Interview de M. Gabriel Attal, secrétaire d'État, porte-parole du gouvernement, à France Inter le 23 septembre 2021, sur l'annulation du contrat de sous-marins par l'Australie, l'évolution du protocole sanitaire scolaire et le budget 2022.

Texte intégral

YAËL GOOSZ
Bonjour Gabriel ATTAL.

GABRIEL ATTAL
Bonjour.

YAËL GOOSZ
On va bien sûr parler des décisions prises hier à l'Elysée sur le masque, sur le pass mais avant le sanitaire, la sortie de crise diplomatique avec les États-Unis, l'affaire des sous-marins. Emmanuel MACRON et Joe BIDEN se sont enfin parlé hier après-midi. Communiqué final chaleureux, on parle d'un retour à la normale. Notre ambassadeur rappelé retourne à Washington. On a eu les mots très durs de Jean-Yves LE DRIAN, maintenant on cherche les actes. Tout ça pour ça, Gabriel ATTAL ?

GABRIEL ATTAL
C'était une conversation honnête qui a permis, je crois, plusieurs gains importants. D'abord sur la forme : Joe BIDEN a reconnu la responsabilité des États-Unis dans la crise. Ce n'est quand même pas banal que les États-Unis reconnaissent leurs torts dans un communiqué de presse écrit et signé. Ça, c'est la première chose. Et sur le fond ensuite, oui il a des gains importants. Parce que la réalité, vous l'avez dit, c'est que maintenant il faut des actes. Je pense que Joe BIDEN a compris qu'avec nous, l'Europe ne cherchait pas un grand frère mais un partenaire. Et sur un certain nombre de chantiers, il y a des avancées. Importantes.

YAËL GOOSZ
Lesquelles ? Parce qu'on ne voit pas très bien quelle est la riposte diplomatique française en fait.

GABRIEL ATTAL
Le premier, c'est l'autonomie européenne. Dans ce communiqué, les Américains, Joe BIDEN, reconnaissent que l'Europe a vocation à se doter d'une défense importante et à être autonome. Avant pour eux c'était l'OTAN et point barre. Si vous voulez vous défendre, il y a l'OTAN. Maintenant ils reconnaissent ça et ça valide ce qu'Emmanuel MACRON a dit à la fois sur la nécessité d'autonomie européenne et aussi sur les insuffisances de l'OTAN. La deuxième chose, c'est le Sahel. On est engagé au Sahel pour lutter contre le terrorisme, on est très engagé et les États-Unis nous assistent.

YAËL GOOSZ
C'est pour ça que la question de l'OTAN n'a jamais été sur la table. Quitter le commandement intégré, ça n'a jamais été une option ?

GABRIEL ATTAL
Le président l'a dit clairement, il y a eu des mots très forts, très durs sur l'OTAN. Il y a une revue stratégique qui est en cours. Il y aura un sommet…

YAËL GOOSZ
Mais c'est des mots. C'est des mots ça encore.

GABRIEL ATTAL
Non, il y a un travail. Il y a une revue stratégique en cours. Il y aura un sommet à Madrid l'an prochain et je pense qu'il y a un certain nombre de choses qui aboutiront à ce moment-là. Ensuite c'est le Sahel. Je le disais, on est engagé pour lutter contre le terrorisme. Ils nous assistent, ils vont s'engager davantage. Et puis enfin c'est sur la question de l'indo-pacifique. Ils reconnaissent que la France et donc l'Europe a vocation à avoir une stratégie propre en indo-pacifique…

YAËL GOOSZ
Donc fin de l'incident. L'incident est clos.

