Extraits d'un entretien de M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'Etat au tourisme, aux Français à l'étranger, à la francophonie et aux petites et moyennes entreprises, avec France 3 Bourgogne le 12 décembre 2021, sur sa compétence ministérielle élargie aux PME et le secteur du tourisme face à la crise sanitaire.

Texte intégral


Q - Jean-Baptiste Lemoyne, bonjour.

R - Bonjour.

Q - Si vous deviez la décrire d'un point de vue personnel cette semaine qui vient de s'écouler, Monsieur Lemoyne ?

R - Cela était une semaine particulièrement chargée parce que, depuis le milieu de semaine, effectivement, voilà, une nouvelle compétence que j'assume qui est ce beau ministère délégué aux PME.

Q - Vous diriez une bonne semaine pour vous ?

R - Vous savez, les circonstances dans lesquelles je prends cette nouvelle responsabilité incitent à beaucoup d'humilité. Je viens à la suite d'Alain Griset qui a fait un remarquable travail comme ministre des PME. Vous savez, il a été longtemps artisan, représentant des artisans et aujourd'hui, ce que je veux, c'est justement poursuivre ce sillon pour protéger nos entrepreneurs. Voilà, ce sont eux qui font la vitalité de nos territoires.

Q - Mais cela vous réjouit cette nomination ?

R - Ecoutez, en tous les cas je suis très heureux de revenir au ministère de l'économie, des finances et de la relance, puisque j'y ai oeuvré il y a une quinzaine d'années au ministère du budget. C'est une maison que je connais bien, et surtout, on est dans un moment très particulier. Ce moment où il y a, à la fois, une relance économique et en même temps un petit rebond épidémique aussi, donc il faut être aux côtés de nos entrepreneurs et cela va être ça la mission.

Q - On va en parler justement dans cette émission. On a un petit peu de temps, on a 26 minutes, puisqu'avec vous nous allons évoquer donc la situation sanitaire, les craintes et les espoirs pour l'avenir du secteur touristique. (...) On parlait de cette nouvelle nomination cette semaine. On peut dire que c'est une promotion pour vous ?

R - En tous les cas, c'est un élargissement de portefeuille et le Président de la République, le Premier ministre, je les remercie de leur confiance parce que les PME, c'est un secteur considérable dans l'économie française. Ça s'ajoute effectivement au tourisme qui également, lui, représente 8% de notre PIB ; mais je crois qu'il y a un fil commun à toutes ces compétences, aux PME, au tourisme, aux Français de l'étranger, à la francophonie, finalement, c'est un peu une sorte de ministère du rayonnement français. Regardez, on rayonne par notre langue, la langue française dans le monde entier. On rayonne par nos compatriotes qui sont établis partout dans le monde et qui portent haut aussi notre couleur. On rayonne par nos entreprises.

Q - Mais sur ce secteur des PME, la feuille de route qu'on vous a donnée, c'est quoi, en fait ? C'est gérer les affaires courantes et principalement les conséquences de la crise Covid, c'est ça ?

R - Vous savez, le Président de la République il entend agir jusqu'au dernier quart d'heure. Il l'a dit lors de sa conférence de presse. Donc, on n'est pas dans le fait d'expédier les affaires courantes, on est dans le fait de poursuivre le travail ambitieux de transformation, de protection de tous ces secteurs. Par exemple, regardez, nous avons, dans quelques jours, les Assises du commerce qui vont s'achever. J'y travaille d'ailleurs avec le Dijonnais Denis Favier, avec le maire de Nevers, Denis Thuriot. On ne va pas attendre les échéances présidentielles, on continue à agir. Il y a besoin de réinventer aussi un certain nombre de secteurs, leur donner la chance de s'emparer des transitions écologique, numérique, etc. Voilà. Comment on avance encore plus vite et plus fort, parce que, regardez, la France en quatre ans, elle s'est beaucoup transformée. On est redevenu numéro un en Europe pour l'attractivité, pour le fait que les investissements viennent se faire chez nous. Eh bien voilà, tout ça moi je veux qu'on ait de l'ambition et qu'on puisse, encore une fois, faire en sorte qu'il y ait cette envie de liberté, de créer, d'innover. C'est ça qui fait la vitalité de nos territoires. Moi, je le vois dans l'Yonne, vous le voyez, ici, en Côte d'Or.

