Interview de Mme Élisabeth Borne, ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion, à France Info le 26 novembre 2021, sur la situation sanitaire et le le télétravail.

Texte intégral

MARC FAUVELLE
Bonjour Elisabeth BORNE.

ELISABETH BORNE
Bonjour.

MARC FAUVELLE
Ministre du Travail. On va voir avec vous ce qui change et quelles sont les nouvelles règles dans les entreprises, on va parler aussi des parents dont les enfants sont malades, à quoi ont-ils droit exactement. D'abord un mot du télétravail, puisque la plupart de nos voisins viennent de le rendre à nouveau obligatoire partout où c'est possible, en Belgique c'est quatre jours par semaine, l'Allemagne le fait aussi, pourquoi est-ce qu'on ne le fait pas en France.

ELISABETH BORNE
D'abord, en Belgique il y a à peu près cinq fois plus de cas par jour, enfin le taux d'incidence est cinq fois plus élevé qu'en France, en France on a un taux de vaccination qui est important, 90 % des adultes qui sont vaccinés, et puis il y a un protocole, très strict, qui s'applique en entreprise, et l'enjeu c'est bien déjà d'appliquer avec beaucoup plus de rigueur ce protocole, qui prévoit notamment le port du masque quand on est dans des espaces de travail clos et partagés.

MARC FAUVELLE
Ça veut dire que le retour du télétravail obligatoire vous le gardez sous le pied au cas où ?

ELISABETH BORNE
Ça veut dire qu'aujourd'hui on ne va pas fixer une obligation pour les entreprises, mais moi j'invite les employeurs à favoriser le télétravail et à définir les règles avec les représentants des salariés.

MARC FAUVELLE
Alors, dans les entreprises, nouveau protocole sanitaire lundi prochain, qu'est-ce qui change tout d'abord ?

ELISABETH BORNE
Alors, ce qui change c'est notamment sur la restauration collective, où on va préciser que, quand on est à table, évidemment on n'a pas le masque, donc il faut respecter une distance de 2 mètres, et puis…

MARC FAUVELLE
Donc on ne mange pas face à face par exemple, sauf si on a une très grande table, mais c'est rare.

ELISABETH BORNE
Sauf si on a une très grande table, donc en tout cas on est à 2 mètres de ses voisins.

MARC FAUVELLE
Des consignes sur l'aération des locaux, ça sera précisé dans le texte ?

ELISABETH BORNE
On va repréciser les consignes sur l'aération des locaux, c'est quelque chose qui est très important, d'aérer régulièrement les locaux, la Haute autorité de santé fixe, enfin dit qu'il faut aérer 5 minutes toutes les heures, et donc on va bien repréciser ces règles dans le protocole.

MARC FAUVELLE
Le port du masque reste obligatoire partout, y compris lorsqu'on est seul dans un bureau ou pas ?

ELISABETH BORNE
Non, pas quand on est seul dans son bureau, mais dès qu'on est avec des collègues, dans un espace de travail fermé, alors il faut absolument porter le masque. Moi je le redis, il y a eu un certain relâchement, et moi j'ai demandé à l'Inspection du travail de renforcer ses contrôles, en fait toutes les visites que l'Inspection du travail va faire en entreprise maintenant on contrôlera le respect de toutes ces règles qui s'appliquent, y compris le port du masque dès qu'on est à plusieurs dans un bureau.

MARC FAUVELLE
Vous l'avez dit aussi à certains de vos collègues ministres, je pense à Sébastien LECORNU, ministre des Outre-mer, qui a organisé il y a quelques jours une Fête du rhum dans son ministère, sans masques, sans gestes barrières, vous lui avez rappelé les consignes ?

ELISABETH BORNE
Je vous confirme que nous allons appliquer les consignes, tout le gouvernement va appliquer les consignes, au ministère du Travail…

MARC FAUVELLE
Et qu'un ministère est une entreprise comme une autre ?