GABRIEL ATTAL
Non, ce n'est pas ce que je dis. Je dis qu'il y a des engagements importants et des avancées importantes. Maintenant il faut travailler, c'est pour ça qu'on renvoie notre ambassadeur, ce n'est pas simplement par plaisir. Nous, on n'est pas dans les slogans. On n'est pas là à dire : "l'alliance franco-américaine etc. " On veut des actes. Notre ambassadeur, il retourne là-bas pour travailler parce qu'il y a un calendrier. Les présidents doivent se revoir au mois d'octobre, à la fin du mois d'octobre et c'est à ce moment-là aussi qu'on jugera les avancées sur les actes.

YAËL GOOSZ
Est-ce que les sous-marins que nous ne vendrons pas à l'Australie, c'est l'Inde qui pourrait les acheter ?

GABRIEL ATTAL
Moi je n'ai aucune inquiétude sur notre industrie de défense. Depuis le début de ce quinquennat, on a vendu, pour vous donner un exemple, 88 Rafale. On a fait 30 milliards de commandes en plus, 30 milliards de livraisons en plus. Nos sous-marins, c'est des fleurons qui sont reconnus internationalement. Il y a un certain nombre de pays qui s'en sont dotés. Il y a d'autres pays qui pourraient s'en doter. Il y a peut-être des commandes qui vont être passées, des marchés qui vont être passés.

YAËL GOOSZ
Vous confirmez que pour l'Inde, c'est presque mûr ou pas ?

GABRIEL ATTAL
Non, je ne confirme rien du tout. Moi je dis qu'il y a des pays qui peuvent passer des marchés, surtout qu'on a une industrie de défense qui peut répondre à ces marchés et que je n'ai aucune inquiétude. Encore une fois, la crise qu'on vit en ce moment avec ce qui s'est passé avec l'Australie et les États-Unis, c'est infiniment moins une crise commerciale et industrielle qu'une crise politique et stratégique, et c'est pour ça que la réponse elle est politique et stratégique.

YAËL GOOSZ
Allez, on change complètement de sujet Gabriel ATTAL. L'abandon du masque à l'école primaire à compter du 4 octobre dans les départements où il y a moins de 50 cas pour 100 000 habitants, c'est un choix scientifique ou politique ? Parce que vous avez beaucoup de médecins ce matin qui considèrent que vous levez trop vite les gestes barrières.

GABRIEL ATTAL
C'est un choix scientifique et un choix politique. C'est un choix scientifique parce que la situation s'améliore. Elle s'améliore même nettement dans un certain nombre de territoires et qu'on a toujours été très clairs sur le fait qu'on voulait être pragmatiques et que dès lors que la situation s'améliorait, on pouvait adapter nos mesures, notamment les mesures qui ont un impact très fort sur la vie des Français. Et donc, c'est aussi un choix politique parce que ce choix il rejoint notre grande priorité qui est la priorité éducative, la priorité de nos enfants. Ce n'est pas anodin pour un enfant, un très jeune enfant de porter un masque toute la journée à l'école. Donc quand on considère qu'on peut lever cette obligation, on le fait.

YAËL GOOSZ
Y compris pour les enseignants ?

GABRIEL ATTAL
Alors ça, vous savez que le ministère de l'Education nationale a dit hier qu'on avait ressaisi les autorités scientifiques. Il y aura des échanges avec les organisations syndicales et que ce sera précisé…

YAËL GOOSZ
Ce n'est pas réglé pour l'instant.

GABRIEL ATTAL
Aujourd'hui dans le protocole sanitaire scolaire, il est indiqué que quand on passe en niveau 1 qui est ce qu'on a annoncé pour les départements en dessous de 50, les élèves n'ont plus à porter le masque ou les enseignants le portent encore mais je crois que Jean-Michel BLANQUER a reposé la question aux autorités scientifiques. Il va parler avec les syndicats pour voir dans quelle mesure on peut aussi lever pour les enseignants.

YAËL GOOSZ
Le masque tombe en primaire à partir du 4 octobre mais pas le pass sanitaire. Juridiquement, on sait qu'il ne peut plus s'appliquer à compter du 15 novembre. Vous allez donc devoir refaire une loi pour le prolonger mais jusqu'à quand ?

