Interview de M. Gabriel Attal, secrétaire d'État, porte-parole du gouvernement, à LCI le 1er juillet 2021, sur la campagne de vaccination, notamment des personnels soignants, face à la progression du variant Delta, la réforme des retraites et le "wokisme".

Texte intégral

ELIZABETH MARTICHOUX
Bonjour Gabriel ATTAL.

GABRIEL ATTAL
Bonjour.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous êtes porte-parole du gouvernement, merci d'être sur LCI ce matin. On a compris, le variant progresse très rapidement, ça va continuer, la carte maîtresse c'est le vaccin, c'est le message du gouvernement hier. Une question brûlante, tout de suite Gabriel ATTAL, 57% des soignants ne sont pas vaccinés dans les EHPAD, les maisons de retraite, le gouvernement menace d'en passer par l'obligation en septembre, pourquoi pas maintenant ?

GABRIEL ATTAL
Le Premier ministre va engager des consultations avec les associations d'élus locaux, avec les présidents de groupe parlementaire, dans les prochains jours, justement pour aborder ce sujet avec eux, y compris aborder la question du calendrier. Je pense que, d'abord un message qui est important de passer, c'est que ces tout derniers jours on a vu que les prises de rendez-vous pour les premières injections sont reparties à la hausse, elles avaient marqué le pas depuis plusieurs semaines, c'est ce qu'on constate dans tous les pays qui vaccinent, c'est qu'à partir d'un certain moment on voit qu'il devient plus difficile d'aller convaincre des personnes qui ne se sont pas encore faites vacciner, je pense que ça vaut pour tout le monde, d'ailleurs y compris pour des soignants, là c'est reparti à la hausse. Je pense que, comme vous le disiez, la perspective du variant Delta et le risque d'une quatrième vague, je pense permet aussi un ressaisissement de certaines personnes qui hésitaient à aller se faire vacciner. C'est vrai que quand on est soignant et quand on travaille, notamment dans un EHPAD, au contact de personnes qui sont particulièrement fragiles de la maladie, je pense qu'on a une responsabilité particulière à se faire vacciner. Moi je veux saluer le travail des personnes qui sont dans les EHPAD, qui n'ont pas compté leur dévouement, pas compté leur temps, notamment dans les vagues du virus quand les EHPAD ont été fermés, mais aujourd'hui c'est vraiment cela qu'on leur demande.

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui, ne pas les stigmatiser bien sûr, mais des grandes voix le demandent, le Professeur DELFRAISSY, le Professeur LINA qui était hier soir sur LCI, ils sont tous les deux au Conseil scientifique évidemment. Puisqu'on nous dit, encore une fois, que la quatrième vague est inéluctable, vous nous dites le Premier ministre va discuter, est-ce que ça pourrait être, cette obligation, intervenir plus tôt ?

GABRIEL ATTAL
Oui, je pense que sur le calendrier il n'y a absolument rien de figé, et je pense que tout est possible. Par ailleurs, vous savez que si vous donnez une date à partir de laquelle il faut avoir été complètement vacciné, vous voyez bien que ça nécessite d'anticiper puisqu'il faut deux doses du vaccin plus 15 jours, qui est un temps entre les deux doses, donc de toute façon vous devez donner un peu de visibilité pour que les personnes puissent se faire vacciner dès lors que vous annoncez une obligation.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc il n'est pas exclu que ça intervienne avant septembre, parce que la course contre la montre est engagée ?

GABRIEL ATTAL
Absolument.

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est possible. Vous vous interrogez sur la vaccination obligatoire des Français ?

