Interview de Mme Sophie Cluzel, secrétaire d'État chargée des personnes handicapées, à Europe 1 le 19 octobre 2021, sur le lancement d'une campagne Duoday de sensibilisation pour faire évoluer le regard sur le handicap.

Texte intégral

JULIEN PEARCE
Bonjour Madame la ministre.

SOPHIE CLUZEL
Bonjour.

JULIEN PEARCE
Merci d'être avec nous ce matin, quel est le message derrière cette campagne ? Quelle est son ambition ?

SOPHIE CLUZEL
Alors, c'est une ambition pour changer les préjugés ; je vous rappelle que le handicap est la première cause de discrimination notamment à l'embauche mais pas que et donc faire tomber les préjugés et surtout aller chercher la rencontre avec les personnes en situation de handicap. La thématique de la campagne, c'est : voyons les personnes avant le handicap avec une très belle campagne pendant 4 mois qui va nous permettre de changer le regard avec des films, des portraits, une capacité d'écouter aussi la parole des personnes, changer le regard, aller chercher leur rencontre, tout simplement pouvoir les personnes avant le handicap.

JULIEN PEARCE
Vous l'avez dit, le handicap est la première cause de discrimination en France selon le Défenseur des droits. Est-ce qu'au regard de cette statistique effrayante, cette campagne est suffisamment percutante parce que là, on n'a que des messages positifs que ce soit les clips ou les portraits ? On est quand même assez loin du quotidien vécu par les 12 millions de Français en situation de handicap.

SOPHIE CLUZEL
Alors 12 millions de Français, 80% de handicaps invisibles, une trajectoire qui est en train de changer depuis quatre ans puisque nous avons replacé les personnes comme citoyens avant tout. Ça avance ; on veut que ça avance plus vite et donc ce n'est pas un message ni compassionnel ni empathique ni misérabiliste ; c'est un message qui veut faire comprendre aux Français que les personnes handicapées sont au milieu de nous déjà. Il faut tout simplement les regarder différemment que ça soit à l'école, dans l'emploi, dans le logement, dans la cité. Regardons les personnes, osons cette rencontre qui fait peur à parfois mais je rappelle encore que 80% des handicaps sont invisibles. Donc c'est aussi une campagne qui va faire de la pédagogie sur les différents types de handicaps grâce au portrait que nous avons, qui décrit une un peu de toutes les situations de handicap, qui circulera dans les territoires, dans les écoles, qui sera à disposition des associations pour ouvrir le débat. Donc c'est quatre mois en même temps d'interpellation et aussi de discussion avec les Français.

JULIEN PEARCE
Pourquoi a-t-il fallu attendre 15 ans pour qu'une campagne de sensibilisation comme celle-ci voie le jour ? C'est une éternité, 15 ans !

SOPHIE CLUZEL
Oui mais nous l'avons engagé très vite, c'est un engagement du président de la République dès le 11 février 2020 lors de la conférence du handicap. Bon il y a une crise sanitaire qui nous a rattrapés, donc qui nous a obligés de décaler l'entrée de cette campagne mais c'était un engagement qui avait été pris !

JULIEN PEARCE
Le président a été élu en 2017, je le rappelle.

SOPHIE CLUZEL
Oui tout à fait, c'était une grande cause priorité du quinquennat le handicap. Nous n'avons pas tardé, nous avons fait 5 comités interministériels du handicap ; nous avons bâti cette campagne avec les personnes. Nous avons changé beaucoup de choses, le droit de vote, les droits à vie. Nous accélérons justement les réponses pour les personnes en situation de handicap ; nous nous sommes justement attaqués à ces préjugés pour changer tout simplement la façon dont nous regardons les personnes comme des personnes avant tout et non pas comme un handicap avéré qui empêche cette rencontre.

JULIEN PEARCE
Rien à voir donc avec la présidentielle qui arrive ? C'est dans six mois.

SOPHIE CLUZEL
Bien sûr que non qu'il n'y a rien à voir puisque c'était déjà cranté depuis plus de deux ans. Donc nous y travaillons depuis deux ans et entre-temps malheureusement, il y a eu une crise sanitaire où justement les personnes handicapées ont été l'objet de toute notre attention pour justement qu'elles ne pâtissent pas de cette crise tout en bâtissant ce message important de dire : oui, les personnes handicapées sont déjà parmi nous ; nous devons y faire beaucoup plus attention et aller chercher la personnalité avant justement de s'arrêter au handicap.

JULIEN PEARCE
Que répondez-vous à ces personnes handicapées qui disent qu'on aurait mieux fait de mettre cet argent dans l'accessibilité que dans des films pour sensibiliser ? C'est l'opinion, par exemple, de Dominique FARRUGIA qui est atteint de la sclérose en plaques ?

SOPHIE CLUZEL
C'est une demande des personnes elles-mêmes, cette campagne ; c'est une demande des personnes ; c'est une demande de l'ONU ; c'est un engagement du président. Donc ce n'est pas l'un ou l'autre ; je rappelle que nous investissons plus de 52 milliards sur le handicap, c'est 17% de plus en cinq ans que ça soit à travers l'allocation adulte handicapé, à travers des solutions de logement, à travers l'emploi, à travers l'école (près de 4 milliards investis dans la scolarisation). Donc ce n'est pas l'un ou l'autre ; c'est l'un et l'autre.

JULIEN PEARCE
Mais l'accessibilité, vous en conviendrez, ça reste l'une des premières préoccupations des personnes handicapées, on parle là de l'accès au logement bien souvent pas ou mal conçu pour accueillir des fauteuils roulants, des entreprises, des transports, des écoles. La loi de 2005 qui imposait de faire des travaux d'accessibilité avant 2015 a fait l'objet de multiples dérogations. On parle de 2024 désormais pour certains lieux, c'est 19 ans après le vote de la loi.

SOPHIE CLUZEL
Alors, nous avons travaillé depuis cette loi ; nous travaillons avec les collectivités locales pour l'accessibilité du quotidien, c'est-à-dire comment j'accompagne les petits commerçants maintenant à se mettre en accessibilité. Les grands établissements recevant du public sont accessibles ; maintenant, c'est la petite, je dirais, vraiment le petit commerçant, comment je vais prendre mon café, comment je vais chercher ma baguette de pain Nous avons les ambassadeurs d'accessibilité à côté des commerçants et l'Etat prend en charge justement le salaire de ces ambassadeurs en service civique pour accompagner les collectivités ; c'est ça qui est important, nous devons accélérer. Il y a beaucoup de choses qui sont faites quand il y a par exemple des mobilités sur les transports quand vous avez par exemple un tramway, eh bien, toute la cité se transforme. Je n'étais pas plus tard, il n'y a pas longtemps à Angers, à Dijon ; on voit bien que quand les maires et les collectivités locales des agglomérations s'emparent de la mobilité avec les transports, eh bien, ça transforme l'ensemble des mobilités, pas que pour les personnes à mobilité réduite qui sont à peu près 8% des personnes en situation de handicap mais aussi pour les personnes âgées, pour les personnes en famille nombreuse. Donc c'est un investissement gagnant-gagnant pour l'ensemble de la société !

JULIEN PEARCE
Merci beaucoup Sophie CLUZEL, secrétaire d'Etat auprès du Premier ministre, chargée des Personnes handicapées de nous avoir présenté cette campagne de sensibilisation nécessaire. Bonne journée et à bientôt sur Europe 1 !

SOPHIE CLUZEL
Merci beaucoup.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 20 octobre 2021