaccination aura été proposée à tous les Français et qu'il y aura des personnes qui n'auraient pas encore franchi le pas, se pose la question de savoir si avant d'aller en discothèque, ou avant d'aller dans tel ou tel endroit, avec un test de confort, alors qu'on n'est pas symptomatique et cas contact, si c'est à la solidarité nationale de le prendre en charge, je suis très ouvert à la discussion sur ce sujet, pas tout de suite, mais sans doute en septembre pour nous réfléchir à faire évoluer ces règles, oui ; je pense que les Français le comprendraient.

SALHIA BRAKHLIA
Vous l'avez évoqué rapidement tout à l'heure, certains Français se disent : je vais attendre de me faire vacciner en septembre, avant, je pars en vacances, question simple : est-ce qu'il est possible de se faire vacciner avant de partir à côté de la maison, et puis, se faire vacciner pour une deuxième dose sur son lieu de vacances ?

OLIVIER VERAN
Alors, ce n'est pas la règle, parce qu'il y a beaucoup, par exemple, beaucoup de Franciliens qui vont partir dans le Var au mois d'août, et au mois d'août, les pompiers luttent contre l'incendie, et les médecins, ils soignent les touristes, et donc ils sont très mobilisés, donc ce ne serait pas leur faciliter la vie que de leur demander de vacciner 5 millions de Français bien évidemment. En revanche, personne ne doit être freiné dans sa vaccination parce qu'il serait mobile pendant l'été, mais vous savez…

SALHIA BRAKHLIA
Donc ce sera possible ?

MARC FAUVELLE
Mais à force de dire que ce n'est pas la règle, Olivier VERAN, quasiment personne ne le fait aujourd'hui de crainte de ne pas réussir à trouver de rendez-vous…

OLIVIER VERAN
Si vous êtes vacciné aujourd'hui, eh bien, Marc FAUVELLE, vous me dites : je ne suis pas encore vacciné, mais vous m'avez convaincu, super, vous allez dans un centre à côté de chez vous, vous allez, vous tapez à la porte, bonjour, bienvenue, on va vous vacciner tout de suite. Dans dix minutes, vous êtes de retour à France Info pour faire le flash…

MARC FAUVELLE
Pour la fin de cette interview…

OLIVIER VERAN
Et donc, ça va très vite, et tout ira très bien, vous passerez une bonne soirée ce soir, et vous serez fier de vous, et vous aurez le sentiment d'avoir commencé à vous protéger contre le Covid et d'avoir protégé les autres. Et dans 3 semaines ou dans 7 semaines, vous aurez votre rappel, donc à moins que vous partiez plus de 4 semaines en vacances, ce que je vous souhaite, mais je ne suis pas sûr que ça soit le cas, vous pouvez vous faire vacciner dans le même centre. Maintenant, si vous me dites : eh bien, écoutez, moi, c'est absolument impossible, vous trouverez un médecin, un pharmacien ou un centre qui vous fera votre rappel de vaccination là où vous serez, donc honnêtement, ça ne doit pas être un argument, et l'argument de dire : j'attends septembre pour voir, il n'est pas bon, parce qu'en fait, en septembre, si vous commencez à vous vacciner, vous ne serez pas protégé avant la mi ou la fin octobre. Or, ça sera peut-être une période charnière pour l'épidémie dans notre pays, c'est maintenant, c'est en juin, c'est le mois des vaccins, c'est le mois où on se fait vacciner et où on se protège.

SALHIA BRAKHLIA
Les médecins traitants espèrent le feu vert de la CNIL après-demain, ils ont demandé à avoir accès à la liste des patients non-vaccinés…

OLIVIER VERAN
Oui, ils l'auront.

SALHIA BRAKHLIA
Ils l'auront, vous le dites avant l'avis de la CNIL…

MARC FAUVELLE
Ah, vous avez déjà l'avis de la CNIL ?