GABRIEL ATTAL
Vous savez que depuis le début de la campagne de vaccination on a fait le choix de la confiance plutôt que de la coercition, et ça a plutôt très bien marché depuis le début de la campagne, souvenez-vous de ce qu'on nous disait à la fin du mois de décembre, au début du mois de janvier, il y avait une "intention vaccinale" comme on dit, testée dans les sondages, qui était assez faible, aujourd'hui elle n'a jamais été aussi élevée. Il y a un engouement autour de la vaccination qu'on constate depuis plusieurs mois, il y a près de 34 millions de personnes qui ont reçu une première dose, encore une fois les rendez-vous sont encore remontés ces derniers jours, ce qui montre que ça repart bien sur la vaccination…

ELIZABETH MARTICHOUX
10 à 20% !

GABRIEL ATTAL
De 10 à 20%, oui…

ELIZABETH MARTICHOUX
Disait Olivier VERAN.

GABRIEL ATTAL
Alors que ça avait vraiment, ça s'était stabilisé, voire ça avait diminué, donc, voilà.

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui, mais le plafond de verre il existe, en France on l'a atteint manifestement, en tout cas on est passé de 400 000 vaccinations première dose à 170 000, donc c'est un effondrement, on le voit dans les autres pays…

GABRIEL ATTAL
On le constate partout.

ELIZABETH MARTICHOUX
Les certitudes d'hier, Gabriel ATTAL, ne sont pas celles d'aujourd'hui, c'est comme ça depuis le début de l'épidémie, est-ce que le gouvernement pourrait changer d'avis sur la vaccination obligatoire des Français ?

GABRIEL ATTAL
Je vais vous dire deux choses. D'abord, la première chose, c'est qu'on peut continuer à déployer des efforts pour aller convaincre ceux qui ne sont pas vaccinés, c'est ce qu'on fait notamment avec l'Assurance maladie, pour les personnes les plus éloignées, les plus précaires, il y a des initiatives en direction des jeunes, etc.

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est-à-dire des coups de fil personnels, individuels…

GABRIEL ATTAL
Oui, l'Assurance maladie a passé plusieurs…

ELIZABETH MARTICHOUX
…Sécurité sociale va chercher les gens avec les dents, comme on disait pour les élections ?

GABRIEL ATTAL
Oui, plusieurs centaines de milliers de coups de fil qui ont été passés, des courriers qui ont été envoyés pour des personnes ciblées via des fichiers, ça c'est la première chose. On réfléchit aussi à la manière dont on peut mobiliser les médecins traitants, en leur communiquant la liste de leurs patients qui ont été vaccinés, pour qu'ils puissent appeler a appelé les autres, ça c'est la première chose, et la deuxième chose c'est qu'on peut travailler sur des incitations supplémentaires.

ELIZABETH MARTICHOUX
Alors lesquelles, vous en parlez ce matin, quelles incitations ?

GABRIEL ATTAL
D'abord, à partir d'un certain moment la question de la gratuité du test pourra se poser, on a eu l'occasion de le dire avec Olivier VERAN. Aujourd'hui, pour faire un certain nombre d'activités on vous demande un pass sanitaire, dans ce pass sanitaire il faut attester soit d'un test récent négatif, soit d'une vaccination, donc pour une personne aujourd'hui qui ne veut pas se faire vacciner elle peut procéder à un certain nombre de tests, qui sont par ailleurs pris en charge par la Sécurité sociale, on peut imaginer qu'à partir d'un moment cette prise en charge par la Sécurité sociale cesse, ce qui sera assez incitatif pour se faire vacciner, pour le coup gratuitement.

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui, c'est une forme d'incitation par la dissuasion quoi ! Vous nous faites payer, donc…

GABRIEL ATTAL
C'est une incitation. Et puis ensuite, le Premier ministre l'a dit hier…

ELIZABETH MARTICHOUX
Pardon, donc ça pourrait être bientôt terminé la gratuité ?

GABRIEL ATTAL
Là c'est pareil, on a, avec Olivier VERAN…

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous aviez dit à la rentrée.

