Interview de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie, des finances et de la relance, à France 2 le 19 juillet 2021, sur le passe sanitaire.

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Texte intégral

DAMIEN THEVENOT
Bonjour Jeff, c'est l'heure des " 4 Vérités ", vous avez invité ce matin Bruno LE MAIRE.

JEFF WITTENBERG
Bruno LE MAIRE, le ministre de l'Economie, des Finances et de la Relance est avec nous ce matin.

-Jingle-

JEFF WITTENBERG
Bonjour Bruno LE MAIRE.

BRUNO LE MAIRE
Bonjour Jeff WITTENBERG.

JEFF WITTENBERG
On en a longuement parlé pendant le journal, le projet de loi instaurant notamment le Pass sanitaire, va être examiné aujourd'hui en Conseil des ministres, avant le passage devant le Parlement. Est-ce que vous allez faire preuve de souplesse, alors qu'on l'a entendu, nombre de restaurateurs, de responsables de lieux culturels ou touristiques vous disent que ce sera difficile voire impossible de mettre en place ce Pass sanitaire dans quelques jours ?

BRUNO LE MAIRE
Nous avons écouté tous les professionnels, les restaurateurs, les patrons de bars, les responsables d'hôtels, les responsables de centres commerciaux, pour essayer de trouver le bon équilibre. L'objectif c'est quoi ? C'est protéger la santé des Français. Et qu'est-ce qu'on veut pour la rentrée ? Est-ce qu'on veut le retour à la normale ou le retour au confinement ? Nous, nous nous battons avec le président de la République, avec le Premier ministre, pour qu'il y ait le retour à la normale le plus rapidement possible, ça passe par des règles communes, le Pass sanitaire, ça n'exclut pas de faire preuve de compréhension et d'intelligence collectives.

JEFF WITTENBERG
Des sanctions sévères, 45 000 € en cas d'infraction, c'est ce qui est prévu aujourd'hui, monsieur LE MAIRE.

BRUNO LE MAIRE
Il faut toujours des sanctions quand il y a des règles, sinon elles ne sont pas efficaces. Mais ces sanctions, elles doivent être proportionnées, elles ne doivent pas être excessives. Elles doivent être dissuasives, mais il ne s'agit pas de tomber une fois encore dans l'excès. 45 000 €, ça me semble excessif. Pour être très concret, vous avez un restaurateur, il n'a pas pu installer son Pass sanitaire, ou il est récalcitrant, il faut qu'il y ait une sanction, si jamais il y a un refus d'appliquer des règles qui protègent notre santé…

JEFF WITTENBERG
Il sera inférieur, donc.

BRUNO LE MAIRE
… et il faut que cette sanction, une fois encore, soit dissuasive, pas excessive, 45 000 €, ça me semble excessif. C'est cet équilibre qu'il faut arriver à trouver, ce n'est pas facile. Nous voulons être efficaces, nous voulons faire reculer la pandémie, qui nous menace tous et qui menace notre économie, le retour de la croissance, les emplois, mais il faut le faire en restant rassemblés. Si j'ai un seul message à passer ce matin, Jeff WITTENBERG : restons unis, unis, unis, face à la pandémie.

JEFF WITTENBERG
Bruno LE MAIRE, le Pass sanitaire sera exigé, vous l'avez précisé hier dans une interview à la Presse écrite, dans les centres commerciaux de plus de 20 000 m², mais dans certains endroits, on le sait, on est obligé de traverser simplement les centres commerciaux, notamment pour se rendre dans les transports en commun, où là, sur les courtes distances, le Pass sanitaire ne sera pas obligatoire. Ça veut dire quoi ? Qu'il faudra quand même présenter un Pass sanitaire pour traverser le centre commercial ?

BRUNO LE MAIRE
Ça fait partie des sujets qui restent à discuter. J'ai reçu à deux reprises les responsables des centres commerciaux, déjà nous sommes tombés d'accord pour dire : il faut que la jauge soit élevée, c'est-à-dire qu'il faut prendre les centres commerciaux les plus importants, ceux dans lesquels il y a le plus de brassage de populations, donc ceux qui ont des surfaces supérieures à 20 000 m², c'est 400 centres commerciaux sur 800, donc c'est la moitié seulement des centres commerciaux. Ça représente quand même 30 000 commerces, donc c'est beaucoup de monde qui est concerné. Il faut regarder effectivement ces servitudes de passage, tous les aspects très concrets qui nous restent à examiner avec les centres commerciaux.

