Interview de M. Olivier Véran, ministre des solidarités et de la santé, à France Info le 13 octobre 2021, sur l'épidémie de Covid-19, la vaccination des soignants et le délai de recours à l'IVG.

Texte intégral

MARC FAUVELLE
Bonjour Olivier VERAN.

OLIVIER VERAN
Bonjour.

MARC FAUVELLE
La quatrième vague est désormais derrière nous. Le nombre de nouveaux malades avoisine les 4 000 par jour en moyenne. Est-il possible que l'épidémie soit tout doucement en train de s'éteindre ?

OLIVIER VERAN
Nous n'avons pas encore écrasé le virus et on aurait tort de considérer que l'épidémie est totalement derrière nous. 4 000 malades par jour, on sait gérer. Avec la vaccination qui protège, qui limite les cas graves, on n'a pas un afflux de malades continu dans les hôpitaux comme on l'avait connu. Depuis quelques jours, depuis 2-3 jours, on enregistre plutôt une stagnation voire une petite augmentation du nombre de contaminations. Rien de catastrophique à ce niveau de circulation du virus et on s'y attendait. Un : Parce que l'activité dans notre pays a repris à plein et c'est tant mieux. Et deux : parce qu'il fait plus froid, plus humide et que l'automne et l'hiver les virus – il en va du coronavirus comme de la grippe et des autres virus – circulent un peu plus. Donc on doit rester vigilant. On doit rester vigilant, on doit continuer de pousser la vaccination par tous les moyens. On va en parler : les premières doses pour ceux qui ne l'ont pas eu, les doses de rappel pour les personnes les plus fragiles et on y arrivera.

MARC FAUVELLE
Si une nouvelle vague doit arriver, elle est pour quand ?

OLIVIER VERAN
J'espère qu'il n'y aura pas de nouvelle vague. Aujourd'hui, on n'a pas de raison de penser qu'il y ait une vague comme celle que nous avons connue puisqu'il n'y a pas de nouveau variant qui ait émergé, en tout cas qui ait été identifié sur la planète.

MARC FAUVELLE
Ça, c'est l'inquiétude numéro un.

OLIVIER VERAN
C'est une inquiétude numéro un. C'est pour ça que tous les pays en état de faire ce qu'on appelle du séquençage de génome viral en font des milliers. La France, on continue d'en faire des milliers chaque semaine pour que si un nouveau variant devait émerger quelque part, on n'attende pas qu'il circule à bas bruit partout, on puisse l'identifier et le terrasser localement.

SALHIA BRAKHLIA
Ça va mieux aujourd'hui c'est ce que vous dites Olivier VERAN. Alors on a envie de savoir quand les mesures sanitaires vont être allégées, quand va-t-on pouvoir retirer les masques par exemple en intérieur. À l'école déjà, il n'est plus obligatoire dans 68 départements. Pour tout le territoire, ce sera quand ?

OLIVIER VERAN
Quand le taux d'incidence sera inférieur à 50 dans tous les départements de France depuis au moins quelques jours. Aujourd'hui, il reste encore deux régions qui ont un taux d'incidence supérieur à 50. L'Ile-de-France qui est à 60 et la région PACA qui continue de s'améliorer mais qui est aux alentours de 80. Donc si on continuait vers une décroissance du virus, on pourrait aller assez vite vers cet allègement s'agissant des écoles. S'agissant des autres mesures, vous le savez, nous avons saisi le Conseil scientifique qui nous recommande, et nous avons décidé de l'écouter, ne de pas toucher au pass sanitaire avant au moins le 15 novembre et ensuite en fonction de la situation épidémique. J'ai dit que depuis trois jours ça stagnait voire ça remontait un petit peu. On regardera précisément quelle est la situation sanitaire. Il est hors de question de relâcher nos efforts à un moment où nous voyons que nous avons le contrôle du virus et que nous évitons ce que nous avions connu l'année dernière à la même époque.

SALHIA BRAKHLIA
On enlève le masque à l'école mais on est-ce qu'on va pouvoir, par exemple, enlever le masque dans les commerces, dans les transports avant les fêtes par exemple ?

OLIVIER VERAN
Je pense que tout cela dépendra non seulement du niveau de circulation du virus, du niveau de la charge hospitalière qui est désormais faible s'agissant du coronavirus et qu'on tiendra compte aussi d'un autre paramètre qui est, au-delà de la vaccination de la population générale, le niveau de rappel de vaccination des personnes qui sont amenées à avoir ce rappel, c'est-à-dire les personnes âgées de 65 ans et plus et les personnes qui sont atteintes de maladies chroniques qui les exposent à des risques de forme grave.