GABRIEL ATTAL
Oui, un calendrier autour de la rentrée, parce que vous avez aujourd'hui des personnes qui ont commencé à se faire vacciner, qui ont eu la première dose, qui parfois attendent, enfin souvent attendent la deuxième ou attendent les 15 jours après la deuxième pour avoir leur schéma vaccinal complet, si on disait aujourd'hui que le test était payant ça serait les pénaliser un peu in justement parce qu'elles ont fait la démarche d'aller se faire vacciner, et on parle là le plus souvent des jeunes qui ont attendu leur tour, donc qui se sont fait vacciner dans les derniers, qui ont déjà beaucoup payé pendant cette crise, donc voilà, je pense que c'est une réflexion qu'il faut avoir, il faut prendre des décisions assez rapidement.

ELIZABETH MARTICHOUX
Si on pousse cette idée jusqu'au bout, la vaccination exigée pour toute entrée dans des restaurants, des commerces, des musées, des piscines, etc., est-ce que ça aussi ce n'est pas une forme d'incitation ?

GABRIEL ATTAL
Alors, vous savez qu'il y avait eu un débat sur ce sujet dans le cadre du projet de loi de sortie d'état d'urgence sanitaire et que le Parlement avait décidé de limiter l'utilisation du pass sanitaire à un certain nombre de situations, les grands rassemblements, les festivals, les voyages…

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais ça peut évoluer.

GABRIEL ATTAL
Et j'ajoute les discothèques. Il faut que, si des évolutions devaient avoir lieu, il faut que ce soit efficace et que ce soit faisable, c'est-à-dire il faut que ce soit efficace pour convaincre à la vaccination, il faut que ça soit faisable, c'est-à-dire que les personnes qui vous demanderont de présenter votre pass sanitaire puissent le faire de manière opérationnelle. Le Premier ministre, hier, quand il a annoncé la consultation avec les présidents de groupe parlementaire, il a précisément mentionné le périmètre du pass sanitaire comme faisant partie de cette discussion-là, donc on va échanger avec eux sur les différentes possibilités qui existent.

ELIZABETH MARTICHOUX
La petite musique qui monte, vous l'entendez sans doute, enfin on espère, c'est est-ce qu'il est concevable d'imposer à une majorité de Français vaccinés des nouvelles contraintes, si on se prend la quatrième vague, est-ce qu'on ne va pas monter les Français les uns contre les autres, et les Français que vous leur reprocheraient à ce moment-là ?

GABRIEL ATTAL
Moi je le dis, je crains une forme de fracture entre ceux qui auront été vaccinés et ceux qui n'auront pas voulu se faire vacciner, c'est certain. Qu'est-ce qu'on constate dans les pays où il y a une reprise épidémique forte, une quatrième vague liée au variant Delta, que ce soit au Royaume-Uni ou dans d'autres pays ? C'est que majoritairement les personnes qui sont contaminées ce sont des personnes qui n'étaient pas vaccinées, et c'est vrai que si des Français qui ont fait le choix de se faire vacciner devaient avoir une perspective de nouvelles restrictions parce que l'épidémie repart, notamment chez des personnes qui elles n'ont pas voulu se faire vacciner, c'est vrai qu'en termes de cohésion des Français, je pense que ça peut créer des difficultés.

ELIZABETH MARTICHOUX
Il faut mesurer les différents risques des prochaines mesures.

GABRIEL ATTAL
Bien sûr.

ELIZABETH MARTICHOUX
D'ailleurs, par parenthèse, quatrième vague, reconfiner, les personnes vaccinées elles ne seraient jamais reconfinées, par principe ?

