Interview de Mme Nadia Hai, ministre de la ville, à RFI le 22 septembre 2021, sur les efforts en faveur de Marseille, la lutte contre le trafic de drogue et la question des toxicomanes dans le 19e arrondissement à Paris.

Texte intégral

FREDERIC RIVIERE
Bonjour Nadia HAI.

NADIA HAI
Bonjour Frédéric RIVIERE.

FREDERIC RIVIERE
Vous revenez de Marseille, vous êtes allée discuter de la mise en oeuvre du plan pour la ville annoncée lors de la récente visite d'Emmanuel MACRON. Il n'est pas si courant qu'un ministre soit envoyé aussi rapidement, 3 semaines en l'occurrence, après les annonces du président de la République, pour s'assurer que l'on va bien passer de la parole aux actes. Pourquoi Marseille fait-elle l'objet d'une telle sollicitude ?

NADIA HAI
Eh bien Marseille, tout le monde s'accorde à dire que c'est une ville avec de forts enjeux, c'est une ville avec des difficultés qui sont hors normes, et une ville qui a pour autant des solutions et des richesses absolues, qu'il faut aujourd'hui bien évidemment exploiter. Donc c'est pourquoi le président de la République a une importance capitale dans cette ville, pour apporter des réponses et des solutions très fortes, et il est de notre devoir d'y répondre très rapidement.

FREDERIC RIVIERE
Donc vous suivez l'évolution des choses. Quels sont pour l'instant les chantiers qui ont été prioritairement identifiés ?

NADIA HAI
Alors, ce que nous avons identifié comme prioritaire, c'est évidemment tout le plan de rénovation urbaine, pour faire en sorte que les dossiers avancent vite et que les chantiers commencent très vite dans cette ville, où l'habitat insalubre là aussi met en difficulté des milliers d'habitants…

FREDERIC RIVIERE
En difficultés et même en danger, on l'a vu récemment d'ailleurs.

NADIA HAI
Exactement, en danger, même, évidemment, avec des drames que l'on connaît, et la question de l'éducation, et notamment ce plan de rénovation des écoles, parce que là aussi nous savons que les enfants aujourd'hui vont à l'école dans des conditions qui relèvent de l'indignité humaine. Donc il est prioritaire d'agir sur ces dossiers. Et puis également d'associer l'ensemble des habitants et des acteurs notamment associatifs, à ce plan de transformation pour Marseille, à cette ambition nouvelle et renouvelée qu'a le président de la République, et également donner des perspectives en matière d'emploi pour la jeunesse de cette ville.

FREDERIC RIVIERE
Quel effet attendez-vous de ce plan en matière d'insécurité et de trafic de drogue, qui on le sait, gangrènent la ville ?

NADIA HAI
Mais vous avez totalement raison, c'est vraiment des trafics qui gangrènent, et pour cela il faut agir sur deux leviers : la question de la sécurité, et là notre main ne tremble pas, puisque le président de la République a annoncé 300 policiers supplémentaires rien que pour la ville de Marseille, avec également des budgets d'équipement et des investissements massifs pour améliorer les conditions de travail de nos forces de l'ordre, pour qu'elles puissent faire un travail en toute sécurité et de qualité. Et puis aussi assécher ce vivier de recrutement que peut constituer cette jeunesse aujourd'hui dans nos quartiers, qui est souvent en perte de sens et en perte de perspectives. Et donc à celle-ci il faut éviter tout décrochage scolaire, donc que chaque enfant aujourd'hui puisse avoir une éducation de qualité et faire ce qu'il a envie de faire, et puis allait raccrocher tous ceux qui sont en décrochage, avec la multiplication et le déploiement des éducateurs spécialisés, des médiateurs sociaux. Donc c'est sur ces deux leviers qu'il faut aujourd'hui travailler pour enrayer ces trafics qui gangrènent nos quartiers.

FREDERIC RIVIERE
Vous pensez qu'on peut, qu'il y a des moyens de motiver un jeune qui gagnera 700 ou 800 € par mois un apprentissage, alors qu'il peut éventuellement gagner 3 ou 4 000 € en faisant le chouf, c'est-à-dire en surveillant à l'entrée des points de deal ?

NADIA HAI
Moi je pense que oui, parce que il faut arrêter de mettre en concurrence finalement cette offre républicaine, avec une offre des trafiquants, de criminels. On a eu des témoignages…

FREDERIC RIVIERE
Excusez-moi « il faut arrêter de mettre en concurrence », elles sont de fait, en concurrence.

NADIA HAI
Mais justement, mais je pense qu'il faut ne pas encourager cela, parce que quand on a des témoignages de ces, souvent de ces enfants, de ces adolescents, de ces gamins, qui font les chouf, et qui travaillent souvent 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, 12 mois dans l'année, c'est une nouvelle forme d'esclavage, très sincèrement entre nous, pour 2 000 ou 3 000 € de gains. Est-ce que ça c'est une vie qu'ils veulent ? Est-ce que c'est une ville qu'ils veulent pour leurs enfants ? Eh bien on commence peut-être à 700, 800 €, effectivement, quand on est en contrat d'apprentissage, mais les revenus augmenteront, et ça il est de notre devoir aujourd'hui de proposer une offre qui puisse être une offre alternative à cela.

