Interview de Mme Amélie de Montchalin, ministre de la transformation et de la fonction publiques, à Europe 1 le 4 novembre 2021, sur l'indemnité inflation pour les agents publics, les 35 h et les collectivités locales et la simplification administrative.

Texte intégral

DIMITRI PAVLENKO
Bonjour Amélie de MONTCHALIN.

AMELIE DE MONTCHALIN
Bonjour.

DIMITRI PAVLENKO
Vous êtes la ministre de la Transformation et de la Fonction publiques. Vous avez vu les sondages, Amélie de MONTCHALIN, le dernier ELABE notamment, qui nous dit que le pouvoir d'achat est le thème numéro 1 de 47% des Français en ce moment, c'est loin devant la sécurité, je suis certain que dans ces 47% il y a beaucoup de fonctionnaires.

AMELIE DE MONTCHALIN
Effectivement, le pouvoir d'achat c'est d'ailleurs aussi un sujet prioritaire de l'action du gouvernement depuis 4 ans, c'est l'action que je mène en tant que ministre de la Fonction publique pour, par exemple, au 1er janvier 2022 revaloriser 1,2 million de fonctionnaires les moins bien payés, qui sont autour du SMIC ou juste au-dessus, et s'assurer qu'ils ont à nouveau des perspectives de carrière, d'augmentation de 40 à 100 euros par mois, c'est un choix qu'on a fait, plutôt que d'augmenter tout le monde, du fameux point d'indice, qui n'aurait changé la vie de personne, mais c'est aussi pour ça qu'on prend des mesures, actuellement, face à un choc qui n'est pas de notre responsabilité, qui est le choc des prix de l'énergie, de l'électricité, du gaz, d'une partie des prix alimentaires, et c'est pour ça qu'on fait cette indemnité inflation.

DIMITRI PAVLENKO
Alors justement, la question est de savoir quand elle arrive, pour ce qui vous concerne les fonctionnaires, avez-vous arrêté les modalités puisqu'il se trouve que le gouvernement a publié le mode d'emploi hier pour les employeurs privés ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Notre objectif, il faut juste le rappeler, c'est qu'effectivement on soit sur une aide efficace, ciblée, pour les Français qui en ont besoin, et, dans la Fonction publique, c'est aussi une question de responsabilité d'utilisation de l'argent public, ça c'est important à rappeler, donc on a fait deux choses. D'abord on a bien ciblé les personnes, c'est plus de 2 millions d'agents publics, et vous savez qu'ils sont répartis à travers le pays, dans les collectivités locales, il y a plus de 50.000, vous savez, employeurs locaux, donc il fallait bien cibler, faire les choses sérieusement, et puis la deuxième chose, j'y tiens beaucoup, vous savez on a des gens qui nous disent " vous êtes en train de cramer la caisse ", et puis d'autres qui nous disent " c'est quand même bizarre que vous versiez cette aide aux fonctionnaires en janvier ", en fait moi je crois à une chose, c'est la responsabilité budgétaire, c'est de devoir passer par le Parlement, c'est toujours comme ça qu'on verse une nouvelle aide publique, qu'on autorise les choses démocratiquement, et donc cette indemnité inflation sera, je l'espère, votée par le Parlement pour qu'elle soit versée tout début 2022, et c'est pour ça que les 2 millions de fonctionnaires toucheront cette indemnité inflation, pour tous ceux qui sont concernés, en janvier.

DIMITRI PAVLENKO
Il y a 5 660 000 fonctionnaires en France, de toutes catégories, enfin de trois fonctions publiques, d'Etat, Territoriale et Hospitalière, vous dites ce sont 2 millions de fonctionnaires qui vont percevoir cette indemnité inflation, ça veut dire qu'il y a 2 millions de fonctionnaires, 40% des agents de la Fonction publique, qui gagnent moins de 2000 euros en France.

