Interview de Mme Nathalie Élimas, secrétaire d'État à l'éducation prioritaire, sur CNews le 29 juillet 2021, sur le protocole anti-Covid des élèves en septembre avec la privation des enfants de 12 ans et plus non vaccinés de sortie scolaire.

Texte intégral

ELIOT DEVAL
Demandez le programme ! Vous avez mis du temps pour comprendre comment sera mis en place le pass sanitaire, ce n'est rien comparé au protocole anti-Covid des élèves en septembre. Les enfants de 12 ans et plus non vaccinés seront privés de sortie scolaire. Les parents crient à l'injustice On vous explique tout dans un instant avec Nathalie ELIMAS, secrétaire d'Etat auprès du Ministre de l'Education nationale, invitée exceptionnelle de cette matinale. Merci Madame la ministre d'être présente sur ce plateau. Bonjour.

NATHALIE ELIMAS
Bonjour.

ELIOT DEVAL
Nathalie ELIMAS, merci. Vraiment il faut qu'on fasse un point parce que là, dites-moi, je n'ai pas bien vu clair. C'est-à-dire que vous allez priver des enfants de 12 ans de sorties scolaires mais on a presque envie de se dire « mais jusqu'où irez-vous ? »

NATHALIE ELIMAS
Alors je lis, j'entends beaucoup depuis hier qu'il y a un nouveau protocole sanitaire. Le ministre de l'Education nationale, Jean-Michel BLANQUER, hier a présenté le protocole, le grand cadre du protocole applicable à partir de la rentrée effectivement avec quatre hypothèses selon la propagation du virus ; ça, c'est très clair. Déjà vous dire que finalement pas grand-chose ne change parce que ce protocole et ses différentes hypothèses elles étaient déjà en application ce protocole et ces différentes hypothèses, elles étaient déjà en application. Ce protocole, c'est quasiment évidemment exception de la vaccination puisque ça, bien sûr c'est nouveau, mais ce protocole il était déjà présenté pratiquement comme tel l'année dernière à la même période. Donc je crois qu'il faut raison garder, la situation est suffisamment anxiogène pour les Français en général, pour les parents parce qu'il s'agit de nos enfants, et donc voilà, il faut rester calme, expliquer les choses avec beaucoup de pédagogie et ne pas surenchérir sur ce qu'il se passe.

ELIOT DEVAL
C'est pour ça que vous êtes là et c'est très important, mais vous ne m'avez pas répondu. La vaccination, c'est juste l'élément essentiel de ce protocole finalement, du nouveau. Pourquoi ?

NATHALIE ELIMAS
C'est l'élément essentiel pour les Français.

ELIOT DEVAL
Pour les Français mais maintenant pour les enfants. Pourquoi ? J'ai un enfant de 12 ans, il n'est pas vacciné. A-t-il le droit de partir par exemple en sorties scolaire ?

NATHALIE ELIMAS
Alors pour les sorties scolaires, on est sur les établissements recevant, accueillant du public et donc la règle qui s'applique c'est la règle de droit commun pour ces établissements : il faut un passe sanitaire. Pour ce qui concerne le pass sanitaire pour les 12 -17 ans, il entrera en vigueur à la fin du mois de septembre. Donc d'ici-là, la question finalement ne se pose pas. Dans les écoles en tout cas effectivement, et je reviens au protocole, dès lors qu'il y a un cas positif dans une classe dans le premier degré en école primaire, la classe sera fermée. Dès lors qu'il y a un cas positif au collège ou au lycée, effectivement les élèves qui sont vaccinés pourront rester en classe, les élèves qui ne sont pas vaccinés effectivement seront isolés au domicile pendant 7 jours. Donc c'est une règle qui vise simplement à protéger le collectif.

ELIOT DEVAL
Et malheureusement de fait, vous créez une différence entre un enfant de 12 ans qui n'est pas vacciné et un enfant de 12 ans vacciné.

