Interview de Mme Bérangère Abba, secrétaire d'État chargée de la biodiversité, à RFI le 10 septembre 2021, sur l'agenda et les enjeux liés au changement climatique et à la préservation de la biodiversité.

Intervenant(s) :

Circonstance : Congrès mondial de la nature de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), à Marseille le 10 septembre 2021

Prononcé le

Temps de lecture 8 minutes

Texte intégral

FREDERIC RIVIERE
Bonjour Bérangère ABBA.

BERANGERE ABBA
Bonjour.

FREDERIC RIVIERE
Vous êtes à Marseille depuis plusieurs jours pour le Congrès mondial de l'Union internationale pour la conservation de la nature, qui touche à sa fin. D'un mot, pour commencer, il faut peut-être rappeler c'est qu'est ce congrès, qui ne bénéficie pas de la même publicité que les grands sommets sur le climat.

BERANGERE ABBA
Eh bien je vous assure que quand je parcours ma revue de presse je me dis que c'est peut-être en train de changer. Nous avons effectivement accueilli, et nous en sommes très fiers, le Congrès mondial de la nature de l'UICN, l'UICN c'est une organisation internationale qui est unanimement reconnue pour ses travaux, ses travaux de mobilisation, à la fois des États, des associations, des ONG, des entreprises, du monde de la finance, sur les questions de préservation de la nature, donc l'UICN émet des listes, des listes d'espèces menacées, des listes vertes de sites exceptionnels pour leur beauté et leur nature préservée partout dans le monde, et participe donc de la mobilisation de la réflexion de ce travail, de ce dialogue multilatéral sur les engagements que peuvent prendre les États pour préserver la nature.

FREDERIC RIVIERE
Ce congrès a donc lieu tous les 4 ans, cette édition touche à sa fin, je le disais, est-ce qu'à vos yeux le bilan de ce congrès est satisfaisant ?

BERANGERE ABBA
Il l'est absolument, d'abord en température ressentie, si j'ose dire, nous avons un très très bel événement, après plus d'une année de distances qui ont effectivement rendu les négociations parfois un petit peu plus difficiles, nous sommes nombreux à nous être retrouvés, que ce soit au niveau international, mais aussi au niveau national, tous les acteurs de la préservation de la nature en France se sont retrouvés pendant 10 jours à Marseille et ça a été un moment vraiment où on se remobilise sur nos enjeux. On est dans un calendrier qui est assez particulier, ce congrès il intervient juste avant la COP15, la COP15 c'est une COP biodiversité, qui doit se dérouler début 2022, cette COP on espère qu'elle sera à la biodiversité ce que la COP21, avec l'Accord de Paris, l'ont été au climat, donc vraiment un moment fondateur, il nous fallait donc cette étape du congrès de l'UICN à Marseille, en France, pour nous mobiliser et définir le mandat le plus fort que la France aura à porter puisque, dans le cadre de cette COP15 biodiversité qui aura lieu en Chine, nous serons, en tant que présidence française de l'Union européenne, ne serons la voix des Européens dans ces négociations internationales.

FREDERIC RIVIERE
Le président de la République qui s'est rendu à Marseille à l'occasion de ce congrès, donc la semaine dernière, a annoncé un Sommet pour l'océan à la fin de l'année 2021, ou début 2022, de quoi va-t-il s'agir ?

BERANGERE ABBA
Alors sur le modèle des One Planet Summit, qui sont des grands moments de concertation, de cohérence, entre différents États et gouvernements, donc au plus haut niveau, sur des prises d'engagements forts, que ce soit en termes de protection, par exemple, des espaces, que ce soit en termes d'engagements budgétaires, de mobilisation de la sphère financière, donc ce sont des moments à la fois politiques, économiques, pour nous mobiliser sur certaines causes environnementales, et le président de la République a donc décidé de dédier un de ces hauts sommets pour le climat, aux océans, au mois de janvier nous en avions tenu un sur la biodiversité, on sait que ce sont des moments, vraiment, où se cristallisent les engagements des différents États, chefs de gouvernement et acteurs de plus haut niveau, sur ces enjeux, ce sont donc en général des moments d'importance.

FREDERIC RIVIERE
Mais on sait que la difficulté n'est pas tant de prendre des engagements que de les tenir.

BERANGERE ABBA
Exactement, c'est exactement pour cette raison que nous avons d'ailleurs, dans le cadre du Congrès mondial pour la nature, il y a quelques jours, tenu une réunion de suivi des engagements du One Planet Summit de janvier, pour vérifier que nous tenions, et que les États, tenaient leurs engagements, leurs objectifs, je confirme que c'est le cas.

