Extraits d'un entretien de M. Clément Beaune, secrétaire d'Etat aux affaires européennes, à Europe1/CNews le 11 juillet 2021, sur la situation épidémique au sein de l'Union européenne avec la circulation du variant Delta.

Texte intégral

Q - Clément Beaune, bonjour.

R - Bonjour.

Q - Pour la saison IV du COVID-19 qui approche, vous avez joué le rôle de teaser toute la semaine, en invitant, en avertissant, - vous nous direz exactement votre terme - les Français qui n'avaient pas encore réservé leurs vacances à ne pas aller en Espagne et au Portugal. Vos propos ont déclenché une mini tempête touristiquo-diplomatique ; les faits vous donnent-ils raison ? Vous nous le direz dans quelques minutes, on l'abordera en début de cette émission. A-t-on, encore une fois de plus confondu déconfinement et fin de l'épidémie ? Cette série sans fin continue, avec un nouvel enjeu, cette fois-ci, dans le scénario : la vaccination. Au début de l'année, on manquait de seringues pour mettre les Français complètement à l'abri, aujourd'hui on manque de bras : les Français récalcitrants, qui ne veulent pas venir se faire vacciner. Demain, le Président de la République doit dire comment convaincre et peut-être, ne peut-on plus convaincre et maintenant faut-il obliger, en particulier les soignants et d'autres professions à se faire vacciner ? On le voit, le COVID-19 continue de contrôler l'agenda de cette fin de quinquennat, une fois de plus la relance est incertaine, et les jours heureux peut-être remis aux calendes grecques.

Clément Beaune, le variant Delta va-t-il venir gâcher notre été, le professeur Eric Caumes le craint ; pour lui il y a une solution : c'est la vaccination. (...)

La conséquence de cette situation sanitaire inquiétante, Malte vient de décider de fermer ses frontières aux non-vaccinés, le regrettez-vous ? Est-ce que vous le condamnez, même, peut-être ?

R - Non, je ne le condamne pas, mais je dis que la décision qu'a prise Malte est contraire aux règles européennes, et je crois qu'il faut qu'on s'en tienne à notre cadre et l'appliquer pleinement. Ce cadre, c'est celui du pass sanitaire européen. On n'a pas toujours bien réussi à se coordonner en Europe pendant cette crise, il faut le dire, mais pour une fois, là, on a un pass sanitaire, c'est-à-dire un QR code que vous avez sur une feuille de papier ou sur votre téléphone qui est le même partout en Europe et qui vous permet de circuler, c'est important, mais qui vous permet de circuler à une condition : c'est de présenter ce pass avec soit un test, soit un vaccin. Et ce qu'a fait Malte, c'est de ne reconnaître plus que le vaccin.

Cela doit quand même nous alerter sur le fait qu'on voit bien que si la situation se dégrade, les tentations de fermeture, parfois même contraires aux règles, comme nous l'avons vu avec Malte, vont se multiplier.

Q - Malte trouve que le pass sanitaire ne suffit pas. Cela veut-il dire que le pass sanitaire est remis en question ?

R - Non.

Q - Faut-il le repenser et comment faire pour éviter qu'il y ait une contagion et que d'autres pays menacés par le Delta décident, comme cela, de s'en affranchir ?

R - Non, je le dis, je pense que nous avons un cadre européen qui est harmonisé, qui est protecteur et c'est celui-là qu'il faut appliquer.

Q - Oui mais Malte s'en affranchit, vous voyez bien que cela ne fonctionne plus !

R - Nous continuerons cette coordination, pour l'instant, c'est heureusement un exemple isolé.

Q - Peut-on sanctionner Malte, par exemple ?

R - Non, il ne s'agit pas de sanctionner Malte ; ce qui m'intéresse c'est que l'on protège les vacances des Français, des Européens dans de bonnes conditions sanitaires.

Q - Pour que les choses soient claires, appelez-vous Malte à revenir sur sa décision ?

R - Je préférerais qu'ils reviennent sur leur décision, mais je vais vous dire, je préférerais que l'on passe notre semaine qui vient à une chose : c'est que le cadre qui existe soit sécurisé et qu'il soit appliqué. Ce que je veux dire, c'est que le pass sanitaire est une bonne chose, c'est test ou vaccin. Pourquoi ? Parce que pour les jeunes qui, dans beaucoup de nos pays ont aujourd'hui accès à la vaccination mais depuis peu de temps, parfois cela a été compliqué. Même quand en France vous commencez votre parcours de vaccination le 15 juin, vous n'êtes pas toujours vacciné. Et je ne veux pas dire aux jeunes qu'ils sont privés de vacances ; je crois que ce serait injuste et excessif.