MARC FAUVELLE
Mais le critère ne sera pas connu des Français. Certains pays ont dit ? on ouvrira à nouveau, on allégera les mesures quand telle proportion de la population sera vaccinée, première, deuxième ou troisième dose. ? Là les critères dont vous parlez ce matin Olivier VERAN, pour une éventuelle fin du masque dans les transports ou dans les commerces, on ne les connaît pas, nous. Vous, vous les connaissez mais pas nous.

OLIVIER VERAN
Non, non, ce n'est pas qu'on les connaît et qu'on ne voudrait pas les dire. Je fais preuve de la transparence totale depuis le premier jour. Deux : on n'est pas le pays qui a développé le moins d'indicateurs. On nous a même parfois reproché d'avoir des cartes multicolores tellement on avait d'indicateurs.

MARC FAUVELLE
Sur le masque à l'école, c'est simple. Vous l'avez dit : 50 d'incidence, on enlève le masque.

OLIVIER VERAN
Oui. Je vous redonne la logique. Au moment où se posera vraiment la question d'alléger ou le pass ou le masque ou les deux, on regardera notamment cet indicateur, qui est un indicateur qui sera donc nouveau de ce point de vue-là, qui est le taux de protection accordée par le vaccin chez les personnes les plus fragiles, incluant le rappel de vaccination, qui est l'objectif majeur pour notre pays si on veut sortir de l'épidémie.

SALHIA BRAKHLIA
Si vous parliez à l'instant du pass sanitaire, c'est ce matin que sont présentés en Conseil des ministres les projets de loi pour prolonger l'état d'urgence et le pass sanitaire. Est-ce que c'est vraiment nécessaire ou alors c'est juste une mesure de précaution, le pass sanitaire prolongé ?

OLIVIER VERAN
D'abord on ne prononce pas l'état d'urgence : nous ne sommes plus en état d'urgence sanitaire sauf des départements d'Outre-mer qui y sont encore. La Réunion sort de l'état d'urgence sanitaire aujourd'hui. Ce qu'on demande au Parlement, c'est de nous laisser la possibilité jusqu'à l'été, si la situation sanitaire l'exigeait, de déclencher tout ou partie des mesures de freinage contre le Covid que nous avons été amenés à utiliser. C'est ça que nous demandons.

SALHIA BRAKHLIA
‘Au cas où', en fait, ça ne veut pas dire que le pass sanitaire sera obligatoire jusqu'en juillet prochain.

OLIVIER VERAN
Non, pas du tout. Imaginez qu'en janvier ou février, on ait allégé les mesures depuis quelques semaines ou quelques mois et que, tout d'un coup, il y ait une nouvelle vague épidémique. On doit être très réactif, on ne peut pas attendre, il faut qu'on puisse à nouveau mettre des mesures de freinage pour éviter d'avoir une nouvelle vague épidémique. C'est cela que nous demandons au Parlement. C'est assez basique et c'est ce que nous avons fait déjà. C'est le onzième texte sur la vigilance sanitaire que je serai amené à défendre au Parlement.

MARC FAUVELLE
On va parler des tests qui redeviennent payants pour les non-vaccinés à partir d'après-demain, Olivier VERAN. Je voudrais d'abord qu'on dise un mot de la situation des maladies hivernales qui reviennent notamment chez les plus petits, chez les nourrissons où on signale une épidémie de bronchiolite assez virulente dans plusieurs régions. Dans l'Est, dans les Hauts-de-France, en Ile-de-France, les services de réanimation pédiatrique sont déjà saturés. Est-ce que c'est l'un des effets collatéraux du confinement, du fait que les petits, les bébés, n'ont pas acquis d'immunité ces derniers mois ?

