Interview de M. Gabriel Attal, secrétaire d'État, porte-parole du gouvernement, à France Inter le 7 décembre 2021, sur l'annonce de nouvelles mesures face à la crise sanitaire et à l'apparition du variant Omicron.

Texte intégral

NICOLAS DEMORAND
Bonjour et bienvenue Gabriel ATTAL.

GABRIEL ATTAL
Bonjour.

LEA SALAME
Bonjour.

NICOLAS DEMORAND
Le Premier ministre Jean CASTEX et le ministre de la Santé Olivier VERAN ont donc annoncé hier soir les décisions prises au terme du Conseil de défense, des mesures pour l'école, incitation au télétravail, à la vaccination, on va y venir en détail. Donc, même si la cinquième vague est fulgurante, pour reprendre le mot que vous avez employé, elle n'appelle pas de durcissement général des contraintes sanitaires, pour le dire autrement, Gabriel ATTAL, à quoi a servi cette conférence de presse ?

GABRIEL ATTAL
A renforcer nos mesures de vigilance face à une cinquième vague qui, c'est vrai, a démarré de manière fulgurante, on a aujourd'hui un taux d'incidence qui est assez largement au-dessus des 400 pour 100 000 habitants, on a dépassé le niveau qu'on a connu dans la quatrième vague cet été, dans la troisième vague au printemps et on approche maintenant du niveau qu'on a connu dans la deuxième vague il y a un an.

LEA SALAME
Mais, est-ce qu'elle est toujours fulgurante ce matin l'épidémie, est-ce que vous employez toujours ce mot ?

GABRIEL ATTAL
Ce qu'on constate, depuis quelques jours, c'est peut-être le début d'un ralentissement de la progression de l'épidémie, donc voyez que je mets quand même beaucoup de réserve…

LEA SALAME
Vous mettez beaucoup de réserve, mais c'est vrai que, pardonnez-moi de vous poser la question, parce que c'est vrai que quand on regarde sur les six derniers jours, il n'y a pas d'augmentation du nombre de contaminations, est-ce qu'on n'est pas sur un plateau…

GABRIEL ATTAL
Non.

LEA SALAME
Ce qui voudrait dire, est-ce qu'on n'est pas déjà arrivé au pic ?

GABRIEL ATTAL
Non, alors pour le coup il y a toujours une augmentation, une augmentation forte, mais si vous regardez, il y a quelques jours le rythme de croissance c'était une augmentation de 60% par semaine, et là on est passé à 40%, donc on espère y voir le début de résultat des efforts que consentent les Français depuis maintenant plusieurs semaines face à cette cinquième vague.

LEA SALAME
Mais est-ce qu'on pourrait avoir passé le pic déjà ?

GABRIEL ATTAL
Non, je ne crois pas du tout, non, on n'a certainement pas passé le pic, parce que l'épidémie continue à progresser, elle continue à gagner du terrain, et elle gagne du terrain rapidement, même une augmentation de 40 ou 50% ça reste extrêmement rapide et extrêmement fort, mais ce qui est certain c'est que les Français ont fait beaucoup d'efforts depuis le début de cette épidémie, que ces dernières semaines on a eu l'occasion d'annoncer des nouvelles mesures pour accélérer la campagne de rappel, d'appeler à une très grande vigilance, et ce qu'on espère c'est qu'on commence à constater les effets de ces efforts, mais il faut continuer, il faut renforcer nos efforts aussi, et c'est pour ça que le Premier ministre a annoncé ces mesures, sur l'école, sur le télétravail, sur la vaccination.

NICOLAS DEMORAND
A quel moment envisagez-vous le pic, si on ne l'a pas atteint ?

GABRIEL ATTAL
Moi, pour le coup, je ne suis pas épidémiologiste…

NICOLAS DEMORAND
J'imagine que vous avez des hypothèses de travail.