Q - Ne risquez-vous pas de vivre, cette semaine, les effets d'entraînement de cette décision ? On entend déjà dans d'autres pays européens la tentation de suivre l'exemple maltais.

R - Deux choses là-dessus : quand je disais que d'abord il faut faire appliquer ce cadre, cela veut dire que les contrôles doivent être extrêmement stricts. Chaque passager de chaque vol, dans chaque aéroport doit être contrôlé au pass sanitaire.

Q - Ce n'est pas le cas aujourd'hui ?

R - Ce n'est pas à cent pour cent le cas, et nous serons donc extrêmement stricts et intransigeants.

Q- En effet vous l'avez fait remarquer récemment d'ailleurs.

R - Nous ferons le contrôle du contrôle, parce que contrôler incombe aux compagnies aériennes dans les aéroports.

Q - En les sanctionnant ?

R - Avec des responsabilités ; elles peuvent être sanctionnées, mais surtout, on vérifiera que chaque vol donne lieu à un contrôle systématique du pass sanitaire. Evidemment, si nous n'appliquons pas l'outil qu'on a, on crée de l'inquiétude et chacun se fait vacciner ou se fait tester avant de partir en vacances, j'appelle chacun à le faire, c'est obligatoire pour circuler en Europe, il faut le contrôler ensuite.

Q - Autre exemple de cavalier seul, la Grèce, qui accepte sur son territoire des personnes vaccinés avec le vaccin chinois ou russe ce qui n'est pas le cas dans le pass sanitaire. Cela aussi n'est-ce pas condamnable ?

R - Condamnable, je ne sais pas, le mot est fort ! Mais on l'a dit, on préfère, on souhaite que les vaccins qui soient reconnus en Europe soient uniquement les quatre qui sont validés. Ce n'est pas une question politique, c'est une question scientifique, par notre Agence européenne des médicaments commune. L'immense majorité des pays européens, il n'y en a que trois qui font différemment, reconnaît uniquement ces quatre vaccins et c'est le cas de la France. Je regrette que la Grèce fasse ainsi, je veux dire aussi que la Grèce, qui avait un système de contrôle qui semblait un peu fragile ces dernières semaines a renforcé ses contrôles systématiquement à l'entrée de son territoire.

Q - Mais faut-il une prise de parole européenne forte pour montrer qu'il y a une coordination qui est cristallisée ?

R - Avec Olivier Véran, tout au long de ces dernières semaines, nous avons fait ces efforts de coordination, qui ont tout de même porté leurs fruits, parce que nous avons le pass sanitaire, et ce n'est pas rien, parce que nous avons, dans l'immense majorité des pays, je pense par exemple au Portugal, à l'Italie qui sont aussi des grandes destinations touristiques seulement les vaccins validés par l'Agence européenne qui sont reconnus.

Je le dis aussi pour rassurer les Français, c'est très important, pour notre propre territoire, on ne rentre pas en France avec le pass sanitaire, si on a un vaccin russe ou chinois, pas parce qu'on discrimine une nationalité, mais parce que c'est ceux-là qui sont sûrs, ce sont les seuls quatre vaccins qui ont été validés par l'Agence européenne.

Q - À propos, cohérence et rassurer les Français : cette semaine, vous avez créé la polémique en déconseillant aux Français de se rendre en vacances en Espagne et au Portugal. Beaucoup d'émotions évidemment dans ces pays. Que dites-vous ce matin ? Les Français peuvent-ils partir en vacances en Espagne et au Portugal ?

R - D'abord je comprends l'émotion, moi je l'assume, je parle de manière directe et j'ai dit les choses, parce que ce sont aussi les faits sur la gravité de la situation. Ce n'est pas pour alarmer, mais pour informer de manière transparente, je crois que c'est mon rôle. Je regrette que cela ait pu créer du stress ou de l'angoisse à un moment où, c'est bien normal, les Français ont envie de partir.

Q - Mais vous persistez quand même dans cet avertissement ?

R - Oui, alors ce que je dis pour être très clair parce qu'il faut détailler un peu.

D'abord, il n'y a pas d'interdiction de voyager, aujourd'hui, en Espagne ou au Portugal, c'est le même cadre pour tous les pays européens. Mais je dis les deux choses : on peut y aller, mais pass sanitaire obligatoire, test ou vaccin et contrôlé.