NATHALIE ELIMAS
Encore une fois, la règle, ce n'est pas de créer une distorsion, ce n'est pas de vouloir mettre de côté les uns ou les autres, c'est vraiment de protéger le collectif enfants. J'ajoute quand même une chose, si on regarde la situation dans son ensemble, les Français vont massivement se faire vacciner. On est à plus de 50 % de la population qui est vaccinée. Les foyers de contamination, on le sait, sont surtout intra-familiaux et donc plus il y a d'adultes vaccinés, moins il y aura d'enfants contaminés. Donc tout ça est une règle, finalement est un cercle assez vertueux que nous mettons en place. Eh oui, en effet, à ce stade les élèves qui ne sont pas vaccinés seront isolés. Alors vous allez me dire que c'est fortement incitatif : en effet, c'est une incitation forte mais je rappelle aussi que ce protocole - parce que je vois depuis hier que c'est le protocole Blanquer - ce n'est pas le protocole Blanquer. C'est un protocole qui a été construit, discuté, bâti avec les autorités sanitaires, avec le ministère de la Santé, avec le ministère de l'Education nationale…

ELIOT DEVAL
Avec les parents d'élèves ? Avec les syndicats de professeurs ?

NATHALIE ELIMAS
Ils ont été informés préalablement.

ELIOT DEVAL
Ce n'est pas ce qu'ils nous disent.

NATHALIE ELIMAS
Le protocole a été mis en ligne avant l'intervention du ministre et puis, comme toujours, il y a eu beaucoup de dialogue social, vous savez, pendant toute cette année parce qu'on est… Il y en a en général, il y en a en général au ministère de l'Education nationale mais cette année en particulier parce qu'on est dans un temps très exceptionnel. Et d'ailleurs, je précise que nous recevrons encore les partenaires, les organisations syndicales la dernière semaine d'août, parce qu'on sera là au plus près de la rentrée. On aura une vision très claire à l'instant T de la situation sanitaire dans le pays, ce qui nous permettra alors de faire les derniers ajustements. Et des questions il y en a beaucoup et on le sait.

ELIOT DEVAL
Nathalie ELIMAS, je rappelle que vous êtes secrétaire d'Etat chargée de l'éducation prioritaire. Il y a un autre cas pratique un cours de baisse en extérieur à la piscine par exemple, là aussi c'est même contexte que pour les sorties scolaires ? Mon enfant qui n'est pas vacciné ne pourra pas faire son cours d'EPS à l'extérieur.

NATHALIE ELIMAS
Alors vous me parlez soit du cours d'EPS à l'extérieur qui se tiendrait dans l'établissement…

ELIOT DEVAL
Non, à l'extérieur c'est-à-dire à la piscine ou…

NATHALIE ELIMAS
Les sorties scolaires, toutes les sorties scolaires qui sont en dehors de l'école, la règle c'est effectivement celle du droit commun. Et dans les établissements recevant du public, la règle c'est la présentation du Pass sanitaire. Et de manière générale, ce qu'il faut retenir aujourd'hui, c'est que les élèves qui ne sont pas vaccinés, dès lors qu'il y aurait un cas positif dans la classe, seraient isolés.

ELIOT DEVAL
J'ai en revanche une autre question : un jeune de 16 ans, il peut se faire vacciner sans l'accord parental, on est d'accord. En revanche…

NATHALIE ELIMAS
Pas encore, pas tout à fait encore.

ELIOT DEVAL
Bientôt.

NATHALIE ELIMAS
Le texte, c'est issu effectivement du texte sur le Pass sanitaire qui a été adopté la semaine dernière, on attend la décision du Conseil constitutionnel le 5 août, et effectivement à partir du 9 août on peut considérer qu'un jeune de 16 ans…

ELIOT DEVAL
C'est le principe.

NATHALIE ELIMAS
… pourrait aller se faire vacciner sans l'autorisation de ses parents.

ELIOT DEVAL
Et un enfant qui a entre 12 et 15 ans, qui a des parents qui sont anti-vax, qu'est-ce qu'on lui dit à cet enfant ?

