Interview de Mme Sarah El Haïry, chargée de la jeunesse et de l'engagement, à Sud Radio le 22 décembre 2021, sur le passe vaccinal, la vaccination des enfants, la rentrée scolaire et les intentions de vote des jeunes.

Texte intégral

MARILYN HERAUD
Nous accueillons Sarah EL HAIRY, secrétaire d’Etat chargée de la Jeunesse et de l’Engagement, bonjour.

SARAH EL HAIRY
Bonjour.

BENJAMIN GLAISE
Bonjour Sarah EL HAIRY, merci d’être avec nous ce matin sur Sud Radio. La vaccination des enfants, la rentrée scolaire repoussée ou non, les intentions de note, notamment chez les jeunes, la question des parrainages, on va évoquer tous ces sujets, mais d’abord la montée du variant Omicron et le Gouvernement, votre Gouvernement, qui accélère donc son calendrier sur le pass vaccinal, Conseil des ministres exceptionnel lundi prochain, au lieu du 5 janvier comme c’était prévu à la base, c’est un peu panique à bord ou pas du côté du Gouvernement en ce moment ?

SARAH EL HAIRY
Non, c’est accélération aujourd’hui de la présence du variant, donc on accélère aussi. Vous savez, il n’y a pas de vacances avec le Covid, il n’y en n’a pas du tout, et donc si on veut préserver un temps de pause, un temps de repos en famille, tout le monde tient à Noël, tout le monde est un peu fatigué et tout le monde a envie d’avoir ce moment qui est important, eh bien nous on fait quoi ? Eh bien on met les bouchées doubles pour que les soignants aient un maximum de doses, que ceux qui ont des brevets de secourisme puissent être présents, avec les maires on ouvre des centres de vaccination complémentaires. Et d’ailleurs, franchement, moi je dis chapeau bas à tous ceux qui permettent de la vaccination aujourd’hui partout dans notre pays, parce qu’hier on a quand même dépassé des records, plus de 950.000 personnes vaccinées. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire des gens qui s’organisent pour trouver leur créneau, qui y vont, de bonne volonté, et face à tout ça, tu continues à être fier, enfin moi en tout cas je suis vachement fière de mon pays parce que, mine de rien, on y répond.

BENJAMIN GLAISE
Est-ce que ce n’est pas une forme de déni de démocratie justement en accélérant de cette façon-là, comme ça, finalement ce calendrier-là, en mettant un peu la pression ?

SARAH EL HAIRY
Très sincèrement, le déni, il serait de ne pas protéger les gens parce qu’en attendant, juste hier, combien il y a eu de morts du Covid ? Il y a plus de 225 morts, il y a eu un pic de contaminations. Moi, vous savez, moi j’ai fait le choix, en toute responsabilité, d’avoir mes trois doses, d’être vaccinée, parce que j’ai envie de passer Noël avec mes parents et en étant protégée, en les protégeant, et pour ça en fait il n’y a rien d’autre à faire que le vaccin, les gestes barrières et faire gaffe sur ces dernières périodes, quitte au moindre doute, au moindre doute, se faire tester. A part ça il n’y a pas tellement, en réalité, d’outils, donc chapeau à ceux qui nous le permettent.

BENJAMIN GLAISE
On accélère sur le pass vaccinal, mais à l’inverse d’autres pays, très nombreux en Europe, mais pas seulement, dans le monde, pas de mesures d’urgence là pour le moment, actuellement, en prévision des fêtes ?

SARAH EL HAIRY
Parce que nous n’est pas pris de court, à la différence des autres pays. Est-ce qu’aujourd’hui les Français se sont fait massivement vacciner ? La réponse est oui. Est-ce qu’on a assez de doses ? La réponse est oui. Est-ce qu’on a ouvert plus… plus de 600 centres de vaccination supplémentaires ? La réponse est oui. Eh bien face à tout ça moi je dis, au contraire, facilitons la vie à ceux qui ont mis de se faire vacciner, ouvrons des centres encore plus proches, faisons que les doses soient chez nos pharmaciens, chez nos médecins, pour, qu’on soit rural ou urbain, qu’on soit jeune ou un peu moins jeune, eh bien qu’on puisse avoir sa dose. Moi, sincèrement, notre combat il est là, et moi je dis à tous les jeunes qui ont envie de retrouver leur famille, parfois leurs frères, leurs soeurs, leurs grands-parents, profitez de ce temps-là, juste avant Noël, pour faire hyper attention, un maximum de distanciation, un minimum d’interactions sociales, il ne reste quasiment rien avant de se retrouver en famille, et le plus important, le plus important, c’est de passer des fêtes de fin d’année, eh bien en toute sécurité, et pour ça, oui, on se dote de nouveaux moyens, oui on met le pass vaccinal, et oui on se dote de ça dans le cadre d’une démocratie la plus vivante et en meilleure santé qu’il puisse y avoir, c’est-à-dire avec un débat parlementaire.

