Interview de M. Gabriel Attal, secrétaire d'État, porte-parole du gouvernement, à France 2 le 8 septembre 2021, sur le procès des attentats du 13 novembre 2015 et les priorités de la fin du mandat présidentiel.

Texte intégral

CAROLINE ROUX
Bonjour Gabriel ATTAL.

GABRIEL ATTAL
Bonjour.

CAROLINE ROUX
Merci d'être notre invité ce matin. Le procès des attentats du 13 novembre débute naturellement aujourd'hui, nous allons beaucoup en parler dans les journaux ce matin. Le ministre de l'Intérieur a mis en alerte les préfets. Que craignez-vous ?

GABRIEL ATTAL
Bien sûr, c'est un procès hors normes pour une blessure profonde. Ce qui s'est passé le 13 novembre reste gravé dans les cœurs et dans les esprits des Français. Il peut potentiellement y avoir un risque autour de ce procès, et c'est la raison pour laquelle Gérald DARMANIN a souhaité rehausser encore le niveau de vigilance de l'ensemble de nos services, des préfets évidemment, partout sur le territoire, notamment autour des lieux de culte, autour des lieux où se tiendra le procès aussi, avec trois filets de protection autour de ce procès, pour garantir la sécurité. Il faut que la justice se tienne dans la sérénité et dans la sécurité.

CAROLINE ROUX
Alors, c'est un procès pour l'histoire, comme on dit souvent, qui s'ouvre aujourd'hui. Mettez-vous en garde contre l'instrumentalisation politique de ce qui pourrait être dit pendant les audiences ?

GABRIEL ATTAL
On met toujours en garde contre l'instrumentalisation politique…

CAROLINE ROUX
En particulier cette fois-ci, parce que c'est ce sujet-là…

GABRIEL ATTAL
… des attentats terroristes. Moi je pense qu'autour des questions de terrorisme, on a besoin d'unité, on a besoin d'action, on a besoin d'humilité. Moi ce qui me frappe, des années après cet attentat, et à l'occasion de ce procès, c'est que notre pays est resté rassemblé. On aurait pu imaginer face à ce choc que notre pays se divise, se fracture, ça n'a pas été le cas. Ce qui me frappe aussi, c'est qu'on n'a pas changé nos modes de vie, parce que finalement c'est à ça que de s'en prenaient les terroristes, et on a gardé nos modes de vie, on continue à vivre en France avec nos valeurs, et ça c'est extrêmement important. Et puis ce procès il est important pour le pays, parce que jugé le terrorisme c'est le signe de maturité d'un État de droit, et c'est extrêmement important que ce procès se tienne.

CAROLINE ROUX
C'est ça précisément ce que vous attendez de ce procès ?

GABRIEL ATTAL
Oui, je crois, et puis on attend évidemment que les choses soient dites. Je crois que les victimes, les rescapés, attendent aussi de pouvoir s'exprimer, de pouvoir témoigner pour se reconstruire.

CAROLINE ROUX
Anne HIDALGO estime ce matin dans Le Parisien que la menace c'est la sortie de prison pour les terroristes. Les candidats de droite, Xavier BERTRAND, Valérie PECRESSE, Eric CIOTTI, ont les propositions pour renforcer la lutte contre les réseaux islamistes, l'interdiction du salafisme, le fait d'expulser tous les étrangers fichés. On a entendu beaucoup de propositions ces derniers jours, ça sous-entend qu'on n'est pas suffisamment armé contre le terrorisme.

GABRIEL ATTAL
Je vous disais à l'instant qu'on a besoin d'action, d'unité et d'humilité. Pour moi c'est un sujet, la lutte contre le terrorisme, c'est peut-être le sujet par excellence qui peut rassembler les forces politiques. Moi, je ne crois pas une seconde qu'un candidat ou qu'un parti politique souhaiterait ne pas lutter contre le terrorisme, empêcher des attentats, protéger les Français, évidemment, donc toutes les propositions qui sont faites, il faut qu'elles soient regardées à l'aune de leur efficacité. Vous avez évoqué plusieurs enjeux, notamment la question des sorties de prison, éviter les fameuses sorties sèches des personnes qui sont radicalisées, qui sortent de prison. C'est précisément pour ces raisons qu'on a agi, qu'on a adopté plusieurs textes de loi, pour pouvoir surveiller, avoir une surveillance administrative des personnes qui font peser un risque, qui sortent de prison, pour pouvoir les surveiller pendant plusieurs années.

