Interview de Mme Elisabeth Moreno, chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes, à France Inter le 30 juin 2021, sur le forum Génération Égalité et les engagements du Gouvernement en faveur des droits des femmes.

Texte intégral

NICOLAS DEMORAND
Je salue ici en studio Elisabeth MORENO, Anne-Cécile MAILFERT, bonjour.

ELISABETH MORENO
Bonjour

ANNE-CECILE MAILFERT
Bonjour à toutes et à tous.

NICOLAS DEMORAND
Et merci d'être à l'antenne d'Inter. Je salue aussi Hillary CLINTON, bonjour Madame.
Dites-nous, pour commencer, Elisabeth MORENO, quel est l'objectif de ce forum, à quoi va-t-il servir réellement, par-delà la prestigieuse photo de famille ?

ELISABETH MORENO
Au-delà de la prestigieuse photo de famille, comme vous dites, je pense que la crise sanitaire a montré que 26 ans, 26 ans après la conférence de Pékin, aucun pays dans le monde aujourd'hui n'atteint l'égalité des droits parfaite entre les hommes et les femmes, aucun pays, et vous voyez, il a fallu attendre 26 ans, comme si on pouvait attendre 26 ans qu'il y ait une COP 21, jamais ça ne serait arrivé. Mais pour les droits des femmes, qui sont fondamentaux, eh bien, nous avons attendu que ce multilatéralisme en actes arrive, et moi je suis extrêmement fière qu'aujourd'hui la capitale parisienne soit la capitale de la génération égalité.

LEA SALAME
Elisabeth MORENO, les femmes ont été en première ligne pendant la crise du Covid, elle l'a dit Hillary CLINTON, et c'est vrai qu'on l'a souvent répété, ce sont elles qui ont payé le prix le plus économique social et personnel le plus lourd. Alors que la France entre aujourd'hui dans la dernière phase du déconfinement, quel est l'état des lieux, y a-t-il eu une régression cette dernière année et demie des droits des femmes, Anne-Cécile MAILFERT, la dernière fois que vous êtes venue à ce micro-là, vous avez dit qu'il y a une régression, qu'on est au bord d'une régression au niveau des années 80 sur la condition féminine en France. Quel est votre état des lieux à vous ?

ELISABETH MORENO
Moi, je ne porte pas ce regard, évidemment, je comprends que l'analyse de Anne-Cécile, mais je voudrais quand même dire, vous savez, c'est la première fois dans un quinquennat qu'en quatre années on vote quatre lois pour protéger les femmes, c'est la première fois dans notre pays qu'on se dit : non, un homme qui frappe sa femme ne peut pas garder l'autorité parentale sur ses enfants, un homme qui tue sa femme ne peut pas garder l'autorité parentale sur son enfant, parce qu'il ne peut pas être un bon père, on ne peut pas faire des violences à la mère de ses enfants et considérer qu'on est un bon père. On a mis en place les bracelets anti-rapprochement, on a mis en place les téléphones Grave Danger, on a multiplié par 60 % le nombre de places d'hébergement pour accueillir les femmes qui devaient fuir le foyer où elles étaient en danger, on a saisi les armes lorsque c'était nécessaire pour protéger les femmes ; je pense qu'on peut honnêtement dire qu'en quatre années, énormément de choses ont été faites, mais on part de loin, on part de très, très loin, l'année dernière, il y a eu plus de 102 femmes qui sont mortes sous les coups de leur conjoint ou de leur ex-conjoint, aujourd'hui, nous travaillons d'arrache-pied au quotidien pour réduire encore ce nombre, je pense que nous voyons les femmes qui malheureusement meurent, mais on ne voit pas toutes les femmes qui sont sauvées grâce aux associations, comme la Fondation des femmes ou la FNSF, qui luttent sur le terrain au quotidien, et toutes les mesures qui ont été prises par le gouvernement.

NICOLAS DEMORAND
En avril dernier, à ce micro, Anne-Cécile MAILFERT, vous vous étiez étonnée que le mot femme n'apparaisse pas une seule fois dans le plan de relance français de 100 milliards d'euros. Elisabeth MORENO, vous répondez quoi à ça ?

ELISABETH MORENO
Ce que je réponds, c'est que c'est exactement ce pourquoi nous nous battons, et moi, je veux croire qu'il y aura un avant et un après Forum Génération Egalité, pourquoi, parce que pour la première fois, dans ce Forum, il n'y aura pas que des chefs d'Etat qui vont prendre des décisions, et tout le monde va croiser les doigts très fort pour qu'elles soient réalisées sur le terrain, on a décidé de demander, le président de la République a demandé à tous les Etats qui vont participer à cet événement de prendre un engagement ferme qui soit programmatique, législatif ou financier, c'est-à-dire que tous les Etats qui participent aujourd'hui, ils sont peut-être moins nombreux, mais ils s'engagent fermement à prendre des décisions concrètes pour lutter contre les inégalités qui sont faites aux femmes aujourd'hui ; on a décidé que cet événement serait un événement intergénérationnel, j'ai reçu l'association En Avant Toute(s), il y a quelques jours, qui nous a fait des propositions très intelligentes, parce que cette jeunesse ne peut pas être oubliée dans cette lutte contre les inégalités faites aux femmes, on a fait en sorte qu'il y ait des militantes, nous avons des militante turques, nous avons des militantes polonaises, dans des pays où il y a un certain recul…

LEA SALAME
C'est ce que j'allais vous dire, est-ce qu'il n'y a pas deux poids, deux mesures, parce qu'on a vu ce qui s'est passé avec la Turquie d'ERDOGAN, qui s'est retiré de la Convention d'Istanbul contre les violences faites aux femmes, on a vu POUTINE qui a dépénalisé les violences conjugales, il y a ce que vous dites, il y a ce que vous faites, il y a le Forum aujourd'hui, et c'est une bonne chose, mais n'y a-t-il pas des pays qui rigolent doucement ?