GABRIEL ATTAL
J'ai appris, depuis que je suis porte-parole du gouvernement, dans cette épidémie depuis un an, à ne jamais dire jamais et à considérer qu'il y a une part d'inconnu dans cette épidémie qui fait qu'il ne faut jamais rien exclure par principe. Maintenant, ce dont il faut bien avoir conscience c'est que le vaccin protège, le vaccin c'est la liberté, le vaccin protège contre toutes les formes du virus connues aujourd'hui, y compris le variant Delta, selon les dernières études scientifiques, à 90% pour les formes graves, et donc le vaccin c'est notre ticket vers une vie la plus normale possible, le plus longtemps possible. On voit au Royaume-Uni qu'il y a une reprise de l'épidémie très forte, avec le nombre de contaminations qui augmente beaucoup, liées aux variant Delta, pour autant à ce stade on ne voit pas d'impact net sur l'hôpital, on ne voit pas un impact de forme grave très net au Royaume-Uni, donc c'est aussi un signe peut-être, on espère, que grâce à la vaccination on peut avoir des contaminations sans qu'il y ait le même impact sur l'hôpital, qu'on a connu dans les précédentes vagues.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous dites ça, mais il y a toujours des discours anti-vax. Hier Nicolas DUPONT-AIGNAN, sur Sud Radio je crois, a affirmé – enfin, affirmé, c'est une réalité, il faut l'expliquer - que 50 personnes en Grande-Bretagne étaient mortes, bien que vaccinées, et il en déduit que la vaccination ce n'est pas une protection.

GABRIEL ATTAL
Alors d'abord il faut rappeler que tous les vaccins qui ont été autorisés par l'Agence européenne du médicament, et par l'Agence française, l'ont été par des scientifiques indépendants, qu'il y a eu des études cliniques de plusieurs dizaines de milliers de personnes, qu'il y a aujourd'hui dans le monde 3 milliards de personnes qui ont reçu au moins une dose de vaccin, donc si ces affirmations étaient vraies, s'il y avait un risque pour les personnes vaccinées, ça se saurait franchement, et donc oui…

ELIZABETH MARTICHOUX
Et qu'est-ce que vous pensez de ce type de déclarations ?

GABRIEL ATTAL
Je pense qu'il y a des déclarations qui sont totalement irresponsables, qui ne servent qu'à une chose, c'est à faire parler de soi, en l'occurrence c'est le cas pour Nicolas DUPONT-AIGNAN, c'est le cas pour d'autres que je ne citerai même pas, parce que je ne pense pas qu'il mérite une telle audience. Moi ce que je préfère regarder, encore une fois, c'est l'intention vaccinale très forte chez les Français, la confiance très importante, chez les Français, dans le vaccin, on a gagné progressivement ces derniers mois, on le doit notamment aux professionnels de santé qui sont au contact de leurs patients, qui peuvent les informer, communiquer auprès d'eux, et moi c'est ça que je préfère regarder.

ELIZABETH MARTICHOUX
Dernière question très rapide. Le retour à la vie d'avant est-ce qu'elle n'a pas été justement très rapide, trop rapide ?

GABRIEL ATTAL
Vous savez quand j'étais, il y a quelques semaines, sur des plateaux, on me disait d'abord que c'était trop rapide, quand le président a annoncé le calendrier, ensuite que c'était trop lent…

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais c'est normal d'interroger les décisions…

GABRIEL ATTAL
Oui, c'est normal, mais ce que je veux dire c'est qu'ensuite c'était trop lent. On a toujours pris les décisions en fonction de ce qu'on savait de l'épidémie, de ce qu'on pouvait prévoir, et pour être les plus sécurisants possibles vis-à-vis de la sécurité sanitaire des Français. On a aujourd'hui un taux d'incidence qui en dessous de 20, ça a jamais été aussi bas, y compris pour le taux de positivité des tests, depuis un an, c'est un plus bas historique, ça baisse énormément encore à l'hôpital, et donc si on maintenait aujourd'hui des restrictions très importantes dans la vie des Français, je pense qu'ils auraient du mal à le comprendre, maintenant il faut rester extrêmement vigilant, chacun dans notre vie quotidienne, et nous, gouvernement, notre responsabilité c'est d'être vigilant sur le variant Delta.