OLIVIER VERAN
Je dirais plutôt qu'à l'inverse, le confinement, le couvre-feu, les restrictions d'interactions sociales de l'année dernière ont plutôt protégé parce qu'ils ont freiné la circulation de l'ensemble des virus. Il y avait beaucoup moins de gastros, on n'a pas eu de grippes, il y a eu très peu de bronchiolites. Là, la vie a repris un cours plus normal et donc les virus recommencent à circuler parce qu'ils n'ont jamais disparu de la planète. Nous les avons depuis des siècles, depuis des millénaires et ce sont des virus qu'on appelle endémiques. Et donc dès lors qu'on est en interaction avec les autres, ce sont des virus qui circulent à la faveur de conditions climatiques automnales et hivernales. Donc oui, vous avez raison de le souligner : la bronchiolite est de retour hélas dans la totalité des pays du monde, de la même manière que nous nous attendons à avoir une grippe sans doute plus forte que l'année dernière. La campagne de vaccination antigrippale va démarrer dans quelques jours.

MARC FAUVELLE
Le 26 octobre.

OLIVIER VERAN
Nous avons des vaccins en grande quantité. Cette année, ce sont 10 millions de vaccins qui sont déjà disponibles dans les pharmacies au moment où la campagne commencera contre 4 l'année dernière. Donc on sera capable de suivre toute la demande.

MARC FAUVELLE
Et parmi ces vaccins, Olivier VERAN, il y a un nouveau vaccin de chez SANOFI qui est un vaccin boosté pour les personnes de 60 ans et plus mais qui coûte également beaucoup plus cher que les autres : 30 euros contre 10 pour les autres vaccins contre la grippe. Est-ce que vous considérez que c'est trop cher ou est-ce qu'il sera remboursé comme les autres pour les personnes de 65 ans et plus ?

OLIVIER VERAN
Il sera remboursé. Le vaccin contre la grippe est remboursé. Il y aura un public prioritaire de 18 millions de Français qui seront appelés à se faire vacciner. J'ai dit qu'il y aurait 10 millions de vaccins dès le premier jour de la campagne mais il y aura beaucoup plus de vaccins disponibles au fil des semaines parmi lesquels…

MARC FAUVELLE
Même s'il est plus cher ?

OLIVIER VERAN
Vous savez, l'impact financier d'une grippe, une grippe un peu costaud en France c'est plus d'un milliard d'euros. Donc quand on compare, d'un côté vous avez des dépenses de prévention qui sont moins élevées que les dépenses de traitement, et d'un côté vous sauvez des vies. De l'autre côté, vous comptez les malades à l'hôpital donc le choix est très vite fait.

MARC FAUVELLE
La question des tests dans un instant. Olivier VERAN vous restez avec nous, le fil info tout d'abord. (…)

SALHIA BRAKHLIA
Toujours avec Olivier VERAN, le ministre de la Santé. Les tests vont devenir payants après-demain, le 15 octobre. Qu'est-ce que ça va changer pour les personnes vaccinées d'abord ?

OLIVIER VERAN
D'abord nous n'allons pas casser le thermomètre, c'est-à-dire qu'on garde un bon outil de suivi de l'épidémie. Santé Publique France prévoit encore au moins deux millions de tests réalisés par semaine dans notre pays, ce qui fera encore de la France un des pays qui testent le plus au monde. Ensuite les tests ne seront payants que pour les personnes qui ne sont pas du tout vaccinées et qui n'ont pas d'ordonnance. Pour les personnes qui sont vaccinées ou pour les personnes avec des symptômes orientés par un professionnel de santé, les tests resteront pris en charge.

MARC FAUVELLE
Quel que soit le motif ? Si je suis vacciné et que je vais demain dans le barnum pour demander un test parce que, par exemple, une compagnie aérienne me e demande pour voyager, je n'ai rien à fournir, même si c'est un test de confort ?

OLIVIER VERAN
De toute façon, le règlement européen est très clair. Si vous devez voyager dans le cadre de l'Union européenne avec un pass européen, les tests ne peuvent être payants, donc la question ne se posait pas. Et oui, la logique c'est de se dire que si vous êtes vacciné a priori si vous allez vous faire tester, c'est que vraiment vous avez peur d'avoir le Covid.

MARC FAUVELLE
Sans rien à fournir. Pas d'ordonnance du médecin, rien du tout.

OLIVIER VERAN
Non, non. On a opté vraiment pour la version simple et la version je dirais de justice. Ça fait plus d'un an, même bientôt un an et demi, que tous les tests, des millions de tests, des dizaines de millions de tests dans notre pays sont totalement pris en charge. On continue de conseiller et d'aller chercher les personnes qui ne sont pas vaccinées pour leur dire ? faites-vous vacciner, regardez le recul que nous avons ! ? À côté de cela, les tests maintenant seront payants pour celles et ceux qui font le choix de ne pas se vacciner et qui n'ont pas d'ordonnance.