CAROLINE ROUX
Ces candidats de droite font précisément le pari et estiment que la France s'est déportée, que les Français ont un besoin de sécurité, et veulent qu'on leur parle davantage de ces sujets régaliens comme on dit. Ils se trompent, la France n'est pas plus à droite qu'elle n'était lorsque vous êtes arrivés aux responsabilités ?

GABRIEL ATTAL
D'abord, moi je pense que la sécurité ce n'est pas un sujet de droite ou de gauche. D'ailleurs, quand on regarde les études d'opinion, j'ai envie de dire heureusement, les Français qui se retrouvent à droite ou à gauche ils ont envie d'être en sécurité. D'ailleurs, la sécurité c'est une des premières conditions de la liberté, de l'égalité, qui sont des valeurs sont souvent avancées comme des valeurs de gauche. Donc il n'y a pas de sujet de droite/ gauche autour de ces questions-là. Ensuite, il y a une attente très forte, évidemment, et nous on agit sur ce volet-là, sur celui du régalien, de la sécurité depuis 2017, en renforçant drastiquement les moyens et en faisant en sorte que la fermeté soit aussi au rendez-vous.

CAROLINE ROUX
En tout cas ce matin vous les appelez à l'humilité, c'est ce qu'on a retenu, Gabriel ATTAL. Aujourd'hui se tient le dernier séminaire gouvernemental de rentrée, avant naturellement la présidentielle, quelles sont vos urgences de fin de mandat, puisqu''on a compris qu'il vous restait 100 jours pour agir ?

GABRIEL ATTAL
Il reste 2 fois 100 jours très exactement…

CAROLINE ROUX
Oui, pour agir, visiblement, après, c'est pour la campagne.

GABRIEL ATTAL
… mais ce qui est certain, c'est que l'on agira jusqu'au dernier quart d'heure. Le président de la République l'a dit, il y a plusieurs tant dans les mois qui viennent, notamment la présidence française de l'Union européenne qui commence en janvier, mais l'urgence c'est quoi ? C'est évidemment la lutte contre l'épidémie et puis la relance de notre économie.

CAROLINE ROUX
D'accord.

GABRIEL ATTAL
On voit que la reprise est là, on a des signaux économiques extrêmement positifs qui peuvent nous rendre optimistes. On a un taux de croissance prévu qui est plus élevé que la moyenne de l'Union européenne, parce que notre plan de relance fonctionne. Et qu'est-ce qui se passe quand l'horizon s'éclaircit ? Il faut accélérer.

CAROLINE ROUX
On fait des réformes.

GABRIEL ATTAL
Il faut accélérer. Quand l'horizon s'éclaircit, partout on accélère. Voilà.

CAROLINE ROUX
On fait des réformes ?

GABRIEL ATTAL
Oui, il faut évidemment continuer à faire des réformes, et c'est-ce qu'on va faire, Caroline ROUX.

CAROLINE ROUX
Alors, vous avez dit dans Le Monde : "La réforme des retraites n'est pas enterrée".

GABRIEL ATTAL
Oui.

CAROLINE ROUX
Ça veut dire qu'elle va se faire ?

GABRIEL ATTAL
Vous savez, on s'est engagé en 2017 avec un constat qui est que notre système de retraites doit être réformé. Pourquoi ? Pour des raisons d'équilibre financier et pour des raisons d'équité. On a présenté un projet, la crise Covid est arrivée, évidemment on l'a momentanément retiré, le président de la République a été très clair sur le fait, que dès lors que les conditions seront réunies, il faudra reprendre la réforme des retraites.

CAROLINE ROUX
Vous venez de nous dire précisément qu'elles sont quasiment réunies, puisque vous avez parlé de la relance et de la fin de l'épidémie, en tout cas en disant que les choses s'amélioraient. Donc on y est, ça veut dire : quelles sont les composantes de la réforme qui pourraient être reprise avant la fin du quinquennat ? On a parlé de l'interdiction précisément, la fin des régimes spéciaux, et d'un minimum de pension à 1 000 €.

GABRIEL ATTAL
D'abord, il y a une embellie, certes, il faut qu'elle soit acquise. Malheureusement on a vu depuis 18 mois que la Covid pouvait surprendre le monde entier, et la Covid peut encore avoir plus d'un tour dans son sac. Voilà. Et donc il faut être extrêmement vigilant. Et pareil sur la relance économique, il faut que les signaux se confirment.