BENJAMIN GLAISE
Sarah EL HAIRY, ce week-end vous avez affirmé que les personnes non vaccinées étaient des « pro-virus », vous maintenez toujours ces propos ?

SARAH EL HAIRY
En fait pour moi c’est assez clair oui…

BENJAMIN GLAISE
Est-ce que c’est la meilleure façon finalement de dire aux non vaccinés justement de se vacciner ?

SARAH EL HAIRY
Ça fait 2,5 ans qu’on dit aux non vaccinés de se faire vacciner, non pas parce que ça me fait plaisir, ou ça nous fait plaisir, franchement, c’est parce que ça leur permet à eux d’être en bonne santé, aux gens qui les entourent, et qu’ils aiment, quand même au passage, d’être protégés, et au passage de ne pas obliger…

BENJAMIN GLAISE
Pas totalement, il faut préciser.

SARAH EL HAIRY
Bien sûr que si. Quand on est vacciné, on risque 90 fois moins de se retrouver à l’hôpital en réanimation et de mourir du Covid, si on considère que ça ce n’est pas de la protection, je ne sais pas ce que c’est. La protection du vaccin c’est de ne pas se retrouver à l’hôpital, en réa, et en mourir, c’est ça la réalité, ça baisse le risque. Est-ce que ce virus tue ? Oui. Et donc, quand au début…

BENJAMIN GLAISE
On a quand même des personnes qui sont sur des schémas vaccinaux complets et qui sont en réanimation aujourd’hui, c’est important de le dire aussi quand même !

SARAH EL HAIRY
Oui, bien sûr c’est important de le dire, mais c’est une minorité.

BENJAMIN GLAISE
Il ne faut pas le nier.

SARAH EL HAIRY
Je ne le nie pas, mais c’est une très large minorité, et ce qu’aujourd’hui la pandémie nous a appris, et la science nous a illustré, c’est simplement que c’est la meilleure arme qu’on ait. Et vous savez, moi je comprends et je suis hyper à l’aise avec l’idée de, il y a un an, il y a un an et demi, on ne savait pas, on ne savait pas ce que ça faisait comme effets secondaires, on ne savait pas qu’elle allait être la protection, et très sincèrement c’est normal de se poser des questions, enfin franchement c’est même plutôt sain de se dire, comment je fais, quel est le cycle, mais au bout de 2 ans et demi, quand tu as la Terre entière qui se fait vacciner, qu’aujourd’hui le vrai sujet c’est d’avoir des doses, d’avoir un schéma vaccinal complet, de se protéger, que tu vois qu’au bout de 2 ans et demi les hôpitaux, aujourd’hui ils sont quand même fatigués parce qu’il y a des relents de variant après variant, non, non, la science a suffisamment illustrer la pertinence du vaccin pour dire aux non vaccinés là c’est le moment d’avoir un acte de responsabilité individuelle supplémentaire, parce que la responsabilité collective elle est là.

BENJAMIN GLAISE
On a quand même le PDG de BioNTech qui dit lui-même que sur la troisième dose, pour le coup, il y a encore plein d’incertitudes, combien de temps ça va permettre - c’est un coup de booster - combien de temps ça va permettre de se protéger ? On a Israël qui commence la quatrième dose pour les soignants, pour les personnes de moins de 60 ans, vous comprenez que pour certains il y ait une forme de fatigue là-dessus, de se dire on va se faire vacciner combien de fois…

SARAH EL HAIRY
Ah mais totalement ! Alors la question c’est, est-ce qu’on est fatigué et on se dit combien de fois je vais me faire vacciner, ou est-ce que je prends le risque de mourir et de me retrouver en réa ? Moi, vous savez, mon choix il est très vite fait, c’est oui aujourd’hui il y a des choses qu’on ne maîtrise pas encore dans les variants, puisqu’on voit qu’ils évoluent, on n’a pas… comment dire, on n’a pas le luxe, en tout cas moi je crois que face à un virus, qui t’envoie à l’hôpital, qui te tue, on n’a pas le luxe de se dire, avec une certaine pudeur, peut-être, peut-être pas. Aujourd’hui le vaccin il protège, c’est le meilleur bouclier qu’on ait, c’est simple, il faut se faire vacciner, et de toute façon, ceux qui ne veulent pas se faire vacciner, ils prennent des risques, pour eux c’est vrai, mais ils mettent en risque les autres, et c’est pour ça que je leur dis mais, autant au début je comprends, mais là, pas avec autant de recul, pas avec le monde entier qui est en train de… qui ne cherche qu’une chose, se protéger. Encore une fois, ça ne fait plaisir à personne.

BENJAMIN GLAISE
Sur la vaccination des 5-11 ans, elle débute aujourd’hui cette campagne de vaccination des 5-11 ans, le taux d’incidence est particulièrement élevé, inquiétant chez les jeunes, chez les enfants, pourquoi ne pas se laisser une semaine de marge finalement, en repoussant de quelques jours, d’une semaine la rentrée, pour avoir justement cette période d’incubation, pour être sûr qu’il n’y ait pas de souci à la rentrée ?