OLIVIER VERAN
Je vous le dis, moi, je souhaite ardemment, je demande à la CNIL de me laisser la possibilité d'envoyer aux médecins généralistes la liste des patients, de leurs patients qui ont été vaccinés de manière à ce qu'ils puissent mobiliser ceux qui ne l'ont pas été, et je remercie les médecins, je remercie les pharmaciens, les infirmiers, les kinés, tout le monde, ce n'est pas facile pour eux, je sais qu'ils y passent du temps, ils mobilisent beaucoup d'énergie pour aller convaincre, mais enfin, les Français leur font confiance, donc ce sont des acteurs clés dans cette campagne de vaccination. Encore une fois, on ne pourra pas, je veux dire, imaginons qu'on ait une vague, ce que je ne souhaite pas, mais imaginons qu'on ait une montée de cas à la rentrée, à l'automne de variant Delta ou un autre variant, qui aurait émergé pendant l'été, je crois que les Français ne comprendraient pas qu'on soit amené à se poser la question de refermer restaurants, commerces, etc, parce que 20 % des Français auraient fait le choix de ne pas se vacciner, donc je pense sincèrement que la bataille, elle se gagne maintenant, et la bataille, elle se joue aussi dans chaque foyer, dans chaque milieu professionnel, dans chaque établissement scolaire, dans chaque groupe d'amis, où les uns et les autres doivent pouvoir échanger autour de cette question, rassurer et encourager ceux qui ne l'ont pas été, non pas pour pointer du doigt, l'idée, ce n'est pas du tout de se faire la guerre, mais vraiment de dire : tu n'es pas vacciné, la personne va vous répondre : eh bien, non, tout le monde est vacciné autour de moi, de toute façon, ça ne sert à rien, mais c'est justement là...

MARC FAUVELLE
Vous avez sans doute vu…

OLIVIER VERAN
C'est justement là la faille dans une épidémie, c'est quand quelqu'un n'est pas vacciné dans un groupe, c'est là que le virus trouve encore le moyen de passer.

MARC FAUVELLE
Vous avez sans doute vu l'étude publiée, il y a quelques jours, dans le journal Le Monde, qui dit que les femmes sont plus nombreuses que les hommes à ne pas vouloir se faire vacciner, notamment les femmes les plus jeunes, qui craignent pour leur futur bébé.

OLIVIER VERAN
Si on avait le moindre risque, le moindre risque pour des femmes en âge de procréer, on le dirait, enfin, l'idée n'est pas de mettre en danger les gens, vous l'aurez compris, l'idée de la vaccination, c'est de protéger les gens, encore une fois, 3 milliards de terriens (sic), 3 milliards d'injections, pardon, ont été réalisées sur terre, les chiffres vont continuer de monter, on arrivera à des taux de couverture vaccinale extrêmement élevés, ce n'est pas un sujet franco-français, encore une fois, les questions qu'on se pose, mon collègue espagnol se les pose, les Italiens, vous l'avez dit, ils ont été obligés de rendre la vaccination obligatoire chez les soignants, le collègue allemand se pose les mêmes questions ; on est tous face au même défi : convaincre celles et ceux qui sont encore hésitants.

MARC FAUVELLE
La vaccination des enfants, est-ce qu'elle est sur la table, et ce qu'elle le sera à la rentrée ?

OLIVIER VERAN
Pour les moins de 12 ans, on n'a pas d'étude clinique, et on n'a pas de données validées, donc ce n'est pas un sujet qui est sur la table.

SALHIA BRAKHLIA
Dans une interview au Journal du Dimanche, il y a quelques jours, vous laissez entendre que les malades pourraient être contraints à l'isolement. Comment vous pouvez faire ça ?

OLIVIER VERAN
Alors, d'abord, c'est le cas, vous avez des arrêtés préfectoraux qui sont prononcés lorsque des personnes reviennent de l'étranger par exemple, porteurs d'un variant, il peut être prononcé un arrêté préfectoral qui les maintient à l'isolement. Ensuite, nous faisons évoluer le dispositif d'accompagnement des personnes positives au Covid, notamment lorsqu'ils sont porteurs d'un variant, qui reçoivent des documents de l'Assurance-maladie, mais aussi documents estampillés de l'Etat…

SALHIA BRAKHLIA
Ce sont des recommandations ?

OLIVIER VERAN
Pas que…

SALHIA BRAKHLIA
Un isolement contraint ?

