Interview de Mme Élisabeth Borne, ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion, à France Info TV le 7 octobre 2021, sur la baisse du chômage, la réforme de l'assurance chômage entrée en vigueur et le dispositif "1 jeune, 1 solution".

Texte intégral

ALIX BOUILHAGUET
Bonjour Elisabeth BORNE.

ELISABETH BORNE
Bonjour.

ALIX BOUILHAGUET
Merci d'être avec nous ce matin. Le chômage en route vers son plus bas niveau depuis 2008, 7,6 % d'ici la fin de l'année d'après l'INSEE. L'objectif de 7 % fixé par Emmanuel MACRON d'ici la fin du quinquennat, c'est maintenu ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, en tout cas, je pense que c'est effectivement une très bonne nouvelle, on était revenu au niveau de chômage d'avant la crise sanitaire, et là, on pourrait être au niveau d'avant la crise de 2008, ça montre que la stratégie du quoi qu''il en coûte et puis les réformes menées depuis 2017 portent leurs fruits. On a protégé les entreprises, protégé les emplois, et quand l'économie repart…

ALIX BOUILHAGUET
Mais vous êtes prudente toujours, 7 %, c'est Emmanuel MACRON qui avait fixé cet objectif…

ELISABETH BORNE
Alors, il y a une crise sanitaire qui est intervenue entre temps, donc effectivement, il faut être prudent, en tout cas, ça montre que l'économie repart, qu'on crée d'emplois, et qu'il y a effectivement beaucoup d'embauches depuis ces derniers mois.

ALIX BOUILHAGUET
Par ailleurs, il y a toujours une pénurie de main d'oeuvre dans certains secteurs, comment vous l'expliquez, est-ce qu'il n'y a pas un problème structurel ?

ELISABETH BORNE
Ah, il y a clairement un problème structurel, et on essaie d'y répondre, notamment en investissant massivement dans la formation des demandeurs d'emploi, vous savez qu'on a un investissement de 15 milliards d'euros, personne n'avait jamais fait ça, pour former les demandeurs d'emploi, pour répondre aux besoins des entreprises, et puis, récemment, avec le Premier ministre, on a décidé d'aller encore plus loin, d'investir davantage dans la formation des demandeurs d'emploi de longue durée, pour que personne ne reste sur le carreau au moment où l'économie repart, et puis, pour répondre aux besoins des entreprises.

ALIX BOUILHAGUET
La réforme de l'assurance chômage, elle est entrée en vigueur donc c'était vendredi dernier, elle durcit l'arrêt de calcul de l'allocation des demandeurs d'emplois, demain, Laurent BERGER, le patron de la CFDT notamment va déposer un recours devant le Conseil d'Etat, alors vous avez déjà été désavoué en juin, est-ce que vous redoutez un second désaveu ?

ELISABETH BORNE
Ce que le Conseil d'Etat nous avait dit, c'est que la conjoncture économique n'était pas suffisamment bonne, je pense que, depuis, voyez, on a des chiffres, ceux de l'INSEE, que vous avez rappelés, des embauches qui battent tous les records depuis 15 ans, des créations d'emplois, je le disais, qui sont très au-dessus de ce qu'on avait anticipé. Donc je pense qu'on a des bons éléments pour répondre aux inquiétudes du Conseil d'Etat.

ALIX BOUILHAGUET
Donc vous êtes confiante sur sa décision, on parlait de la baisse du chômage, alors c'est vrai que cette baisse, elle concerne aussi les jeunes, est-ce que ça remet en cause le revenu d'engagement qui avait été promis en juillet par Emmanuel MACRON ? Je rappelle juste d'un mot ce que c'est que le revenu d'engagement, ça devait être une aide pouvant aller jusqu'à 500 euros pour un million de jeunes sans emploi, en échange d'une formation, il paraît qu'Emmanuel MACRON vous a un peu demandé de revoir votre copie, et que, finalement, ça pourrait être revu à la baisse, c'est-à-dire, pas 1 million, mais 500.000 jeunes ?

