Interview de M. Alain Griset, ministre chargé des petites et moyennes entreprises, à RMC/BFMTV le 31 août 2021, sur le passe sanitaire et les aides aux entreprises.

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Texte intégral

APOLLINE DE MALHERBE
L'invité du 07h40, c'est vous, Alain GRISET. Bonjour. Vous êtes le ministre délégué en charge des PME et des TPE. On va parler des aides, mais d'abord du Pass sanitaire, puisque c'était officiel hier : obligation du Pass sanitaire pour les employés de tous les lieux qui accueillent du public. Vous aviez promis de faire preuve de souplesse. Est-ce qu'en effet il y a eu de la souplesse ou est-ce qu'il y a eu des conflits ?

ALAIN GRISET
Bonjour Apolline de MALHERBE. En tout cas, il y a de la souplesse dans les contrôles S'il y a contrôle, ça sera pédagogique, pas de sanction pendant une semaine, de façon à ce que chacun puisse s'adapter, et qu'au bout du compte, bon, ça ne pose pas de difficulté dans l'organisation de l'entreprise.

APOLLINE DE MALHERBE
Ça ne pose aucune difficulté, vous aviez dit qu'il y aurait encore de la pédagogie, si vous avez rajouté une semaine de souplesse, c'est sans doute que c'était quand même moins facile que vous ne l'imaginiez.

ALAIN GRISET
Eh bien c'est comme on l'a fait au début pour les clients. Je pense que c'est des mesures qui demandent à ce que chacun se les approprie, que dans l'organisation ça puisse se passer sans difficulté, et en tout cas hier je n'ai pas entendu de problèmes majeurs, qui se soient révélés pour la première journée.

APOLLINE DE MALHERBE
Donc, premier bilan satisfaisant. La question des aides bien sûr, la fin officielle du quoi qu'il en coûte, même si ce que nous disait Emmanuel LECHYPRE tout à l'heure, c'est qu'au cas par cas et il va y avoir des aides qui vont se poursuivre, est-ce que vous n'avez pas le sentiment quand même de les laisser tomber un peu trop tôt les entreprises ?

ALAIN GRISET
Eh bien écoutez, en tout cas depuis le mois de mars 2020, on s'est adapté au fur et à mesure, et le résultat est quand même très positif, en termes d'entreprises, en termes d'activité économique. Aujourd'hui, ce qu'on constate, c'est qu'il y a 99% d'économie qui fonctionne normalement, 99%. Ce qu'il y a, c'est quelques secteurs dans lesquels on voit, pas d'ailleurs des secteurs complets, on voit par exemple dans les hôtels, dans les restaurants, il y a des endroits où ça marche très très bien, et puis il y a des endroits où c'est plus compliqué. Donc ce qu'on souhaite, c'est avoir des aides qui arrivent vraiment là où c'est nécessaire, là où on imagine que là il y a une difficulté, qu'on constate les difficultés.

APOLLINE DE MALHERBE
On va élargir à la question de ces aides, qui est concerné et comment les aider. Mais vous disiez à l'instant, 99 % des secteurs ça va bien, il y en a où ça coince. Carl nous a appelés, il est avec nous en ligne depuis Cornillé, vous êtes en Ille-et-Vilaine. Bonjour Carl.

CARL
Bonjour Apolline, bonjour Monsieur le Ministre. J'aurais juste une petite question : pourquoi après un an et demi, encore stigmatiser nos entreprises avec une jauge de 75%, pour au minimum 2 mois ?

APOLLINE DE MALHERBE
Je précise que vous êtes gérant de discothèque Carl.

CARL
Tout à fait. Tout à fait Apolline, parce que là le souci il est qu'une discothèque de 100 personnes, que vous soyez 75 ou 100 sur la piste de danse, c'est la même chose, on n'a plus de distanciation, donc j'aimerais bien avoir une explication sanitaire à ce choix.

APOLLINE DE MALHERBE
Monsieur le Ministre.

ALAIN GRISET
Bonjour Carl. Bon, vous savez, les discothèques, j'y ai beaucoup travaillé pour qu'on puisse trouver le dispositif permettant d'ouvrir les discothèques. Je remercie ceux qui ont ouvert, ils ne sont pas très nombreux, mais ceux qui ont ouverts ont vraiment beaucoup travaillé pour que ça se passe bien. Bon, la question de la jauge est une question qui est en débat avec le ministère de la Santé, où il y a déjà eu des explications la semaine dernière. Pour l'instant, le ministère de la Santé maintient cette jauge de 75%, bon voilà, c'est une disposition propre aux discothèques pour l'instant, mais qui à tout moment peut être revue.