AMELIE DE MONTCHALIN
Exactement, c'est la réalité de cette classe moyenne, qui est au service des Français tous les jours, moi je suis fière d'être leur ministre, ils font des métiers, parfois, que les Français connaissent peu…

DIMITRI PAVLENKO
En dessous de 2000 euros c'est la classe moyenne Amélie de MONTCHALIN ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Vous savez 2000 euros c'est le salaire médian, donc dans notre pays 50% des Français qui travaillent touchent moins de 2000 euros, 50% des Français qui travaillent touchent plus de 2000 euros, dans la Fonction publique c'est à peu près la même réalité, et donc moi mon combat c'est de rendre la Fonction publique attractive, c'est de bien rémunérer ceux qui s'engagent dans ces métiers peu valorisés, notamment toutes ces catégories C comme on dit, c'est un choix politique, parce que pendant des années on nous a dit il faut augmenter tout le monde du même pourcentage, ce n'est pas la décision qu'on a prise avec le président de la République parce qu'on a décidé précisément d'être dans l'équité, mais aussi l'efficacité, et de changer concrètement la vie de ceux qui en bas de la pyramide servent ces métiers de proximité, dans nos communes, dans nos mairies, dans nos écoles.

DIMITRI PAVLENKO
Est-ce que ce ne serait pas plus simple la revalorisation du point d'indice ? Parce que quand on met bout à bout tous les dispositifs de revalorisation salariale ou de primes dans la Fonction publique, la liste est longue, j'ai découvert d'ailleurs qu'il y avait une prime d'inflation qui s'appelle la GIPA, la Garantie Individuelle du Pouvoir d'Achat, donc c'est une sorte d'indemnité inflation depuis 2008, Amélie de MONTCHALIN.

AMELIE DE MONTCHALIN
Mais moi je me bats… cette indemnité elle est nécessaire, mais elle était nécessaire pourquoi ? Parce que vous aviez des gens qui touchaient moins que le SMIC tous les mois. En octobre dernier, au Conseil des ministres, j'ai pris une décision qui n'avait pas été prise depuis 2013, c'est de m'assurer que tous les mois, tous les agents publics touchent au moins le SMIC, du coup on n'a plus besoin d'aller faire des corrections, 12, 14, 15 mois après. Et donc mon combat c'est quoi ? C'est d'abord qu'on revalorise ceux qui sont les moins bien payés, ensuite c'est qu'on lutte contre les iniquités. Il y avait une iniquité aussi, que je suis en train de résoudre, qui est la mutuelle santé. Les fonctionnaires aujourd'hui, peu de Français le savent, payent tout seul, à leurs propres frais, leur mutuelle, ce sera fini dès 2022 dans l'État puisque je donnerai 15 euros par mois, par agent, pour payer la mutuelle.

DIMITRI PAVLENKO
Donc c'est une politique de primes, double indemnité inflation pour un grand nombre de fonctionnaires…

AMELIE DE MONTCHALIN
Non, l'indemnité inflation…

DIMITRI PAVLENKO
Ah ben si, vous dites 1er janvier 2022 l'indemnité ponctuelle, là, pour répondre à la crise, plus cette fameuse GIPA depuis 2008.

AMELIE DE MONTCHALIN
Non, la GIPA l'intervient que si l'on constate, après coup, que vous avez été payé moins que le SMIC, avec les décisions que nous prenons il n'y a plus de fonctionnaires qui sont payés sous le SMIC, donc cette indemnité, qui est une indemnité automatique, ne marchera pas. Mais je tiens à dire quelque chose, derrière tout ça il y a une vision quand même, c'est le travail, c'est la valeur travail, c'est l'efficacité de notre Fonction publique, et ça m'amène à un sujet sur lequel je me bats, parce que c'est pour moi une question de responsabilité là aussi, c'est de faire appliquer, dans toute la Fonction publique, c'est déjà le cas dans l'Etat, mais il y a un certain nombre de collectivités locales où ce n'est pas le cas, les 35 heures, que tous les agents publics…