OLIVIER VERAN
C'est-à-dire qu'on les appelle, on les rappelle, on les rappelle, on peut envoyer chez eux des équipes sanitaires ou des médiateurs Covid pour les accompagner et regarder si les choses se passent bien pour eux, vraiment du début à la fin, c'est du…

SALHIA BRAKHLIA
Vous mettez la pression…

OLIVIER VERAN
Ce n'est pas une question de pression, c'est aussi une question d'accompagnement, chacun doit comprendre ça, dans les Landes, vous savez, je vais vous dire, dans les Landes, on était en cellule de contact tracing, et au téléphone, on est avec une personne de 60 et quelques années qui est positive au Covid, qui dit : c'est ma femme qui m'a filé le virus, elle est à 6 mois de la retraite, elle travaille dans une entreprise de matériaux, le patron de la boîte était cas contact rapproché de sa fille qui était positive au Covid, il est quand même venu bosser, et il en a mis dans son entreprise, il a contaminé les salariés, est-ce que c'est acceptable, est-ce qu'après 15 mois d'épidémie, où chacun peut comprendre comment fonctionne le virus, est-ce qu'on peut comprendre qu'il y ait de la mise en danger comme ça des personnes ? Non, donc, il faut, je veux dire, une fois qu'on a passé tous les messages, on accompagne, encore une fois, on coache, on vérifie que personne ne manque de rien, on est là pour aider les gens, pas pour les embêter, il faut aussi vraiment que chacun se saisisse de l'importance de se protéger soi et de protéger les autres.

MARC FAUVELLE
8h50, on va parler de la PMA pour toutes, puisque la loi de bioéthique sera adoptée solennellement aujourd'hui à l'Assemblée nationale. Le « Fil info » tout d'abord avec Mélanie DELAUNAY.

SALHIA BRAKHLIA
Toujours avec le ministre de la Santé, Olivier VERAN. Après 2 ans de débats parlementaires cet après-midi est organisé à l'Assemblée nationale le vote solennel de la loi bioéthique, celle qui autorise entre autres la PMA pour toutes les femmes, à quand les premiers bébés PMA pour toutes ?

OLIVIER VERAN
Le plus vite possible, d'abord ce cet après-midi sauf très mauvaise surprise effectivement l'Assemblée va voter massivement en faveur de ce texte qui ouvre de nouveaux droits. C'était un engagement de campagne du président de la République, il est tenu, à celles et ceux qui considèrent qu'on n'a pas suffisamment débattu, il y a eu 500 heures de débat, imaginez 20 jours, 24 heures sur 24 de débats dans les assemblées parlementaires autour de ce texte. Donc on a débattu de ce texte comme jamais. La loi sera promulguée très vite, il y aura peut-être une saisine du Conseil constitutionnel par l'opposition, je ne sais pas encore. Nous promulguerons la loi très vite et moi j'ai demandé à mes services de travailler en temps masqué pour sortir tous les décrets d'application pour que les premiers parcours de PMA pour femmes seules ou en couples de femmes puissent démarrer le plus tôt possible, en tout cas cette année.

SALHIA BRAKHLIA
C'est quand le plus tôt possible ?

OLIVIER VERAN
Cette année, je le souhaite donc vraiment, tout le monde est mobilisé de toute façon, il y avait beaucoup d'attentes.

SALHIA BRAKHLIA
Avant la fin de l'année.

OLIVIER VERAN
Vous imaginez, il y a des milliers de femmes qui attendaient cela, des milliers de femmes qui chaque année allaient en Espagne ou ailleurs et qui se réjouissent du vote important qui aura lieu aujourd'hui, c'est un beau jour pour notre pays, c'est une réforme sociétale majeure.

MARC FAUVELLE
Est-ce que la PMA pour toutes, c'est la dernière étape avant la GPA, la gestation pour autrui nécessairement ?

OLIVIER VERAN
Il n'y a pas de lien de causalité entre la PMA et la GPA, ce sont 2 sujets qui sont indépendants.

MARC FAUVELLE
Ses adversaires disent à partir du moment où on crée une inégalité puisqu'une femme seule pourra désormais avoir un enfant, une femme seule ou en couple, d'ailleurs on crée de fait une inégalité entre les sexes puisque les hommes ne pourront pas le faire et donc pour répondre à cette inégalité réelle ou supposée, il faudra aller à la GPA.