Q - Le déconseillez-vous ?

R - J'y viens. Il n'y a pas d'interdiction. Le pass sanitaire toujours contrôlé, et de plus je passe un message de prudence, de responsabilité individuelle en disant que oui, ce n'est pas une stigmatisation, une culpabilisation. Les zones, aujourd'hui, c'est un fait, où circule...

Q - Cela sent le recadrage, vous êtes en train de nous expliquer que finalement vous avez parlé un peu trop vite.

R - Non, pas du tout. Moi j'assume complètement d'avoir passé un message d'alerte et de transparence. Vous savez, on m'a reproché à beaucoup de reprises, on nous a reproché d'être parfois trop laxiste sur les frontières. Moi, je ne suis pas un enfermiste, je suis pour la libre circulation en Europe, mais à une condition de sécurité, c'est ce pass sanitaire, et en disant à chacun, moi je crois à la responsabilité individuelle, quand on fait ses choix de vacances, on doit savoir qu'en Espagne et au Portugal, la situation est très préoccupante. D'ailleurs, ces pays-là eux-mêmes le disent, le Portugal a instauré la fermeture de certaines activités en soirée, ils ont pris des mesures parce qu'ils reconnaissent que la situation est difficile.

Je prends simplement un exemple : quand vous êtes vacciné, il n'y a pas de problème, vous êtes protégé, donc vous pouvez aller sans crainte en Espagne ou au Portugal, comme ailleurs.

Quand vous êtes, par exemple, comme beaucoup de gens me l'ont écrit en parlant de leur situation individuelle, et je les comprends, vous êtes par exemple franco-portugais, ou vous avez de la famille au Portugal, que parfois vous n'avez pas vue depuis des mois, je ne vais pas vous dire, vous avez réservé vos vacances, a fortiori si vous êtes vacciné, il faut annuler, je ne dis pas cela. Mais si, par exemple, vous êtes un jeune, - beaucoup m'ont écrit aussi - que vous travaillez au mois de juillet pour payer vos vacances, vous n'avez pas encore choisi avec vos copains là où vous partez en août, eh bien, je dis, éviter plutôt les destinations à risque et choisissez-en une autre. Cela me paraît une décision de responsabilité individuelle.

Q - Pour que les choses soient claires, vous dites à ceux qui ont réservé leurs vacances en Espagne et au Portugal qu'ils peuvent y aller avec les précautions, mais vous dites aussi à ceux qui n'ont pas réservé, à ceux qui n'ont pas encore réservé leurs vacances, choisissez plutôt de rester en France et n'allez pas en Espagne ou au Portugal.

R - C'est un message de recommandation, je pense que plus on appelle à la responsabilité individuelle, plus on est capable d'éviter les contraintes collectives.

Q - Et vous avez le sentiment que justement les faits vous donnent raison puisque dans beaucoup de pays en Europe, on reprend des contraintes et on reprend des mesures de fermeture.

R - Je le crois et moi, j'ai une courte expérience politique et une courte expérience dans mon ministère, mais ce que j'ai vu dans cette pandémie, c'est qu'il faut avoir une colonne vertébrale et une ligne. Moi, je suis pour l'alerte, la responsabilité, des règles, et c'est pour cela que l'on va contrôler le pass sanitaire de manière très stricte.

Et je suis pour que l'on dise les choses. Les gens sont intelligents, ils comprennent bien qu'il y a une pandémie qui n'est pas finie ; on a une arme qui est la vaccination, donc pour être tranquille, pour vos vacances, vaccinez-vous, on a simplifié et élargi l'accès, et ensuite, chacun fait des choix en conscience, mais mon rôle, je le dis de manière cash, je l'assume, c'est de donner les faits et les informations.

Q - Vous dites qu'il y aura plus de contrôles, il y a par exemple la Russie où la situation devient vraiment dramatique, comparée maintenant à celle de l'Inde. Qu'est-ce qui empêche aujourd'hui un Russe d'aller par exemple à Bruxelles, parce que c'est plus facile, de prendre une voiture et de venir en France ?

La coordination européenne, l'harmonisation permet-elle vraiment de limiter la circulation des gens venant de pays très à risque ?

R - Je suis toujours transparent, si vous voulez que je vous dise que c'est le risque zéro, je vous dis que non. On n'a pas cent pour cent des voitures qui circulent en Europe qui seront bloquées où contrôlées. Mais nous avons un certain nombre de contrôles ciblés, beaucoup de pays européens ont renforcé, notamment à l'égard de la Russie, c'est le cas de la France qui l'a classée en rouge, mais beaucoup d'autres pays ont à peu près le même régime.