APOLLINE DE MALHERBE
Au-delà de la question des discothèques, est-ce que les secteurs comme le secteur de la culture, on sait que les cinémas par exemple souffrent beaucoup de ce Pass sanitaire, ils disent que 50% de moins de chiffre d'affaires par rapport à ce qu'ils imaginaient, ce qu'ils pouvaient espérer en cette saison, est-ce que là aussi les aides seront au rendez-vous ?

ALAIN GRISET
Nous avons eu une réunion hier avec Bruno LE MAIRE et Roselyne BACHELOT, on a reçu l'ensemble du monde de la culture. C'est vrai qu'on a vu au cinéma, à l'entrée du Pass, une forte chute. Il y a eu un rebond, il y a une semaine il y a eu à peu près une différence de 1% en termes de spectateurs, mais on voit bien que c'est un peu compliqué. Donc il y aura le…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais, comment vous allez faire, pardon, là, regardez, vous nous dites, alors il y a eu 2 semaines où ça a été difficile, donc on imagine et j'essaie de dessiner une courbe avec mon doigt, c'est-à-dire on imaginait 2 semaines où ça descend, et puis ensuite ça remonte un peu ; mais ça n'arrive pas tout à fait au même niveau. Comment vous allez faire, non seulement pour distinguer les entreprises qui ont besoin d'aides, de celles qui n'en ont plus besoin, et ensuite au sein de ces entreprises qui ont besoin d'aides, besoin d'aides à un moment particulier, peut-être une semaine particulièrement difficile en fonction des annonces, et puis une semaine moins difficile, comment on fait ?

ALAIN GRISET
Non, tout d'abord, nous on pense que l'histoire des difficultés liées au Pass, ça va se tasser en gros. L'ensemble des Français va s'habituer au dispositif, et au bout du compte l'activité va reprendre.

APOLLINE DE MALHERBE
Je vous trouve bien optimiste.

ALAIN GRISET
Oui, en tout cas c'est ce que l'on pense et ce que l'on espère constater. Ensuite, en ce qui concerne les aides, il va y avoir au mois de septembre, le fonds de solidarité, comme au mois d'août. Et puis à partir du mois d'octobre, on passe non plus au Fonds de solidarité mais aux frais fixes, et là aux frais fixes, c'est entreprise par entreprise. Donc il y a un dispositif qui va permettre à ceux qui sont en difficulté, de pouvoir bénéficier de la différence entre les charges et les recettes, et donc d'une compensation des frais fixes pour les moins de 50 salariés, jusqu'à 90%, et pour les plus de 50 salariés, 70%.

EMMANUEL LECHYPRE
Mais alors, comment ça va se passer concrètement ? Parce qu'on a vu que pour les dispositifs comme le Fonds de solidarité, par exemple, c'était assez rapide, c'était assez simple, et les indemnisations arrivaient assez vite. Là, manifestement, vous donnez l'impression de vouloir être extrêmement pointilleux, extrêmement sélectifs. Est-ce que ça ne va pas être très compliqué pour les entreprises d'obtenir justement ces soutiens ?

ALAIN GRISET
Non, ce que l'on souhaite maintenant, c'est vraiment avoir des aides qui aboutissent à ceux qui sont vraiment en difficulté, et qu'il n'y ait pas, je veux dire comme on l'a fait au Fonds de solidarité, un versement quasi automatique. Donc, nous reconnaissons qu'il y aura des délais différents. Le fonds de solidarité c'était quelques jours, aujourd'hui sur les frais fixes c'est plusieurs semaines. Donc nous avons demandé à la Direction des finances publiques d'essayer de regarder si on peut un peu simplifier, pour les plus petites entreprises, les justificatifs, pour être plus rapide, mais sans aucun doute ça sera plus long, puisqu'il y a des traitements individualisés.

CHARLES MAGNIEN
Il y a eu les aides versées, et puis maintenant il y aura la question du remboursement des fameux PGE, Prêts Garantis par l'Etat, est-ce que vous allez, est-ce qu'il y a déjà des dates butoirs ? On sait que la CGPME voudrait étaler au maximum dans le temps ces remboursements. Est-ce que l'Etat va demander le remboursement rapidement ?

ALAIN GRISET
Eh bien moi, j'ai dit à plusieurs reprises que j'étais à titre personnel plutôt favorable à l'étalement. On est pour l'instant sur 4 ans, puisqu'il y a 2 ans de différé. Donc pour l'instant, la règle qui s'applique, c'est 2 ans de différé, c'est-à-dire que ceux qui ont commencé à avoir un prêt en avril 2020, c'est avril 2022, début du remboursement, ensuite il y a une durée de 4 ans. Donc avec Bruno LE MAIRE nous avons dit hier…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais ça pourrait aller plus loin, si on vous entend.