ELISABETH BORNE
Alors je voudrais d'abord rappeler l'objectif, parce qu'il y a eu beaucoup d'inexactitudes sur le sujet, notre objectif, et c'est toute la philosophie du plan « 1 jeune, 1 solution », qu'on a mis en oeuvre depuis l'été 2020, c'est de s'assurer que tous les jeunes, y compris ceux qui sont le plus éloignés de l'emploi, peuvent trouver un emploi. Et donc pour des jeunes qui ont beaucoup de difficultés, ça suppose de mettre en place un accompagnement intensif pour leur redonner confiance pour qu'ils choisissent un métier, pour qu'ils se forment, si c'est nécessaire, et puis donc, qu'ils trouvent un emploi, et c'est vraiment ça la logique. Alors effectivement, on doit forcément tenir compte de la conjoncture économique qui est bien meilleure que ce que tout le monde anticipait, mais l'objectif…

ALIX BOUILHAGUET
Donc, mais est-ce que ce n'est pas de nature à remettre en cause tout simplement ce revenu d'engagement ?

ELISABETH BORNE
Non, mais, pas du tout, vous savez…

ALIX BOUILHAGUET
Bruno LE MAIRE, il dit que ça va coûter cher, deux milliards d'euros par an, Edouard PHILIPPE, il n'est pas chaud non plus.

ELISABETH BORNE
Notre objectif, c'est que les jeunes qui, malgré la reprise de l'économie, ne trouvent pas d'emploi puissent accéder à l'emploi, moi, je peux vous citer un exemple, j'ai vu une jeune femme récemment dans une agence Pôle emploi, elle est inscrite depuis l'âge de 21 ans, elle n'a pas de diplôme, à partir de 25 ans, elle a commencé à toucher le RSA, elle a 28 ans, ça fait 7 ans qu'elle n'a pas travaillé, est-ce que c'est ça qu'on veut pour les jeunes ? Notre objectif, ça doit être de permettre à tous les jeunes, y compris ceux qui ont le plus de difficultés de pouvoir accéder à l'emploi, c'est la philosophie de la Garantie Jeunes, un accompagnement personnalisé, et pour ceux qui en ont besoin, une allocation.

ALIX BOUILHAGUET
Mais est-ce que du coup, ce dispositif, ça ne serait pas juste finalement la montée en puissance de cette Garantie Jeunes, c'est-à-dire revenu d'engagement, ça n'existerait plus, le terme n'existerait plus ?

ELISABETH BORNE
Enfin, la philosophie, je vous dis, c'est celle qu'on porte depuis le début du plan « 1 jeune, 1 solution », ne laisser aucun jeune sur le bord de la route, et tous ces jeunes, et on sait qu'on a un million de jeunes qui ne sont ni en emploi ni en formation…

ALIX BOUILHAGUET
Donc ça reste un million, ça reste votre objectif ?

ELISABETH BORNE
Enfin, ça reste, parmi ceux-là, ceux qui ont des difficultés à accéder à l'emploi, malgré la reprise économique, et des jeunes, il y en a, les entreprises en plus nous disent : nous, on est prêts à embaucher les jeunes, y compris ceux-là, mais il faut que vous les prépariez pour qu'ils connaissent les codes de l'entreprise, qu'ils aient, le cas échéant, des formations ; c'est notre objectif.

ALIX BOUILHAGUET
Mais ce matin, vous n'êtes pas en mesure de pouvoir nous préciser combien de jeunes seraient concernés, c'est-à-dire que, entre 1 million et 500.000, ce n'est pas exactement la même ampleur de cette réforme…

ELISABETH BORNE
Il y a…

ALIX BOUILHAGUET
Vraiment mise en avant par Emmanuel MACRON…

ELISABETH BORNE
Vous savez, ce n'est pas un objectif de faire du chiffre, c'est l'objectif d'accompagner tous les jeunes qui en ont besoin qui, malgré la reprise économique, n'accèdent pas à l'emploi, pour qu'ils puissent s'insérer dans la vie professionnelle, s'émanciper grâce à un travail.

ALIX BOUILHAGUET
La reprise économique, elle est là, un chômage au plus bas, on en a parlé, il y a aussi une accalmie sur le front de l'épidémie, vous savez, c'était les deux conditions fixées par Emmanuel MACRON pour éventuellement relancer la réforme des retraites, est-ce que c'est sur la table ?

ELISABETH BORNE
On travaille, comme le président de la République nous l'a demandé en juillet, pour un système de retraite qui soit plus juste, pour sortir de ce cette fragmentation en 42 régimes, pour aussi s'assurer que tout le monde a une pension digne, il a évoqué le chiffre de 1.000 euros, et puis, évidemment, on sait aussi qu'il faudra travailler plus longtemps, l'espérance de vie augmente dans notre pays, et donc il faudra travailler plus longtemps, c'est à la fois un enjeu de financement de nos retraites et un enjeu de compétitivité pour notre pays.