ELISABETH BORNE
On applique dans tous les espaces de travail ces règles.

MARC FAUVELLE
Qu'en est-il des réunions, est-ce qu'on peut les faire et à combien ?

ELISABETH BORNE
On peut continuer à faire des réunions, on respecte les distances, donc c'est 1 mètre quand vous portez le masque, vous devez néanmoins être à 1 mètre de vos collègues, donc il faut vraiment réappliquer avec rigueur toutes ces règles.

MARC FAUVELLE
Aurons-nous le droit de faire des pots de fin d'année ?

ELISABETH BORNE
Non, ce n'est pas recommandé, et si vous devez en faire c'est vraiment dans le strict respect des gestes barrières, donc si vous êtes amené à boire un verre, eh bien il faut être à 2 mètres si vous retirez le masque.

MARC FAUVELLE
Mais très clairement la consigne c'est non partout où on peut éviter les pots de fin d'année.

ELISABETH BORNE
C'est plutôt d'éviter, c'est d'éviter d'en faire, oui.

MARC FAUVELLE
Va-t-on vacciner davantage en entreprise ?

ELISABETH BORNE
Alors moi je souhaite que la Médecine du travail prenne toute sa part, notamment dans cette campagne de rappel, comme elle l'a fait sur les vaccinations, je pense que beaucoup de salariés ont confiance dans leur médecin du travail et c'est important qu'ils puissent s'impliquer, ils peuvent dès à présent commander des doses pour faire ces rappels.

MARC FAUVELLE
Quand un enfant est malade ou cas contact et qu'il faut garder à la maison, les parents sont parfois encore un peu perdus aujourd'hui parce que les règles ont parfois changé depuis l'arrivée du Covid, à quoi ont-ils droit pour les garder ?

ELISABETH BORNE
Alors, vous savez que ce qui change c'est que, jusqu'à présent, quand on a un enfant malade, la classe ferme, donc il y a parmi les enfants certains qui sont négatifs, donc du coup les salariés sont placés, enfin en tout cas un des parents peut être placé en activité…

MARC FAUVELLE
Il y a 180.000 familles aujourd'hui où un enfant est à la maison.

ELISABETH BORNE
Donc, du coup, désormais on va éviter de fermer les classes, tous les enfants seront testés, donc seuls ceux qui sont positifs resteront à la maison, et l'un des parents pourra bénéficier d'indemnités journalières, donc ils seront indemnisés par l'Assurance maladie.

MARC FAUVELLE
Du chômage partiel donc, c'est ça ?

ELISABETH BORNE
Non, non, l'Assurance maladie.

MARC FAUVELLE
L'Assurance maladie, pardon. Quelles conditions, il faut que l'enfant ait un âge maximum ?

ELISABETH BORNE
Alors, s'il est testé négatif il peut retourner en classe, et s'il est positif, alors vous êtes indemnisé par l'Assurance maladie.

MARC FAUVELLE
Est-ce qu'on peut être indemnisé lorsqu'on est en télétravail, est-ce qu'on fait les deux en même temps, est-ce qu'on garde un enfant en travaillant à la maison ?

ELISABETH BORNE
Enfin, c'est à voir avec votre employeur, si vous pouvez, enfin…

MARC FAUVELLE
Vous savez que c'est dur !

ELISABETH BORNE
Si vous pouvez télétravailler, mais si vous avez un enfant en bas âge avec vous, je pense que ce n'est pas très commode de télétravailler, dans ce cas-là vous pouvez effectivement aussi vous arrêter et bénéficier d'indemnités journalières, donc l'Assurance maladie.

MARC FAUVELLE
Elisabeth BORNE, les derniers chiffres du chômage sont tombés hier, 110.000 chômeurs de moins en France, il revient à son niveau d'avant la crise sanitaire, mais dans le même temps on voit que le nombre de demandeurs d'emploi en temps partiel, lui, continue d'augmenter, est-ce que ça veut dire que la reprise est encore fragile ?