NATHALIE ELIMAS
Alors, là aussi il y a une évolution qui est issue du texte, puisque cet enfant entre 12 et 15 ans, désormais, enfin si le texte bien sûr est validé encore une fois par le Conseil constitutionnel, cet enfant aurait besoin alors d'une seule autorisation parentale pour aller se faire vacciner.

ELIOT DEVAL
Si les deux sont contre, c'est ça la difficulté. L'enfant de 12 ans on va lui dire : écoute, tes parents ils ont peur de vacciner, ils ne veulent pas, voilà. Donc à cause de ça tu ne vas pas pouvoir t'amuser avec tes copains en sorties scolaires, tu ne vas pas pouvoir faire du sport en extérieur, aller à la piscine par exemple. C'est ça qui va se passer en septembre ?

NATHALIE ELIMAS
Ça c'est la responsabilité des familles.

ELIOT DEVAL
Mais l'enfant, il y est pour quoi ? C'est ça aussi.

NATHALIE ELIMAS
Mais c'est la responsabilité des familles. A un moment donné il faut savoir, enfin, l'idée aujourd'hui, j'espère que tout le monde l'a bien compris, c'est de lutter contre la propagation du virus, c'est de faire vacciner massivement les Français pour ralentir, voire même pour endiguer le virus. Regardez ce qui se passe en Grande-Bretagne. Massivement vaccinés, eh bien on est dans l'inversion de la courbe, aujourd'hui on est dans la décrue. C'est exactement l'objectif vers lequel on tend, et donc la règle et le principe aujourd'hui effectivement c'est celui-ci.

ELIOT DEVAL
Vous avez des questions Georges FENECH ?

GEORGES FENECH
Oui, Madame la Ministre, indépendamment de ce qui peut choquer effectivement sur une discrimination dont l'enfant finalement n'est pas responsable, ce sont les parents qui décident à sa place, il y a deux questions concrètes que se posent beaucoup les enseignants notamment, d'abord comment l'établissement, l'enseignement va-t-il savoir que tel ou tel enfant est vacciné ou pas, qui l'en informe ? Et deuxième question, à partir du moment où l'enseignant reste dans sa classe, en présidentiel, comment va-t-il assurer en distanciel pour ceux qui n'y sont pas ? Comment va-t-il se dédoubler ? Ce sont des questions concrètes qui sont soulevées depuis hier.

NATHALIE ELIMAS
Absolument. Donc sur le premier point relatif à l'information, nous sommes en train de travailler sur cette question. Alors, je rappelle que de manière générale, quand on inscrit son enfant dans un établissement, vous savez on remplit déjà une fiche sanitaire, avec des informations vaccinales, BCG etc. Donc ça ce n'est pas non plus une nouveauté, parce qu'on a l'impression de faire quelque chose de totalement extraordinaire, mais ça existe déjà, comme d'ailleurs la vaccination obligatoire chez les jeunes, chez les enfants, ça existe déjà. Donc il faut vraiment reposer le débat dans le calme. Donc nous travaillons monsieur sur ces questions, et justement ces discussions de fin août devraient permettre d'apporter précisément la réponse. Sur la question de l'enseignement distanciel, présentiel. On l'a malheureusement éprouvé beaucoup ces derniers mois, donc on est si je puis dire un peu rodé, notamment « ma classe à la maison », le CNED etc., on a les outils. Les enfants, les élèves, collégiens, lycéens, qui seront isolés à la maison, pourront suivre leur cours à distance, et là il y a plusieurs modalités. Alors, évidemment chaque professeur a un peu la possibilité de s'organiser comme il le souhaite, mais j'entendais qu'il serait parfaitement impossible d'installer des webcams dans les classes, et puis aussi j'ai entendu hier, on a soulevé une question intéressante sur le droit à l'image des enfants. Mais vous savez, c'est simple, dès lors que le professeur est à son bureau, s'il a un ordinateur en face de lui, sur le système de visio classique, ça peut fonctionner.