GABRIEL ATTAL
Non, pour le coup je ne suis pas épidémiologiste, scientifique, ce qui certain c'est que ça continue à monter, que ça continue à monter aussi à l'hôpital, que ça va continuer à monter à l'hôpital parce que vous savez qu'il y a un décalage, à date je n'ai pas de nouvelle modélisation que celle de l'institut Pasteur qui estime qu'il y aura 3000 patients Covid hospitalisés en réanimation au 12 décembre, ce qui est beaucoup, je le rappelle, dans un contexte où vous avez une grippe qui démarre, où vous avez une épidémie de bronchiolites, et puis des "traumas saisonniers", qui évidemment nécessitent des hospitalisations, donc il faut poursuivre nos efforts. Si on constate un ralentissement de la croissance de l'épidémie, ça montre que nos efforts payent, et donc ça montre qu'il faut poursuivre nos efforts et la prudence, et moi ce que je pense c'est que notre prudence elle sauvera les vacances, voilà, on va réussir à traverser les fêtes, à passer Noël ensemble, parce qu'on a été extrêmement vigilant et prudent ces dernières semaines et qu'on va continuer à l'être.

LEA SALAME
Noël sans jauges ?

GABRIEL ATTAL
C'est notre cap, c'est l'objectif, nous ce qu'on souhaite c'est que les Français, et je crois que c'est ce qu'ils attendent, puissent passer Noël en famille, passer Noël ensemble.

LEA SALAME
A six, à huit, à 12 ?

GABRIEL ATTAL
Vous avez bien vu qu'il n'y a pas de jauges qui ont été annoncées, le Premier ministre l'a dit, on fait tout pour éviter d'avoir à en revenir à des mesures de jauges, des mesures de fermetures, de confinement, de couvre-feu, qui concerneraient tout le monde, des Français qui ont fait des efforts, qui se sont fait vacciner, et encore une fois les efforts, la vigilance, les gestes barrières, la vaccination, ça paye, si on n'avait pas tout ça aujourd'hui, et en particulier la vaccination, un très large taux de couverture vaccinale, un rappel qui a beaucoup progressé, qui nous place dans le peloton de tête au niveau européen dans la campagne de rappel, probablement qu'on aurait un tsunami sanitaire aujourd'hui si on n'avait pas tout ça, quand on voit le niveau d'incidence et la circulation du virus dans notre pays.

NICOLAS DEMORAND
Beaucoup d'annonces concernent l'école, où flambe le taux d'incidence, 400, plus de 400 en maternelle, près de 1000 en élémentaire, dès jeudi ce sera donc le retour du masque généralisé, intérieur, cour de récréation, pas de sport mettant les enfants en contact rapproché, protocole particulier dans les cantines, pour le coup certains disent que là c'est vraiment trop léger, que leur répondez-vous ?

GABRIEL ATTAL
Je pense que quand on échange avec des enseignants, ou avec des enfants, qui ont à vivre ce protocole, on voit que ce n'est pas léger, je veux dire…

NICOLAS DEMORAND
Non, vu la circulation du virus et vu que c'est chez des enfants que ça circule massivement.

GABRIEL ATTAL
C'est un renforcement très fort du protocole, on passe au niveau 3 effectivement, donc il y a des mesures de non-brasage, qui nécessitent une grosse organisation pour les équipes pédagogiques, je veux évidemment saluer leur engagement, pour que les enfants ne se mélangent pas à la cantine, etc., et oui le port du masque est étendu, y compris en extérieur, ce n'est pas des mesures qu'on peut prendre à la légère, enfin je veux dire quand on…pour un enfant de 8, 9 ans, moi je n'ai pas d'enfant, j'ai un petit frère de 9 ans, je peux vous dire que porter le masque toute la journée à l'école, on le sait, c'est quelque chose d'extrêmement difficile. Maintenant, ce que je sais aussi, c'est que je l'ai vu quand on a dû fermer les écoles, quand il était à la maison, et je peux vous dire que ça je n'ai pas envie de le revoir et je pense que les Français soutiennent notre ligne, notre politique, qui consiste à laisser les écoles ouvertes le plus possible et donc à renforcer nos protocoles sanitaires pour pouvoir les garder ouvertes dans un contexte, c'est vrai, où le virus circule fortement chez les enfants.

NICOLAS DEMORAND
C'est pour ça qu'à la différence de la Belgique vous n'avez pas pris la décision d'anticiper d'une semaine les vacances de Noël ?