JEFF WITTENBERG
C'est-à-dire, qu'est-ce qui pourrait se passer ?

BRUNO LE MAIRE
On poursuit les discussions pour trouver une fois encore, dans l'intelligence collective, les solutions qui sont les plus adaptées. Il faut regarder très concrètement chaque fois quelles sont les situations et quelles sont les bonnes réponses. Où est-ce que par exemple nous allons effectuer le contrôle ? Il y a un consensus qui se dégage pour que le contrôle du Pass sanitaire se face à l'entrée du centre commercial, et pas évidemment à l'entrée de chaque boutique, parce que je le redis, 400 centres commerciaux, c'est 30 000 boutiques derrière. Donc on progresse…

JEFF WITTENBERG
Donc, dans le cas que l'on a évoqué précédemment, où il faut juste traverser…

BRUNO LE MAIRE
Ça fait partie, je vous le dis, ça fait partie des sujets qu'il reste à traiter…

JEFF WITTENBERG
Imaginer des contrôles aléatoires par exemple ?

BRUNO LE MAIRE
Ça fait partie des sujets qu'il reste à traiter, tout n'est pas encore définitivement arbitré. Il y aura aussi une discussion au Parlement, je pense que le Parlement est le lieu aussi qui permet d'améliorer les propositions, pour trouver la solution, je le redis, la plus efficace mais aussi la plus simple pour tout le monde.

JEFF WITTENBERG
Les restaurateurs, qui du fait de l'instauration du Pass sanitaire, les restaurateurs et d'autres professions qui vont perdre du chiffre d'affaires, qu'est-ce que vous leur dites ? Ils seront compensés, ils auront droit au Fonds de solidarité que vous avez mis en place par exemple ?

BRUNO LE MAIRE
Je leur dis une chose très simple, à tous les restaurateurs, tous ceux qui ont encore des contraintes sanitaires, tous ceux qui vont avoir une obligation de Pass sanitaire : nous avons maintenu les aides. Nous avons maintenu le fonds de solidarité, et le fonds de solidarité pour le mois de juin, il ouvre aujourd'hui, le lundi 19 juillet, donc vous pouvez vous inscrire. Je rappelle aussi que nous avons élargi ce fonds de solidarité. Avant, pour y avoir accès, il fallait perd 50% de son chiffre d'affaires. Là, je dis à tous les restaurateurs qui nous écoutent, tous ceux qui travaillent dans les secteurs liés au tourisme : même si vous avez perdu 10, 12, 15% uniquement de votre chiffre d'affaires…

JEFF WITTENBERG
Et que vous allez peut-être perdre à nouveau avec le Pass sanitaire.

BRUNO LE MAIRE
… par rapport à 2019, par rapport à la même période de 2019, vous avez droit au fonds de solidarité et vous avez droit à une indemnisation jusqu'à 40% de votre perte de chiffre d'affaires par rapport à juin 2019, avant la crise. Je redis aussi à tous ceux qui sont concernés, parce que je ne veux pas qu'il ait d'inquiétude. Nous avons protégé pendant 14 mois, ce n'est pas pour laisser tomber les gens, les restaurateurs, les patrons de bar, les patrons de boîte de nuit, les responsables d'hôtel, du jour au lendemain. Je leur dis aussi : nous ferons un point fin août et nous regarderons s'il y a eu effectivement des pertes de chiffre d'affaires liées aux Pass sanitaire, et nous prendrons comme toujours les mesures nécessaires. Nous n'avons laissé tomber personne pendant cette crise, et je le redis avec beaucoup de gravité : nous ne laisserons tomber personne.

JEFF WITTENBERG
Monsieur LE MAIRE, vous venez d'évoquer les boîtes de nuit, les discothèques viennent juste de rouvrir il y a quelques jours, alors que les contaminations au variant delta, c'est le point de départ de toutes ces nouvelles restrictions, touche principalement les jeunes, un cluster vient d'être identifié à Bordeaux là où avait eu lieu une soirée rassemblant beaucoup beaucoup de personnes, est-ce que vous comptez maintenir l'ouverture de ces discothèques dans ce contexte ?