CAROLINE ROUX
D'accord.

GABRIEL ATTAL
On sera aussi très attachés à la préservation de l'unité du pays, dans ce contexte. Maintenant, vous me posez la question sur la réforme concrète, encore une fois il n'y a rien qui a été décidé. Pour nous il est très clair que vu le temps qu'il reste, d'ici à la fin du quinquennat, ce serait très compliqué de reprendre la réforme telle qu'elle avait été présenté en 2019. Maintenant, il y a des composantes de cette réforme qui pourraient le cas échéant être reprises, vous en avez cité, on pourrait en citer d'autres…

CAROLINE ROUX
Ça paraît crédible, s'atteler à la fin des régimes spéciaux ?

GABRIEL ATTAL
Il y avait un certain nombre d'items, un certain nombre d'éléments dans cette réforme, qui pourraient être repris. Moi je n'ai pas d'annonces…

CAROLINE ROUX
Ceux-là en particulier ?

GABRIEL ATTAL
Je n'ai pas d'annonce ici à faire, en tout cas je peux vous dire qu'il n'y a pas de décision qui a été prise, mais on a un séminaire gouvernemental, on va échanger autour de ces questions.

CAROLINE ROUX
C'est-à-dire que la question qu'on peut se poser c'est, est-ce que l'enjeu, là pour le coup, remettre la réforme des retraites sur le tapis, c'est un enjeu économique, pour répondre à un besoin financier, de rétablissement des finances publiques ou est-ce que c'est un besoin politique ?

GABRIEL ATTAL
Non, je vous l'ai dit, il y a un enjeu financier qu'il ne faut pas cacher, le Conseil d'orientation des retraites l'a redit il y a quelques mois, il prévoit un déficit dans les prochaines années je crois à hauteur de 8 milliards d'euros. Et puis il y a un enjeu d'équité. Voilà. Tout le monde ne part pas à la retraite au même moment, y compris quand des personnes ont eu le même poste, la même carrière, le même temps de travail, c'est des choses sur lesquelles il faut évidemment continuer à avancer.

CAROLINE ROUX
Ce qui pourrait freiner le président, c'est la rue ?

GABRIEL ATTAL
Vous savez, le président a montré depuis le début de ce quinquennat que quand il en va de l'intérêt du pays, il prend des décisions, y compris difficiles politiquement pour lui-même. On est toujours rendez-vous de nos responsabilités, on va continuer à l'être. On va parler d'autres chantiers qui vont…

CAROLINE ROUX
Oui, on va en parler.

GABRIEL ATTAL
… se poursuivre dans les mois qui viennent, je pense notamment pour la question du travail, à la réforme de l'assurance chômage, qui est une réforme absolument majeure, extrêmement importante, là aussi pour des questions de précarité et d'équité, pour des personnes qui subissent aujourd'hui les contrats courts, mais aussi pour des questions de reprise de l'emploi, puisqu'il y a beaucoup d'emplois non pourvus aujourd'hui dans notre pays et qu'il faut évidemment inciter à la reprise du travail.

CAROLINE ROUX
Alors, il y a les réformes qui sont remises sur le tapis, et puis il y en a d'autres qui sont enterrées, est-ce que c'est le cas de la réforme de la dépendance ?

GABRIEL ATTAL
Mais, vous savez, on va aborder aujourd'hui dans ce séminaire gouvernemental, les différentes réformes qui ont déjà été entamées, et regarder dans quelles mesures, pour des raisons de calendrier, pour des raisons de priorité aussi, ces mesures doivent être portées. Le Premier ministre hier s'est exprimé à Angers devant les parlementaires de la majorité, et il a indiqué que dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale, il y aurait des mesures fortes sur cette question de l'autonomie et de la dépendance.

CAROLINE ROUX
Vous avez évoqué une convention citoyenne sur la fin de vie.

GABRIEL ATTAL
J'ai répondu à une question qui m'était posée…

CAROLINE ROUX
Oui, voilà.

GABRIEL ATTAL
… puisque le président de la République, lui-même, en répondant à une question, a estimé qu'une convention citoyenne sur la fin de vie, pourrait… en tout cas que la fin de vie est un sujet sur lequel pourrait se tenir une Convention citoyenne.

CAROLINE ROUX
Ça veut dire que vous trouvez que la Convention citoyenne sur le climat a été un succès.

