Interview de Mme Annick Girardin, ministre de la mer, à France Inter le 19 novembre 2021, sur la défense du droit des marins-pêcheurs dans les négociations post-Brexit et le plan de sortie de flotte et d'indemnisation.

Texte intégral

LAETITIA GAYET
Bonjour Annick GIRARDIN.

ANNICK GIRARDIN
Bonjour.

LAETITIA GAYET
Annick GIRARDIN, ministre de la Mer. Aux Assises de la mer, hier à Saint-Paul-de-Léon dans le Finistère, vous avez annoncé la préparation d'un Plan de sortie de flotte pour indemniser les pêcheurs dont les navires n'obtiendraient pas de licence pour pêcher dans les eaux britanniques. On est dans la conséquence du Brexit. Alors, concrètement Annick GIRARDIN, combien de pêcheurs vont pouvoir en bénéficier et à hauteur de combien pour chacun ?

ANNICK GIRARDIN
Alors, la première des réponses, c'est que ce que nous demandons c'est l'application de l'accord et bien entendu la défense du droit des pêcheurs, de nos pêcheurs, continue. On continue à travailler pour obtenir bien entendu, sous l'égide de la Commission européenne, les licences manquantes, et les licences manquantes qui aujourd'hui sont autour de 150, licences. Je vous rappelle que nous en avons obtenu aujourd'hui 900 au total. Donc, bien entendu que les démarches continuent, que les réunions sont journalières, et que la Commission rappelle régulièrement le Royaume-Uni à ses obligations. Il y a donc une mobilisation qui reste entière. Mais pour le reste, il n'y a rien de nouveau. Ce que je veux redire, et hier je vous rappelle c'était les Assises de la pêche, il s'agissait de tous les sujets. Il n'y a rien de nouveau, c'est le plan d'accompagnement Brexit qui a été rappelé hier, et dans ce plan d'accompagnement Brexit, il y a plusieurs mesures, dont bien sur le plan de sortie de flotte pour ceux qui n'auraient absolument pas de licence, mais d'ailleurs pas que sur le Brexit, puisque ça concerne aussi bien entendu la Méditerranée, l'ensemble des côtes françaises, l'ensemble des pêcheurs français.

LAETITIA GAYET
Donc le plan d'indemnisation, ce n'est pas uniquement pour les pêcheurs qui n'obtiendraient pas de licence.

ANNICK GIRARDIN
Le plan d'accompagnement Brexit ou encore le futur … tous les outils d'accompagnement des pêcheurs, la pêche change, nous voulons une pêche durable, il y a plusieurs sujets, il y a effectivement le Brexit, il y a Ouest-Med en Méditerranée, il y a la ressource. Tous ces sujets font que certaines entreprises sont appelées à avoir des outils d'accompagnement dans la sortie de flotte. Qu'est-ce qu'une sortie de flotte, quand on n'a pas d'autre solution ? Eh bien ce sera travailler au cas par cas bien entendu, et c'est sur la base du volontariat, eh bien il y a la possibilité de sortir son bateau et d'être indemnisé. Cet outil est connu des pêcheurs depuis toujours, il n'est pas nouveau, il est européen, et j'ai simplement dit que cet outil parmi d'autres, serait en accompagnement. Le président de la République l'a rappelé, il l'a rappelé depuis maintenant 11 mois, nous ne laisserons personne sur le bord de la route, nous serons à côté de chacun, au cas par cas.

LAETITIA GAYET
Alors, Annick GIRARDIN, j'entends bien que vous vous essayez de parler aux pêcheurs qui ont beaucoup critiqué l'annonce d'hier, est-ce que vous vous entendez ces pêcheurs qui disent par exemple, et j'en cite un, qui parle de fiasco vis-à-vis des pêcheurs, je parle là de la pêche dans les eaux britanniques ; qui disent, ces pêcheurs, "c'est un fiasco, la France – je cite – baisse son froc". Est-ce que vous entendez cette colère des pêcheurs ? Parce que vous annoncez un plan d'indemnisation, mais est-ce que vous l'entendez ? Alors, écoutez, je crois qu'il y a personne d'autre que moi qui entends mieux les pêcheurs. Ça fait exactement un an et demi que je passe la moitié de l'année à leurs côtés, et ils le savent. Alors, leur colère, effectivement, leur détresse, on la connaît, et moi je la partage depuis maintenant un an et demi. Je vous donne un exemple hier : moi je suis face à un jeune, il a acheté un navire qui lui a coûté 700 000 €. Il pêche dans la baie de Granville. Il apprend le 25 décembre 2020 qu'il n'aura bientôt plus le droit d'aller travailler. Alors, je lui dis quoi ? Je lui dis bien entendu qu'on continue à se battre avec son dossier, parce que son dossier il mérite effectivement d'être soutenu, parce qu'il a pris des risques et il péchait dans une mer ou dans un espace qui était commun. Les règles ont changé. On lui demande aujourd'hui de démontrer que dans cet espace commun, c'est bien sûr la petite partie Jersey qu'il était. Lui, il a effectivement des preuves de sa présence, qui ne suffisent pas aux Britanniques. Eh bien on va se battre est avec lui, et pour lui jusqu'au bout. Mais sinon ne devions pas obtenir cette licence, et je ne veux même pas l'imaginer, moi personnellement, qui suis très proche des pêcheurs, mais en même temps je me dois d'anticiper, et anticiper c'est prévoir une solution pour chacun. Mais ça ne veut pas dire qu'on capitule, ça ne veut pas dire qu'on ne continue pas à se battre pour défendre les droits des pêcheurs, ça veut simplement que je continue à être aux côtés de chacun.

