Interview de M. Julien Denormandie, ministre de l'agriculture et de l'alimentation, à CNews le 17 décembre 2021, sur le bilan du quinquennat, la grève à la SNCF, la situation des agriculteurs et le bien-être animal.

Texte intégral

ROMAIN DESARBRES
Bienvenue à tous. Laurence FERRARI, vous recevez ce matin Julien DENORMANDIE, Ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation.

LAURENCE FERRARI
Bonjour Monsieur le ministre.

JULIEN DENORMANDIE
Bonjour.

LAURENCE FERRARI
Bienvenue dans La Matinale de Cnews.

JULIEN DENORMANDIE
Merci.

LAURENCE FERRARI
On va parler un peu de politique avant de parler des dossiers que vous portez. Valérie PECRESSE a reproché au chef de l'Etat son manque de sincérité lors de son intervention sur TF1. " Il n'a pas réformé, il ne réformera pas. " Elle est en train de bouleverser le jeu politique madame PECRESSE ?

JULIEN DENORMANDIE
D'abord revenons sur ce qu'elle dit : le président MACRON n'aurait pas réformé.

LAURENCE FERRARI
Elle dit d'abord qu'il n'est pas sincère, qu'il joue.

JULIEN DENORMANDIE
Je vais commencer par la réforme et j'arrive sur la sincérité. " Il n'aurait pas réformé ", parce que l'un va avec l'autre en fait selon elle. Il a fait la réforme de la SNCF, la droite aurait voulu la faire. Jamais faite. Il a fait la réforme du droit du travail ; la droite, madame PECRESSE, aurait voulu la faire, elle ne l'a jamais faite. Il a fait la réforme sur l'assurance chômage, une réforme difficile qu'on a menée jusqu'à son terme et qui est entrée en application. On a fait énormément de choses sur le climat, on a fait énormément de choses dans l'agriculture, on a investi etc, etc, etc. Emmanuel MACRON a réformé beaucoup plus que la droite ne l'avait fait et Emmanuel MACRON, je dirais même plus, a fait les réformes que la droite aurait voulu faire et qu'elle n'a jamais faites.

LAURENCE FERRARI
Pas sûr que l'exemple de la SNCF aujourd'hui soit le mieux choisi, mais on en parlera dans un instant.

JULIEN DENORMANDIE
On a réformé une grande partie de la SNCF. Il y a un deuxième sujet qui est le dialogue syndical, ce qui est autre chose. Alors après, il y a une question qui est celle de la réforme des retraites au final. Et la réforme des retraites, elle a été très clairement annoncée.

LAURENCE FERRARI
Oui, mais la sincérité des propos, la sincérité des regrets, la sincérité du mea culpa, du ? j'ai compris, j'ai changé ?.

JULIEN DENORMANDIE
Mais je laisse à madame PECRESSE qu'elle en a eue. Oui, le président de la République a été profondément sincère. Oui, le président de la République je pense que c'était profondément utile qu'il puisse expliciter aux Français la gestion de sa crise. La façon qu'il a eue de gérer cette crise. La façon qu'il a eue de prendre ces décisions. Le courage qu'il a fallu quand il prend la décision de ne pas fermer des écoles, de les réouvrir même. Qui aujourd'hui, de bonne foi, et qu'on le soutienne ou ne le soutienne pas, qui aujourd'hui peut dire qu'Emmanuel MACRON n'aurait pas bien géré la crise ? Je pense que tout le monde reconnaît que, pendant cette période incroyablement difficile, le gouvernement, le président de la République a été là sur le sanitaire, sur l'économie et je crois que c'est très important. Et vous savez, quand la même madame PECRESSE explique aujourd'hui il n'aurait pas fallu débourser autant d'argent, en fait le ?quoi qu'il en coûte?, elle n'y croit pas. D'ailleurs l'histoire a montré que ç'avait été le cas, parce que quand en 2008 madame PECRESSE et monsieur SARKOZY avaient eu à gérer une terrible crise…

LAURENCE FERRARI
La crise des subprimes.

JULIEN DENORMANDIE
À la fin de cette crise, on se retrouve avec un taux de chômage qui a explosé et une croissance à 0%. On se retrouve à la sortie de cette crise avec un taux de chômage de 7,8% et avec une croissance de 6,7%. Moi je préfère nettement cette gestion de la crise, celle du président de la République et du gouvernement, que celle que madame PECRESSE avait fait en 2008. Et ça, les Français ils s'en rendent compte. Moi vous savez sur le terrain, tout le monde me dit : ? Il y a pas à dire quand même, le gouvernement il a géré la crise, il a été là. Même si on est d'accord, pas d'accord avec monsieur MACRON, il a été là et il a tenu la barque. ?