ALIX BOUILHAGUET
Je reformule un tout petit peu ma question, certains poussent pour que cette réforme, elle se fasse en deux temps, c'est-à-dire le plus facile, entre guillemets, avant l'élection, c'est-à-dire, vous avez parlé du minimum retraite à 1.000 euros, mais également la suppression des régimes spéciaux, et puis, le plus dur après, c'est-à-dire le recul de l'âge de la retraite, est-ce que c'est sur la table ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, on travaille sur un système, je le redis, plus juste qui donne une pension digne à chacun, qui prend en compte le fait qu'il faudra travailler plus longtemps, et ce sera le président de la République qui décidera à quel moment il souhaite faire cette réforme…

ALIX BOUILHAGUET
D'accord, donc c'est possible ? Les deux conditions sont réunies, c'est possible, envisageable que, avant le quinquennat, cette réforme soit réenclenchée ?

ELISABETH BORNE
On verra la situation dans les prochains mois, en tout cas, les objectifs, ils sont clairs, et le gouvernement et le président de la République sont convaincus qu'il faut une réforme des retraites.

ALIX BOUILHAGUET
J'aurai du mal à avoir ma réponse ce matin. Dans le dernier sondage, un mot de politique, et d'un phénomène, si on peut le nommer comme ça, dans le dernier sondage HARRIS INTERACTIVE pour le magazine Challenges, Eric ZEMMOUR est au second tour face à Emmanuel MACRON, c'est le premier sondage qui le place devant Marine LE PEN, alors bien évidemment, une fois qu'on a dit, précaution d'usage, c'est une photographie d'un moment, qu'est-ce que ça veut dire, est-ce que pour vous Eric ZEMMOUR, c'est un candidat crédible ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, je pense qu'on parle beaucoup d'Eric ZEMMOUR, moi j'invite tout le monde à écouter ce qu'il dit, moi, j'entends beaucoup de propos haineux, et j'entends peu de propositions, que propose Eric ZEMMOUR pour faire face à une crise sanitaire, comment il propose de protéger les Français face à la crise climatique, qu'est-ce qu'il propose pour que les jeunes puissent tous accéder à l'emploi ; je pense que ça, on ne l'entend pas, et c'est important de se dire que quand on prétend être candidat à l'élection présidentielle, voire président de la République, eh bien, c'est des réponses qu'il faut apporter.

ALIX BOUILHAGUET
Vos collègues du gouvernement, pour ne citer qu'Eric DUPOND-MORETTI, parlent de raciste, est-ce que vous utiliseriez le même vocabulaire ?

ELISABETH BORNE
Ah, moi j'entends beaucoup de propos haineux qui visent à dresser les Français les uns contre les autres, et puis, je vous dis, sur son programme, on n'a pas beaucoup d'informations sur des sujets qui sont au coeur de la vie des Français, qui sont au coeur des défis, qu'on doit relever pour les prochaines années, pour permettre à notre pays d'être fort en Europe, dans effectivement une Europe forte aussi, de créer des emplois et de permettre à chacun d'accéder à ces emplois.

ALIX BOUILHAGUET
Alors, son programme, il a quand même une ébauche de programme, sur l'immigration, il a un programme, sur l'économie, il a aussi un programme, il est pour la politique de l'offre, une retraite à 64 ans ; finalement, c'est un programme de droite classique ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, je pense qu'il a envisagé beaucoup de baisse de charges, de taxes, je n'ai pas encore compris comment il va financer tout ça.

ALIX BOUILHAGUET
Oui, vous vous interrogez sur la mise en pratique de…

ELISABETH BORNE
Moi, je vous dis, je pense que, vraiment, s'il y a un point qui est clair, c'est tous les propos de stigmatisation, de haine, voilà, qui visent effectivement à jouer sur les peurs, ensuite, le programme, qu'est-ce qu'on propose pour l'écologie, qu'est-ce qu'on propose pour réindustrialiser notre pays, qu'est-ce qu'on propose pour la formation des jeunes, ça, on ne l'a pas entendu.

ALIX BOUILHAGUET
Bon, eh bien, on attend soit candidat et on lui posera toutes les questions.

ELISABETH BORNE
C'est ça.

ALIX BOUILHAGUET
Merci beaucoup Elisabeth BORNE d'avoir été avec nous ce matin.

ELISABETH BORNE
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 8 octobre 2021