OLIVIER VERAN
Je rappelle la position gouvernementale, c'est la ligne rouge, donc il n'y a pas de GPA dans le texte, il y aura pas de texte sur la GPA, il y a rien qui est prévu de tel, donc toujours agiter le chiffon rouge etc, ça ne veut pas dire qu'il ne faut pas débattre de ces questions plus tard, peut-être que c'est un débat qui interviendra.

MARC FAUVELLE
Vous, vous y êtes favorable à titre personnel ?

OLIVIER VERAN
Je suis, là-dessus je me garderai bien d'avoir un avis tranché en réalité, de toute façon ce n'est pas un texte qui est sur la table, voilà, donc si c'est quelque chose qui doit venir dans 5, dans 10, dans 15 ans la société évolue c'est ainsi, mais il y a pas de lien du tout de causalité entre la PMA et la GPA, ça ce n'est pas vrai.

MARC FAUVELLE
La réforme des retraites, elle est pour cette année ou pas ?

OLIVIER VERAN
La réforme des retraites, d'abord il y a plusieurs réformes des retraites qui sont possibles.

MARC FAUVELLE
Alors est-ce qu'une réforme des retraites est pour cette année ?

OLIVIER VERAN
Ensuite il est important, je considère que, je suis ministre des comptes sociaux, nous avons un déficit de 38 milliards d'euros cette année et j'ai envie de dire qu'aujourd'hui ne vous demandez pas ce que le la Sécurité sociale peut faire pour vous, elle a fait beaucoup, demandez-vous ce que vous pouvez faire pour elle, c'est-à-dire comment conforter notre modèle social, comment faire en sorte que s'il y avait des crises économiques ou des ou des crises sanitaires dans les années ou décennies à venir nous soyons suffisamment forts encore avec un système de sécu suffisamment fort, il a montré toute sa puissance, c'est de Sécu qui à protéger vos emplois, qui a protégé les commerces, il n'y a pas un restaurant qui ferme, les commerces ont rouvert, le pays reprend sa vie j'allais dire comme avant la crise, tous les tests, tous les vaccins sont gratuits. Cette prise en charge là, elle a un coût pour notre Sécu, donc il est aussi important que collectivement en responsabilité nous faisions les choix qui nous permet de la consolider et de la conforter. Ça passera, vous l'avez compris, en tout cas, c'est mon opinion à un moment donné de toute façon par une réflexion sur comment faire en sorte de rembourser une partie des dettes et surtout conforter ce modèle social dans la durée.

MARC FAUVELLE
Et donc travailler plus…

OLIVIER VERAN
Alors est-ce que ça doit prendre la forme d'une disposition à court terme…

MARC FAUVELLE
Plus longtemps d'une manière ou d'une autre ?

OLIVIER VERAN
A long terme, est-ce que c'est dans ce mandat ou dans le prochain, en tous les cas moi je vous le dis, en responsabilité, si je vous disais autre chose je considère qu'à un moment donné, on n'augmentera pas les impôts, ça c'est certain, c'est un engagement qui a été pris, donc les Français ne doivent pas imaginer que ça, ça va se traduire par des hausses d'impôts. En revanche la question de la durée du travail…

SALHIA BRAKHLIA
Mais est-ce que ça passe par le recul de l'âge, voilà.

OLIVIER VERAN
La question de travail, elle se pose pour équilibrer nos finances publiques. Maintenant je n'ai pas d'annonce à vous faire, d'ailleurs il ne me revient pas d'en faire et je n'ai pas la compétence retraite dans mon portefeuille ministériel.

MARC FAUVELLE
Mais si c'était 64 ans par exemple l'âge légal de départ à la retraite, on ne vous retrouverez pas dans la rue à manifester avec les opposants.

OLIVIER VERAN
Je vous dis, je suis très attentif à ce que notre Sécurité sociale reste aussi forte après notre passage qu'avant que nous soyons arrivés, après la crise qu'avant la crise. Et je ne tiendrai jamais un discours populiste ou démago consistant à dire ce n'est pas grave dans 10 ou dans 15 ou dans 20 ans les gens paieront. Donc d'une façon ou d'une autre, il faut que nous soyons à la fois fiers de notre modèle social et que nous en soyons les garants, que ce soit par ce type de réforme ou par une autre.