BRUNO LE MAIRE
On a beaucoup travaillé avec les discothèques. On a regardé quelles étaient les mesures les plus adaptées. Nous sommes tous tombés d'accord pour dire : le Pass sanitaire est la bonne formule. A partir du moment où on a trouvé un accord, on tient son accord, et nous, nous voulons tenir notre accord : on laisse les boîtes de nuit ouvertes, avec une obligation de Pass sanitaire, mais cela dit aussi très bien ce qui nous menace si jamais on laisse filer la pandémie, si jamais on laisse filer ce variant delta et si on laisse exploser les contaminations, le risque c'est effectivement de revenir à une situation que nous faisons tout pour éviter, avec le président de la République, le Premier ministre, tout le gouvernement, le retour aux mesures de confinement. C'est ce que nous voulons éviter par-dessus tout, parce que ce serait insupportable pour les Français.

JEFF WITTENBERG
Ces mesures, pourtant, elles ne passent pas toutes seules, dans une partie de l'opinion, les manifestations d'opposants à la vaccination obligatoire des soignants et donc au Pass sanitaire ont rassemblé près de 120 000 personnes dans beaucoup de villes de France. Qu'est-ce que vous répondez à ces personnes qui sont dans la rue, vous avez dit qu'il faut faire preuve de compréhension, mais elles, elles ne vous comprennent pas, elles ne comprennent pas votre argument d'obligation aujourd'hui, vaccinale ?

BRUNO LE MAIRE
Mais il faut expliquer et convaincre inlassablement. Je crois que ça fait partie de la responsabilité politique, surtout dans cette période de crise, il n'y a pas de place pour l'agacement ou pour quelque exagération que ce soit. Il n'y a de la place que pour la conviction, l'explication sans relâche. Le vaccin vous protège, le vaccin prévient des formes graves, le vaccin évite les décès que nous avons connus je le rappelle par dizaines de milliers au cours des mois passés, et moi ce que je regarde aussi c'est que le soutien aux mesures prises par le président de la République, il est massif, et que le soutien au vaccin, qui était assez hésitant il y a encore quelques mois, il ne cesse de progresser dans la population. Il y a un nombre toujours plus important de gens qui vont se faire vacciner, la compréhension de l'utilité du vaccin progresse dans notre société, c'est bien la preuve qu'il faut continuer inlassablement à expliquer et convaincre.

JEFF WITTENBERG
Monsieur LE MAIRE, il y avait des gens qui portaient l'étoile jaune samedi dans les cortèges, parce qu'ils se disent victimes de discrimination comme l'étaient des juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. Qu'est-ce que ça vous inspire ?

BRUNO LE MAIRE
Du dégoût. Le dégoût de plus profond. Autant je dis qu'il faut inlassablement expliquer l'intérêt du vaccin, autant ce mélange des genres et cette confusion des mémoires est révoltante et elle me dégoûte. Je recommande vivement à tous ceux qui ont joué avec ces symboles-là, d'aller écouter le témoignage d'une jeune femme qui maintenant à plus de 80 ans, qui a porté cette étoile jaune, qui a livré un témoignage bouleversant à un de vos confrères, sur ce que ça représentait de porter une étoile jaune à l'âge de 8 ans en France. J'espère que ça incitera ceux qui ont joué avec ces symboles, à s'excuser et à retirer ce genre de geste.

JEFF WITTENBERG
Une dernière question monsieur LE MAIRE : pourquoi un ministre, un de vos collègues, mis en examen, c'est le cas d'Eric DUPOND-MORETTI, peut-il rester membre du gouvernement, alors que depuis des années 90 il y a une jurisprudence qui fait que lorsqu'on est mis en examen, quand on est membre d'un gouvernement, eh bien en démissionne. Pourquoi il y a une exception cette fois-ci ?

BRUNO LE MAIRE
Je ne me suis jamais prononcé sur l'affaire de justice, ni hier, ni aujourd'hui, ni demain, et je ne compte pas déroger à cette règle, c'est le Premier ministre…

JEFF WITTENBERG
Ce n'est pas l'affaire de justice, là, c'est le fait de rester au gouvernement.

BRUNO LE MAIRE
Le Premier ministre a manifesté très clairement son soutien au garde des Sceaux, je pense que tout est dit et qu'il n'y a rien à ajouter.

JEFF WITTENBERG
Merci beaucoup Bruno LE MAIRE.

BRUNO LE MAIRE
Merci beaucoup.

JEFF WITTENBERG
C'est la suite de Télématin.

DAMIEN THEVENOT
Merci messieurs. Bonne journée à tous les deux.

BRUNO LE MAIRE
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 20 juillet 2021