GABRIEL ATTAL
Oui, c'est pour ça. On a, depuis le début de cette crise, laissé nos écoles ouvertes deux fois plus que les Allemands, trois fois plus que les Italiens, quatre fois plus que les Américains, précisément parce qu'on considère que le plus important pour les enfants c'est de pouvoir continuer à aller à l'école, pour apprendre, pour être au contact avec l'autre, c'est absolument essentiel, et évidemment on veut poursuivre sur cette voie.

LEA SALAME
Sur la vaccination pour les 5-11 ans, Olivier VERAN a précisé le calendrier hier, dès que le feu vert sera donné par les autorités de santé il sera possible de vacciner les enfants à partir du 20 décembre, c'est ça ?

GABRIEL ATTAL
C'est ça, on met en place toute l'organisation pour que le 20 décembre on puisse démarrer dans les centres de vaccination la vaccination pour les 5-11 ans, et une semaine plus tard, le 27, en ville, c'est-à-dire chez les pharmaciens, les médecins libéraux, les infirmiers libéraux, les sages-femmes, les kinés, tous ceux qui peuvent vacciner aujourd'hui.

LEA SALAME
Est-ce que ce sera un vaccin différent pour les enfants, Gabriel ATTAL, est-ce qu'il sera plus dilué par exemple ?

GABRIEL ATTAL
Oui, c'est un vaccin qu'on appelle dilué, précisément pour les enfants.

LEA SALAME
Beaucoup de parents hésitent à faire vacciner leurs enfants, les 5-11 ans, ils ont peur, vous leur dites quoi pour les convaincre ?

GABRIEL ATTAL
Moi, d'une manière générale, quand il y a des personne qui hésitent vis-à-vis de la vaccination ou d'un traitement, moi je les invite toujours à en parler avec leur médecin, leur médecin traitant évidemment, ou le pédiatre s'agissant de l'enfant, voilà, moi je crois beaucoup au rôle de conseil qu'ont les professionnels de santé, évidemment les médecins, mais aussi les pharmaciens, les infirmiers libéraux, donc c'est ça le conseil que je donnerais.

NICOLAS DEMORAND
La décision, par ailleurs, a été prise de fermer les discothèques pour un mois, dès ce week-end, la fin d'année est pour elles un moment crucial évidemment, pour le président du Syndicat national des discothèques et lieux de loisirs, "les discothèques", je le site, "sont des victimes expiatoires, elles font l'objet d'un ostracisme assumé, je ne pense pas que fermer les discothèques le samedi soir c'est ce qui va endiguer l'épidémie, surtout quand on laisse les bars ouverts", fin de citation. Que lui répondez-vous sur ce point ?

GABRIEL ATTAL
D'abord que je comprends son énervement et plus globalement la déception des patrons de discothèque, il y a 1200 discothèques en France qui vont devoir fermer, je les comprends parce qu'ils ont dû fermer assez longtemps pendant cette épidémie, je les comprends aussi parce qu'ils ont fait beaucoup d'efforts, vous savez les discothèques c'est ceux qui ont mis en place en premier le pass sanitaire, avant l'été dernier, avant qu'on le mette en place partout ailleurs, aux restaurants, dans les bars, etc. Ce que je veux leur dire c'est qu'on sait que dans les discothèques pour des raisons "évidentes", maintenant qu'on sait comment ce virus se transmet, on sait qu'il y a beaucoup plus de risques de contamination, la dernière étude de l'Institut Pasteur, ComCor, montre que pour deux personnes, l'une ayant fréquenté une discothèque, l'autre n'en n'ayant pas fréquenté, il y a huit fois plus de risques de contracter le virus. On voit aussi qu'autour de nous la plupart des pays qui sont confrontés à cette cinquième vague ont fait le choix de fermer leurs discothèques, donc c'est vrai qu'en responsabilité on a pris cette décision. Maintenant, ce que je veux lui dire, c'est qu'il y aura un accompagnement financier, évidemment massif, face à cette fermeture, et il y a un rendez-vous qui est prévu à la mi-journée avec les ministres de Bercy, Bruno LE MAIRE, Alain GRISET, précisément pour échanger avec leurs représentants, pour qu'il y ait un accompagnement, qu'elles méritent.