LAURENCE FERRARI
Eric ZEMMOUR, lui, veut rendre le pouvoir aux Français. Il estime que la France est en danger, qu'il y a un danger civilisationnel pour notre pays. Qu'est-ce que vous en dites ?

JULIEN DENORMANDIE
Il joue sur les peurs mais on le sait. Il vit de ces peurs-là. Eric ZEMMOUR, je me demande bien quel aurait été l'état de notre pays s'il avait eu à gérer cette crise. Je vous donne un exemple très concret, mais je pense que c'est très important et qu'il faut que chacune et chacun s'en rende compte. Monsieur ZEMMOUR, ça fait plusieurs semaines qu'il prend des positions contre le pass sanitaire, qu'il interroge la pertinence de la troisième dose. Qui aujourd'hui peut, en son âme et conscience, considérer que le pass sanitaire et le vaccin ne sont pas les bonnes armes pour lutter ?

LAURENCE FERRARI
On n'a pas le droit de se poser de questions en démocratie ?

JULIEN DENORMANDIE
On peut se poser des questions mais quel aurait été… Qu'il dise à tous ces artisans, ces commerçants, ces femmes et ces hommes de la culture, toutes celles et ceux qui aujourd'hui peuvent continuer leur activité précisément par le pass sanitaire. Qu'il leur dise que pendant une telle crise sanitaire, lui monsieur ZEMMOUR tout simplement les aurait laissé tomber. Et donc moi, je pense à un moment donné qu'il faut vraiment remettre le clocher au milieu du village et de se dire, au final, un chef d'Etat quelle est sa principale mission ? C'est dans ces moments difficiles de protéger les Français. Je pense qu'aujourd'hui tout le monde se rend compte que monsieur ZEMMOUR n'aurait pas été dans cet état d'esprit-là à l'évidence.

LAURENCE FERRARI
Il aurait été dans quel état d'esprit. C'est un dictateur en puissance comme le dit Bruno LE MAIRE ? Vous reprenez le même vocable ?

JULIEN DENORMANDIE
En tout cas, il a une vraie interrogation dans sa relation à la République. Il le dit lui-même mais qui doit nous interpeller. Hier sur une chaîne de votre groupe…

LAURENCE FERRARI
C8, chez Cyril HANOUNA.

JULIEN DENORMANDIE
Il expliquait pourquoi il faisait un distinguo entre la France et la République. Certes la France et la République ne sont pas historiquement…

LAURENCE FERRARI
Ce sont deux notions différentes, vous nous l'accorderez.

JULIEN DENORMANDIE
Je vous l'accorde mais la République n'est-elle pas consubstantielle à la France aujourd'hui ? Qui peut aujourd'hui se dire que mon seul objectif est la France, et l'objectif de la République ne serait peut-être pas mis sur le même plan ? À l'évidence non, et donc ça interroge, et donc Bruno LE MAIRE a tenu ces paroles et je crois qu'il a raison. Et je crois que ça doit tous, mais tous nous interpeller. On est profondément attaché à notre pays. La France, la nation, sa culture, son histoire, mais on est tout autant attaché à la République. Tout autant. Et cette République aujourd'hui, on doit la chérir. On ne doit jamais la condamner et on ne doit jamais chercher à désunir celles et ceux qui y vivent.

LAURENCE FERRARI
Un mot de la SNCF. Le préavis de grève a été levé pour samedi et dimanche. Il y aura malheureusement de grosses perturbations aujourd'hui : un TGV sur deux sur les lignes sud-est. Le gouvernement a lâché sur les primes pour éviter qu'on ait des grèves alors que le carnet de chèques est ouvert en grand et qu'il y a eu une reprise déjà de 35 milliards de la dette de la SNCF. Ce sera toujours plus ? Il y a eu des primes accordées, et puis la prochaine fois les préavis de grève vont retomber et il y aura à nouveau des primes et à chaque fois vous sortirez le chéquier, c'est ça ?

JULIEN DENORMANDIE
Non. Je crois qu'il y a deux choses différentes. Il y a la réforme de la SNCF, dont une grande réforme qui a été faite en début de quinquennat très importante pour la SNCF, pour la qualité des services, pour ses trains du quotidien, et puis il y a un deuxième sujet qui est le dialogue social.

LAURENCE FERRARI
Sur les trains du quotidien, il y aurait beaucoup d'usagers qui auraient une vision différente de la vôtre.