ELISABETH BORNE
Non, la reprise elle est très dynamique, on a, comme vous l'avez dit, plus de 110.000, 113.000 précisément, demandeurs d'emploi sans aucune activité en moins au mois d'octobre, ça veut dire que sur six mois on a 500.000 demandeurs d'emploi sans activité en moins, ça montre que la reprise est très dynamique, notamment parce qu'on a protégé l'économie pendant la crise et puis c'est aussi, on l'a boostée avec le plan de relance, ça montre aussi que les mesures qu'on prend pour accompagner vers l'emploi les demandeurs d'emploi marchent bien, donc c'est une très bonne nouvelle.

MARC FAUVELLE
Est-ce que l'apprentissage, qui a longtemps été un maillon faible de l'économie française, qui allait mieux avant la crise, repart lui aussi ?

ELISABETH BORNE
Alors, on est sur des records absolus sur l'apprentissage, vous savez qu'en 2020 on a eu 526.000 contrats d'apprentissage, aujourd'hui, en 2021, alors que ce n'est pas terminé, on est déjà à 560.000 contrats d'apprentissage signés cette année.

MARC FAUVELLE
Ça c'est un chiffre que vous donnez ce matin aux auditeurs de France Info, ça veut dire record…

ELISABETH BORNE
C'est un chiffre que je vous annonce ce matin, c'est une très bonne nouvelle, on a battu le record de l'an dernier, à 526.000, donc je vous annonce aujourd'hui, 560.000 dès à présent.

MARC FAUVELLE
Dans le même temps vous souhaitez augmenter de 25 % le nombre de contrôles sur les chômeurs, ça veut dire 600.000 contrôles à faire au premier semestre de l'année prochaine, est-ce que vous allez embaucher des agents supplémentaires pour le faire ?

ELISABETH BORNE
Alors, on a des agents qui sont dédiés à ce contrôle de la recherche d'emploi, c'est normal, quand…

MARC FAUVELLE
Il n'y en n'aura pas plus ?

ELISABETH BORNE
Quand on renforce l'accompagnement et qu'on propose des formations aux demandeurs d'emploi, de s'assurer qu'ils recherchent activement du travail, on va simplifier les procédures de contrôle, et donc il y aura 25 % de contrôles de plus dans les six prochains mois.

MARC FAUVELLE
Mais sans effectifs supplémentaires ?

ELISABETH BORNE
Non, en simplifiant les procédures, et c'est ce qui est en cours, ce qui se frappera à partir de décembre.

MARC FAUVELLE
Un mot, Elisabeth BORNE, sur ces nouvelles accusations lancées hier soir dans l'émission « Envoyé spécial » contre Nicolas HULOT, trois femmes l'accusent d'agression sexuelle ou de gestes déplacés, depuis la diffusion de ce documentaire deux autres femmes se sont fait connaître pour lui reprocher exactement les mêmes faits, est-ce que vous avez regardé ce documentaire et quelle est votre opinion ?

ELISABETH BORNE
Je ne peux pas avoir une opinion, vous savez, moi je n'ai pas les faits, je pense que ces femmes ont des témoignages qui sont effectivement très troublants, enfin très poignants en tout cas, moi je n'ai pas les faits, et comme c'est prescrit je ne pense pas qu'il y ait une enquête, moi je ne veux pas me prononcer sur le sujet.

MARC FAUVELLE
Vous êtes troublée vous aussi par ce que disent ces femmes ?

ELISABETH BORNE
Je dis que c'est poignant et que, effectivement, c'est toujours difficile quand on entend ce genre de témoignages, mais je n'ai pas d'éléments sur le sujet.

MARC FAUVELLE
Merci à vous Elisabeth BORNE, ministre du Travail, invitée de France Info.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 29 novembre 2021