GABRIEL ATTAL
Ce qu'on prolongera au-delà du 15 novembre, ce n'est pas le pass sanitaire en tant que tel, tel qu'il s'applique aujourd'hui, c'est la possibilité d'y avoir recours. C'est vrai qu'à partir du 15 novembre, en l'état actuel de la loi, on ne peut plus avoir recours au pass sanitaire. Si on a une reprise épidémique fin novembre, en décembre, en janvier, on ne peut pas assurer que ce ne sera pas le cas. Cette épidémie, elle nous a appris à être prudent.

YAËL GOOSZ
Mais jusqu'à quand la prolongation ?

GABRIEL ATTAL
Moi je préfère qu'on réactive le pass sanitaire plutôt qu'on referme les restaurant, les bars, les théâtres, les cinémas. Donc il y a une réflexion, il y a un travail qui est fait, il y a un texte de loi qui sera présenté. Il y aura un calendrier évidemment qui sera présenté parce que ça sera temporaire, c'est une mesure qui est temporaire et donc je ne peux pas vous dire aujourd'hui jusqu'à quand cette possibilité d'y recourir sera prolongée.

YAËL GOOSZ
Mais vous savez que les députés arrêtent de siéger le 28 février. Donc ça veut dire que si vous le prolongez, c'est jusqu'à l'été 2022 après les législatives.

GABRIEL ATTAL
C'est évidemment une dimension qu'on intègre. Je ne peux pas vous donner le calendrier aujourd'hui mais je reviendrai volontiers quand on présentera le texte dans quelques semaines.

YAËL GOOSZ
Qui dit sortie de crise sanitaire dit fin du ?quoi qu'il en coûte?. C'est ce qu'on avait cru comprendre fin août.

GABRIEL ATTAL
Vous avez bien compris.

YAËL GOOSZ
Mais dans le nouveau budget présenté hier, et on en parlait ici avec Thomas LEGRAND, on trouve 12 milliards de dépenses en plus, sans compter le futur revenu d'engagement pour les jeunes, sans compter le plan France Relance à 30 milliards. Est-ce qu'il est impossible en France aujourd'hui de faire des économies quand on est en année présidentielle ?

GABRIEL ATTAL
Non la preuve c'est un budget qui prévoit un déficit inférieur à 5% pour l'an prochain. On est à 9% aujourd'hui.

YAËL GOOSZ
Mais avec une dette à 114% du PIB.

GABRIEL ATTAL
Donc on réduit les déficits. Je veux dire, on a, c'est cette majorité qui en 2018 a sorti la France de la procédure pour déficit excessif à Bruxelles, c'est cette majorité qui a fait revenir le déficit de la France sous les 3%. Moi j'entends bien les critiques, il y a eu une crise majeure, oui on a fait le quoi qu'il en coûte, on l'assume. on entend aujourd'hui des responsables politiques notamment à droite qui disent il aurait pas fallu faire le quoi qu'il en coûte, qu'ils aillent le dire aux salariés, qu'ils aillent le dire aux entreprises, qu'ils aient le dire aussi aux économies parce que la réalité c'est que tout le monde sait très bien que l'argent qu'on a dépensé pour le quoi qu'il en coûte, si on ne l'avait pas dépenser, on l'aurait dépensé 2 ou 3 fois plus dans les années qui viennent en payant de l'assurance chômage et en compensant des entreprises qui auraient fait faillite, on assume cette ligne.

YAËL GOOSZ
Dans La colonne économie, peut-être la réforme des retraites, point d'interrogation, est-ce que vous confirmez que le président vous a demandé mardi de plancher sur un report de l'âge légal à 65 ans, l'âge de départ ?

GABRIEL ATTAL
Moi tout ce que je confirme c'est que le président s'est exprimé le 12 juillet sur cette question des retraites et qu'il a dit…

YAËL GOOSZ
Mais on tourne en rond, on sait ce qu'il a dit, si la reprise économique est là, si la France est dans le vert au niveau sanitaire, on le fait.