Q - En tout cas, cette nouvelle nomination dans les secteurs, dont vous avez la charge, on y voit une cohérence, parce que le sujet chaud actuellement quand même pour les PME, c'est la question des conséquences de la crise Covid, et parmi ces PME un certain nombre, un nombre conséquent, sont liés en fait à l'activité touristique. On va parler un petit peu donc maintenant du tourisme. Déjà information pratique, on est à la veille des vacances de fin d'année. Pour les Français qui ont réservé, qui ont décidé de partir, il y a des règles avec des restrictions, la fermeture des discothèques etc. Est-ce que vous pouvez leur garantir que les règles qui sont en vigueur actuellement seront les mêmes que celles qui seront pratiquées entre le 24 et le 31 décembre, qu'il n'y aura pas plus de restrictions d'ici-là ?

R - Ecoutez, pour l'instant grâce à la vaccination, grâce à la campagne de rappel qui monte très vite, très fort : vous avez vu, plus de 700.000 personnes qui, hier, ont reçu leur rappel. Grâce au passe sanitaire, c'est ce qui nous permet de garder ouvert un maximum d'activités. Je dis maximum parce qu'hélas sont fermées.

Q - Mais vous pouvez vous pouvez les rassurer ? Leur assurer à 100% que par exemple les bars ne seront pas fermés ? Il n'y aura pas ce genre de type de décision qui va tomber d'ici-là ?

R - Vous savez, Noël, janvier, tout ça, c'est entre nos mains. Tout ça, c'est notre responsabilité individuelle et collective. Si chacun et chacune d'entre nous, on fait attention, on est prudent, les gestes barrières etc., on ouvre un peu la fenêtre, tout ce qui permet de lutter contre le virus, c'est dans les mains de chacun. Et donc, voilà, il faut que collectivement on soit responsables. C'est ça qui nous permettra de passer le cap.

Q - Mais vous ne pouvez pas garantir que les règles seront les mêmes entre le 24 et le 31 ?

R - Le virus, il ne vous prévient pas en disant : "Tiens, je vais muter" ou : "Tiens, prépare-toi, il y a une nouvelle vague qui arrive." Donc, ce que je dis, c'est qu'aujourd'hui face à cette cinquième vague qui semble en train de ralentir, mais il y a encore des efforts à faire, ne baissons pas la garde, et c'est ça qui nous permettra de vivre le plus normalement possible. Mais les vacances de Noël arrivent. Je peux vous dire que les Français ils ont envie de grand air. Ils ont massivement réservé pour aller par exemple à la montagne, s'oxygéner, à nouveau refaire des activités comme le ski alpin - parce que l'année dernière, hélas, on en avait été privé. Il y a des taux de réservation qui sont quasiment similaires à ceux de 2019 ; donc, c'est de bon augure. Allez-y en conciliant à la fois la prudence, la vigilance mais l'espérance naturellement.

Q - Pour préparer cette émission, je discutais avec Patrick Ayache, le vice-président de la région en charge notamment du tourisme. Il sortait d'une table ronde avec les acteurs du secteur évènementiel de la région. Ils leur expliquaient ces professionnels leur inquiétude avec cette cinquième vague et ils se posaient la question de savoir si l'Etat a encore les moyens de les aider.

R - Je vais vous dire, on ne va pas les laisser tomber. Le message il est simple, il est clair. Depuis mars 2020, d'ailleurs pour le secteur du tourisme au sens large, c'est 38 milliards d'euros qui ont été mis sur la table par l'Etat pour que ces acteurs restent debout et puissent rebondir le moment venu. Et donc par exemple, j'ai passé une bonne partie de ma journée, hier, à continuer les concertations, à m'entretenir avec le président des traiteurs de France, à m'entretenir avec le président d'UMINEV qui fédère le secteur de l'événementiel, justement, pour pouvoir réfléchir aux dispositifs pour passer ce cap, et puis, faire en sorte que, naturellement, ils aient un avenir.

Q - Les pistes envisagées, c'est quoi ? De nouvelles aides ?

R - Alors on travaille, effectivement, aux nouvelles aides qui pourraient être mises en place pour faire face là ce mois de décembre et peut-être ce mois de janvier un peu plus compliqué. Vous avez vu, on a d'ailleurs réactivé l'activité partielle à reste à charge zéro, qui va se déclencher plus facilement. C'est-à-dire dès qu'on perd 65% de son chiffre d'affaires, on peut y prétendre. Et puis, on est en train de travailler à d'autres dispositifs ad hoc avec le secteur des discothèques notamment, et puis aussi avec les secteurs qui ne sont pas administrativement fermés, mais qui sont impactés quand même par des annulations. Donc, c'est un travail vraiment très fin, du sur-mesure puisqu'après le "quoi qu'il en coûte", maintenant il faut prendre en compte, finalement, dans la dentelle, des situations qui sont très différentes, mais qui parfois, je dirais, relèvent d'une forme de détresse, effectivement, de ces entrepreneurs qui ont beaucoup souffert, et je veux leur dire qu'on est là.