ELIOT DEVAL
Mais vous êtes sûre que les enfants ont tous un ordinateur aujourd'hui ?

NATHALIE ELIMAS
Ensuite, sur les ENT, on peut avoir des cours, des fiches pardon, qui permettent de suivre leur cours. Non, tous les enfants ne sont pas équipés encore, vous avez raison, mais on a largement progressé, et là dans mon champ ministériel, je peux vous dire que j'y ai beaucoup travaillé et beaucoup contribué. Globalement quand même, dans les collèges, on a travaillé avec les conseils départementaux, dans les lycées on a travaillé avec les régions, les élèves sont dotés d'outils informatiques. Alors c'est vrai qu'on a eu la problématique de la connexion, là quand on a fermé les écoles, on a un petit bug informatique, et là j'attire aussi un petit peu le regard sur les régions qui gère justement les ENT, parce que je sais que certains présidents, présidentes de région sont déjà en campagne pour les primaires ou pour les présidentielles, eh bien il faudra qu'ils soient particulièrement vigilants, parce que c'est un point qui relève des collectivités.

ELIOT DEVAL
Une dernière question. Pourquoi ne pas avoir rendu tout simplement la vaccination obligatoire pour tous ? Afin d'éviter qu'un enfant qui est vacciné, un enfant qui n'est pas vacciné, n'aura finalement pas la même rentrée scolaire.

NATHALIE ELIMAS
C'est un débat, j'ai envie de vous dire que ce débat pour l'instant il est, enfin il est clos. On a les parlementaires, les députés, les sénateurs ont débattu pendant des heures la semaine…

ELIOT DEVAL
60 heures.

NATHALIE ELIMAS
60 heures exactement. Le Pass sanitaire entre en vigueur avec un calendrier, la vaccination elle est rendue obligatoire pour les personnels soignants par exemple, elle ne l'est pas pour les professeurs, parce qu'ils se font vacciner très massivement. Les Français vont se faire vacciner, on est à plus de 50 % de la population, j'étais moi-même dans un centre de vaccination lundi matin dans ma circonscription, et je peux vous dire qu'il y avait foule et la queue sur le trottoir.

ELIOT DEVAL
Et les 12/17 ans, on sait la couverture vaccinale des 12/17 ans, on la connaît ?

NATHALIE ELIMAS
La couverture vaccinale des 12/17 ans, à l'heure où on se parle, elle est d'environ 20 %. Il reste encore 6 semaines, là il y a encore tout le temps des vacances scolaires pour se faire vacciner. Et puis au-delà, puisque le Pass sanitaire pour les 12/17 ans entrera en vigueur fin septembre. Donc encore 2 mois.

ELIOT DEVAL
Bon, merci beaucoup Nathalie ELIMAS.

NATHALIE ELIMAS
Merci à vous.

ELIOT DEVAL
Secrétaire d'Etat chargée à l'Education prioritaire. Une dernière question Madame la Ministre. Rassurez-nous, vous n'allez pas séparer la cour de récré entre les vaccinés et les non vaccinés quand même.

NATHALIE ELIMAS
Je trouve votre question assez délicate. Il n'est pas question de séparer ou même encore de trier, comme j'ai pu le lire hier.

ELIOT DEVAL
On parlait d'évincer hier.

NATHALIE ELIMAS
Non mais vraiment, il faut être sérieux, on n'évince pas, on isole. On met à l'isolement des élèves, comme on met aujourd'hui, comme on isole aujourd'hui finalement, on invite les gens à s'isoler, dès lors qu'ils sont positifs. Ça n'est rien de plus que ça. Il faut être vraiment très vigilant sur les termes Les mots ont un sens.

ELIOT DEVAL
Oui, bien sûr. Dont « évincé », c'est pour ça que je vous posais la question.

NATHALIE ELIMAS
On les isole.

ELIOT DEVAL
Merci beaucoup Madame la Ministre.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 30 juillet 2021