Interview de M. Gabriel Attal, secrétaire d'État, porte-parole du gouvernement, à RTL le 19 octobre 2021, sur l'évolution de la situation sanitaire et la hausse du prix des carburants.

Texte intégral

ALBA VENTURA
Bonjour Gabriel ATTAL.

GABRIEL ATTAL
Bonjour !

ALBA VENTURA
On a un peu de mal à comprendre ce qui se passe sur le front sanitaire, sur le front du Covid. La semaine dernière, dans une interview au journal Le Monde, le professeur DELFRAISSY, président du Conseil scientifique, semblait assez optimiste sur la situation tout en appelant à la vigilance mais c'était rassurant et voilà hier qu'on nous dit : attention, les contaminations repartent à la hausse. Est-ce que l'épidémie repart ou est-ce qu'on joue à se faire peur ?

GABRIEL ATTAL
On a vu l'épidémie régresser beaucoup depuis cet été grâce aux efforts des Français, grâce à la vaccination, grâce au pass sanitaire qui a aussi permis de réduire la circulation du virus et qu'est-ce qu'on constate depuis une semaine ? C'est que l'épidémie recommence à gagner du terrain. C'est très léger, on est à un niveau très faible, on part d'un niveau très faible mais évidemment, il faut être vigilant. Ce qui nous rend optimistes, Alba VENTURA, c'est évidemment le taux de couverture vaccinale qu'on observe dans notre pays grâce à ce qui s'est passé cet été et à cet engouement autour de la vaccination, on a des Français qui sont très largement protégés. On voit qu'il y a une reprise dans un certain nombre de pays en Europe. C'est notamment dû aux conditions hivernales. On voit qu'il y a des pays qui sont obligés de reprendre des mesures, je pense à la Lettonie notamment qui, il y a quelques heures ou quelque temps, a annoncé un reconfinement de quatre semaines avec fermeture des écoles parce qu'il y a une reprise mais surtout parce qu'il y a seulement 50% de la population qui est vaccinée. Donc nous en France, tout ce qui s'est passé depuis quatre mois nous met normalement à l'abri de ça à condition évidemment …

ALBA VENTURA
Mais là, vous craignez une vraie reprise ? Est-ce que c'est un départ de cinquième vague, ce frémissement ou on ne peut pas dire ça encore ?

GABRIEL ATTAL
C'est beaucoup trop tôt pour le dire et moi, je ne peux pas vous dire aujourd'hui que ce qu'on observe, c'est les premiers embruns d'une cinquième vague. C'est beaucoup trop tôt pour le dire. Maintenant, ça montre quoi ? Ça montre d'abord qu'on a eu raison d'être précautionneux ; on a entendu beaucoup de personnes ces dernières semaines encore expliquer qu'il fallait abandonner toute mesure, que le Covid, c'était derrière nous etc., et nous on a tenu – il y a d'ailleurs un texte qui est examiné à partir d'aujourd'hui au Parlement –, à garder des outils pour lutter contre l'épidémie. Ça, c'est la première chose et la deuxième chose, c'est que ça montre qu'il faut continuer à protéger les Français avec la vaccination ; je rappelle qu'il y a une nouvelle étude d'ampleur qui est sortie la semaine dernière qui montre qu'il y a une efficacité extraordinaire du vaccin contre les formes graves, je le disais, on a un taux de couverture vaccinale très élevé en France mais il faut que la couverture, enfin, il faut que la protection conférée par le vaccin continue ! Et donc vous me voyez venir, c'est notamment l'enjeu du rappel, du rappel vaccinal.

ALBA VENTURA
Et de la troisième dose. Juste avant d'en parler, il n'y a pas de hausse de la mortalité, est-ce que dans les hôpitaux, la situation est stable ?

GABRIEL ATTAL
On voit que ça ne diminue plus dans les hôpitaux mais encore une fois, on était arrivé aussi à un niveau faible mais qu'il n'y a plus de diminution importante du nombre de personnes hospitalisées ou en réanimation. Donc il faut être vigilant. Encore une fois, qu'il y ait une très légère reprise parce que les conditions hivernales arrivent, parce qu'on est plus en intérieur etc., ça pouvait être attendu. Ce qu'il faut, c'est rester extrêmement vigilant, garder les outils dont on dispose à l'endroit où c'est nécessaire, continuer à faire attention sur les gestes barrières et continuer à se protéger avec le vaccin !