Q - Les discothèques, les représentants des discothèques présents étaient furieux de cette nouvelle fermeture d'un mois. Ils ne comprennent pas, alors que maintenant 90% - vous me direz si je me trompe - des personnes vaccinables en France le sont. Ils ont l'impression qu'on applique les mêmes schémas, qu'on prend les mêmes décisions qu'avant le vaccin. Que vaccin ou non, il n'y a pas de différence dans la prise de décisions des fermetures ou pas par l'Etat. Ils se trompent ?

R - Vous savez, regardez le taux d'incidence d'aujourd'hui, le nombre de cas : il y a quelques jours, on était à 60 ou 70.000 nouveaux cas par jour. Il y a un an, avec ce nombre de cas, tout aurait été fermé. On aurait été en confinement ; on n'est pas en confinement. Mais c'est vrai qu'on a été amené à prendre des mesures en Conseil de défense qui impactent certains secteurs très lourdement, et je comprends la peine de ces professionnels qui se sont préparés etc. Mais ce que je veux leur dire, et le Président de la République a été très clair : on ne veut prendre aucun risque sanitaire et on sera au rendez-vous pour être là pour l'indemnisation et je sais qu'ils ne demandent qu'une chose, c'est de travailler.

Q - Mais lorsqu'ils disent qu'on ne tient pas compte de la vaccination dans la prise de décision de fermer ou pas, ils se trompent donc, ou pas ?

R - Non, mais vous savez, la vaccination c'est une chose mais justement, on a le rappel qui doit se déployer encore plus largement. On est en train de monter en puissance. Donc si on a pris cette décision, ce n'est pas de gaieté de coeur, ce n'est pas pour embêter les gens. C'est juste qu'on se dit qu'il y a un pic, on est face à lui. On n'est pas encore sur le plateau ou sur la décroissance de cette cinquième vague, donc on a besoin de prendre ces mesures un peu difficiles, mais on sera à leurs côtés. Ce n'est pas une clause de style. Encore hier, je vous dis, je m'entretenais avec le président de l'UMIH, Thierry Fontaine, et donc on va travailler à ce qu'ils puissent avoir les meilleurs dispositifs de soutien.

Q - Autre motif d'inquiétude les PGE, les fameux prêts garantis par l'Etat. Les premières traites vont tomber au printemps, puisque c'est à la date du premier anniversaire qu'il faut débuter à rembourser. Il y a eu de leur part à une demande de repousser ces premiers remboursements. Pareil, vous m'arrêtez si je me trompe, il me semble que Bercy a dit non pour la règle générale et qu'il faudrait voir au cas par cas. Est-ce qu'avec cette cinquième vague, ça change la donne ? Il y a une chance de repousser les premiers remboursements, et maintenant que vous avez un pied au ministère des affaires étrangères, mais aussi un pied à Bercy, est-ce que vous allez justement essayer de convaincre Bruno Le Maire de leur accorder le report de ces premières traites ?

R - Bruno Le Maire est tout à fait sensible à cette problématique ; et donc, dans le cadre du traitement qui peut se faire au niveau départemental, dossier par dossier, on est en train de travailler avec la Commission européenne à Bruxelles aussi pour peut-être trouver des curseurs qui nous permettent justement de tenir compte des situations les plus compliquées. Donc, c'est un travail qu'on a initié avec la Commission européenne, et j'espère qu'il pourra déboucher prochainement, bien sûr.

Q - En tout cas, on le voit, avec toutes ces questions vous devez répondre à beaucoup d'inquiétudes, parfois même un peu de colère, avec le secteur dont vous avez la charge, celui du tourisme, l'un des plus touchés par la crise Covid. Vous êtes quasiment, on peut dire, en première ligne au Gouvernement.

(...)