DIMITRI PAVLENKO
Vous avez justement…

AMELIE DE MONTCHALIN
Si on se bat pour le pouvoir d'achat, on se bat aussi pour le travail qui paye, et aujourd'hui, c'est la même chose qu'on a fait d'ailleurs dans toute l'économie, oui le pouvoir d'achat a augmenté, mais parce que nous avons mis le travail au coeur de notre projet politique, c'est aussi le cas dans la Fonction publique, et j'ai reçu ce matin un rapport de tous les préfets, de tout le pays, qui me font le point sur les collectivités qui appliquent déjà les 35 heures, à peu près la moitié d'entre elles, sur celles qui n'appliquaient pas mais vont l'appliquer, à peu près les trois quarts de ceux restants, qui met le doigt sur un certain nombre de situations où il va falloir que, en responsabilité, un certain nombre de maires prennent des décisions. Il y a déjà quelques communes qui me préoccupent, la situation à Strasbourg, à Besançon, à La Rochelle, à Clermont-Ferrand…certaines mairies aussi écologistes qui ont encore du travail à faire d'ici au 1er janvier, et puis il y a un cas particulier, qui est un cas qui pour moi est la limite de la République, et surtout de la responsabilité, qui est celui de la Mairie de Paris.

DIMITRI PAVLENKO
Que vous avez assignée en justice pour appliquer les 35 heures aux fonctionnaires municipaux, considérant que toute hausse du temps de travail va à rebours du progrès social, c'est l'argument mis en avant par la Mairie de Paris, elle a donc tenté d'accorder en compensation 3 jours de RTT dits de " sur-sollicitation. " L'exemple parisien, est-ce que vous le retrouvez dans la liste de ces communes dont vous dites qu'elles n'appliquent pas les 35 heures ?

AMELIE DE MONTCHALIN
La Mairie de Paris est la seule métropole et commune de France qui est allée au tribunal, où le tribunal a cassé, a contesté, le règlement du temps de travail, et c'est surtout la seule commune qui, hier, m'a fait parvenir une lettre m'expliquant que, tribunal ou pas, ils ne changeraient rien. Moi je pense qu'Anne HIDALGO se fourvoie sur une ligne dangereuse et qui n'est pas républicaine quand on se présente aux plus hautes responsabilités du pays. Il y a un principe, en République, c'est la loi qui doit s'appliquer tant qu'elle n'est pas modifiée. Si Madame HIDALGO veut faire campagne sur les 32 heures, c'est sa liberté, moi, clairement, ce n'est pas mon projet politique, ni celui du président de la République…

DIMITRI PAVLENKO
Elle a dit que ce n'était pas le cas !

AMELIE DE MONTCHALIN
Mais aujourd'hui elle a la responsabilité, à Paris, de plus d'agents publics que de l'ensemble des agents qui travaillent dans toutes les préfectures et sous-préfectures de France, c'est plus de 50.000 agents qui travaillent à la Mairie de Paris. Aujourd'hui nous avons une loi, qui était prévue, votée en 2019, personne n'est pris par surprise, qui impose au fond une chose qui est un principe, je crois que tous les Français comprennent, qui est un principe d'équité, les 35 heures s'appliquent dans le secteur privé, elles ont vocation évidemment à s'appliquer dans le secteur public, et puis, comme je vous le disais, la moitié des communes appliquent déjà ce principe, il n'y a pas de raison que quand vous êtes à Paris, que vous faites le même métier que quand vous êtes ailleurs en France, vous travailliez avec un règlement de temps de travail différent. Moi ce qui me gêne, c'est qu'aujourd'hui Madame HIDALGO, elle joue la montre, elle pense manifestement que le calendrier des élections présidentielles va lui permettre de repousser un dialogue social qui est nécessaire, et je le dis, on ne peut pas s'asseoir sur une décision de justice, donc je ne lâcherai pas ce combat. J'entends dire certains de ses amis que ce serait une justice politique, non, c'est une justice qui sanctionne une mauvaise gestion.