Q - Pas tous !

R - Pas tous, c'est vrai. Quand on regarde les flux, c'est cela qui est important, les flux aériens sont très limités avec la Russie. Nous contrôlons et nous imposons la quarantaine systématique, et le cas routier de quelqu'un qui est allé de Moscou à Berlin ou à Bruxelles, qui prend sa voiture etc., c'est honnêtement des cas limités, mais nous ferons un certain nombre de contrôles ciblés, pendant les vacances, de test ou de vaccin aussi.

Q- Faut-il renforcer les quarantaines, justement, de ces pays à risque ?

R - Il faut surtout les appliquer de manière très stricte.

Q - Oui, ce qui n'est pas le cas.

R - On l'a décidé, c'est-à-dire, quand vous venez d'un pays rouge, vous avez un contrôle à l'embarquement, un contrôle à l'arrivée, même quand vous êtes vacciné, vous avez un motif impérieux pour venir sur le territoire et la quarantaine.

Q - Il n'y a pas d'isolement. Est-ce que c'est mal appliqué aujourd'hui ?

R - Ecoutez, je n'ai pas vu tous les cas. Je vous le dis très clairement, quand on sait, par exemple le manque de contrôle du pass sanitaire - je le dis, je n'ai pas de problème avec cela - et on renforce les contrôles. La quarantaine, on peut sans doute encore améliorer les contrôles, mais c'est sérieux, j'ai pu le vérifier dans un certain nombre de cas. Cela existe et c'est sérieux. Donc, appliquons bien nos dispositifs, c'est comme cela que nous serons le mieux protégé.

Q - On s'aperçoit, juste avant là de continuer, de s'arrêter quelques instants, on s'aperçoit qu'une fois de plus, on est en train de vivre un été où l'on pensait que l'épidémie était terminée, parce que le déconfinement avait été lancé ; parce que le retour à une vie normale avait été annoncé. Et on est rattrapé par ce virus. En fait, c'est la réalité nouvelle, c'est cela, au fond, le véritable nouveau monde ? Le virus est là en permanence ?

R - Non, d'abord, il faut tout de même regarder avec optimisme la situation. Les chiffres - on a vu la situation de la France - augmentent en nombre de cas, les hospitalisations n'augmentent pas. La vraie grande différence avec les vagues que nous avons connues, et c'est un succès, c'est que nous avons le vaccin. L'arme atomique, si je puis dire, contre le virus, ses formes graves de contamination, c'est le vaccin. Et notre première priorité, c'est de déployer la vaccination. On a simplifié, facilité ; on peut se faire vacciner en deuxième dose sur les lieux de vacances. On peut moduler l'espacement entre les doses pour mieux se protéger. Donc, je dis à tout le monde : foncez, il n'y pas de fatalité. Il y a une pandémie qui est là, c'est pour cela que j'ai alerté, chacun doit prendre ses précautions. Mais nous avons deux armes : d'abord le vaccin, j'y insiste lourdement ; et ensuite, l'esprit de responsabilité de chacun. Cela vaut pour les gestes barrière, cela vaut dans ses choix individuels de vacances. C'est cet esprit de responsabilité dans la vaccination et dans nos gestes du quotidien qui fera que oui, on va vaincre ce virus.

Je ne cherche pas l'alarmisme. Je ne cherche pas à ce que les faits me donnent raison. Je vois qu'il y a une situation difficile et on peut la contrer par le vaccin et la responsabilité.

Q - Et peut-être par l'obligation.

(...)

Q - La reprise est là, les emplois industriels repartent, les relocalisations se multiplient. Tout cela va très vite. Mais la quatrième vague du COVID-19 va aussi très vite. Le Président de la République reprend lui aussi ses allocutions solennelles. Ce sera donc demain.

Q - Oui, Emmanuel Macron a toujours dit qu'il n'obligerait pas les Français à se vacciner. Alors manifestement, il va avancer dans ce sens, notamment pour les soignants. Est-ce qu'il a changé d'avis ?

R - Ecoutez, je ne parle pas à la place du Président de la République. Il annoncera directement aux Français un certain nombre de décisions, d'orientations. Ce que l'on sait, parce que nous l'avons fait de manière transparente, c'est qu'il y a des concertations et des consultations, depuis plusieurs jours avec les professionnels de la santé, avec les élus locaux sur un point spécifique d'abord qui est la potentielle obligation vaccinale personnelle soignante.