FREDERIC RIVIERE
Alors, à propos d'engagements toujours, Emmanuel MACRON en a pris sur ce que l'on appelle les zones protégées, de quoi s'agit-il exactement, comment sont-elles sélectionnées et de quoi sont-elles protégées ?

BERANGERE ABBA
Alors, on a fait le choix en France, puisque… il y a différents niveaux de protection dans les aires, qu'elles soient terrestres ou marines, on a fait le choix en France d'avoir un large panel de dispositifs de protection de ces aires, c'est-à-dire qu'on va faire attention, évidemment, à minimiser, voire même à faire disparaître, et même à restaurer parfois, la nature, si elle a été impactée, si elle a été abîmée, par des activités humaines. Le choix que l'on fait en France, et c'est celui que je porte dans la stratégie aires protégées… c'est celui d'une protection forte, c'est la plus haute ambition, au niveau environnemental, mais qui accepte les activités humaines, et donc nous travaillons vraiment à observer d'abord les impacts de nos activités sur l'environnement, et à trouver ensuite des réponses, et à trouver des moyens, pour permettre à toutes ces activités de coexister, de continuer d'avoir leur place dans une nature, mais une nature qu'elles n'impactent pas et qui est protégée.

FREDERIC RIVIERE
C'est un peu traditionnel, mais les annonces du président de la République à ce Congrès ont été jugées insuffisantes par les associations environnementales, la France, rappelons-le, a été récemment condamnée pour ne pas avoir respecté certains de ses engagements en la matière, est-ce que le président de la République ne se paye pas de mots ?

BERANGERE ABBA
Ecoutez non, je crois que les engagements se lisent, se lisent très clairement, et s'il y a une forme de militantisme demande toujours plus et toujours plus rapide, je crois que ces associations sont dans leur rôle, elles nous challengent si j'ose dire, mais je crois que les trajectoires, je peux vous le dire pour recueillir les avis et les sentiments de tous les acteurs de la biodiversité, l'action de la France elle est saluée, elle est saluée au niveau national, elle est reconnue au niveau international, et puis on a des bilans qui sont clairs. On a démultiplié les moyens dédiés à la biodiversité, que ce soit dans le projet de loi de finances, dans le plan de relance, on n'a jamais eu autant de moyens à disposition, en termes de moyens humains on a recréé des postes, des emplois, dans les aires protégées, on a stoppé, c'est une annonce que j'ai pu faire, avec Barbara POMPILI, cette année, on a stoppé les trajectoires de réduction de schéma d'emploi des opérateurs de la biodiversité en France, c'était quelque chose qui était extrêmement attendu, et c'est un geste fort, parce que, vous le savez, tous les opérateurs de l'État sont censés tenir leurs trajectoires en termes d'effectifs pour participer à la réduction de la dette d'État, nous avons à contenir ces moyens, et le choix, la priorité qui a été donnée à l'environnement, et plus encore à la biodiversité, il est extrêmement fort, il est extrêmement clair.

FREDERIC RIVIERE
Mais enfin, je n'ai pas inventé le fait que l'État a récemment été condamné pour ne pas avoir tenu certains de ses engagements !

BERANGERE ABBA
Alors, il a tenu ses engagements, il s'agit de surveiller des trajectoires et de tenir des objectifs, nous avons vraiment une démarche qui est très volontariste, vous avez vu que la Convention citoyenne pour le climat s'y était attelée, maintenant il faut tenir ces trajectoires, et dans la mise en œuvre, effectivement, avec des croissances d'émissions de gaz à effet de serre, puisque là cette condamnation elle avait lieu sur le climat, on ne parlait pas de biodiversité, sur ces trajectoires il faut effectivement les tenir plus fermement et quand on est en responsabilité il faut le faire dans la concertation et avec un certain degré, je dirais de maturité d'acceptabilité de ces changements qui sont des changements qui sont extrêmement transformateurs, et on a pu voir dans le débat parlementaire, qui avait suivi la Convention citoyenne, que les attentes, l'idéal qui est celui de certains militants, ou certains porteurs de projets très engagés, n'est pas celui forcément du temps de la société, de la maturité de l'adaptation à notre modèle.

FREDERIC RIVIERE
Merci Bérangère ABBA, merci, bonne journée.

BERANGERE ABBA
Merci à vous. Bonne journée.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 15 septembre 2021