JULIEN DENORMANDIE
C'est précisément pour ça qu'on a fait tant d'investissements mais quel a été le gros problème ? Pendant quinze ans, on a investi que dans du TGV et pas dans les trains du quotidien. Aujourd'hui quand vous voyez que sur certaines lignes, le train du quotidien va moins vite que la durée qui était la sienne il y a vingt ans, ce n'est pas possible, et c'est pour ça qu'il faut investir. Le problème c'est que quand vous investissez dans les lignes ferroviaires, à l'évidence ça prend un certain temps. Et puis il y a un deuxième sujet qui est le dialogue social. Je crois qu'on a tous été très clairs que certaines et certains se disent : c'est précisément le week-end des vacances de Noël où on va aller faire ces préavis puis ces moments de grève alors que les Français, ils ont besoin d'aller voir leur famille, besoin de passer ces moments de Noël dans une période difficile, oui c'était légitime que beaucoup se posent la question de ce comportement-là.

LAURENCE FERRARI
Parce que les primes de 600 euros pour les conducteurs, 300 euros pour les contrôleurs, les agriculteurs ils aimeraient bien les avoir. Plusieurs d'entre eux ont manifesté hier soir en Ille-et-Vilaine pour lancer un cri d'alarme justement sur leur situation économique. ? Nos marges partent en fumée, France veux-tu encore de tes paysans. ? Vous ne les aidez pas ? Vous ne les entendez pas quand ils disent : ? À quand une rémunération digne pour nos agriculteurs ? ?

JULIEN DENORMANDIE
Je peux vous dire qu'on les aide beaucoup et je crois pouvoir dire en toute humilité qu'ils savent à quel point ils ont un ministre à leurs côtés, un ministre qui travaille avec eux, un ministre qui est fier de notre agriculture et un ministre qui ne cesse de dire que la mère des batailles c'est la rémunération de nos agriculteurs. C'est quoi le problème ? C'est qu'aujourd'hui quand vous allez dans un supermarché et que vous achetez un pot de yaourt, le prix du lait qui compose ce yaourt, il n'est pas suffisamment élevé. Il n'est pas suffisamment élevé. Alors qu'est-ce qu'on fait face à ça ? On a passé il y a encore juste quelques semaines une loi qui est une loi de régulation mais de pure régulation, qui fait que demain quand vous achèterez ce même pot de yaourt, on a une assurance que la part du prix que vous payez et qui retombe au producteur du lait donc à l'agriculteur soit assurée. Et ça, c'est absolument fondamental. Et d'ailleurs, vous savez aujourd'hui on se bat fortement pour cette rémunération des agriculteurs. Mais songez qu'en 2008 - en 2008, il n'y a pas très longtemps - en 2008, il y a eu une loi qui a été prise qui s'appelait la loi de dérégulation. Elle s'appelle comme ça : de dérégulation de la chaîne agroalimentaire. Ç'a été pris d'un gouvernement de droite…

LAURENCE FERRARI
On est en 2021, Monsieur le ministre. Vous êtes aux manettes depuis plus de cinq ans.

JULIEN DENORMANDIE
Il faut comprendre d'où vient le problème.

LAURENCE FERRARI
D'accord, mais…

JULIEN DENORMANDIE
Et cette loi, qu'est-ce qu'elle disait ? Elle disait : on laisse la grande distribution et les gros industriels déréguler le système face à des agriculteurs qui ont une taille beaucoup plus petite et qui donc se faisaient manger par les plus gros. On a pris cette loi qui vient réparer ce qui avait été fait en 2008 pour dire : ? Non, aujourd'hui les règles elles doivent changer et il doit y avoir des règles strictes. Quand une grande distribution ou un industriel vend un produit, il ne peut pas marger sur ce que gagne l'agriculteur. ? Et c'est ça que nous avons, fait c'est cette loi qui s'appelle EGalim qui a été mise en oeuvre.

LAURENCE FERRARI
Mais ce n'est pas suffisant, vous le voyez bien.

JULIEN DENORMANDIE
Non, voilà.

LAURENCE FERRARI
Vous voyez bien que ce n'est pas suffisant.

JULIEN DENORMANDIE
Et j'ajoute un deuxième point. Vous savez, on a tous un rôle. On dit souvent qu'on vote trois fois par jour, matin, midi et soir. On a tous un rôle : c'est notre comportement d'achat. Aujourd'hui, moi j'appelle tous les Français à faire le choix des produits du territoire, des produits locaux, parce qu'il y a souvent…

LAURENCE FERRARI
Pour ceux qui le peuvent mais il faut les moyens.

