Interview de Mme Sophie Cluzel, secrétaire d'État chargée des personnes handicapées, à France Bleu Nord le 17 septembre 2021, sur la fin de la prise en charge des handicapés français par des structures en Belgique.

Texte intégral

PASCAL TOTH
La secrétaire d'État en charge des handicapés est attendue dans le Nord aujourd'hui. A l'ordre du jour notamment, la question des handicapés obligés de partir en Belgique, faute de structure adaptée en France. Sophie CLUZEL est notre invitée, Pascale THIEBOLD.

PASCALE THIEBOLD
Bonjour Sophie CLUZEL.

SOPHIE CLUZEL
Bonjour.

PASCALE THIEBOLD
En février dernier, le gouvernement français a mis un terme à la prise en charge des handicapés français par des structures en Belgique. Quel bilan peut-on tirer six mois après ?

SOPHIE CLUZEL
En fait, nous avons mis un terme aux départs subis en Belgique. Les personnes qui sont en Belgique sont toujours bien sûr accompagnées et financées par l'État français. Aujourd'hui nous avons à peu près huit mille cinq cents personnes adultes et enfants, sept mille adultes et mille cinq cents enfants. Les enfants depuis six ans ne partent plus en Belgique et, petit à petit, reviennent si les parents le souhaitent. Pour les sept mille adultes aujourd'hui, ce que nous mettons en place c'est un crédit très, très important : quatre-vingt-dix millions qui sont dédiés à trouver des solutions en proximité pour éviter des départs. Donc plus aucun départ et après, selon le choix des personnes s'ils ont envie de revenir, nous pourrons travailler à ces solutions de proximité. Ce que nous ne voulons plus, c'est que le départ collectif des procédures commerciales qui allaient jusque dans nos hôpitaux pour aller chercher des personnes adultes, nous ne voulons plus ça. C'est vraiment un financement maintenant de créations de places en proximité que nous voulons.

PASCALE THIEBOLD
On a vu qu'effectivement certains établissements en Belgique ne répondaient pas tout à fait aux attentes et avaient été épinglés pour leurs pratiques. Selon les associations, dix établissements devraient fermer justement dans les prochains mois en Belgique. Que vont devenir leurs résidents ?

SOPHIE CLUZEL
Nous allons faire comme nous allons faire avec le domaine de Taintignies qu'avec mon homologue wallonne nous avons décidé de fermer. Nous avons retiré l'agrément au début de l'année parce que les prises en charge étaient indignes. Il y a une équipe qui s'est immergée, qui a réanalysé tous les besoins des personnes et sur les soixante-dix résidents, cinquante-quatre ont trouvé immédiatement des places en France. Vingt souhaitaient rester en Belgique et nous avons travaillé avec les autres établissements. Donc nous savons faire quand il y a une urgence mais moi ce que je veux, c'est qu'il n'y ait plus d'urgence et que vraiment nous puissions travailler en proximité dans les trois grandes régions qui, malheureusement, envoyaient des Français en Belgique, qui sont bien sûr les Hauts-de-France parce que, là aussi, il y a une histoire de proximité frontalière, mais l'Ile-de-France et puis le Grand Est.

PASCAL TOTH
France Bleu Nord, il est 07 heures 49. Notre invitée ce matin et Sophie CLUZEL, la secrétaire d'État aux personnes handicapées.

PASCALE THIEBOLD
Alors là malheureusement, en tout cas pour certaines associations, on est dans une phase de transition où effectivement on ne part plus en Belgique, mais en France les solutions n'existent pas encore et c'est souvent difficile pour beaucoup de familles aujourd'hui.

SOPHIE CLUZEL
Ce que je tiens à dire et rassurer les familles, c'est celles qui avaient déjà une notification pour partir en Belgique antérieure. Bien sûr nous n'allons pas rompre un parcours qui avait été choisi mais, au contraire, mille sept cents solutions sont programmées pour 2020-2021. Nous avons déjà plus de mille solutions qui sont sorties d'accompagnement de proximité. Dans la région Nord, nous avons déjà des demandes qui ont été répondues. 32% des personnes accueillies en Belgique sont issues vraiment des Hauts-de-France donc c'est important. Mais ça, c'est une histoire transfrontalière. Moi ce qui m'importe, c'est de créer vite que la solution ; c'est pour ça que je me déplace aujourd'hui. Je vais au Quesnoy, je vais aller à Wasquehal, je vais aller à Roubaix où des solutions innovantes ont permis d'éviter les départs en Belgique parce que les crédits fléchés immédiatement, au plus près des territoires. Il y a déjà des solutions. Nous avons déjà cent cinquante solutions qui ont évité les départs en Belgique, là dans cette année. Donc je dis aux familles : rassurez-vous, tout le monde est en mode de travail, de coopération. Ça, c'est très important. Les associations travaillent ensemble avec le département, avec l'Agence régionale de santé et ce mode coopération, il produit ses fruits.

PASCALE THIEBOLD
Ces solutions, c'est forcément le maintien à domicile de la personne handicapée ?

SOPHIE CLUZEL
Pas forcément. D'abord c'est le choix de la personne : est ce qu'elle veut rester chez elle e ? Et à ce moment-là, on muscle le service d'accompagnement. C'est ce que je vais voir avec des dispositifs très innovants au Quesnoy où on va vers la personne, on renforce l'étayage. Et puis il y en a qui préfèrent habiter dans un d'habitat par exemple inclusif, collectif, accompagné autant que de besoin parce que l'isolement est trop difficile. Donc c'est vraiment à partir du choix de la personne et c'est ce que l'on veut faire. En proximité pour garder le lien familial si important, et c'était très, très douloureux pour les parents et pour les uns adultes de devoir partir en Belgique et de couper ce lien familial.

PASCALE THIEBOLD
Est-ce que pour des personnes très lourdement handicapées cette fois, et notamment des enfants, des structures vont quand même voir le jour dans notre région ?

SOPHIE CLUZEL
Alors ce que nous voulons vraiment, c'est pouvoir répondre aux besoins comme je vous le disais. Nous répondons aux besoins par exemple pour le polyhandicap qui a besoin d'un plateau technique et nous répondons différemment. Ce n'est pas forcément en créant des murs dans des maisons d'accueil spécialisées ou dans des établissements médico-sociaux. Ce que j'ai vu, c'est par exemple des enfants polyhandicapés qui sont dans des classes maintenant de la République, et c'est ce que je vais voir justement avec le GAPAS un peu plus tard dans la journée, avec un service d'accompagnement. Ce qu'il nous faut donner vraiment aux Françaises et aux Français en situation de handicap, c'est une offre. Une offre pour choisir la façon dont ils veulent être accompagnés. On a encore du travail à faire, ça avance. On a des solutions innovantes qui existent, qui essaiment et moi je me déplace pour aller les voir et pour accélérer et faciliter la sortie de ces solutions. Faire tomber un petit peu les tuyaux de financement qu'on avait, qui bloquaient cette innovation de nos territoires. Et je tiens à saluer vraiment le département du Nord pour cette coopération exemplaire entre le département, les agences régionales de santé, les familles et les associations gestionnaires et c'est pour ça que je me déplace : pour aller voir comment ça fonctionne et accélérer les solutions.

PASCALE THIEBOLD
Merci Sophie CLUZEL d'avoir été l'invitée de France Bleu Nord ce matin. Je rappelle que vous êtes la secrétaire d'État en charge des personnes handicapées. Bonne journée.

SOPHIE CLUZEL
Merci beaucoup.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 22 septembre 2021