DIMITRI PAVLENKO
Qu'est-ce qui va se passer pour les mairies récalcitrantes, est-ce qu'elles doivent s'attendre à un sort façon Mairie de Paris avec un règlement devant le tribunal, Amélie de MONTCHALIN ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Déjà il faut qu'il y ait un règlement, et si le règlement ne convient pas, effectivement l'Etat est garant de la bonne application de la loi, et donc…

DIMITRI PAVLENKO
Vous attaquerez systématiquement ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Et donc, effectivement, un Etat garant de l'application de la loi, c'est-à-dire un Etat qui quand ce n'est pas la loi, eh bien conteste, et donc va au tribunal administratif. Je ne lâcherai pas ce sujet, c'est un sujet, on le voit bien dans notre pays aujourd'hui, aussi de confiance, d'efficacité, de résorption d'iniquités, et puis je pense à tous ces fonctionnaires qui depuis, parfois plus de 20 ans, travaillent au moins 35 heures, et qui considèrent que c'est un principe d'égalité, je crois que quand on est de gauche on croit beaucoup à l'égalité, moi j'y crois aussi, et donc je la fais appliquer.

DIMITRI PAVLENKO
Amélie de MONTCHALIN vous connaissez bien la Fonction publique, vous savez aussi que ces faibles heures sont perçues comme une compensation aussi aux faibles rémunérations, alors que vous dites mener en la matière une politique très active, ce problème…

AMELIE DE MONTCHALIN
Je vous arrête, je vous donne des exemples. Le maire de Montpellier, qui est un ami de Madame HIDALGO, il va tout à la fois, en 2022, faire appliquer les 35 heures et augmenter ses agents, parce que quand le travail est là, le travail peut payer, enfin c'est des principes, je crois, de grand bon sens, il n'y a pas d'opposition entre le fait de travailler 35 heures et le fait d'augmenter les rémunérations, bien au contraire.

DIMITRI PAVLENKO
Ça veut dire que la Fonction publique paye insuffisamment ses agents.

AMELIE DE MONTCHALIN
Et parce qu'effectivement il faut qu'on y remette le travail au coeur, c'est ce que nous faisons, et les agents publics, je peux vous dire, accompagnent.

DIMITRI PAVLENKO
Oui, mais tout travail mérite salaire.

AMELIE DE MONTCHALIN
Exactement, donc c'est pour ça qu'à la fois on augmente…

DIMITRI PAVLENKO
Tout salaire mérite travail, mais dans l'autre sens aussi.

AMELIE DE MONTCHALIN
On augmente les rémunérations et on fait appliquer le travail, au moins 35 heures.

DIMITRI PAVLENKO
Amélie de MONTCHALIN, ministre de la Fonction publique invitée d'Europe Matin, 5 660 000 agents publics en France, je le disais, c'est 1 salarié sur 5, tout de même, il y en a 2,4 millions qui travaillent pour l'Etat, est-ce que c'est trop ? Certains à droite le pensent, avec des propositions chiffrées de réduction des effectifs, Eric CIOTTI propose 250.000 suppressions de postes, Valérie PECRESSE 200.000, Emmanuel MACRON il avait promis, lui, 120.000 suppressions de postes, aura-t-il un objectif s'il est réélu président de la République en 2022 ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Alors je vais répondre à votre question par étapes. La première étape qu'il faut quand même constater c'est que le sujet fonctionnaires c'est devenu un très bon révélateur de la crédibilité du sérieux d'un projet politique. Manifestement…

DIMITRI PAVLENKO
Donc Emmanuel MACRON, en proposant 120.000, n'était pas crédible ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Je vais y revenir en vous montrant pourquoi on ne s'est pas renié et ce qu'on voit pour la suite. Quand vous êtes de droite aujourd'hui, manifestement, depuis 15 ans, votre crédibilité consiste à dire que vous allez mettre des fonctionnaires sur le billot, vous battre entre vous pour savoir quel est le bon nombre, ou être plus vague…

DIMITRI PAVLENKO
Et surtout faire des économies.