ELIZABETH MARTICHOUX
Quarante millions de vaccinés fin août, c'est toujours votre objectif, il est atteignable ?

GABRIEL ATTAL
Bien sûr, c'est toujours notre objectif, et d'ici à la fin de l'été, que tous les Français qui l'ont souhaité aient pu être vaccinés.

ELIZABETH MARTICHOUX
Emmanuel MACRON, il en parlera sans doute, il va prendre la parole avant le 14 juillet, ça c'est une chose acquise ?

GABRIEL ATTAL
Le président s'exprimera dans le courant du mois de juillet…

ELIZABETH MARTICHOUX
Avant le 14 juillet.

GABRIEL ATTAL
Moi je n'annonce pas de date…

ELIZABETH MARTICHOUX
Non, non, mais vous pouvez dire que c'est avant le 14 juillet.

GABRIEL ATTAL
Je n'annonce pas de date, mais il s'exprimera, parce qu'on voit bien que notre pays est dans une forme de tournant. On est sorti de la troisième vague de l'épidémie, on espère que grâce au vaccin on en sort durablement, il reste des difficultés économiques importantes, l'économie repart, le plan de relance se déploie, il reste 10 mois pour agir d'ici à la fin du quinquennat, ce qui nécessite de faire un certain nombre de choix politiques, et pour ces raisons le président de la République s'exprimera effectivement.

ELIZABETH MARTICHOUX
Est-ce qu'il va recevoir les partenaires sociaux avant ?

GABRIEL ATTAL
Il s'était engagé juste avant le sommet de Porto, il y a quelques semaines, à les revoir à nouveau au mois de juillet, et donc il les reverra au mois de juillet pour échanger avec eux sur l'ensemble des sujets.

ELIZABETH MARTICHOUX
Alors il y a une coïncidence, le 6 juillet il devait y avoir une réunion justement des syndicats et du MEDEF, ça peut être un cette date, par exemple.

GABRIEL ATTAL
A ma connaissance la date n'a pas encore été fixée et annoncée, mais ça peut, par principe, être à cette date, je n'ai pas d'information sur le sujet.

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais ça peut, par principe, être à cette date. La réforme des retraites elle aura lieu dites-vous, est-ce qu'elle aura lieu avant la présidentielle ?

GABRIEL ATTAL
Ce que je dis justement c'est qu'elle aura lieu et que la question c'est quand, et qu'il y a une décision à prendre. Pourquoi elle aura lieu ? Parce qu'il y a un constat qui est assez largement partagé, qui est que notre système de retraite par répartition n'est pas financé sur le moyen et sur le long terme. Moi je fais partie d'une génération qui entend tous les 4 ou 5 ans qu'elle n'aura pas de retraite parce que le système est en train de s'effondrer, voilà, donc il y a une perte de confiance aussi dans ce système, et donc il y a la nécessité de prendre des mesures et de transformer ce système et de faire en sorte qu'il soit financé à long terme pour que toutes les générations puissent en bénéficier, puisque c'est un trésor pour notre pays. On ne peut pas dire que la crise économique et que la crise sanitaire aient particulièrement renforcé notre système. Le COR, le Conseil d'orientation des retraites, a remis un rapport il y a quelques semaines qui montre un déficit très important, donc il faut prendre des décisions…

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais après c'est les solutions, parce que le devoir travailler plus longtemps il est, dites-vous partagé, pas par tout le monde, et le quand, il y a des désaccords. Les pro-réforme, Bruno LE MAIRE par exemple, qui est un inlassable avocat de mesures avant la présidentielle, dit ne pas remettre à demain ce qu'on peut faire aujourd'hui, c'est une question de responsabilité, vous êtes pour, vous, qu'on aille vite ?

GABRIEL ATTAL
D'abord, vous disiez pro-réforme, on est tous pro-réformes dans ce gouvernement…

ELIZABETH MARTICHOUX
Pro-réforme rapide.

