Interview de M. Olivier Véran, ministre des solidarités et de la santé, à France 2 le 9 décembre 2021, sur l'activation du plan blanc à l'hôpital face à la 5ème vague de covid-19.

Texte intégral

THOMAS SOTTO
Y aura-t-il du variant à Noël ? La réponse est oui, malheureusement, et on en parle tout de suite dans les 4V avec Caroline ROUX, puisque vous recevez Caroline, le ministre de la Santé, Olivier VERAN. Bonjour et bienvenue à tous les deux.

CAROLINE ROUX
Bonjour Olivier VERAN.

OLIVIER VERAN
Bonjour.

CAROLINE ROUX
C'est ce que l'on redoutait, sept régions ont déjà déclenché le Plan blanc. Est-ce que les hôpitaux français commencent à être saturés, Olivier VERAN ?

OLIVIER VERAN
Le Plan blanc sera d'ailleurs probablement national d'ici il y a quelques jours, puisque chaque région, l'une après l'autre, déclenche, ce qui permet à la fois de mobiliser plus de soignants, de mobiliser davantage le secteur privé, et de faire en sorte, comme nous l'avons fait lors des vagues précédentes, lorsque la pression sanitaire était élevée, de mobiliser toutes nos forces vers un objectif : soigner contre le Covid et sauver des vies.

CAROLINE ROUX
Est-ce qu'on a déjà commencé à déplacer des malades du Covid ?

OLIVIER VERAN
Il est plus difficile de déplacer, de transférer des malades d'une région à une autre, puisqu'à l'inverse de ce qui s'était passé pendant la première vague, l'épidémie ne touche pas en particulier une région, elle est nationale. Tous les territoires sont absolument touchés, et il y a désormais un malade qui rentre en réanimation toutes les 6 minutes dans notre pays. Si vous vous souvenez, jeudi dernier j'avais parlé d'une admission en réanimation toutes les 10 minutes, ce qui veut dire que ça s'accélère en termes de pression sanitaire dans notre pays.

CAROLINE ROUX
Quel est le profil de ces malades qui entrent en soins intensifs ?

OLIVIER VERAN
Majoritairement évidemment des malades non vaccinés, et pour les malades vaccinés qui vont en réanimation, ce sont le plus souvent des malades immunodéprimés ou avec de fortes maladies chroniques, et donc chez lesquels la vaccination n'a pas le même effet de protection, hélas. C'est pour ça d'ailleurs que nous devons continuer de nous mobiliser, d'être attentifs…

CAROLINE ROUX
Et on va y revenir, sur la campagne de vaccination. On sait que la surchauffe des hôpitaux par le passé nous a conduits à prendre de nouvelles mesures de restrictions. Est-ce que vous imaginez, vous aussi, de nouvelles mesures de restrictions, à la veille de ces fêtes de Noël, à ce stade, alors même que la situation est telle que vous la décrivez dans les hôpitaux ?

OLIVIER VERAN
Ce que nous constatons depuis quelques jours, c'est un ralentissement de la croissance épidémique, c'est-à-dire que nous étions à + 60 % de cas en une semaine, ensuite + 40 %, désormais c'est entre + 25 et + 30 %. Ça ne veut pas dire que nous sommes au pic, mais ça veut dire qu'il pourrait se profiler d'ici à la fin du mois, si nous continuons, et si nous multiplions les efforts du quotidien. Caroline ROUX…

CAROLINE ROUX
61 000 nouveaux cas par jour.

OLIVIER VERAN
Nous avons même dépassé le nombre record de diagnostics sur 24 heures, 72 000 par date de prélèvements, nous n'avions pas connu ça depuis le début de la pandémie. Un point important Caroline ROUX, vous parlez de restrictions, nous n'avons pas besoin d'imposer des restrictions, puisque les Français savent comment se prémunir du virus. C'est l'apéritif entre amis qu'on va annuler, même si c'est la période de fin d'année, ce sont les apéritifs d'entreprise, ce sont ces moments de convivialité, c'est les moments de relâchement où on enlève le masque trop facilement parce qu'on se sent à l'abri, en famille ou avec des amis. C'est vraiment le respect strict des gestes barrières, et cette espèce de prise de conscience collective, à mesure que la 5e vague montait, nous permet aujourd'hui d'avoir un effet de freinage sur la dynamique de l'épidémie que nous devons amplifier…

CAROLINE ROUX
D'ores et déjà.

OLIVIER VERAN
… ça, et évidemment la vaccination, on le rappelle.

CAROLINE ROUX
Vous n'avez pas parlé du télétravail.