JULIEN DENORMANDIE
Pour ceux qui le peuvent. Mais il y a souvent… Vous savez en France et dans nos comportements à tous, il y a cette cohabitation des contraires. On est citoyen de bon matin et consommateur passé le quart d'heure. En tant que citoyen, on demande toujours plus à notre agriculture alors qu'on a l'agriculture la plus durable au monde. Toutes les études montrent. Et on dit il faut encore plus : plus de transition, plus de bien-être animal etc. Puis quand on est consommateur, bien souvent on n'a pas un comportement qui vient confirmer ce que moi j'ai demandé en tant que citoyen. Qui pâtit de ça ? Qui ? L'agriculteur parce que ça veut dire qu'à l'agriculteur on lui dit : ? Fais plus de transition, fais plus de bien-être animal… ?

LAURENCE FERRARI
? Fais du bio ! ?

JULIEN DENORMANDIE
Et la fin, le consommateur n'achète pas. Le bio que vous mentionnez, parfait exemple. Aujourd'hui on a une crise du lait bio. Du lait bio. Songez qu'on produit plus de lait bio que n'en veut le consommateur. On fait quoi ? Alors que si je vous interroge en vous disant : ? Est-ce que vous préférez qu'on produise du lait bio ou pas du lait bio ? ?, peut-être que vous allez me dire : ? Produisez plus de lait bio, vous n'en faites pas assez ! ? Depuis 2017, on a doublé - je bien doublé - la surface de bio dans notre pays. Et à la fin, il faut bien que le consommateur le souhaite, l'accepte.

LAURENCE FERRARI
Achète.

JULIEN DENORMANDIE
On ne va pas imposer l'acte de consommation. Donc ce que je veux dire par là, c'est qu'on a tous une responsabilité. C'est trop facile de dire aux agriculteurs : ? Faites plus de, faites plus de, faites plus de ? si le consommateur qui en a la possibilité, qui en a les moyens ne suit pas son rôle. Cohabitation des contraires, il faut lutter contre ça. Notamment, et je crois, dans cette image de l'agriculture : montrer à quel point elle est durable, montrer à quel point en fait quand c'est des produits de territoire, des produits français, il faut leur faire confiance. On a l'une des agricultures les plus belles au monde. Soyons en fiers.

LAURENCE FERRARI
Oui, mais pas des plus heureuses au monde. Vous connaissez le taux de suicide chez les agriculteurs, le mal-être de la profession. Vous avez mis un certain nombre de choses en place, espérons que ces comités de pilotage que vous avez envisagés soient rapidement mis en place.

JULIEN DENORMANDIE
Ça y est, c'est déployé. Ça vise à lutter contre des situations de détresse agricole et, à l'évidence, même si ça n'est jamais que la seule raison, mais à l'évidence la question de la rémunération qu'on vient d'évoquer elle est clef. Moi je me bats tous les jours pour augmenter la rémunération de nos agriculteurs. Parce que si on veut assurer notre souveraineté alimentaire, c'est-à-dire juste assurer que la France soit en capacité de nourrir son propre peuple.

LAURENCE FERRARI
Ce n'est pas le cas, on est d'accord.

JULIEN DENORMANDIE
Alors on reste un pays incroyablement fort agriculturellement parlant. Mais ce qu'on constate, c'est qu'on a de plus en plus d'importation. Prenons un exemple très précis.

LAURENCE FERRARI
60 % des fruits que nous consommons viennent de l'étranger.

JULIEN DENORMANDIE
C'est vrai. Et prenez un autre exemple…

LAURENCE FERRARI
40% pour les légumes, 35% pour les volailles.

JULIEN DENORMANDIE
Prenez la cantine, la cantine de nos enfants dans les écoles. On se rend compte que plus de la moitié de la viande qui est consommée est importée. Et je vais vous dire quelque chose : quand vous donnez à vos enfants du poulet ukrainien ou du poulet brésilien, qui parfois est fait avec des antibiotiques de croissance, c'est juste pas du tout la même chose y compris dans l'apport nutritionnel, et qu'aujourd'hui…

LAURENCE FERRARI
Ça, vous n'arrivez pas à le réguler ?

JULIEN DENORMANDIE
Et ça… Alors la cantine, ce n'est pas de la responsabilité de l'Etat, c'est des collectivités locales. Et qu'est-ce qu'on va faire aujourd'hui dans les prochains jours-là ? On va prendre un acte réglementaire pour imposer l'information des parents sur l'origine des viandes, et je pense que ça va changer beaucoup de choses. Parce que vous, le jour où vous irez déposer vos enfants à l'école et que vous regarderez, comme on fait si souvent nous tous, le menu et qu'il y a marqué ‘poulet origine Brésil' ou ‘origine Ukraine', ça va changer beaucoup de choses. On va le faire dans les écoles, on va le faire dans les restaurants. Et c'est très important à mes yeux, absolument essentiel. On a tous une responsabilité à jouer, l'Etat en premier lieu qui doit investir, qui doit se battre pour la rémunération, et nous tous en tant que décideur.