SALHIA BRAKHLIA
Si je ne suis pas vaccinée et que je pense être cas contact, est-ce qu'il faut absolument que j'aille voir mon médecin traitant pour avoir une ordonnance et puis après pouvoir me faire vacciner gratuitement ? Me faire tester gratuitement ?

OLIVIER VERAN
Vous avez raison de le souligner. Si vous êtes cas contact avec orientation par l'Assurance maladie ou par l'ARS ou par votre professionnel de santé, les tests seront pris en charge aussi.

MARC FAUVELLE
Mais si je pense simplement être cas contact parce que j'ai croisé Salhia qui était malade hier ?

OLIVIER VERAN
Là vous devez avoir une orientation par un professionnel de santé.

MARC FAUVELLE
Vous ne pensez pas qu'on risque de passer à côté de certains malades ?

OLIVIER VERAN
Je suis convaincu qu'on garde un très bon outil de suivi et de dépistage et j'aimerais qu'on n'ait plus à se poser cette question en fait. On dispose depuis bientôt un an de vaccins sûrs et efficaces. La plus grande étude mondiale sur l'efficacité des vaccins elle est française, elle est sortie il y a trois jours. Elle compare 11 millions de Français vaccinés/11 millions de Français non vaccinés et elle montre par la démonstration qui est totalement formelle qu'il y a 90-92 % de réduction des risques d'hospitalisation lorsque vous avez 50 ans et plus et que vous avez été vaccinée par rapport à si vous n'avez pas été vacciné. Il n'est plus temps de se poser la question de savoir si on a assez de recul ou si les vaccins sont efficaces. Ils le sont et nous avons le recul nécessaire. Donc on doit encore gagner quelques pourcentages de vaccination, notamment c'est l'une des priorités chez les personnes âgées et chez les personnes fragiles. Il y en a plus de 500 000 qui n'ont pas encore été vaccinés.

SALHIA BRAKHLIA
Les plus de 80 ans.

OLIVIER VERAN
Des plus de 80 ans. On leur propose. Les médecins les appellent, les pharmaciens leur recommandent, les infirmiers vont chez eux, l'Assurance maladie leur écrit, leur envoie des SMS, les appelle. Il y aura bientôt un numéro national d'appel pour qu'on puisse aller les vacciner chez eux. On fait vraiment le maximum du maximum. Personne n'a pu passer à côté de l'information.

MARC FAUVELLE
Il y a également la question de la troisième dose, on l'a évoqué rapidement tout à l'heure Olivier VERAN. 22 millions de personnes éligibles aujourd'hui à cette dose de rappel, combien l'ont déjà faite ?

OLIVIER VERAN
Alors ce n'est pas tout à fait 22 millions éligibles à l'heure à laquelle je vous parle. Je rappelle les critères, ils ne sont finalement pas si compliqués que ça. Si vous avez eu du vaccin Janssen, si vous avez eu le Covid et une dose donc un schéma vaccinal complet, ou si vous avez eu deux doses et si vous avez 65 ans et plus ou si vous êtes porteur de maladies chroniques qui fatiguent votre système immunitaire, c'est-à-dire si vous êtes appelé à être vacciné contre la grippe - les gens se connaissent - et si vous êtes soignant désormais, on vous demande de recevoir une injection de rappel pour vous protéger si vous êtes à 6 mois de la dernière injection.

MARC FAUVELLE
Tout ça, ça fait combien de personnes en France ?

OLIVIER VERAN
Aujourd'hui, ça fait environ 4 millions et demi, 5 millions de personnes à l'heure à laquelle je vous parle, mais chaque jour il y a de plus en plus de Français qui sont à 6 mois de leur dernière injection et qui sont appelés à avoir ce rappel. On était à un peu plus d'un million et demi sur les 4 millions et demi, ça veut dire un tiers. C'est mieux que chez nos voisins. Ce n'est clairement pas suffisant pour garantir dans la durée le niveau de protection immunitaire contre le virus. Je le dis parce que chaque jour, il y a des gens qui sont à 8 mois de leur dernière injection et qui se contaminent au Covid, et ces personnes-là sont à nouveau exposées à des risques de forme grave alors qu'ils ont fait l'essentiel. Ils ont fait le geste d'aller se vacciner une première fois, une deuxième fois dans la plupart des cas, il faut qu'ils aient cette troisième injection. Les centres, il y en a 1 200 ouverts. Les médecins, les pharmaciens peuvent désormais commander les vaccins, y compris le vaccin Pfizer, sans limitation de commandes. Ils sont disponibles pour assurer cette vaccination.