ALBA VENTURA
Voilà et donc comme le début de la vaccination avait démarré au mois d'avril, on en est à 6 mois, on sait que la couverture du vaccin, c'est environ 6 mois. Donc là ce matin, vous appelez, pour ceux qui sont concernés, à se faire vacciner à cette troisième dose ou à ce rappel ?

GABRIEL ATTAL
Oui parce qu'on voit et un certain nombre d'études scientifiques l'ont maintenant confirmé, à partir d'un certain temps qui est estimé autour de 6 mois, la protection qui est conférée par le vaccin a tendance à diminuer et donc c'est très important pour les personnes qui sont éligibles de procéder au rappel. Donc ce matin oui je lance un appel au rappel ! Il y a aujourd'hui les personnes qui ont plus de 65 ans ou qui sont fragiles vis-à-vis de l'épidémie qui sont éligibles au rappel, c'est-à-dire pour la plupart à la troisième dose. Sur 6 millions de personnes qui sont éligibles aujourd'hui, 2 millions de personnes ont eu recours au rappel.

ALBA VENTURA
Deux millions sur 6 millions, ce n'est pas …

GABRIEL ATTAL
C'est beaucoup mais c'est trop peu et donc il faut évidemment continuer et c'est pour ça notamment qu'Olivier VERAN a annoncé avancer de quelques jours la campagne de vaccination contre la grippe parce qu'il y a beaucoup de Français qui attendaient le vaccin contre la grippe …

ALBA VENTURA
La grippe saisonnière …

GABRIEL ATTAL
...voilà en se disant : je vais faire les deux vaccins en même temps puisque vous savez que c'est possible, la Haute Autorité de santé l'a confirmé.

ALBA VENTURA
Donc là vous dites ce matin : faites d'une pierre deux coups, faites la grippe saisonnière et le rappel, c'est ça ?

GABRIEL ATTAL
Bien sûr, pour les personnes qui ont plus de 65 ans évidemment, il faut faire le rappel vaccinal pour garder un haut niveau de protection vis-à-vis de l'épidémie. Les Français, ils ont fait beaucoup d'efforts, ils ont été très responsables, ils se sont fait vacciner. Ça serait dommage entre guillemets de gâcher ça à la fin en n'ayant pas recours au rappel dont on voit dans toutes les études scientifiques qu'il permet de protéger dans la durée.

ALBA VENTURA
Vous disiez aujourd'hui que l'Assemblée examinait la prolongation du pass sanitaire. Est-ce que vous pourriez utiliser le pass sanitaire pour inciter les personnes concernées à faire leur rappel de vaccin ? Par exemple, le pass sanitaire ne serait pas validé si, au bout de 7 mois, le rappel n'est pas fait.

GABRIEL ATTAL
C'est une possibilité ; il n'y a pas de décision qui a été prise en ce sens aujourd'hui mais c'est une possibilité. Vous savez qu'on a toujours fonctionné depuis le début de cette crise d'abord sur la confiance et sur la responsabilité des Français. Est-ce qu'à un moment, il faudra prendre des mesures plus incitatives ? Je ne peux pas vous le dire aujourd'hui ; en tout cas, rien n'est exclu.

ALBA VENTURA
Gabriel ATTAL, le pouvoir d'achat est au coeur des préoccupations des Français ; on a vu ce matin dans une étude de PanoraBanques qu'un Français sur deux dépasse son découvert autorisé ; il y a la taxe foncière qui augmente, c'est à la Une du journal Le Parisien aujourd'hui en France ce matin ; et puis, il y a le prix de l'essence qui ne cesse de grimper. Est-ce qu'une baisse des taxes est dans les tuyaux ?