GABRIEL ATTAL
S'il y a un point qui est certain c'est que les réformes elles ont continué pendant la crise sanitaire, sur le climat, sur la haute fonction publique, sur la lutte contre le séparatisme, les réformes elles vont se poursuivre et s'amplifier d'ici à la fin du quinquennat, évidemment – non, mais c'est important de le dire - il n'est pas question de lever le crayon, parce que tous les pays dans le monde sont en train de se lancer dans une bataille de la modernisation, de la relance, pour être, là où on capte le plus de nouveaux talents, de nouveaux investissements, là où ça rebondit le plus fort, et si la France lève le crayon et se met sur pause pendant 10 mois parce qu'il y a une élection présidentielle, on va perdre cette bataille.

ELIZABETH MARTICHOUX
On a bien compris le message politique, la question c'est cette réforme qui a crispé, qui a arrêté la France pendant des semaines, elle ne reviendra pas tel quel évidemment, la question du report de l'âge légal de la retraite c'est une question très conflictuelle, donc est-ce que dans un moment où les Français veulent souffler, être apaisés, est-ce que c'est le bon moment, quel est votre avis ?

GABRIEL ATTAL
Moi ce que je dis c'est que si on constate qu'il y a une reprise de l'économie, qui est réelle, qui permet de donner des perspectives en matière d'emploi, notamment en matière d'emploi pour les seniors, on sait que le taux d'emploi des seniors est un enjeu réel dans notre pays, en Europe, mais dans notre pays singulièrement, si la situation épidémique permet de reprendre, encore une fois, un certain nombre de réformes, moi je suis plutôt favorable à ce qu'on puisse la lancer dès lors que ce sera possible, voilà, mais encore une fois…

ELIZABETH MARTICHOUX
L'annoncer ou la faire ? L'annoncer ou la soumettre au Parlement ?

GABRIEL ATTAL
La lancer, j'ai dit.

ELIZABETH MARTICHOUX
La lancer, pardon… donc la soumettre au Parlement.

GABRIEL ATTAL
Dès lors que ce sera possible ; oui, mais encore une fois, je veux dire il y a une multitude de facteurs qui rentrent en compte, et puis il faudra prendre une décision politique.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc, en ce moment, le président hésite ?

GABRIEL ATTAL
Il y a un travail qui est fait avec les membres du gouvernement, il y a des réunions de réflexion et de travail sur ce sujet-là.

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est une façon de ne pas dire que le président hésite, mon Dieu, mais c'est la réalité, il va arbitrer, mais il pèse le pour et le contre.

GABRIEL ATTAL
En tout cas il y a une décision qui sera prise.

ELIZABETH MARTICHOUX
On ne prête qu'aux riches, vous êtes plutôt salué dans votre travail de porte-parole du gouvernement, vous êtes candidat à reprendre le parti, LaREM ?

GABRIEL ATTAL
Moi je suis candidat à continuer mon travail de porte-parole du gouvernement…

ELIZABETH MARTICHOUX
Allons au-delà de la langue de bois…

GABRIEL ATTAL
Ce n'est pas de la langue de bois, c'est la réalité.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ça veut dire je ne veux pas, ou je ferai ce qu'on me demandera de toute façon ?

GABRIEL ATTAL
C'est la réalité Elizabeth MARTICHOUX, en plus on a un délégué général la République en marche, dont le mandat court jusqu'au mois de décembre, donc à ma connaissance la question ne se pose pas aujourd'hui.

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais vous n'en n'avez pas envie ?

GABRIEL ATTAL
Moi je me sens utile dans mes fonctions de porte-parole, ce n'est pas les fonctions les plus faciles, notamment dans le contexte qu'on vit, je me sens utile…

ELIZABETH MARTICHOUX
Le président a besoin d'un parti, ou d'un mouvement d'ailleurs, pour être candidat ?