SALHIA BRAKHLIA
Mais alors la troisième dose pour tous, c'est pour quand ?

OLIVIER VERAN
Aujourd'hui la troisième dose concerne à terme les 22 millions de Français que j'ai listés et la Haute autorité de santé - d'ailleurs nos collègues européens font la même chose - n'ont pas de recommandations pour un rappel en population générale. Pourquoi ? Quand vous avez plus de 65 ans, votre système immunitaire il a moins de mémoire, et donc au bout d'un moment il oublie l'information que vous lui avait donnée. Et donc le vaccin qui à un moment donné disait à votre système immunitaire ? prépare-toi, si le virus arrive il faut le cogner pour l'empêcher de rentrer ?, au bout d'un moment il a perdu cette information donc on fait un boost. Alors que quand vous avez l'âge que vous avez, que vous êtes en pleine forme et si vous n'avez pas de maladie chronique, votre système immunitaire est plus mature, et donc on sait qu'au-delà de 6 mois vous gardez un très bon niveau de protection. Si les données en population générale devaient montrer que là aussi ça devait faiblir au bout de 10, 12, 15 mois, dans ce cas-là évidemment on dirait à la population ? vaccinez-vous. ?

SALHIA BRAKHLIA
Donc ça peut arriver, la troisième dose pour tous.

OLIVIER VERAN
Ça peut mais aujourd'hui, ce n'est pas le cas. Mais j'insiste parce que c'est le plus grand risque qu'on court aujourd'hui. C'est que s'il y avait une nouvelle vague épidémique, on ait à nouveau un impact sanitaire avec des gens qui étaient protégés et qui ne le seraient plus, il est fondamental de se vacciner. Il y a une campagne nationale qui démarre aujourd'hui et vraiment j'invite celles et ceux qui vous écoutent – et je sais qu'ils sont nombreux - à ne pas attendre s'ils sont à 6 mois de leur dernière injection et qu'ils sont dans les critères de rappel, à contacter leur médecin, leur pharmacien, leur infirmier ou leur centre.

MARC FAUVELLE
Olivier VERAN, après-demain tous les soignants devront justifier d'un schéma vaccinal complet. Il y a un mois, ils devaient avoir reçu au moins une dose pour pouvoir continuer à travailler. À cette époque il y a un mois, vous aviez donné un chiffre : celui de 3 000 soignants suspendus. Hier, on a appris par la Direction générale de la santé que le dernier chiffre disait 16 000 soignants suspendus. Qu'est-ce qui s'est passé en un mois ?

OLIVIER VERAN
Il y a des soignants qui n'étaient pas allés au travail le 15 septembre et qui y sont allés le 17 ou le 18 parce que tout le monde ne travaillait pas…

MARC FAUVELLE
Ça veut dire qu'ils avaient posé des congés et ils n'avaient pas été comptabilisés ?

OLIVIER VERAN
Tout le monde ne travaille pas tous les jours. Alors attendez, ça fait ça fait un pourcentage très, très faible.

MARC FAUVELLE
Ça fait 0,6 % ça mais rapporté en valeur absolue, ça fait beaucoup.

OLIVIER VERAN
Le plus important, c'est que les hôpitaux n'ont pas fermé, les EHPAD n'ont pas fermé, il n'y a pas eu des transferts massifs de malades et que tout le monde a été responsable. À l'AP-HP, je crois que c'est 16 médecins sur les 12 500 et c'était quelque 100 infirmiers sur les 16 ou 18 000 infirmiers. Donc vous voyez, quand on fait ces ratios-là, en réalité vous ne déstabilisez pas.

MARC FAUVELLE
Et 16 000, c'est le bon chiffre ?

OLIVIER VERAN
Entre 10 et 15 000, donc aux alentours de 15 000 probablement. Et sur ces 15 000 un nombre conséquent de soignants, voyant qu'en réalité, la loi elle est là pour être appliquée, finissent par se faire vacciner et reviennent. On était à 0,9 % du personnel qui n'était pas vacciné et qui était suspendu ou suspendable, on est descendu aujourd'hui à 0,6 % et on va continuer de descendre puisqu'à mesure que les semaines passent, celles et ceux qui font vraiment le choix de démissionner pour ne pas être vacciné deviennent l'exception, vraiment deviennent l'exception, donc l'obligation vaccinale fonctionne.