LAETITIA GAYET
Mais, imaginons d'un point de vue britannique, vous dites : les négociations continuent, Annick GIRARDIN. D'un point de vue britannique, on entend qu'il y a un plan d'indemnisation, pourquoi on irait continuer à négocier, puisqu'on se dit : les bateaux français seront indemnisés ?

ANNICK GIRARDIN
Ce qui est marrant quand même, et si vous aviez fait des émissions régulières sur la pêche, on pourrait vous dire que ce que j'ai dit hier, je l'ai dit au mois de décembre, c'est-à-dire que quand le 24 décembre on décide de dire oui à cet accord, à côté on dit "mais il y aura un plan d'accompagnement, personne ne restera sur le carreau". On sait déjà qu'on va perdre 25% de nos quotas à ce moment-là. Donc on a toujours parlé de toutes ces mesures. Mais c'est vrai qu'hier, quand je re-liste, dans un contexte de forte pression, l'ensemble ces mesures, et que je dis effectivement : il y a un plan d'accompagnement annoncé en décembre dernier, il est de 100 millions d'euros, il nous en reste aujourd'hui 70 pour l'année 2021, et il pourra être à la fois sur de l'investissement, sur de la réorientation, sur de la sortie de flotte, eh bien oui on n'a pas envie d'entendre ça, on a envie d'entendre le nombre de licences ou du moins on a envie d'entendre "j'ai ma licence" !

LAETITIA GAYET
Mais vous avez toujours espoir d'obtenir les 150 licences manquantes ?

ANNICK GIRARDIN
Eh bien on continue à se battre tous les jours, pour obtenir nos droits et faire que les 150 licences soient là. Il n'y a pas, y compris le Royaume-Uni d'ailleurs à des plans d'accompagnement pour ses pêcheurs.

LAETITIA GAYET
Mais, est-ce que, est-ce que les mesures de rétorsion sont toujours d'actualité ?

ANNICK GIRARDIN
Alors, nous avons effectivement annoncé un certain nombre de mesures de contrôles renforcés, qui sont en cours, bien entendu, mais qui, parce que du contrôle on en fait tout le temps, les contrôles de pêche, ça existe tous les jours…

LAETITIA GAYET
Mais il n'y aura pas un contrôle derrière chaque bateau.

ANNICK GIRARDIN
Mais il n'y a jamais contrôle derrière chaque bateau, pour ça il faudrait qu'on ait véritablement beaucoup de moyens. Et donc il y a des contrôles renforcés, qui avaient été annoncés. Il y a eu une volonté du Royaume-Uni, de Jersey, de Guernesey, de dialoguer encore davantage, pour arriver à des solutions. Nous avons souhaité donner plus de temps au dialogue. En donnant plus de temps au dialogue, il convient qu'à côté on se prépare aussi pour la totalité ou du moins d'utiliser la totalité des outils et de les mettre en en action. Qu'est-ce que j'ai dit hier ? Je n'ai pas dit il y aura tant de bateaux qui n'auront pas de licence, j'ai dit, j'ai demandé à mon administration, avec vous, de travailler sur les critères d'attribution de toutes ces aides qui pourraient être mises en action dans les mois qui viennent.

LAETITIA GAYET
Vous restez optimiste, Annick GIRARDIN ?

ANNICK GIRARDIN
… alors, bien sûr … dans une période de campagne électorale, et donc on entend effectivement un certain nombre de personnes reprendre les petits morceaux de phrases. Eh bien écoutez, moi je me présente à aucune élection, et je suis tous les jours aux côtés des pêcheurs, et je continue à être optimiste, c'est dans ma nature, et je continue à être mobilisée, c'est dans ma nature, et je continue à faire pression à ma manière pour que nous puissions avancer, là aussi, dans les débats, dans les discussions que nous avons, que la Commission, puisque c'est l'Union européenne qui a signé avec le Royaume-Uni, que la Commission mène aujourd'hui, bien entendu avec la France, bien entendu avec les professionnels.

LAETITIA GAYET
Merci Annick GIRARDIN, ministre de la Mer, d'avoir été en ligne avec nous ce matin.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 23 novembre 2021