GABRIEL ATTAL
Vous savez, Emmanuel MACRON, en 2017, n'était pas le candidat d'un parti politique, il était porté par un mouvement, mais il était le candidat d'un dépassement politique très fort, et je pense que, s'il est candidat comme je le souhaite, ce sera encore le cas.

ELIZABETH MARTICHOUX
Il ne sera pas tout seul. Yannick JADOT, hier soir sur TF1, a confirmé sa candidature, "je suis candidat parce que j'aime la France et je veux la servir", Eric PIOLLE, ça c'est dans le camp des écologistes, on voit bien qu'Anne HIDALGO se prépare, et puis Xavier BERTRAND. Vous multipliez les punchlines dans une interview des "Echos" ce matin sur Xavier BERTRAND, pourquoi, il vous inquiète ?

GABRIEL ATTAL
Moi je réponds aux questions qui me sont posées, en l'occurrence on me demande précisément dans l'interview si Xavier BERTRAND m'inquiète, et ce que je réponds c'est que, je pense que c'est plutôt les Français, et notamment les milieux économiques, les entreprises, qui doivent être inquiètent, quand on regarde ses déclarations, parce qu'on voit que tout est malléable, tout est à géométrie variable, il dit "il y a un problème de pénurie de main-d'œuvre pour nos entreprises", on fait une réforme qui est la réforme de l'assurance chômage précisément pour répondre à ce problème, il dit "il faut reporter la réforme de l'assurance chômage", il dit en permanence que, "on a un Etat qui est omnipotent, qui trop puissant, qui est déraciné des territoires", on fait une réforme de la haute fonction publique précisément pour mieux connecter l'Etat avec nos territoires. Il est contre…

ELIZABETH MARTICHOUX
Il peut faire des constats et ne pas avoir les mêmes solutions que vous. Il peut faire les mêmes constats que vous…

GABRIEL ATTAL
Enfin, je veux dire, on peut faire des constats, c'est bien de faire des propositions, et pas uniquement de rejeter les propositions qui sont faites et qui visent à répondre à ces constats-là, voilà, c'est ce que j'ai dit dans mon interview.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc il est dans quelle logique lui ?

GABRIEL ATTAL
Je trouve qu'il y a, encore une fois, une logique à géométrie variable, et des convictions qui me semblent très malléables et très plastiques, à un moment où on a, au contraire, besoin d'un cap clair et d'actions fermes pour reconstruire et relancer notre pays.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc il n'est pas l'homme de la situation ?

GABRIEL ATTAL
L'homme de la situation c'est Emmanuel MACRON.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ça rime. Vous l'appelez même "plastic Bertrand", voyez, vous allez loin dans la punchline vis-à-vis…

GABRIEL ATTAL
Oui, parce qu'il a des convictions très malléables, il a des positions qui sont tout à fait plastiques, donc oui je dis "ce n'est pas Xavier le réformateur, c'est plastic Bertrand", voilà.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ça c'est fait. Encore trois questions, je voudrais des réponses rapides. Yannick JADOT, une réaction ?

GABRIEL ATTAL
Moi je n'ai pas de commentaire à faire sur les candidatures à la présidentielle, heureusement qu'on est en démocratie et que des personnalités peuvent se déclarer candidates sans que le porte-parole du gouvernement émette un avis sur le sujet.

ELIZABETH MARTICHOUX
Anne HIDALGO, elle fait publié ce matin un appel d'élus, elle a aussi fait évacuer, au titre de Maire de Paris, le jardin Eole dans le nord de la capitale, où se réunissaient des centaines de fumeurs de crack, elle a rendu le jardin aux promeneurs, sauf que les fumeurs sont juste à l'entrée maintenant, sont regroupés, ils errent dans les rues, elle dit "maintenant c'est l'Etat qui doit agir", elle vous renvoie à vos responsabilités.