MARC FAUVELLE
Il y a eu combien de démissions ?

OLIVIER VERAN
Il y a un pourcentage très faible. On est à moins de 0,1 % de gens qui disent ? voilà, c'est ce que j'attendais toute façon pour partir. J'avais prévu de faire autre chose. ?

MARC FAUVELLE
Mais 0,1 % rapporté à deux millions sept cent mille professionnels de santé…

OLIVIER VERAN
Par rapport à deux millions de personnes qui sont concernées par l'obligation vaccinale ça fait deux mille. Entre 1 500 et 2 000. Certains reviendront, encore une fois. C'est à la fois beaucoup, je comprends le sens de votre question, et très peu par rapport à là dont nous venons. Je rappelle que lorsque l'obligation vaccinale a été décidée, il n'y avait que 60 % des soignants qui étaient à jour de leur vaccination. Aujourd'hui on parle de 99, plus de 99 % donc ça a fonctionné. Et pourquoi est-ce qu'on l'a fait ? On l'a fait pour éviter que des malades fragiles à l'hôpital ou dans les EHPAD ne se contaminent. Je ne compte plus de clusters Marc FAUVELLE, il n'y a plus, comme nous l'avions à une certaine époque, des clusters multiples dans les hôpitaux. C'est là l'essentiel. (…)

SALHIA BRAKHLIA
Olivier VERAN, Christophe CASTANER, le patron du groupe En Marche à l'Assemblée nationale, a décidé de remettre sur la table l'allongement du délai de recours à l'IVG, donc de 12 à 14 semaines. Il le fait alors qu'Emmanuel MACRON et Jean CASTEX sont plutôt défavorables à cette idée. Est-ce que vous, vous êtes prêt à soutenir Christophe CASTANER dans cette bataille ?

OLIVIER VERAN
En fait je soutiens la prolongation du délai d'IVG en France. Je l'ai dit depuis quelques semaines. J'avais saisi le Conseil consultatif national d'éthique de cette question. Sur 22 membres, 21 ont voté pour. Un dernier membre s'est abstenu, il n'y a eu donc aucune voix contre. Très rapidement pourquoi : le délai aujourd'hui est à 12 semaines en France, il est en moyenne de 13 semaines dans l'Union européenne. La France est donc 18ème sur 27 dans le pays de Simone VEIL et si nous passons à 14 semaines, nous ferons partie des pays avec les pays voisins qui sont à ce délai de 14 semaines. Il y a quelques milliers de femmes qui, parce qu'elles ont dépassé le délai de quelques jours, franchissent la frontière pour aller avorter à l'étranger. Le Conseil d'éthique nous dit ? il n'y a pas de barrière éthique, il y a un consensus professionnel qui s'est fait jour pour pouvoir allonger ce délai. ? Donc je le dis, moi je vois la démarche parlementaire d'un bon oeil.

SALHIA BRAKHLIA
Et ça, vous l'avez dit à Emmanuel MACRON et à Jean Castex ?

OLIVIER VERAN
Mais je vous donne ma position qui est à la fois ma position de médecin et de ministre en charge de la santé.

MARC FAUVELLE
Elle est importante la position du ministre de la Santé, mais qui tranche au final ?

OLIVIER VERAN
Nous verrons. Lorsque le texte sera présenté, s'il est effectivement déposé, il y aura un arbitrage gouvernemental mais je suis ministre et je respecte l'arbitrage gouvernemental.

MARC FAUVELLE
La position aujourd'hui de l'exécutif n'est pas tranchée.

OLIVIER VERAN
Je vous donne ma position fondée sur les arguments que je viens de vous lister.

MARC FAUVELLE
L'un des pontes de la gynécologie en France, le professeur DARAÏ, est visé -c'est Franceinfo qui l'a révélé il y a quelques jours - par plusieurs plaintes. Trois plaintes à ce jour pour des viols et des violences gynécologiques commis dans l'exercice de ses fonctions. L'AP-HP où il travaille a annoncé qu'il était placé en retrait de ses responsabilités mais il a toujours le droit d'exercer aujourd'hui. Que dit le ministre de la Santé ? Vous avez peut-être entendu les témoignages de ces femmes qui sont, dans le respect de la présomption d'innocence, absolument terrifiants.