ALAIN GRISET
Avec Bruno LE MAIRE on a dit hier que c'est un sujet sur lequel nous allons regarder, dans les prochaines semaines, avec la Commission européenne, puisqu'il faut d'abord travailler avec la Commission européenne.

APOLLINE DE MALHERBE
Ce rendez-vous social qui a été annoncé hier par les principales organisations syndicales, le 5 octobre prochain, est-ce que vous le redoutez ?

ALAIN GRISET
D'abord, vous connaissez mon parcours, moi je n'ai pas de difficulté à ce que les organisations…

APOLLINE DE MALHERBE
Votre parcours il est aussi syndical, et vous-même vous étiez taxi.

ALAIN GRISET
Voilà…

APOLLINE DE MALHERBE
Artisan.

ALAIN GRISET
Et donc je dis que les organisations syndicales puissent à un moment donné manifester leur opposition, il n'y a pas de difficulté. Bon, par ailleurs, moi je trouve que les partenaires sociaux, depuis un an et demi, ont vraiment eu un travail, qui a été un travail responsable…

APOLLINE DE MALHERBE
On les entend très peu.

ALAIN GRISET
Oui, mais ils ont beaucoup travaillé. Il y a beaucoup de réunions, vous savez, qui se font, ils ont beaucoup été consultés, et je pense que là, sur ce sujet-là, il y a vraiment eu une sorte de consensus général pour aboutir au résultat que nous avons aujourd'hui.

EMMANUEL LECHYPRE
Alain GRISET, il a été dit hier que pour les secteurs les plus en difficulté, il y aurait des plans spécifiques. Alors on pense par exemple aux agents de voyages. Concrètement, qu'est-ce qu'il va y avoir dans ses plans ? Est-ce que ça va être le maintien du fonds de solidarité sous une autre forme ? Ou bien ça va être quoi le contenu de ces plans de soutien ?

ALAIN GRISET
Non, en tout cas, ce n'est pas le maintien du fonds de solidarité, non ce que nous allons faire, là je vais recevoir avec Jean-Baptiste LEMOYNE, dans les prochaines semaines, un certain nombre de secteurs dont on voit qu'il y a une sorte de transformation de modèle, et donc ces transformations de modèle on souhaite les accompagner.

EMMANUEL LECHYPRE
C'est quoi ces secteurs ?

ALAIN GRISET
Par exemple sur le transport, les autocaristes, on a l'événementiel, il peut y avoir peut-être le cinéma sur lequel on voit bien qu'il y a des comportements qui changent, au niveau d'un certain nombre de Français. Donc on va voir avec les acteurs, la façon dont ils voient ces évolutions et la nécessité de pouvoir les accompagner dans ces évolutions, parce que le Covid aura des conséquences sur le comportement des Français.

APOLLINE DE MALHERBE
Et la question elle se pose aussi pour les auto-entrepreneurs. On a une question qui nous parvient à l'instant, d'Isabelle, elle habite à Albi dans le Tarn. Elle a 50 ans, elle est auto-entrepreneur et elle demande comment est-ce qu'en tant qu'auto-entrepreneuse elle peut percevoir les aides au cas par cas ?

ALAIN GRISET
Permettez-moi de vous dire, qu'auto-entrepreneur, c'est un régime fiscal et social, dérogatoire du régime de droit commun, donc ça ne change rien, quel que soit le régime…

APOLLINE DE MALHERBE
Donc elle y a droit, elle peut y prétendre elle aussi, si elle les mérite.

ALAIN GRISET
Mais naturellement, et ils y ont droit depuis le début. Il n'y a pas de difficultés. Celui qui est auto-entrepreneur, c'est parce qu'il n'est pas au régime réel, et ça ne change rien sur la possibilité de bénéficier des dispositifs.

APOLLINE DE MALHERBE
On a aussi de nombreuses questions de la part de gérants de salles de sport qui se plaignent de l'impact du Pass sanitaire, ce sera comme pour les cinémas, vous allez calculer l'impact du Pass ?

ALAIN GRISET
Oui, tout à fait. Bon, j'ai visité une salle de sport il y a quelques semaines à Nice. Alors, il y a l'activité était correcte, la question qui se pose c'est de savoir si les abonnements vont reprendre, comme ils étaient avant. Donc là il y a seulement nécessité pendant plusieurs semaines de regarder exactement s'il y a une reprise. C'est pareil, ce n'est pas faire preuve d'optimisme, mais j'ai le sentiment que les Français auront envie de retourner aux salles de sport. Donc on regardera, ils bénéficieront de tout ce qui concerne les frais fixes.