GABRIEL ATTAL
L'Etat il agit depuis le début et on aimerait qu'elle puisse agir davantage avec nous. Pourquoi ils étaient dans ce jardin les toxicomanes ? Parce que c'est elle qui a proposé qu'ils aillent dans ce jardin, parce qu'on a voulu évacuer la place Stalingrad, donc elle a proposé ce jardin. Je veux rappeler qu'on a quadruplé les opérations de police et les forces de police dans le quartier, il y a 60 CRS qui ont été déployés, donc l'Etat y met les moyens, il est au rendez-vous, on a aussi besoin que la Mairie de Paris nous aide à trouver des solutions opérationnelles où pourront se rendre ces toxicomanes, et on va travailler avec la Mairie de Paris, comme on a le souhait de le faire, sur tous les sujets.

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est une opération, où elle vous oblige en fait à prendre vos responsabilités, elle dit "voilà, regardez, moi je peux les évacuer, mais…"

GABRIEL ATTAL
Encore une fois, on les prend depuis le début en renforçant les forces de police…

ELIZABETH MARTICHOUX
Chacun se renvoie dos à dos et la question n'est pas réglée…

GABRIEL ATTAL
Il y a en moyenne cinq opérations de police par jour dans ce quartier, 60 CRS qui ont été déployés, on a quadruplé les moyens, on est à disposition des collectivités locales pour trouver des solutions, elle dit que du jour au lendemain elle peut trouver une solution, qu'elle a fait des propositions, on attend de voir ces propositions et on sera toujours très ouverts à travailler évidemment sur ce sujet, qui est un sujet grave pour les riverains, je le rappelle, vous avez des gens qui sont en permanence face à des violences et à des personnes qui troublent leur tranquillité publique.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ultime question Gabriel ATTAL. Dans "Elle" ce matin Emmanuel MACRON s'alarme, "je vois la société se racialiser progressivement, la logique intersectionnelle elle fracture tout, je suis du côté universaliste, je ne me reconnais pas dans un combat qui renvoie chacun à son identité et son particularisme, il dénonce le combat de qui ?

GABRIEL ATTAL
Vous voyez bien cette idéologie qu'on appelle le "wokisme" notamment, qui revient à renvoyer chacun à une identité, et finalement au plus petit dénominateur commun entre chacun d'entre nous, et ça c'est à l'inverse de ce pourquoi moi je me suis engagé en politique, de ce à quoi je crois pour la société et pour la République, et donc je rejoins totalement les propos du président de la République.

ELIZABETH MARTICHOUX
Il est porté par qui précisément ?

GABRIEL ATTAL
Vous avez un certain nombre de personnalités qui portent ça, je n'ai pas là à les stigmatiser, mais vous en avez régulièrement ici d'ailleurs sur les plateaux de télévision, ce qui est normal, chacun doit pouvoir exprimer l'opinion…

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est le débat.

GABRIEL ATTAL
C'est le débat, mais en tout cas moi je ne suis pas du tout d'accord avec ça.

ELIZABETH MARTICHOUX
Il avait aussi reconnu dans "l'Express" le privilège blanc, il avait emprunté la formule précisément par ceux-là qu'il dénonce dans "Elle", c'est une nouvelle fois ce "en même temps" qui stabilise beaucoup.

GABRIEL ATTAL
Non, alors si vous me permettez je pense que, il faut la lire l'interview dans "l'Express", elle est un peu plus complexe que cette phrase sortie de son contexte, je pense qu'il y a un moment il faut parler d'un certain nombre de phénomènes, y compris pour y répondre, mais évidemment le président de la République, et vous avez cité son interview de ce matin, est très clair dans son combat universaliste, et tout le gouvernement et la majorité sont derrière lui.

ELIZABETH MARTICHOUX
Chacun jugera. Merci beaucoup Gabriel ATTAL d'avoir été ce matin sur LCI.

GABRIEL ATTAL
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 2 juillet 2021