OLIVIER VERAN
Le télétravail est effectivement recommandé, très fortement recommandé, c'est important, ça diminue les interactions sociales dans la période, et ça freine virus.

CAROLINE ROUX
Comment allez-vous accélérer la vaccination, Olivier VERAN ? Les gens veulent se faire vacciner, souvent ils n'y arrivent pas, ils n'ont pas de rendez-vous.

OLIVIER VERAN
D'abord, les gens ont raison de se faire vacciner, puisque cette dose de rappel protège, elle multiplie l'effet de protection qui s'atténue un peu à distance de la 2e injection. La France est actuellement le pays au monde où l'un des pays au monde qui vaccine le plus en vaccination de rappel au quotidien. A nouveau hier, plus de 650 000 Français ont reçu une injection de rappel.

CAROLINE ROUX
Mais il faut aller plus vite.

OLIVIER VERAN
Plus vite, plus fort, il y a urgence. Nous multiplions le nombre de centres qui peuvent vacciner. Les libéraux, les pharmaciens, les médecins, les kinés, les sages-femmes, les infirmiers qui peuvent vacciner en ville, reçoivent cette semaine plus de 4 millions de doses de vaccins ARN Messager. Et pour simplifier et amplifier encore cette campagne de rappel, je peux vous annoncer que je signe un arrêté qui va autoriser et inciter les pharmaciens qui le peuvent et qui le souhaitent, à ouvrir désormais tous les dimanches, sans limitation, sur le mois de décembre et le mois de janvier. Pourquoi ? Parce que les pharmaciens sont des piliers essentiels de cette campagne de vaccination de rappel, en proximité des Français, ils sont plus de 15 000 à disposer de doses de vaccins ARN Messager, et nous voulons aller vite.

CAROLINE ROUX
Vous parlez de 4 millions de doses de vaccins ARN Messager, vous ne parlez pas de vaccin Pfizer, y a-t-il une pénurie de vaccins Pfizer ?

OLIVIER VERAN
Il n'y a pas de pénurie de vaccins Pfizer. Nous avons, nous vaccinons à moitié par du vaccin Pfizer et à moitié par du vaccin Moderna. Si je devais résumer : Pfizer = Moderna, avec une seule limite, c'est les moins de 30 ans pour qui on recommande plutôt du Pfizer que du Moderna. Au-delà…

CAROLINE ROUX
Mais vous l'avez entendu tout à l'heure dans le journal, il y a une crainte de la part des gens qui vont se faire vacciner, qui ont eu deux doses de Pfizer, et qui disent : non, je veux être vacciné par du Pfizer. Que leur dites-vous ?

OLIVIER VERAN
Et vous savez ce qui se passe ? Ils sont moins nombreux, et les Français qui ont eu 2 doses de Moderna, préfèreraient avoir du Moderna en 3e dose. C'est normal, c'est compréhensible, je comprends la peur des Français, qui disent : moi je suis habitué à ce vaccin, je veux le même. Vous savez, j'ai eu Moderna et Pfizer moi-même, donc je rassure les gens, ça se passe très bien, non seulement le Moderna est au moins aussi efficace que le Pfizer. Je dis « au moins », parce que des études montrent qu'il est peut-être même un peu plus efficace, et en plus, ce qu'on appelle la vaccination hétérologue, c'est-à-dire avoir une fois du Pfizer, une fois du Moderna, ou l'inverse, est considéré comme plus protecteur. Donc je le dis aux Français, je le dis aux Français, d'ailleurs leur médecin, leur pharmacien, leur soignant, leur disent quand ils les vaccinent, c'est la même chose.

CAROLINE ROUX
Combien de vaccinés dans les nouveaux contaminés ?

OLIVIER VERAN
Combien de vaccinés dans les nouveaux contaminés ? La vaccination protège, diminue par 2 à par 3, selon la catégorie d'âge, le risque de contamination, donc ça veut dire que c'est un effet de protection qui est important, sinon imaginez avec 90 % de la population adulte vaccinée, si elle ne l'était pas, nous serions au-dessus 100 ou 110 000 cas par jour. Nous aurions des hôpitaux totalement débordés à l'heure à laquelle je vous parle.

CAROLINE ROUX
Le professeur DELFRAISSY a évoqué, alors qu'on est encore en train de parler de la dose de rappel, une 4e dose de vaccins, hier. Est-ce que l'on sait combien de temps pourrait durer l'efficacité de la dose de rappel ? Est-ce qu'il a eu raison parler d'ores et déjà de la 4e dose ?