LEA SALAME
Toujours sur les voyages et la circulation, on a appris ce matin que les États-Unis décourageaient, enfin ce n'est pas une interdiction, mais décourageaient leurs ressortissants de venir en France, est-ce que vous vous dites aux Français ce matin, qui peut être prévoient leurs vacances de Noël, il ne faudra pas bouger, ou, on peut bouger, c'est libre ? C'est vrai que c'est un peu flou pour les vacances de Noël. Alors, je sais qu'on est à trois semaines de vacances, mais pour les fêtes de Noël est-ce qu'ils pourront prendre le train, fêter en famille, retrouver leur famille, qu'est-ce qui va se passer précisément sur les déplacements ?

GABRIEL ATTAL
Ce que je vous ai dit d'abord tout à l'heure c'est que, par nos mesures, par l'accélération de la campagne de rappel, par les efforts que font les Français sur les gestes barrières, on va pouvoir fêter Noël en famille, évidemment…

LEA SALAME
Normalement, comme s'il n'y avait pas le Covid, il n'y a pas de jauges… ?

GABRIEL ATTAL
Non, Léa SALAME, ça ne sera pas comme s'il n'y avait pas le Covid…

LEA SALAME
On peut partir à Lille, en Corse ?

GABRIEL ATTAL
Ça ne sera pas comme s'il n'y avait pas le Covid parce que les Français ils savent maintenant qu'il faut évidemment être vigilant, ils ont déjà vécu un Noël sous Covid, moi ce dont je me souviens c'est qu'à ce même moment de l'année, l'an dernier, on m'expliquait sur les plateaux qu'on était complètement irresponsable de laisser les Français aller passer Noël en famille, qu'il allait y avoir une explosion de l'épidémie dans les premiers jours de janvier, il n'y a pas eu d'explosion de l'épidémie dans les premiers jours de janvier parce que les Français ils sont responsables, ils savent ce que c'est que le Covid, comment est-ce qu'il se transmet, et donc évidemment qu'ils feront très attention, voilà ce que je veux dire. Ensuite, pour les déplacements internationaux, pour le coup, là-dessus, il y a une classification des pays selon les risques, il y a des mesures qui s'appliquent aux pays selon les risques…

LEA SALAME
Et il y a des pays qui ont fermé totalement leurs frontières.

GABRIEL ATTAL
Ça c'est pour les mesures françaises, dont je vous parle, et ensuite effectivement vous avez des pays qui eux-mêmes décident de fermer leurs frontières, de suspendre les vols, ça, par définition, on n'est pas maître de ça.

LEA SALAME
Mais nous on ne le fait pas, ce n'est pas sur la table ?

GABRIEL ATTAL
On l'a fait pour un certain nombre de pays, notamment les pays de l'Afrique australe, on avait totalement suspendu les vols au début du variant Omicron, le temps de mettre en place une organisation sécurisée, les vols ils ont repris, mais pour ces pays, ces neuf pays, il y a une organisation drastique, je suis moi-même allé voir à Roissy samedi matin l'organisation, qui fait qu'il y a très peu de possibilités de se déplacer, effectivement, on ne peut pas partir en vacances en Afrique du Sud, par exemple, selon les règles.

NICOLAS DEMORAND
Le Premier ministre a fortement incité au télétravail, trois jours par semaine dans la fonction publique, deux, trois jours pour les entreprises en capacité de l'organiser, une incitation ça veut dire que personne n'est vraiment obligé, Gabriel ATTAL, est-ce qu'il ne faut pas aller plus loin ?

GABRIEL ATTAL
Moi je pense que l'incitation ça fonctionne, que la recommandation ça fonctionne, on ne peut pas d'un côté nous dire n'infantilisez pas les Français et de l'autre, quand on incite, quand on responsabilise, nous dire que les Français, ou les entreprises, ne vont pas être responsables. On a vu que sur le télétravail il y a eu beaucoup de progrès, que par ailleurs aujourd'hui on ne part pas "du même niveau" qu'on connaissait au début de cette crise, parce qu'il y a des entreprises qui ont intégré maintenant le télétravail dans leur mode de fonctionnement, qui le proposent à leurs salariés, c'est aussi le cas dans la fonction publique, ma collègue Amélie de MONTCHALIN a été très vigilante sur ce point, et effectivement là on franchit une étape supplémentaire en recommandant très fortement deux à trois jours, trois jours pour la fonction publique, parce que c'est vrai que ça permet de réduire la circulation, les interactions sociales.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 8 décembre 2021