LAURENCE FERRARI
Un mot de bien-être animal parce que c'est fondamental. L'association L 214 a encore révélé des images effrayantes d'un élevage de poules en batterie avec des maltraitances inacceptables pour ces animaux. Quand est-ce que vous allez mettre fin à ce système industriel, cette production industrielle ?

JULIEN DENORMANDIE
Alors c'est deux choses totalement différentes. Vous savez, on dit souvent ? l'élevage français est un élevage industriel ?.

LAURENCE FERRARI
Mais vous avez vu les images.

JULIEN DENORMANDIE
J'y viens tout de suite mais d'abord sur votre point parce qu'on dit ? l'élevage français est un élevage industriel ?.

LAURENCE FERRARI
Non, non, je n'ai pas dit ça.

JULIEN DENORMANDIE
Vous venez de le dire.

LAURENCE FERRARI
Sur ce type d'élevage.

JULIEN DENORMANDIE
Aujourd'hui une ferme de volailles par exemple en France, elle est 50 fois plus petite que dans les pays de l'Est. La taille moyenne d'un élevage bovin, c'est 170 bovins. Aux Etats-Unis d'Amérique, c'est parfois 10 000. D'abord soyons fiers de nos modèles d'élevage. Une fois qu'on a dit ça, vous avez mais comme partout, dans toute profession, vous avez des personnes qui ne respectent pas les règles. Quand ils ne respectent pas les règles, ils doivent être punis tout simplement.

LAURENCE FERRARI
Et c'est quoi les règles pour les poulets en batterie ?

JULIEN DENORMANDIE
Typiquement quand vous voyez des images où vous avez une personne qui donne un coup de pied dans un poulet, ce 'est à l'évidence pas conforme aux règles.

LAURENCE FERRARI
Et une cage de la taille de cette feuille ? La taille de cette feuille A4 ?

JULIEN DENORMANDIE
Mais alors là, vous savez que par exemple pour les poules pondeuses justement, cette majorité a passé une loi pour faire en sorte que tous les projets d'installation ou de…

LAURENCE FERRARI
Dix centimètres de plus.

JULIEN DENORMANDIE
Non, pas du tout. D'installation ou de renouvellement et dorénavant, un système de production qui soit ce qu'on appelle les systèmes de production de bien-être dans les bâtiments, soit surtout des espaces à l'extérieur. C'est passé dans la loi, c'est passé dans la loi.

LAURENCE FERRARI
Oui, et alors ?

JULIEN DENORMANDIE
Allons jusqu'au bout. Vous savez à quoi je suis confronté aujourd'hui, ce qui est très intéressant ? Aujourd'hui il y a beaucoup d'éleveurs qui ont déposé des permis de construire pour faire des poulaillers de plein air. Ils ont les recours des voisins. Parce qu'ici vous, dans le centre de Paris, vous dites : ? C'est génial, mettons tous les porcs dehors, mettons toutes les volailles dehors ! ? Mais enfin après, quand vous êtes dans la ruralité et que vous avez votre champ de cochons à côté ou le champ de volailles à côté, vous avez les recours. Ils font quoi nos agriculteurs ? Ils font quoi ? Ils ferment et à ce moment-là on a quoi ? On a ces importations de poulets que j'évoquais tout à l'heure. Vous voyez la difficulté de la chose. Donc d'abord moi, j'assume de dire que je suis très fier de notre modèle. J'assume de dire qu'il faut aller beaucoup plus loin dans la transition du bien-être animal, dans la transition agro-écologique. Il faut le faire non pas par injonction mais par investissement, parce que l'injonction c'est exactement le cas que je viens de vous dire. Si à la fin ça n'amène qu'à importer plus, c'est un non sens donc on investit. On investit : transition agro-écologique, bien-être animal et on le fait avec une vision qui est cette souveraineté. Songez qu'on va investir plus de quatre milliards d'euros dans notre agriculture. Quatre milliards d'euros. Et je crois que c'est très important.

LAURENCE FERRARI
Merci beaucoup Julien DENORMANDIE…

JULIEN DENORMANDIE
Merci à vous.

LAURENCE FERRARI
D'être venu défendre avec fougue vos dossiers.

JULIEN DENORMANDIE
Avec passion !


Source : Service d'information du Gouvernement, le 17 décembre 2021