AMELIE DE MONTCHALIN
Oui, mais ça montre qu'il n'y a pas de vision de l'Etat. Les fonctionnaires ce n'est pas des pions, ce n'est pas des gens que vous placez, c'est des gens qui font marcher l'Etat et l'action publique. Quelle est la vision qu'a la droite aujourd'hui de l'action publique ? Je ne peux pas vous dire. Et puis à gauche vous avez une vision clientéliste, assumée comme telle, où vous avez certains, Madame HIDALGO à nouveau, qui vous dit « d'un coup de baguette magique je double le salaire des profs », ou alors vous avez Monsieur MELENCHON qui vous dit " voilà, eh bien on va titulariser tous les contractuels, hop ! +800.000 fonctionnaires sous statut, de plus. "

DIMITRI PAVLENKO
Le fait est que la Fonction publique tourne de plus en plus grâce aux contractuels, il y a de moins en moins de fonctionnaires titulaires, de plus en plus de contractuels.

AMELIE DE MONTCHALIN
Parce qu'il y a aussi de moins en moins de monde qui se présente aux concours, il faut quand même être lucide sur le sujet.

DIMITRI PAVLENKO
On revient à notre question d'attractivité et de rémunération également, Amélie de MONTCHALIN.

AMELIE DE MONTCHALIN
Et de sens des métiers, et de responsabilité. Notre vision, avec le président de la République, depuis 2017 c'est quoi, qu'est-ce qu'il a dit dès le départ ? Moins de monde dans les ministères à Paris, plus de fonctionnaires et d'agents publics au contact des Français, pour que l'Etat soit efficace et soit proche. Nous faisons cela depuis 2017, mais on ne confond pas la fin, l'objectif, et les moyens. L'objectif ce n'est pas de réduire les fonctionnaires pour réduire les fonctionnaires, l'objectif c'est que l'Etat il soit proche, il soit efficace, et donc oui, aujourd'hui, avec cette même logique, moins de monde dans les ministères, plus d'agents publics sur le terrain au contact des Français, eh bien nous assumons que nous mettons un peu plus de monde dans les commissariats, un peu plus de monde dans les gendarmeries, un peu plus de monde dans les hôpitaux, et on fait tout ça sans augmenter le nombre total de fonctionnaires, ça veut dire qu'on est en train de réallouer nos moyens, toutes les organisations savent très bien comment ça fonctionne, vous vous réorganisez, et moins de monde dans les ministères permet d'avoir plus de monde au contact.

DIMITRI PAVLENKO
Donc les effectifs de la Fonction publique ne sont pas un sujet, à vous entendre, pour Emmanuel MACRON.

AMELIE DE MONTCHALIN
Ce qui est certain c'est que le président de la République…

DIMITRI PAVLENKO
Objectif zéro suppression de postes.

AMELIE DE MONTCHALIN
Sur ce sujet, comme sur tous les autres, quand il viendra le temps de présenter nos objectifs pour la suite, je peux vous dire une chose, il ne se positionnera pas en fonction de ce que disent les autres, on n'est pas dans la surenchère, on n'a pas de problème vis-à-vis de ce que nous disent la droite ou la gauche, notre enjeu c'est de parler de la France d'aujourd'hui, des besoins d'aujourd'hui, des besoins de demain, de France 2030, du plan de relance, comment l'Etat doit servir les Français, et comment il met, du coup, les hommes et les femmes qui le servent au bon endroit, c'est ça le sujet, et donc on n'est pas dans la surenchère, on n'est pas là pour qui dit mieux, ou qui dit moins, ce n'est pas ça le sujet, et je crois que les Français le voient très bien, cette proximité, cette efficacité, c'est ce qu'ils nous demandent, c'est ce qui m'occupe, avec tous les agents publics, toute la journée.

