Déclaration de M. Sébastien Lecornu, ministre des Outre-mer, en réponse, à une question sur la Nouvelle-Calédonie, au Sénat le 22 septembre 2021.

Texte intégral

Monsieur le Président du Sénat, Mesdames, Messieurs les Sénateurs,

L'Etat est neutre pour organiser le scrutin ; le gouvernement de la République, lui, peut témoigner d'une orientation ou d'une préférence. Le Président de la République, en tant que chef de l'Etat, l'a fait lors de son discours à Nouméa, devant le théâtre municipal, et le Premier ministre Jean Castex, ici présent, l'a fait devant votre Haute Assemblée dès les premières semaines après sa prise de fonction.

Je pense donc que les orientations du gouvernement de la République en Nouvelle-Calédonie sont maintenant bien connues.

Qu'est-ce que nous rappelle cette affaire dite des sous-marins sur cette zone, désormais très complexe, dans le Pacifique sud ?

Tout d'abord, les relations entre la Nouvelle-Calédonie et l'Australie sont des relations de fait au quotidien : évacuations sanitaires, commerce de marchandises, échanges universitaires, ainsi que la question du nickel et de la mine, pour laquelle l'interdépendance entre l'Australie et de la Nouvelle-Calédonie est tout à fait établie.

Ensuite, le processus institutionnel que vous avez rappelé est ancien et désormais profondément déconnecté de ce contexte géopolitique. Je vous renvoie aux déclarations du leader indépendantiste Jean-Marie Tjibaou, en 1985, lorsqu'il indiquait, dans une interview très construite et intéressante, qu'au fond la Nouvelle-Calédonie n'avait pas d'ennemis, que la zone était calme et qu'une Kanaky indépendante n'aurait pas besoin d'armée.

La guerre froide n'a eu que très peu d'impact sur les accords de Matignon-Oudinot en 1988. Le contexte qui a entouré les accords de Nouméa, en 1998, a peu souffert d'ingérences étrangères.

Pour autant, on le voit bien, cette balance entre la Chine, d'un côté, et l'Occident tout entier, de l'autre, va traverser profondément la société calédonienne.

La vraie question, maintenant, se pose le 12 décembre prochain : les Calédoniens affronteront-ils cette question dans la République ou seuls ? On retombe alors sur la parole que la France a donnée, de Jacques Chirac à Emmanuel Macron, en passant par Nicolas Sarkozy et François Hollande, d'emmener ce processus jusqu'à son terme.

J'y insiste, c'est le respect de la parole de la France qui est en jeu. Il s'agira de définir un destin pour la Nouvelle-Calédonie le 13 décembre au matin, en espérant, Monsieur le Sénateur, que la campagne présidentielle ne vienne pas politiser excessivement un dossier très complexe.C'est en tout cas le voeu que je forme, et je pense que le Sénat aura à coeur de le partager.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 5 octobre 2021