Extraits d'un entretien de M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'Etat au tourisme, aux Français de l'étranger, à la francophonie et chargé des petites et moyennes entreprises, avec Europe 1 le 29 décembre 2021, sur les aides de l'Etat en faveur des secteurs du tourisme et de l'hôtellerie-restauration confrontés à l'épidémie de Covid-19.

Intervenant(s) :

  • Jean-Baptiste Lemoyne - Secrétaire d'Etat au Tourisme, aux Français de l'étranger, à la Francophonie et chargé des Petites e

Prononcé le

Texte intégral

Q - Comment venir en aide à ce secteur qui subit de plein fouet l'attentisme et l'incertitude des réservations ?

R - Je vais venir sur le sujet des aides. Ce qu'il faut voir, c'est que le comportement aussi des Français évolue avec la crise. C'est-à-dire que désormais, on le voit, comme le virus, c'est un peu l'inattendu permanent, souvent, on fait ses réservations au dernier moment. Et la preuve de tout cela, c'est qu'on a fait un très bel été indien, les vacances de décembre - celles qui se déroulent en ce moment - je peux vous dire que les taux d'occupation sont très intéressants. Je vous donne quelques chiffres : les Gîtes de France font 7 points de plus de réservations qu'en 2019, avant la crise, sur ce mois de décembre ; les Logis de France sont également à plus 20% de séjours. Donc on voit bien qu'i y a eu un rebond du tourisme français, cet été, cet automne, cet hiver encore. Et les stations de montagne sont également bien remplies avec 9 stations sur 10 qui sont satisfaites. Néanmoins, pour le mois de février, effectivement, c'est le cas de le dire, tout le monde est dans le brouillard. À la fois les Français, parce que l'on ne sait pas comment cette vague Omicron va se comporter, et c'est pour cela que l'on demande à chacun et à chacune d'ailleurs de pouvoir ensemble, collectivement, faire face.

Et naturellement, s'il y a des entraves pour ce secteur, on continuera d'être à leurs côtés. On l'a fait depuis 18 mois et on va continuer.

Q - Vous avez prolongé pour le mois de décembre le dispositif des coûts fixes - l'exonération des charges sociales -. Est-ce qu'il va se poursuivre en janvier-février ?

R - On est justement dans un travail avec tous les secteurs impactés pour voir quelles sont les conséquences concrètes. Je prends un cas très pratique : par exemple, certaines stations de montagne ont été impactées par l'absence des clientèles britanniques. Là, on travaille avec tous les acteurs de la montagne, pour remonter les chiffres et pouvoir faire aussi du sur-mesure et accompagner. Et donc tout cela est un travail dans lequel je suis engagé déjà depuis le 18 décembre, qu'on va poursuivre d'ailleurs la semaine prochaine avec Bruno Le Maire et Elisabeth Borne, pour qu'on puisse construire ensemble vraiment des solutions, on ne va pas les lâcher alors que depuis le début, on a été à leurs côtés. Ce sont des pépites tricolores. On se doit d'être aux côtés du tourisme français.

Q - Vous parlez des stations de sport d'hiver, un bon début de saison, vous l'avez dit, mais il y a des interrogations sur la suite, le prix de l'énergie impacte les remontées mécaniques et donc le prix des forfaits. À terme, c'est l'activité touristique qui peut être touchée.

R - Effectivement, ils nous ont fait part de cette préoccupation sur l'augmentation du prix de l'électricité, c'est un sujet dont on va s'emparer avec ma collègue Agnès Pannier-Runacher. Ce que je veux dire, c'est que la montagne a d'énormes atouts. En fait, désormais, les Français considèrent la destination de montagne non seulement en hiver, mais aussi aux autres saisons. La montagne a été un tube de l'été 2021 et de l'été 2020.

Tant mieux, cela veut dire qu'il y a aussi tout un mouvement vers la montage quatre-saisons. J'ai beaucoup d'espoir dans la résilience, dans la résistance de la montagne française, parce qu'elle va pouvoir, je l'espère, de plus en plus, vivre tout au long de l'année. Et ça, c'est une nouveauté.