SALHIA BRAKHLIA
Vous avez voté au second tour des régionales, Olivier VERAN ?

OLIVIER VERAN
J'ai voté au second tour des régionales, bien sûr. Je n'ai pas mis de photo si c'est votre question.

SALHIA BRAKHLIA
C'est vrai vous avez mis une photo au premier tour.

OLIVIER VERAN
Parce que j'étais avec mes enfants et que je leur consacrais un peu de temps et que je n'avais pas envie d'être entouré avec des gens voilà, mais j'ai voté bien sûr.

MARC FAUVELLE
Pour qui, dans votre région qui est celle de Laurent WAUQUIEZ où La République En Marche n'était pas présente.

OLIVIER VERAN
Aux départementales il y avait…

MARC FAUVELLE
Non ma question était plutôt sur les régionales.

OLIVIER VERAN
Il y avait deux très bons binômes et j'ai fait un choix.

MARC FAUVELLE
Et aux régionales ?

OLIVIER VERAN
Aux régionales j'avais le choix entre la droite dure de Laurent WAUQUIEZ, j'ai affronté Laurent WAUQUIEZ pendant 6 ans à la région, donc je ne pouvais décemment pas voter pour lui et il y avait la gauche dure …

SALHIA BRAKHLIA
L'union de la gauche.

OLIVIER VERAN
D'une candidate écolo qui était très très alliée à la France insoumise et moi qui vient de la gauche et qui vient d'une gauche modérée, je suis très opposé au concept d'alliance entre la gauche et l'extrême gauche parce que je pense que la gauche se perd, elle se noie, d'ailleurs on voit aux élections qu'elle a été plus forte là où il était tout seule avec Carole DELGA notamment que lorsqu'elle faisait des alliances qui n'ont rien à voir avec la pensée de la gauche…

SALHIA BRAKHLIA
Et donc vous avez voté pour qui ?

OLIVIER VERAN
Eh bien j'ai voté blanc, voilà donc j'ai fait ce choix, je suis allé voter en citoyen mais je ne me suis pas prononcé entre l'extrême gauche et la droite extrême.

MARC FAUVELLE
Emmanuel MACRON vient de dire au magazine Elle qu'il allait conserver Jean CASTEX à Matignon pour les mois ou les semaines qui viennent. Est-ce que parfois vous vous dites que vous en avez marre de vous occuper uniquement de la santé et que d'ici à la fin du quinquennat vous aimeriez bien un jour vous occuper d'autres choses.

OLIVIER VERAN
Je ne m'occupe pas que de la santé, je m'occupe des Solidarités, Marc FAUVELLE, et qui est un très bel élément mon portefeuille ministériel, moins visible parce que le Covid écrase tout et que quand je fais un déplacement au Secours populaire ou à Emmaüs, les caméras viennent, mais ne me posent des questions qui sur le Covid et ne retiennent pas le déplacement. On lutte contre la pauvreté, on a fait plus de 3 milliards d'euros de dons, d'aides directes aux familles les plus précaires. On a fait là un 4e en voie de masques réussi, j'en parlais avec le patron de la Poste hier soir nous étions à Versailles pour le sommet Choose France pour investir en France et nous menons une politique de solidarité dont je suis très fier, qui est à l'honneur de notre pays.

SALHIA BRAKHLIA
Vous vous voyez ministre ?

MARC FAUVELLE
Pour répondre à ma question…

OLIVIER VERAN
Qui lutte contre la pauvreté et donc je, pardon reposez-moi votre question.

SALHIA BRAKHLIA
Vous vous voyez ministre des Solidarités et de la Santé jusqu'à la fin du quinquennat ?

OLIVIER VERAN
Alors un, ce n'est pas à moi de décider. Deux : je suis en pleine forme, si c'est votre question. Trois la mission n'est certainement pas terminée et c'est un honneur immense que de servir son pays. Je suis un passionné de santé publique et de solidarité, donc je n'aspire pas autre chose que de pouvoir continuer dans ma mission.

MARC FAUVELLE
Merci à vous Olivier VERAN.

OLIVIER VERAN
Merci à vous.

MARC FAUVELLE
Et bonne journée.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 29 juin 2021