GABRIEL ATTAL
En tout cas, force est de constater qu'il y a une convention citoyenne qui a réuni des Français tirés au sort, qui ont travaillé, qui se sont prononcés, que ça a donné lieu à un projet de loi avec des mesures très fortes, qui ont été promulguées cet été, qui vont se mettre en œuvre dans les semaines et les mois qui viennent.

CAROLINE ROUX
Alors, un collectif de médecins s'est réuni hier pour dénoncer les menaces de mort dont ils font l'objet, et demandent la protection des politiques. Ils vous appellent en quelque sorte à l'aide. Qu'est-ce que vous leur répondez ?

GABRIEL ATTAL
D'abord, ce que je leur dis, c'est que nous ne laisserons jamais passer ce type d'actes, ce type d'événement. On a vu des pharmaciens qui ont été agressés, qui ont été empêchés de vacciner. On a vu des médecins aussi qui ont été attaqués, on a vu des domiciles privés, de professionnels de santé, qui ont été visés. Nous ne laisserons rien passer, Olivier VERAN l'a redit hier.

CAROLINE ROUX
Qu'est-ce que ça veut dire cette phrase ? Précisément, avec ces mots-là, hier à l'Assemblée nationale. Qu'est-ce que ça veut dire "nous ne laisserons rien passer" ? Est-ce que ça veut dire que vous les protégerez ?

GABRIEL ATTAL
Mais bien sûr. Mais ça veut dire que la République se doit de les protéger, parce qu'ils nous protègent, et donc ça veut dire qu'il y aura une fermeté, qu'il y a une fermeté absolue. A chaque fois qu'il y a un événement comme celui-ci, il y a une enquête pour identifier les auteurs et pour qu'ils soient sévèrement punis et sanctionnés. Et je peux vous dire qu'Olivier VERAN et Gérald DARMANIN travaillent beaucoup ensemble, pour être certains qu'aucun de ces événements reste impuni.

CAROLINE ROUX
La majorité est réunie aux Journées parlementaires, elle veut incarner le camp de la raison. C'est un mot qu'on a beaucoup entendu aussi dans la voix de Clément BEAUNE, qui a répondu à une interview aussi au journal Le Monde. Le camp, donc en fait vous voulez incarner le camp de ceux qui ont tout compris, contre les obscurs ?

GABRIEL ATTAL
Non, ce qui est certain c'est qu'on sera toujours dans le camp de ceux qui défendent les faits scientifiques, la rationalité scientifique, et les faits. C'est très important.

CAROLINE ROUX
Les gentils.

GABRIEL ATTAL
Non, mais on fera toujours partie de ce camp-là, on ne dit pas qu'on est les seuls, on fera toujours partie du camp de ceux qui défendent les faits scientifiques.

CAROLINE ROUX
On peut être, on peut on peut présider en disant "on veut incarner un camp contre l'autre" ? "On va incarner un bout de France contre une autre" ?

GABRIEL ATTAL
Vous avez, le président de la République, c'est le président de tous les Français, il cherche une chose depuis 2017, c'est le rassemblement. Maintenant ce qui est certain, Caroline ROUX c'est qu'il y a aujourd'hui plusieurs visions qui sont présentées dans le pays. Nous, on appartient à la vision de ceux qui considèrent que des conquêtes sont possibles, qu'on peut encore aller chercher des marchés, des emplois, des talents, des droits nouveaux pour les Français. Et puis vous avez ceux qui considèrent que le déclin est acquis, que la défaite est acquise, et qu'il faut finalement se replier sur soi…

CAROLINE ROUX
Et à eux, vous ne parlez pas.

GABRIEL ATTAL
Comment ?

CAROLINE ROUX
Et à eux, vous ne parlez pas.

GABRIEL ATTAL
Mais bien sûr que si. On va débattre. Et c'est important de leur parler, c'est important de débattre projet contre projet, mais en tout cas nous on assume de considérer qu'il y a encore des victoires et des conquêtes possibles pour les Français, à tous les niveaux.

CAROLINE ROUX
Merci beaucoup Gabriel ATTAL, d'avoir été notre invité ce matin.

THOMAS SOTTO
Merci Gabriel ATTAL. Pas de décision sur la réforme des retraites, il en sera question au séminaire gouvernemental tout à l'heure, et pourquoi pas une convention citoyenne sur la fin de vie, nous dit, et vous disait Caroline, le porte-parole du gouvernement.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 22 septembre 2021