Q - Est-ce que les restrictions de voyage envers des pays comme l'Afrique du Sud seront revues dans les prochains jours ?

R - On a effectivement une classification des pays dans le monde selon la circulation du virus et des variants, et très régulièrement, à chaque conseil de défense, on revoit en fonction de l'évolution de la pandémie dans le monde cette classification. Certains Etats qui avaient été classés en rouge écarlate en Afrique australe en ont été sortis. C'est le cas par exemple de l'Ile Maurice, il y a quelques semaines. Et on va continuer ce travail au fur et à mesure. Aujourd'hui, il est trop tôt pour se prononcer mais effectivement, selon l'évolution de la pandémie, on pourrait être amené à lever certaines restrictions sur certains Etats de cette zone, s'il s'avérait que la pandémie va décroissant.

Q - Autre secteur très touché avec les récentes annonces, celui de la restauration, (...). Est-ce qu'un dispositif rétroactif pour prendre en compte ces annulations de décembre va être mis en place ?

R - Sur le 31 décembre, je faisais le point ce matin, d'ailleurs, avec le président de l'UMIH, Roland Héguy, qui est biarrot. Il faisait le point sur place sur les annulations, les réservations, et il me signalait qu'il y a un double mouvement. À la fois, certaines personnes ont annulé, mais en même temps, d'autres réservent. Il faut le dire : les Français peuvent aller au restaurant, profiter de cette soirée, dès lors qu'ils prennent toutes les précautions d'usage, qu'ils ne font pas des tablées à 20, et qu'ils respectent les gestes barrières, se font tester avant. C'est une recommandation. Vous pouvez passer une belle soirée. Je crois que nos restaurateurs peuvent faire encore un beau 31 décembre. Il y a beaucoup de pays pour lesquels il y a des couvre-feux ; ce n'est pas le cas en France. Et donc, c'est un appel, je le dis, dès lors qu'on fait attention, on peut profiter de nos beaux produits de la gastronomie.

Et puis naturellement, on est en contact permanent avec les organisations représentatives de l'hôtellerie-restauration pour évaluer les impacts. J'étais avec eux, hier, en réunion, là aussi on continue la semaine prochaine. Donc, ils le savent, on ne les a jamais lâchés et on ne les lâchera pas.

Q - On continue. Autre dossier, les boîtes de nuit ne vont pas rouvrir, le 6 janvier, vous l'avez dit : réouverture repoussée de trois semaines. (...) 20% du chiffre d'affaires des boîtes de nuit perdus, à la poubelle ; ils ont besoin d'aide immédiate, urgente, qu'est-ce que vous leur dites ?

R - Je leur dis que, dès le 6 janvier, un formulaire sera en ligne pour pouvoir justement faire ces demandes d'aide, puisque nous avons annoncé un dispositif à la mi-décembre ; puisque les discothèques étaient déjà fermées. Et puis, là aussi, M. Jauny, votre interlocuteur, j'étais en réunion avec lui, hier, avec les autres syndicats représentant la profession, pour qu'on puisse, là aussi, voir quelles étaient les meilleures mesures pour les aider à faire face ; parce qu'il le dit, c'est un mois important. Et puis, par ailleurs, on le voit, dans quelques mois, certains devront rembourser des prêts garantis par l'Etat. Donc, il n'est pas question, là non plus, de les laisser en rade. Ce sont des professionnels, j'insiste, très sérieux ; depuis le début, ils ont été justement au rendez-vous pour vérifier l'identité des porteurs de passe sanitaire, pour mettre en place les protocoles. Mais c'est vrai qu'aujourd'hui, regardez, on est sur des taux d'incidence et des nombres de cas qu'on n'a jamais connus, y compris pendant la première vague, pendant laquelle, je vous le rappelle, nous étions confinés, tous, chez nous, à ne pas pouvoir sortir. Et donc, on le voit, aujourd'hui, on arrive à desserrer l'étau grâce à la vaccination ; néanmoins, il faut prendre toutes les précautions possibles. Et face à l'effort qu'on leur demande, naturellement, eh bien, le Président de la République souhaite qu'on soit au rendez-vous sur les aides et le soutien. (...).


source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 31 décembre 2021