(...)

Ce que l'on a vu, aussi, finalement, c'est que l'obligation, si je puis le dire ainsi, est aussi une forme d'incitation. On l'a vu en Italie. On n'est pas les seuls à le faire. En Italie, il y a eu déjà cette obligation vaccinale. Le jour où elle a été annoncée, cela a très fortement augmenté la vaccination.

Q - Sur une population déjà fortement vaccinée, quand il y a l'obligation en Italie pour vacciner les personnels soignants, ils sont déjà à plus de 85% vaccinés. Donc le problème est moindre.

R - Mais nous sommes à un niveau aussi très élevé. Et je pense que l'alerte sur le variant, sur cette possible obligation ces derniers jours a fait aussi que l'attentisme a été moins grand, que certains soignants, spontanément, se sont vaccinés. On a gagné en taux de vaccination. Et l'obligation qui est possible, qui est probable, pour les soignants, pour les personnels exposés, je crois qu'aujourd'hui, c'est une forme d'engagement collectif, légitime, encore une fois, parce que cela vient après avoir organisé la vaccination, après avoir laissé du temps.

(...)

Ce qui s'est passé, par exemple en Catalogne, où il y a eu franchement des dérives, des dérapages, parfois y compris des jeunes Français qui ont fait la fête, - c'est aussi pour cela que j'ai passé ce message d'alerte -, c'est qu'il n'y avait pas de contrôle, pas de pass sanitaire, pas de masque, pas de test. Alors, nous, nous le faisons de manière sérieuse et protectrice.

(...)

Q - 2022, c'est votre année, (...) la France va présider l'Union européenne et que vous êtes en charge, au sein du gouvernement, des affaires européennes. Emmanuel Macron est persuadé, et autour de lui, que c'est un atout pour la présidentielle. Est-ce que c'est un atout ou un boulet d'être à la tête de l'Union européenne pendant une campagne interne en France, vu l'état de la société ?

R - C'est un atout, c'est un défi, c'est une responsabilité. Emmanuel Macron a parlé d'Europe en 2016-2017 comme candidat à la présidentielle, tout le monde ricanait en disant : cela n'intéresse personne quand ce n'est pas franchement rejeté comme thème. On a assumé l'Europe. Et je crois qu'on a transformé l'Europe. Aujourd'hui, l'Europe parle français comme jamais, en trente ans, elle ne parlait français en termes d'idées, de concepts, de réformes. C'est un début. Et cette présidence française de l'Union européenne sera l'occasion de dire tout ce qu'on a fait en Europe : que l'Allemagne accepte que l'on s'endette ensemble pour financer nos investissements, notre relance, ce n'est pas une petite réforme. On nous parle plus aujourd'hui - tant mieux - du travail détaché, du dumping social... Cela existe encore, mais c'est beaucoup moins fort, parce qu'on a réformé le travail détaché. Et je pourrais multiplier encore les exemples sur le climat, par exemple, c'est nous qui avons défini l'ambition européenne de neutralité carbone.

Donc, il y a toutes ces réussites que cette présidence pourrait être l'occasion de valoriser.

Q - Comment parler, le lundi, - et on est sur la ligne des tribunes pro-européennes - et puis le mardi se retrouver face à des Français qui considèrent que l'Europe est un handicap et un adversaire ?

R - Parce que c'est la même chose. L'Europe n'est pas une forme de chapitre final d'un programme ou le dernier mot d'un discours quand on ne sait plus quoi dire. Emmanuel Macron a montré que c'était intrinsèquement lié, l'agenda européen et l'agenda français. Quand vous faites la réforme du travail détaché, vous la faites au niveau européen pour protéger les salariés les plus faibles. On travaille aujourd'hui - ce sera un des grands combats de la présidence française avec Elisabeth Borne - sur un encadrement des salaires minimum, non pas pour baisser le SMIC, au contraire, pour éviter la concurrence fiscale de la Bulgarie, de la Hongrie, de la Roumanie. Ce n'est pas rien.

Et donc, pour moi, c'est la même chose. Il n'y a pas un Emmanuel Macron de Strasbourg ou de Bruxelles et un Emmanuel Macron de Paris, de Clermont-Ferrand, ou de Saint-Etienne. C'est le même programme : libérer/protéger. Et, la protection, elle se fera d'abord par l'Europe. C'est vrai pour le vaccin, c'est vrai pour la relance. (...).


source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 19 juillet 2021