ELISABETH MORENO
Mais c'est justement parce que ces pays rigolent doucement, comme vous dites, que le président de la République a raison de réunir publiquement, au niveau international, tous ces pays qui vont dire que nous avons un sujet de valeur, que c'est un sujet de protection des droits humains, et qu'il s'agit de travailler ensemble pour éradiquer ces violences, est-ce que parce que la Turquie décide de se retirer de la Convention d'Istanbul, qui a été signée en Turquie, est-ce que, pour autant, nous devons baisser les bras, au contraire, nous devons redoubler d'efforts, parce que les femmes en Turquie meurent davantage, parce que pendant le confinement, on a constaté qu'elles avaient besoin d'être protégées, et c'est ensemble, je pense, que nous pouvons protéger ces droits universels.

ANNE-CECILE MAILFERT
Donc, oui, moi, je suis d'accord pour qu'on affirme des valeurs, des grands principes surtout face à effectivement des personnes, comme ERDOGAN, qui recule sur la Convention d'Istanbul, comme POUTINE qui depuis 2017 a dépénalisé les violences conjugales, évidemment qu'il faut affirmer des choses, mais on ne peut pas affirmer des choses sans être exemplaire soi-même dans son pays, et à nouveau, la France ne fait que rattraper des retards, elle n'est pas pour l'instant le pays exemplaire que je souhaiterais qu'elle soit.

NICOLAS DEMORAND
Elisabeth MORENO, que répondez-vous ?

ELISABETH MORENO
Ce que je réponds, c'est qu'en termes d'actes, on ne peut pas dire que la France ne progresse pas, on ne peut pas dire ça, ce ne serait pas juste, et vous savez, je crois que s'il y a ces blocs de pays qui rentrent dans un conservatisme totalement inacceptable, il y a aussi des pays qui avancent comme jamais, le président d'Argentine sera là, parce que cet événement, nous nous le menons avec le Mexique et Onu-Femmes, et nous le menons avec plein d'autres pays qui, eux, sont convaincus qu'il faut avancer ; l'Argentine n'a voté le droit à l'avortement des femmes que l'année dernière, donc il y a des…

LEA SALAME
Dans la douleur…

ANNE-CECILE MAILFERT
Et grâce aux associations féministes…

ELISABETH MORENO
Oui, mais ça a été fait…

ANNE-CECILE MAILFERT
Et sans les associations féministes, on n'y arriverait pas…

ELISABETH MORENO
Absolument.

ANNE-CECILE MAILFERT
Ce sont vraiment le point de bascule dans tous les pays, il faut soutenir les associations, c'est ce que nous faisons à la fondation des femmes, mais et je vous invite à – je sais que vous le faites, mais – continuer à vous battre en interne dans votre gouvernement pour que votre budget augmente, parce que c'est grâce aux associations qu'on arrive à changer les choses dans le pays.

LEA SALAME
Madame la Ministre, j'ai une question précise, en 2018, Muriel PENICAUD, alors ministre du Travail, il y a trois ans, avait présenté un plan contre les inégalités de salaires, et elle s'était engagée, elle avait pris l'engagement, ça avait fait la Une d'un grand journal, à la fin du quinquennat, en 2022, l'écart de salaire, qui est toujours de 9 % entre hommes et femmes, à poste égal, sera supprimé, on arrivera à éradiquer cet écart de 9 %, on est quasiment à la fin du mandat, est-ce que vous y êtes parvenue ?

ELISABETH MORENO
Et Elisabeth BORNE porte ce programme encore avec encore plus de volonté, parce que nous voyons l'urgence, Anne-Cécile MAILFERT a parlé de la situation des femmes dans cette période pandémique, elles ont énormément souffert économiquement, et je peux vous garantir que l'une des raisons pour laquelle nous portons avec autant de volonté la loi Rixain-Castaner, c'est pour favoriser cette émancipation économique des femmes, parce que si les femmes ne sont pas libres financièrement, elles continueront de subir ces violences, donc…

LEA SALAME
Et cet écart, vous allez la tenir cette promesse ou non ?

ELISABETH MORENO
Donc quand Hillary CLINTON parle de redonner le pouvoir aux femmes, ça passe par la possibilité qu'elles auront d'être libres financièrement, donc nous continuons de porter cette loi, et, est-ce que nous arriverons à éradiquer totalement cet écart de 9 %…

LEA SALAME
C'était l'engagement…

ELISABETH MORENO
C'était un engagement, vous savez, on a traversé des périodes, il faut aussi constater la réalité, cette crise sanitaire a freiné beaucoup des actions que nous avions mises en place, mais cette loi Rixain-Castaner est une loi qui va faire en sorte que les femmes, les filles, les femmes en situation de précarité, mais également les filles qui n'osent pas aller vers ces métiers des STEM, Sciences, Technologies, numérique, etc, qui sont des métiers qui payent, qui sont des métiers où on va créer le plus de métiers.…

LEA SALAME
Porteurs…

ELISABETH MORENO
Eh bien, que ces métiers-là soient accessibles aux femmes, et nous continuerons de nous battre pour cela.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 1er juillet 2021