GABRIEL ATTAL
D'abord, il y a une augmentation du prix de l'essence qui est liée, je veux le rappeler, non pas à une décision du gouvernement, à une augmentation des taxes – les taxes sur l'essence, elles sont gelées depuis trois ans – mais qui est liée à une augmentation de la demande très forte en énergie partout dans le monde. Cette augmentation, on la voit partout dans le monde, c'est une augmentation qui a concerné aussi le gaz, l'électricité, on a pris des mesures très tôt pour bloquer l'augmentation qui était prévue d'ici à la fin de l'année des tarifs du gaz, pour bloquer les augmentations prévues à partir de janvier de l'électricité. Ça, c'est fait ; maintenant, il reste l'augmentation du prix de l'essence et ça, le président l'a dit, on va annoncer des mesures de protection pour les Français. On est en train d'y travailler.

ALBA VENTURA
L'option, c'est quoi ?

GABRIEL ATTAL
Toutes les pistes sont sur la table, il y a plusieurs pistes sur la table, il y a la question des taxes et puis, il y a la question d'un chèque, d'une aide spécifique pour les personnes qui utilisent leur voiture et qui subissent cette augmentation du prix du carburant et donc les derniers arbitrages sont en cours. Ce qui compte pour nous, Alba VENTURA, c'est de prendre une décision et d'avoir une mesure qui est simple, qui est juste et qui est efficace. On veut que les Français les plus impactés par cette augmentation du prix du carburant puissent être accompagnés et être aidés dans ce moment et dans ce moment de hausse des prix qui risque de durer plusieurs mois.

ALBA VENTURA
Donc si je vous comprends bien, la baisse des taxes est envisageable, est possible ?

GABRIEL ATTAL
Oui, ce que je vous dis, c'est qu'il n'y a pas de piste exclue. Ce qu'on veut, c'est que ce soit simple, juste et efficace, voilà !

ALBA VENTURA
Et le chèque carburant pour les ménages modestes mais qui serait concerné ?

GABRIEL ATTAL
Justement, c'est aussi une possibilité. L'idéal, c'est évidemment d'avoir une aide directe qui est ciblée sur les personnes qui en ont besoin voilà. Maintenant moi, j'entends aussi, il y a beaucoup de Français qui disent : quand on met en place des aides directes en général, le chèque énergie - on a pu annoncer des choses il y a plusieurs semaines sur le sujet -, moi, je ne suis pas concerné, moi, je suis toujours un peu au-dessus des seuils.

ALBA VENTURA
C'est ça, est-ce que ce n'est pas plus compliqué de mettre en place un chèque carburant qui serait presque une usine à gaz que de baisser les taxes ?

GABRIEL ATTAL
C'est précisément ce qu'on est en train de regarder voilà, c'est précisément ce sur quoi on est en train de travailler, ce n'est évidemment pas simple parce que si vous voulez toucher les Français qui sont concernés, c'est-à-dire ceux qui travaillent, qui prennent leur voiture, ils nous écoutent probablement, ils travaillent, ils prennent leur voiture, ils ont du mal à boucler leurs fins de mois alors qu'ils travaillent et qu'ils travaillent dur.

ALBA VENTURA
Quand va être prise la décision ?

GABRIEL ATTAL
Là, je pense que c'est une question de jours et que d'ici à la fin de la semaine …

ALBA VENTURA
D'ici la fin de la semaine, on saura ?

GABRIEL ATTAL
Bien sûr. Il y a des travaux très nourris sur le sujet. Encore une fois, on ne veut pas mettre en place un dispositif qui serait une usine à gaz et à force de vouloir faire trop de dentelle, faire trop de critères, vous arrivez à un dispositif qui est très complexe, vous arrivez à des personnes qui devraient être concernées et qui ne le sont pas pour X raisons, c'est ce qu'on a vu dans certains territoires qui avaient mis en place des dispositifs. Voilà donc il faut que ce soit simple et c'est ce sur quoi on travaille.

ALBA VENTURA
Merci beaucoup Gabriel ATTAL. Donc d'ici à la fin de la semaine un arbitrage sur la baisse des taxes ou le chèque carburant, merci beaucoup !


Source : Service d'information du Gouvernement, le 20 octobre 2021