GABRIEL ATTAL
On tourne en rond parce qu'on nous repose la question régulièrement alors qu'objectivement je n'ai pas de nouvelles annonces à faire. Moi j'essaie d'être transparent.

YAËL GOOSZ
Vous travaillez sur les 65 ans ou pas ?

GABRIEL ATTAL
Mais je vais vous dire on travaille sur la question des retraites depuis 2017. On a un projet qui a été présenté devant les Français qu'on a dû retirer parce qu'il y avait la crise du Covid. Le président a dit on reviendra sur le sujet des retraites dès lors que deux conditions seront réunies, d'abord la confirmation de la reprise de l'économie et ensuite la confirmation de la maîtrise de l'épidémie. Le Premier ministre s'est exprimé il y a quelques semaines en disant ces conditions sont pas encore réunies, quand elles le seront, qu'on aura des annonces à faire encore une fois là aussi je reviendrai devant vous mais aujourd'hui je n'ai vraiment pas de nouveau à vous dire si ce n'est que, évidemment on continue à travailler sur ce sujet comme sur tous les autres.

YAËL GOOSZ
La politique et la campagne, à droite Les Républicains ne sont pas encore en ordre de marche pour la présidentielle mais ça avance, sondage 15000 sympathisants, dévoilé hier pour savoir comment les départager les candidats, avantage Xavier BERTRAND, est-ce que vous vous préparez à cette confrontation ? On sait que chez vos collègues beaucoup considèrent Valérie PECRESSE moins dangereuse, j'en cite certains que Xavier BERTRAND ? Vous avez une préférence pour le débat à venir ?

GABRIEL ATTAL
Moi d'abord je ne fais jamais de commentaires sur les sondages mais alors là un sondage qui est fait en interne par un parti politique pour essayer de désigner un candidat, je ne vais pas le commenter non plus. Je pense que ce que ça montre ça, ce processus, c'est qu'il y a une absence totale de leadership chez Les Républicains qui n'arrivent pas à avoir un candidat qui se détache, qui crée une dynamique derrière lui. On verra comment ils désignent un candidat, ils désigneront probablement un candidat et à ce moment-là on répondra. Moi je ne suis pas là à donner des brevets de sérieux de la candidature ou de dangerosité de la candidature. Moi ce que j'aimerais c'est qu'on est en face une alternative avec un leadership, des idées qu'on puisse débat projet contre-projet, ce n'est pas ce que je vois aujourd'hui.

YAËL GOOSZ
S'il y a un déplacement que vous ne ferait pas Gabriel ATTAL c'est bien celui-là, la Hongrie, Budapest Viktor ORBAN, son dirigeant organise un grand sommet de démographique avec beaucoup de dirigeants souverainistes, on y croisera Marion MARECHAL-LE PEN, Eric ZEMMOUR aussi demain vendredi, est-ce que ça c'est la grande confrontation idéologique qui attend Emmanuel MACRON l'an prochain ?

GABRIEL ATTAL
mais ce qui est certain c'est qu'on voit dans le débat politique français notamment à travers ZEMMOUR mais aussi à travers des personnalités chez Les Républicains, je pense qu'un certain nombre se retrouve autour de ça, l'importation de cette vision-là, qui est une vision autoritaire, qui revient sur les droits des femmes, sur les droits de la presse, sur la liberté de nos journalistes, de nos artistes, qui prétend être dans une logique d'indépendance et de souveraineté mais qui en fait se met dans une logique de vassalisation absolue vis-à-vis de puissances étrangères et moi c'est pas ça dont je veux pour mon pays donc je pense que ça sera une vraie confrontation au moment de la présidentielle.

YAËL GOOSZ
Merci Gabriel ATTAL, bonne journée.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 24 septembre 2021