APOLLINE DE MALHERBE
Je voudrais vous interroger également Alain GRISET sur ce témoignage assez exceptionnel qu'a recueilli Marie DUPIN tout à l'heure, on l'a diffusé à 06h50 sur RMC dans notre rubrique « RMC s'engage pour vous », c'est un auditeur, il s'appelle Grégory, il est employé agricole et il a choisi de prendre un congé parental, c'est tout à fait le droit, ça fait partie des choses auxquelles il peut prétendre, il a 3 enfants et il a eu 2 jumeaux, il a décidé de prendre un an pour s'en occuper, et il a fait face, on l'a entendu, on a diffusé cet enregistrement, il a fait face à une incompréhension de la part de son employé (sic), qui a été jusqu'à l'injure vis-à-vis de lui, et qui lui a fait de mener un véritable enfer. Il a finalement décidé quand même de prendre ce congé parental, mais il a perdu 7 kg, il en a énormément souffert. Qu'est-ce que vous pouvez dire à ceux qui nous écoutent, je parle à la fois des employés et des employeurs, dire aux employeurs qu'ils peuvent trouver des solutions, peut-être, et aux employés, est-ce qu'ils peuvent se tourner vers vous quand ils ont ce genre de difficulté, de décalage entre la théorie et la pratique ?

ALAIN GRISET
Vous savez, on vit souvent sans lorsqu'on est ministre, c'est qu'on essaie de prendre des décisions les meilleures, et ensuite il faut regarder la mise en application. Il peut arriver qu'ici ou là, certaines personnes considèrent que la mise en application, ils la mettent un petit peu, si vous permettez, à leur sauce. Bon. Donc l'objectif, c'est dès qu'il y a des difficultés repérées, c'est de regarder comment on peut accompagner les uns et les autres pour que les choses se passent pour le mieux. On est dans une société dans laquelle, on voit bien, l'après Covid, il faut réapprendre à vivre ensemble et trouver les solutions adaptées, avec quelques des nouveaux modèles qui vont un petit peu à la fois se mettre en place.

APOLLINE DE MALHERBE
Et on l'écoutera d'ailleurs à nouveau à 08h00 tout à l'heure, ce document exceptionnel, cet échange entre Grégory et son employeur. La raison aussi pour laquelle j'ai voulu vous inviter ce matin Alain GRISET, c'est pour fêter ensemble les PME TPE, parce que RMC s'engage vous le savez chaque année, c'est notre grand concours qui s'appelle « Les trophées PME », que j'ai la grande fierté de présenter, et cette édition eh bien elle tombe au moment où les PME en ont particulièrement besoin quand même.

ALAIN GRISET
Eh bien d'abord, vous remercier d'une façon générale, parce que le fait de mettre en avant ces PME, c'est aussi reconnaître le tissu économique français. Je rappelle qu'en France 97% des entreprises ont moins de 20 salariés, et le fait qu'à un moment donné on mette un focus, qu'on distingue ceux qui ont bien voulu concourir et qui ont été sélectionnés, je pense que c'est bien, et ça peut participer à donner envie à l'ensemble des Français de dire : entreprendre c'est quelque chose de possible, il y a des belles réussites, et c'est aussi dans la vie des uns et des autres, la possibilité de pouvoir montrer ses capacités.

APOLLINE DE MALHERBE
Et nous on leur tire leur chapeau justement à ces patrons de PME, de TPE, à tous ces employés qui les font vivre. Le concours des Trophées PME, je vous le rappelle, eh bien les inscriptions sont ouvertes, sont ouvertes jusqu'au 22 octobre, c'est la 12ème édition. Chaque année, ce concours qui porte haut et fort l'engagement des PME qui se bougent, en les récompensant. Alors n'hésitez pas, vous pouvez inscrire votre entreprise, si elle bouscule les règles, si elle met en place des initiatives ambitieuses ou innovantes, eh bien on choisira ou avec un jury parmi 6 prix : artisanale, créative, responsable et durable, jeune pousse, fabriquée en France et transformation. Il y a en jeu 100 000 € d'espaces publicitaires, sur RMC, pour chaque lauréat national. Vous serez avec nous pour aider les PME TPE.

ALAIN GRISET
Avec beaucoup de plaisir.

APOLLINE DE MALHERBE
Merci Alain GRISET d'être venu dans ce studio.

ALAIN GRISET
Merci à vous, bonne journée.

APOLLINE DE MALHERBE
Je rappelle que vous êtes ministre délégué en charge des PME.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 16 septembre 2021