OLIVIER VERAN
Je demande vraiment à chacun de se concentrer aujourd'hui sur cette dose de rappel, qui est la 3e dose, c'est l'urgence du moment face à cette vague. Je ne fais pas de prédictions, ce qui est sûr c'est que je ne vois pas moi le vaccin comme une contrainte, mais comme une chance de nous en sortir collectivement, et nous le voyons avec cette vague, et nous l'avons vu avec la 4e. S'il y avait de nouveaux variants, s'il y avait de nouvelles vagues épidémiques, et si les scientifiques nous disaient dans la durée qu'à nouveau l'immunité a besoin d'être boostée, dans 6 mois, dans un an, dans 2 ans, que sais-je, nous n'avons pas ces informations aujourd'hui. donc…

CAROLINE ROUX
Mais ça n'est pas exclu, c'est ce qu'il dit.

OLIVIER VERAN
Mais rien n'est à exclure. Vous savez, le virus qui avait le plus circulé et qui avait le plus frappé la planète depuis plus d'un siècle, c'était la grippe espagnole, elle avait fait 3 vagues. Avec le coronavirus, en France nous en sommes à 5 vagues, certains pays sur d'autres continents sont à la 6e ou la 7e vague, donc ce coronavirus nous a appris à réinventer, à réinterroger toutes nos certitudes. Je dis juste : la priorité pour les Français, le respect des gestes barrières, la distance sociale. Qu'on se sorte de cette 5e vague, qu'on puisse passer Noël en famille un peu plus sereinement…

CAROLINE ROUX
Quitte à se faire vacciner dans 6 mois, quoi.

OLIVIER VERAN
… et qu'on protège nos hôpitaux, parce que le Plan blanc ça veut dire déprogrammations de soins, et nous ne voulons pas reculer des soins pour des Français qui parfois ont déjà dû reculer ces soins.

CAROLINE ROUX
Olivier VERAN, quitte à se faire revacciner dans 6 mois.

OLIVIER VERAN
Mais, la question n'est pas là Caroline ROUX…

CAROLINE ROUX
Non ?

OLIVIER VERAN
Vous ne m'amènerez pas sur ce terrain, parce qu'encore une fois il y a trop d'incertitudes. Cette réponse…

CAROLINE ROUX
Incertitudes, on continue sur les incertitudes.

OLIVIER VERAN
Cette réponse n'existe pas aujourd'hui, c'est une hypothèse, et peut-être que ça arrivera.

CAROLINE ROUX
Oui, c'est le professeur DELFRAISSY qui en parle, donc il est pris au sérieux par les Français.

OLIVIER VERAN
Mais il est président du Conseil scientifique, il est fondé à émettre des hypothèses. Je suis ministre de la Santé, je le gère la crise au quotidien depuis 2 ans.

CAROLINE ROUX
Le variant Omicron va-t-il remettre en cause l'efficacité du vaccin ? C'est la question.

OLIVIER VERAN
C'est une question qui se pose, les données sont plutôt rassurantes provenant des laboratoires, et surtout j'ai eu des publications cette nuit de données, alors je le prends avec du recul, en Afrique du Sud. Le variant Omicron est vrai véritablement beaucoup plus contagieux que le variant Delta, ça c'est la mauvaise nouvelle. En revanche, sur plus de 800 patients hospitalisés en Afrique du Sud, les besoins en oxygène sont moins importants et le nombre d'admissions en réanimation est moins important, la durée d'hospitalisation est moins importante, le nombre de décès est moins important, et surtout et trois-quarts des patients hospitalisés en raison du variant Omicron en Afrique du Sud, ne sont pas vaccinés. Ces éléments-là, je les prends encore une fois avec distance, recul, nous faisons tout pour freiner la diffusion du variant Omicron, tant que nous n'avons pas la certitude de ce que les premières données scientifiques internationales tendent à penser, c'est-à-dire un invariant plus contagieux, mais peut-être pas aussi dangereux que le Delta. « Peut-être », Caroline, et on ne fait pas une politique de santé avec des peut-être, moi c'est le principe de précaution…

CAROLINE ROUX
Non. Aucune information sur sa capacité de résistance au vaccin.

OLIVIER VERAN
Je vous dis, les trois-quarts des patients, ça c'est factuel, les trois-quarts des patients hospitalisés, là où le variant Omicron frappe, sont non-vaccinés. Donc la logique reste la même.

CAROLINE ROUX
D'accord.