DIMITRI PAVLENKO
Ils demandent aussi de l'efficacité. Un collectif emmené par le philosophe Gaspard KOENIG appelle de ses voeux une réforme de simplification de l'administration, en substance il écrit que la France est en train de crever de sa bureaucratie et il cite comme exemple les entrepreneurs qui refusent de faire grandir leur entreprise à cause des seuils sociaux, le non recours aux aides sociales, le droit à l'erreur fiscale qui illustre bien que la complexité de ce même droit fiscal ou encore les maires qui refusent de construire à cause d'un code de l'urbanisme qu'ils ne comprennent plus, qu'on arrête d'emmerder les Français, voilà le message de Gaspard KOENIG, vous lui répondez quoi ?

AMELIE DE MONTCHALIN
D'abord je lui réponds que c'est un sujet qui existe depuis l'Etat existe, la simplification c'est un sujet, je veux dire qu'il est vieux comme l'Etat. Je tiens aussi à dire et ça c'est important que tout le monde en prenne bien conscience, aucun ministre, aucun agent public ne se lève le matin en se disant comment je vais emmerder les Français pour reprendre l'expression de Pompidou.

DIMITRI PAVLENKO
Non mais chacun y va de son petit règlement, de sa petite loi.

AMELIE DE MONTCHALIN
Sur ce sujet, il y a les diseux et les faiseux. Pendant des années la simplification ça voulait dire des grands chocs, des grandes lois, nous avec le président la République depuis 2017 on a pris une autre stratégie. C'est de partir des sujets du quotidien et d'avoir des résultats. Je vais vous en citer quelques-uns que les Français connaissent très bien. Le droit à l'erreur, oui ça a permis de changer la relation entre l'administration notamment fiscale et des entreprises et de recréer de la confiance, on a vu pendant la crise sanitaire. Les impôts, plus personne ne paye ses impôts aujourd'hui comme il les payait il y a 4 ans, le prélèvement à la source tout le monde nous a dit qu'on allait…

DIMITRI PAVLENKO
C'est une administration qui marche le mieux en France les impôts, Amélie de MONTCHALIN.

AMELIE DE MONTCHALIN
Tout le monde nous a dit qu'on allait se planter, vous vous souvenez à l'époque, on nous avait dit cette réforme est infaisable, ça ne va pas marcher, usine à gaz, ça marche très bien, les Français l'ont vu. Autre exemple le code de la construction qui est un code plein de règles parce qu'il protège environnement, il protège la sécurité, pendant ce quinquennat on en a arraché une page sur quatre, tout a été réécrit pour réduire le nombre de mots de complexité. Un autre exemple c'est 100 formulaires qui sont en train d'être modifiés parce que les Français nous ont dit ces formulaires on ne les comprend pas. On a pris les sujets les uns après les autres, je vous donne encore un autre exemple, Franceconnect, 31 millions de Français aujourd'hui peuvent faire toutes leurs démarches en utilisant les mêmes codes, c'est aussi une simplification. Et puis en force est une méthode, la méthode c'est quoi et j'invite d'ailleurs nos auditeurs à nous faire remonter les choses. Nous partons de ce que les Français nous signalent, ça s'appelle « service public plus », c'est sûr service lui.fr, vous signalez un formulaire, une absurdité, une démarche qui ne fonctionne pas et dans les 3 à 6 mois on les résout. Il y a un exemple très concret, c'est les pensions alimentaires qui vont maintenant être versées directement par la CAF plutôt, alors qu'avant c'est très compliqué ça laissait 200 000 femmes par an notamment en situation de grande pauvreté, par simplification, vous voyez, on la fait, en partant du quotidien.

DIMITRI PAVLENKO
Merci Amélie de MONTCHALIN, merci à vous, la ministre de la Transformation et de la Fonction publique était l'invitée d'Europe Matin.

AMELIE DE MONTCHALIN
Merci beaucoup.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 5 novembre 2021