OLIVIER VERAN
Voilà. Du fait de la présomption d'innocence, je ne peux pas parler de cette affaire en particulier. En revanche, il y a des violences qui peuvent exister en médecine, en gynécologie comme dans d'autres types de soins peut-être un peu plus en gynécologie. Pourquoi ? D'abord il y a les violences délictuelles : agressions sexuelles etc. Là c'est condamnation évidemment totale et c'est une affaire de justice. Il y a des violences qui peuvent être liées à un défaut d'information ou à des pratiques qui peuvent être vécues de manière brutale par des patientes. C'est pour ça qu'il est fondamental d'informer, d'expliquer ce qu'on va faire en gynécologie ou en obstétrique par exemple. À mesure qu'on a un peu mécanisé, protocolisé la médecine y compris par exemple la période de l'accouchement, il ne faut pas perdre de vue le sens de l'humain, l'importance d'expliquer, ce que font l'immense majorité et des médecins et des sages-femmes etc. Mais donc lorsqu'il y a un défaut d'explication, lorsque vous avez l'impression de subir un examen qui peut être un examen en plus invasif au lieu de l'accepter, alors là il y a un problème. Et donc c'est vécu comme une violence, ça peut être perçu comme une violence et ça peut d'ailleurs parfois être sincèrement une violence. Donc nous fêterons les 20 ans de la loi du 4 mars 2002 dans quelques mois qui est la loi sur les droits des usagers, sur la démocratie sanitaire, sur le devoir de délivrer aux patients et aux patientes une information claire, loyale et appropriée. Je crois que la communauté médicale s'est vraiment emparée de ce sujet de l'information, de l'accompagnement, de la bienveillance dans les soins.

SALHIA BRAKHLIA
Donc il y aura une campagne d'information grand public sur ce sujet-là en particulier ?

OLIVIER VERAN
Il y a des campagnes d'information qui existent. Nous continuons d'y travailler. Pour les 20 ans de la loi, je souhaite qu'on puisse avancer davantage encore en matière de démocratie sanitaire, pour que chacun puisse être véritablement maître des soins et des examens qu'il peut recevoir. Encore une fois, il y a à côté de cela des violences qui sont avec des condamnations ordinales ou des condamnations de justice pour des actes qui sont répréhensibles par la loi, qui sont évidemment scandaleux, condamnables et que personne ne peut supporter.

SALHIA BRAKHLIA
Juste une dernière question sur ce même sujet, la création d'un numéro d'urgence est envisageable ou pas sur les violences gynécologiques ?

OLIVIER VERAN
Je ne veux pas, si vous voulez, qu'on identifie des violences qui seraient gynécologiques ou le fait de gynécologues en particulier. Je vous dis qu'en gynécologie, la question de l'information, du consentement, de l'explication, de l'accompagnement humain est encore plus important. Si vous êtes amené à faire une épisiotomie à une femme qui va accoucher, il faut avoir pris le temps de lui expliquer auparavant que même si elle ne souhaite pas une épisiotomie, si on n'avait vraiment pas le choix, parce que vous êtes en situation d'urgence, vous allez peut-être être obligé de pratiquer le geste et de prendre le temps de l'expliquer. Donc c'est pour ça qu'il faut des moyens à l'hôpital, c'est pour ça aussi qu'on développe les maisons de naissance, c'est pour ça aussi qu'on accompagne et qu'on donne plus de missions aux sages-femmes en salle d'accouchement, dans l'accompagnement des femmes qui vont accoucher, etc ; c'est vraiment… c'est un phénomène qui est à la fois naturel, qui est à la fois complexe, qui peut être traumatisant, et qu'il faut accompagner avec encore plus d'attention que le reste.

MARC FAUVELLE
Un mot Olivier VERAN, de ce qu'a dit le week-end dernier Anne HIDALGO, la candidate socialiste, qui veut rassembler, dit-elle, le plus possible au point de vous tendre la main à vous, je ne sais pas, mais en tout cas, à l'aile gauche du gouvernement, c'est ce qu'elle a dit chez nos confrères de France 3. On l'écoute.

ANNE HIDALGO, CANDIDATE A L'ELECTION PRESIDENTIELLE
Je vois il y a un certain nombre de personnes dans ce gouvernement qui se réclament de la gauche, mais venez avec moi ! Un mépris…

JOURNALISTE
Vous dites aux Macronistes de gauche de venir chez vous ?