R - ... Ce qui compte, c'est être efficace dans le secteur dans lequel on est, travailler en concertation et faire en sorte que justement ces acteurs, eux, soient satisfaits. Dans le secteur du tourisme, j'ai mis en place justement un comité de filière tourisme. On travaille tous ensemble, c'est de l'intelligence collective. Ce n'est pas justement un homme, un seul, qui a la vérité révélée. Et donc moi, je vais vous dire, je ne fais pas ça pour moi, pour ma gueule j'ai envie de dire. Je fais ça parce que ce secteur du tourisme par exemple, que j'ai eu en charge depuis plusieurs années, je l'aime beaucoup, je m'en suis occupé dans l'Yonne et ce que je veux, c'est justement le réarmer au niveau national. Ma source de satisfaction, c'est ça. Ce n'est pas de savoir que j'ai mon visage en haut de l'affiche.

Q - Votre notoriété, vous vous en fichez. Ce n'est pas votre préoccupation ?

R - En revanche ce qui m'importe, c'est la notoriété de la France comme destination touristique. C'est le fait que par exemple, quand je suis arrivé en 2017, vous savez combien il y avait de crédits budgétaires pour aider le tourisme en France ? 2 millions d'euros, c'est ridicule, pour la première destination touristique mondiale ! Et là, grâce au plan Destination France, j'ai obtenu quoi ? 500 millions d'euros de crédits budgétaires qui vont être déployés là sur les deux prochaines années. C'est ça, les motifs de fierté pour moi.

Q - Alors justement, vous avez obtenu ça. Il y a eu pas mal d'annonces, de dépenses nouvelles cet automne. On peut penser au chèque énergie, la hausse des salaires pour les sages-femmes, des aides pour les indépendants ce qui a créé quand même quelques critiques lors du débat au Parlement sur le budget, puisque, ça y est, la campagne électorale est bel et bien lancée. Qu'est-ce que vous répondez à ceux qui disent que le Président de la République fait campagne avec le chéquier des Français ?

R - Enfin, on ne fait pas campagne, on prépare l'avenir de la France. Quand on fait un plan de relance à 100 milliards d'euros, dont 40 milliards d'ailleurs viennent de l'Union européenne, moi, je peux vous dire, dans l'Yonne c'est très concret : c'est des PME qu'on aide à moderniser leurs lignes de production, c'est des collectivités locales qu'on aide à faire tous leurs travaux de mise aux normes énergétiques, c'est des chantiers, par exemple qui attendaient depuis dix ans !

(...)

Q - Il nous reste à peine trois minutes d'émission. L'autre question que je voulais vous demander, est-ce qu'on peut dire, Jean-Baptiste Lemoyne, je l'ai dit au début, vous êtes le seul Bourguignon au gouvernement, est-ce que vous êtes un peu l'ambassadeur de notre région au sein du gouvernement ?

R - Bien sûr, dès que je le peux et souvent. Regardez, avec François Rebsamen, on s'est battu pour faire venir l'Organisation internationale du vin en Bourgogne, à Dijon.

Q - Ça veut dire que vous avez fait du lobbying pour que ce soit Dijon plutôt que Bordeaux ?

R - C'est que j'ai fait en sorte que surtout on puisse obtenir l'accord de l'ensemble des Etats membres - ils ne sont pas loin d'une cinquantaine - pour aller à Dijon.

Q - Mais sur l'étape précédente, vous avez fait du lobbying pour que ce soit plutôt Dijon que Bordeaux ?

R - Je ne vous cache pas qu'on a été quelques-uns, dont François Patriat, aussi, à oeuvrer dans ce sens-là. De la même façon lorsque, par exemple, je dois réunir les ministres du tourisme européen, c'est en Bourgogne que je les fais venir. C'est à Dijon que ça se tiendra, fin janvier. Lorsqu'il y a eu ce drame du gel qui a touché les viticulteurs, les agriculteurs l'année dernière, je peux vous dire que tout de suite j'étais sur le terrain dans le Chablisien. J'avais dans la foulée mon collègue Julien Denormandie pour lui faire part de la gravité, du fait qu'il fallait des dispositifs exceptionnels. Eh bien, le ministre de l'agriculture, je peux vous dire qu'il l'a entendu, il l'a vu et on a changé. D'ailleurs, regardez, on a fait une réforme de l'assurance-récolte. Donc tout ça, justement, c'est les retours du terrain qui nous permettent et qui me permettent de faire en sorte que les lois qu'on prépare, que les règlements qu'on prépare, soient les plus adaptés à la situation. Voilà, c'est ce côté proximité que j'aime dans l'action politique.

(...)

Q - Merci beaucoup, Jean-Baptiste Lemoyne, d'être venu jusqu'à nous sur ce plateau à Dijon.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 14 décembre 2021