Interview de Mme Elisabeth Moreno, chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes, à RTL le 25 novembre 2021, sur les nouvelles mesures pour lutter contre les violences faites aux femmes.

Texte intégral

JEROME FLORIN
Avec nous en cette Journée mondiale de lutte contre les violences faites aux femmes, la ministre en charge de l'Egalité entre les femmes et les hommes, Elisabeth MORENO, bonjour.

ELISABETH MORENO
Bonjour Jérôme FLORIN.

JEROME FLORIN
Merci d'être avec nous sur RTL ce matin. Les violences conjugales ont bondi l'an dernier de 10 %, dans l'immense majorité des cas ce sont les femmes qui en sont les victimes, malgré un Grenelle en 2019, malgré les annonces, malgré les mesures, c'est quoi, c'est un échec ?

ELISABETH MORENO?
D'abord, Monsieur FLORIN, ce ne sont les violences conjugales qui ont bondi de 10 %.

JEROME FLORIN
Vous avez raison.

ELISABETH MORENO
Ce sont les plaintes qui ont augmenté de 10 %, ce qui n'est absolument pas la même chose. Je pense que nous devons apprécier le fait que le nombre de plaintes augmente dans la mesure où cela signifie que les femmes continuent de parler, quelles sont de plus en plus entendues, que leurs plaintes sont de mieux en mieux traitées, et nous devons nous en réjouir. Je pense que #MeToo a été un message extrêmement fort, je pense que les mesures que ce gouvernement a mis en place pour permettre aux femmes de parler et de raconter les fléaux des violences conjugales est bénéfique, et aujourd'hui il faut que nous continuions absolument ce travail, et c'est pour ça d'ailleurs que Gérald DARMANIN a décidé de « prioritiser » toutes les plaintes des victimes de violences et qu'il a formé à ce jour 90.000 policiers et gendarmes pour que les plaintes soient mieux traitées et mieux accompagnées, parce que c'est les débuts de sortie des violences.

JEROME FLORIN
Le bracelet anti-rapprochement, Elisabeth MORENO, peine à se généraliser, on en parlait il y a quelques minutes, pourquoi ?

ELISABETH MORENO
Permettez-moi de ne pas être d'accord avec ce que vous venez de dire. Nous avons étendu l'expérimentation des bracelets anti-rapprochement à la fin du mois de décembre 2020, à ce jour il y en a 676 qui ont été déployés par les juges, parce que vous savez que le rôle de l'Etat c'est de mettre les outils à disposition et ensuite c'est aux juges de décider à qui attribuer les téléphones grave danger, les bracelets anti-rapprochement, et les ordonnances de protection, qui au passage ont bondi de 140 %, donc on ne peut pas dire que cela ne fonctionne pas. En revanche, est-ce qu'il faut continuer de travailler d'arrache-pied ? oui il le faut, et c'est la raison pour laquelle le Premier ministre a décidé trois mesures extrêmement importantes, la première c'est que nous allons à nouveau ouvrir 1000 places d'hébergement pour accueillir les victimes et leurs enfants, ce qui fera une augmentation de 80 % de places d'hébergement depuis 2017, la deuxième mesure c'est que nous ne voulons pas qu'un seul tribunal ne distribue de téléphone grave danger parce qu'ils ont peur d'en manquer, donc nous allons en avoir 5000 en 2022, ça veut dire qu'aujourd'hui nous en avons 3036 déployés et c'est encore une augmentation de 66 % en une année, donc on ne peut pas nous dire que nous ne sommes pas volontaristes sur cette question. Et la troisième action, qui me tient extrêmement à coeur, parce que je crois que la question de l'égalité entre les femmes et les hommes commence dès l'école et dès le plus jeune âge, et le Premier ministre a décidé que nous aurions autour du 8 mars une semaine de prévention dans tous les établissements scolaires pour faire en sorte que toutes les petites filles et les petits garçons comprennent ce que c'est que cette culture de l'égalité et qu'ils apprennent le respect et l'altérité, c'est absolument essentiel, mais ça permettra également de lutter contre les violences sexistes et sexuelles qui sont malheureusement encore très présentes dans notre société aujourd'hui.

JEROME FLORIN
Troisième et dernière question Elisabeth MORENO. Alors que des accusations de viol et d'agression sexuelle visent Nicolas HULOT dans un documentaire qui sera diffusé ce soir sur France 2, l'ancien ministre a annoncé qu'il quittait définitivement la vie publique. Sage décision ?

ELISABETH MORENO
C'est sa décision et je n'ai pas à la commenter, mais à la place qui est la mienne, en tant que ministre en charge de l'Egalité entre les femmes et les hommes, un jour comme celui-ci, où on dénonce les violences qui sont faites aux femmes, je trouve inacceptable que, hier, Monsieur HULOT ait ironisé sur les questions de consentement, c'est inacceptable, c'est intolérable, ça envoie un très mauvais message à la société et c'est plutôt sur cette question-là qu'il faut nous inquiéter et nous assurer que les responsables politiques, parce que c'était un responsable politique, soient extrêmement précautionneux, parce que nous ne pouvons plus, ni plaisanter, ni ironiser, sur des sujets qui prennent des vies.

JEROME FLORIN
Comment ça ironiser ?

ELISABETH MORENO
Parce que lorsque j'entends que Monsieur HULOT fait… je ne sais même pas si c'est une plaisanterie, mais en tout cas hier je l'ai entendu s'exprimer sur BFM et dire que peut-être, parce qu'il n'avait pas un physique attractif, il fallait parfois faire preuve d'un peu de volontarisme, qu'est-ce que c'est comme message que d'envoyer ce genre de message à notre jeunesse aujourd'hui, je trouve cela intolérable.

JEROME FLORIN
Merci beaucoup Elisabeth MORENO, ministre chargée de l'Egalité entre les femmes et les hommes, merci beaucoup, belle journée.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 26 novembre 2021