OLIVIER VERAN
Et je le dis aux Français qui vous regardent ce matin, et qui ne sont pas encore vaccinée : allez-y. Vous passez la porte d'un centre ce matin, de votre pharmacien, de votre médecin, il y a toutes les chances qu'ils vous disent : « vous n'êtes pas vacciné, je vous prends tout de suite ». C'est la priorité.

CAROLINE ROUX
Ils adoreraient, mais parfois ils n'ont pas les rendez-vous, vous le savez bien…

OLIVIER VERAN
S'il y a quelqu'un qui n'est pas vacciné, qu'il se présente dans un centre pour dire : « Je passe le cap, jusqu'ici j'hésitais, eh bien maintenant j'estime qu'on a assez de recul, et ma responsabilité de citoyen…

CAROLINE ROUX
Il pourra être vacciné.

OLIVIER VERAN
… c'est de me protéger, pour protéger les autres avant Noël », il sera vacciné.

CAROLINE ROUX
L'Assurance maladie chargée du Contact tracing, estime qu'il y a 1,1 % des suspicions de variant Omicron parmi les nouveaux cas quotidiens. Ça veut dire qu'il progresse très vite en France ?

OLIVIER VERAN
Une suspicion, ça ne veut pas dire une confirmation.

CAROLINE ROUX
D'accord.

OLIVIER VERAN
A date, nous sommes à environ 40 cas de diagnostic confirmés de variant Omicron, ce qui veut dire que nous le freinons beaucoup plus que nombre de nos voisins, en Angleterre c'est probablement plusieurs milliers, ils en reconnaissent pas loin de 1 000, donc on voit que ces variants ils circulent fort. Encore une fois, tant que, surtout parce que nous n'avons pas les informations sur la virulence et sur la capacité du Omicron à faire des vagues, nous ne nous posons pas la question, nous le freinons. Contact tracing renforcé, isolement renforcé, mesures aux frontières, toutes les mesures de précaution et de prévention.

CAROLINE ROUX 
La vaccination obligatoire, on en parle, Ursula Von Der LEYEN souhaite qu'une discussion s'amorce dans les Etats membres sur le sujet. Est-ce que vous le souhaitez aussi ?

OLIVIER VERAN
J'étais à Bruxelles avant hier avec les 27 ministres de la Santé européens. La France est l'un des seuls pays à afficher un taux de couverture vaccinale supérieure ou égale à 90 % de la population vaccinable, dans certains pays européens c'est 50 % ou 60 %, et ils n'arrivent pas à vacciner davantage, il y a trop de résistance. Dans ces situations-là, en particulier la vaccination obligatoire se pose, et je peux vous dire que les pays me demandaient comment est-ce qu'on avait fait en France, ou comment on avait fait en Espagne, pour arriver à vacciner aussi vite autant de personnes.

CAROLINE ROUX
Vous parlez d'Espagne, justement elle a autorisé les vaccins des enfants de 5 à 11 ans à partir du 15 décembre. Les autorités portugaises de leur côté ont avancé sur le sujet aussi, est-ce que nous aussi on va accélérer sur la vaccination des enfants de 5 à 12 ans ?

OLIVIER VERAN
Je l'ai annoncé il y a quelques jours, les enfants de 5 à 11 ans fragiles parce qu'ils ont une obésité, une insuffisance cardiaque, une insuffisance rénale, des maladies chroniques, seront vaccinable à compter du 15 décembre, à compter du 15 décembre. Je demande…

CAROLINE ROUX
Est-ce que ça, sera étendu ?

OLIVIER VERAN
Je demande aujourd'hui à ce que toute la filière des centres s'organise, pour pouvoir commencer, si nous avons les autorités, l'accord des autorités sanitaires, à vacciner les enfants de 5 à 11 ans, à compter du 20 décembre, dans les centres, et 27 décembre en ville, ça dépend encore du feu vert du Conseil d'éthique, de la Haute autorité de santé, mais je le dis, nous faisons tout pour être prêt le moment venu sans perdre une seule journée.

CAROLINE ROUX
Merci beaucoup Olivier VERAN.

OLIVIER VERAN
Merci à vous.

THOMAS SOTTO
Merci Olivier VERAN. Un chiffre qui donne l'ampleur de la 5e vague : un malade entre en réanimation toutes les 6 minutes en ce moment. Le Plan blanc qui est déjà d'actualité dans les hôpitaux de 7 régions, sera probablement national d'ici quelques jours. Le ministre de la Santé qui annonce également que les pharmacies vont pouvoir ouvrir en décembre et en janvier tous les dimanches, pour pouvoir continuer à vacciner. Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 10 décembre 2021