ANNE HIDALGO
Mais oui, parce qu'ils sont malheureux, les pauvres, donc qu'ils viennent, il y en a qui sont partis, mais qu'ils reviennent vraiment, franchement, qu'est-ce que vous allez vous perdre dans un truc qui ne correspond absolument pas à vos valeurs !

MARC FAUVELLE
Vous êtes malheureux, vous êtes en train de vous perdre Olivier VERAN.

OLIVIER VERAN
Réponse par les faits, je préfère les preuves d'amour aux paroles, le reste à charge zéro sur les soins optiques, dentaires auditifs, c'est nous qui l'avons fait, je n'ai jamais pu le faire dans un gouvernement socialiste, jamais pu le faire, la hausse de l'allocation adulte handicapé, la hausse du minimum vieillesse, le 7 milliards d'euros pour « 1 jeune 1 solution », pour insérer les jeunes et leur donner un emploi, une formation professionnelle, dans mon territoire grenoblois, plus 70 % d'apprentis en plus dans ce quinquennat que dans le quinquennat précédent ; un pouvoir d'achat qui augmente deux fois plus vite dans ce quinquennat que dans le quinquennat précédent, et notamment chez les plus précaires, un chômage qui a retrouvé son niveau d'avant la crise bancaire et économique de 2008, la première mesure sociale, c'est l'emploi, c'est le premier moyen de sortir de la pauvreté…

MARC FAUVELLE
Vous voulez dire, Anne HIDALGO, elle n'a pas le monopole de la gauche…

OLIVIER VERAN
Je dis juste que j'ai très envie de continuer l'action que nous menons collectivement dans le gouvernement d'Emmanuel MACRON pendant 5 ans de plus, c'est là que j'estime que nous sommes les plus efficaces. Et c'est là qu'est l'avenir de la social-démocratie dans les 5 ans qui vont venir.

MARC FAUVELLE
Vous n'avez pas le moindre doute sur le fait qu'Emmanuel MACRON sera candidat ?

OLIVIER VERAN
Ce n'est pas à moi de me prononcer sur cette question…

MARC FAUVELLE
Eh bien, vous venez de nous dire, je suis prêt à repartir pour 5 ans de plus…

OLIVIER VERAN
Je n'ai pas le moindre doute sur ma volonté de l'accompagner et de me battre sur les territoires, de parler aux Français, de parler au plus grand nombre, comme j'ai eu la chance de pouvoir le faire pendant un an et demi en étant en charge de la crise Covid. J'ai appris à parler aux Français, ils ont appris, et on a appris à dialoguer ensemble, je veux mettre cette compétence au service du président de la République, parce que je veux la mettre au service des Français.

MARC FAUVELLE
Merci Olivier VERAN. Vous avez hâte de passer à autre chose, qu'on vous interroge sur autre chose que le Covid quand vous venez sur les plateaux radio, télé, le matin ?

OLIVIER VERAN
Vous savez, c'est ma première matinale depuis plusieurs semaines qui est consacrée au Covid, mais je n'ai jamais relâché l'effort et la vigilance, et je reste extrêmement actif, par contre, entre guillemets, pardon pour l'expression, mais on fout un peu la paix au Français avec le Covid, quand le virus circule moins, et donc ça permet de parler d'autres choses, mais ça ne veut pas dire que je ne faisais pas autre chose avant, le budget de la Sécurité sociale, il est porteur d'avancées sociales absolument incroyables, et il continue de réformer notre système de santé. Le Ségur l'investissement, le plan, juste quand même, le plan 2030 présenté par le président de la République hier, rien qu'en santé, 7 milliards d'euros pour qu'on puisse retrouver la souveraineté pour la fabrication de médicaments, qu'on puisse faire en sorte que les patients français soient les premiers à bénéficier d'innovations, qu'on puisse guérir les cancers, qu'on puisse guérir les maladies chroniques, enfin, je veux dire, ce qui est en train de se passer, je le dis avec presque un regard émerveillé, mais la façon dont nous sommes en train de projeter notre pays dans 10 ans avec un chômage qui est bas aujourd'hui, des investissements qui repartent, et notre capacité d'innover, c'est fabuleux.

MARC FAUVELLE
Merci à vous Olivier VERAN. Bonne journée.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 14 octobre 2021