FREDERIC RIVIERE
Et peut-être insister sur la précarité et évidemment le danger, puisqu'on voit bien les règlements de comptes qui se multiplient. Donc l'Etat met le paquet sur Marseille, pourrait-on dire, mais est-ce qu'il n'y a pas aujourd'hui d'autres villes ou des quartiers de certaines agglomérations qui mériteraient aussi une très forte mobilisation de l'Etat pour permettre à leurs habitants de retrouver une vie paisible, pour reprendre un terme cher à Emmanuel MACRON ?

NADIA HAI
Mais l'Etat met le paquet sur l'ensemble des territoires.

FREDERIC RIVIERE
Ça n'est pas forcément ce que disent les gens qui vivent dans les quartiers difficiles, vous le savez bien.

NADIA HAI
Eh bien écoutez, en tout cas c'est ce que je constate, et c'est mon action quotidienne de faire en sorte qu'il y ait une égalité de traitement, une équité de traitement. On ne peut pas d'un côté faire le constat que vous venez de faire, sur la question de la criminalité à Marseille, des trafics de drogue et de ces morts…

FREDERIC RIVIERE
Ces n'est pas mon constat…

NADIA HAI
Non, mais que tout le monde fait.

FREDERIC RIVIERE
… c'est une réalité sur laquelle tout le monde s'accorde.

NADIA HAI
Mais exactement, mais que tout le monde fait, mais on ne peut pas faire ce constat-là collectivement, et détourner le regard comme si ça n'existait pas. Nous avons des problèmes de fond qui nécessitent une action déterminée, une action forte pour la ville de Marseille, et c'est ce que nous faisons, mais ce n'est pas pour autant que nous délaissons le reste des territoires. Le Premier ministre va présider dans quelques jours un Comité interministériel à la ruralité. Il a présidé il y a quelques mois, un Comité interministériel des villes. Toutes les mesures que nous prenons, les 3,3 milliards d'euros annoncés par le Premier ministre au Comité interministériel des villes, vont aller dans les territoires. J'étais à Maubeuge la semaine dernière, je pars à Toulouse cet après-midi, j'étais encore en Seine-Saint-Denis hier avec le Premier ministre pour annoncer la renationalisation du RSA. On ne peut pas dire que l'Etat se détourne du reste des territoires, bien au contraire, l'Etat n'a jamais été aussi présent auprès de ses territoires, qu'il ne l'est maintenant depuis quelques mois et quelques années.

FREDERIC RIVIERE
Alors, est-ce que l'Etat est présent, est-ce que l'Etat se sent une responsabilité à l'égard des riverains du 19ème arrondissement, du quartier des Jardins d'Eole, qui n'en peuvent plus. La maire de Paris, qui est candidate à la présidentielle de 2022, Anne HIDALGO, était sur place hier soir, elle en appelle au ministre de l'Intérieur, en disant : " Il y a là un problème de sécurité, une situation totalement inacceptable, et il faut que monsieur DARMANIN prenne les choses en main ". Est-ce que là, l'Etat n'est pas en train de faillir ?

NADIA HAI
L'Etat est en train…

FREDERIC RIVIERE
Ça fait des mois que les riverains n'en peuvent plus et qu'ils le disent.

NADIA HAI
L'Etat est en train d'intervenir. Oui, bien évidemment, et la situation dans le 19ème arrondissement, encore une fois elle n'est pas nouvelle, donc l'appel lancé par Anne HIDALGO, qui vient de se déclarer candidate à la présidence de la République, la candidate, madame HIDALGO, a pris l'habitude de se dédouaner de toutes les problématiques qu'elle rencontre pour sa ville. Lutter contre ces trafics, on ne lutte pas seul, on lutte avec les élus locaux. Le ministre de l'Intérieur a annoncé un budget en augmentation, avec des forces de police supplémentaires, je rappelle que nous sommes le gouvernement qui va déployer plus de 10 000 forces de police supplémentaires sur le terrain, pour justement répondre à ces problématiques. Mais Anne HIDALGO, elle ne peut pas nous demander de résoudre un problème en un claquement de doigts, quand d'autres ont mis des années, des décennies voire, et ne pas avoir cette action forte que nous avons aujourd'hui pour justement enrayer cette criminalité.

FREDERIC RIVIERE
Pourquoi le ministre de l'Intérieur ne s'est-il jamais rendu sur place dans le 19ème, dans ce quartier ?

NADIA HAI
Je ne sais pas, il faudra lui poser la question, mais en tout cas tout ce que je peux vous dire c'est que le ministre de l'Intérieur il est partout, sur tous les territoires de la République…

FREDERIC RIVIERE
Oui, faut là.

NADIA HAI
Je ne suis pas encore allée sur les 1 514 quartiers qui sont de mon portefeuille, donc il faut là aussi, et ce n'est pas pour autant que l'action n'est pas là, elle n'est pas présente avec nos forces de l'ordre. Nous avons un préfet de police aujourd'hui à Paris, et qui fait son travail quotidiennement. Donc là aussi on ne peut pas juger l'action d'un ministre de l'Intérieur ou d'un quelconque ministre, pour ne pas s'être rendu sur place, dans le lieu, puisque vous l'avez dit vous-même, les territoires de la République sont très nombreux.

FREDERIC RIVIERE
Merci Nadia HAI. Bonne journée.

NADIA HAI
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 28 septembre 2021