SARAH EL HAIRY
Le cap sur l’école il a toujours été le même depuis le début de la pandémie, depuis le début de la crise, on garde les écoles ouvertes, non pas encore une fois pour se faire plaisir, c’est parce que l’école est absolument essentielle, essentielle pour les enfants eux-mêmes en fait à la base, et donc on garde cette école ouverte pour qu’ils puissent apprendre, qu’ils soient les moins impactés par cette crise sanitaire, d’ailleurs quand on se compare par rapport aux Allemands ou aux Italiens, on a fermé nos écoles six fois moins. Et pourquoi ? Parce que finalement on voit que quand tu ne mets pas les enfants à l’école, eh bien il y a des questions de retard d’apprentissage, on démultiplie les inégalités, parce que tout le monde n’apprend pas de la même manière, s’il a ses parents pour l’aider, s’il a un ordinateur, si finalement il est un ou trois dans la même chambre, eh bien face à tout ça notre pays, notre modèle social, c’est de protéger ces petits-là, ces petits, les protéger c’est les mettre à l’école.

BENJAMIN GLAISE
Est-ce qu’elle peut devenir obligatoire d’ailleurs cette vaccination des enfants ou entrer dans une forme de pass sanitaire, de pass vaccinal, c’est envisagé, c’est envisageable à l’avenir, ça pourrait se faire ?

SARAH EL HAIRY
Non. Vous savez, cette crise elle nous a appris une chose, ne jamais dire jamais, ça c’est clair, mais pour le coup il faut avoir l’humilité de le dire, enfin personne n’imaginait qu’il allait y avoir…

BENJAMIN GLAISE
Tous les ministres ne le disent pas justement, n’ont pas cette humilité-là.

SARAH EL HAIRY
Moi je pense qu’on a des variants qui arrivent, il y a des choses qui évoluent, il y a la science qui nous éclaire au fur et à mesure, la seule chose c’est qu’à chaque fois qu’on a pris une décision, on ne l’a pas prise, ni au petit bonheur la chance, ni au peut-être que ça fera l’affaire, on s’est toujours appuyé sur des données médicales, des données scientifiques, sur des autorités scientifiques, et donc pour les enfants moi je suis assez à l’aise. Je comprends que les parents se questionnent, c’est normal, c’est des enfants, sauf que quand on donne cette opportunité-là c’est une possibilité, c’est sur la base du volontariat, on emmène ses enfants si on veut, et en plus, mine de rien, ils ont tellement donné pendant ces 2 ans, les masques, la distance, pas de jeu dans la cour, parfois pas de cours, des cours à distance, moi j’ai envie de dire le plus important c’est qu’ils gardent un rythme le plus normal possible, et d’ailleurs c’est eux qu’on doit protéger le plus.

BENJAMIN GLAISE
La campagne de vaccination qui s’accélère avec pas mal de monde dans les centres, notamment pour cette troisième dose, cette dose de rappel, vous étiez hier en Seine-et-Marne, à Fontainebleau, dans un centre de vaccination, en tant que secrétaire d’Etat à la Jeunesse, en charge notamment du Service National Universel, vous avez appelé les jeunes finalement à s’engager, à participer à cet effort dans la lutte contre le Covid, concrètement ça veut dire quoi, de quelle manière, c’est-à-dire qu’ils vont aider, vous les appelez justement à aider dans ces centres ?

SARAH EL HAIRY
Oui, c’est exactement ça. C’est-à-dire qu’aujourd’hui on a des jeunes qui prennent leurs vacances de Noël, et moi je, enfin franchement ça me galvanise de fierté de voir une jeunesse aussi mobilisée face à une crise sanitaire, face à une pandémie qui nous touche tous, parce que eux ils prennent, pour certains, leurs vacances de Noël pour aller dans des centres de vaccination, donner un coup de main. Alors c’est qui ces jeunes ? C’est des jeunes qui se sont engagés dans le Service National Universel, qui est un grand projet, une sorte d’aventure citoyenne qu’on met en place, cette année c’est 50.000 jeunes.

BENJAMIN GLAISE
C’est une promesse d’Emmanuel MACRON.

SARAH EL HAIRY
Tout à fait, c’est une promesse du président de la République qui date de 2017, qu’on a mis en oeuvre, qu’on fait monter en charge, où on est encadré par des militaires, des responsable bénévoles et associatifs de l’éducation populaire…

BENJAMIN GLAISE
Combien au total ?

SARAH EL HAIRY
50.000 cette année, et les enseignants.

BENJAMIN GLAISE
Et combien pour aider justement, pour lutter contre le Covid sur les centres de vaccination ?

SARAH EL HAIRY
Aujourd’hui on n’a pas spécialement consolidé le nombre qui sont dans les centres de vaccination, mais j’ai été, par exemple à Rouen, ils y étaient, hier à Fontainebleau ils y étaient, on les reconnaît parce qu’ils ont des polos et ils ont un petit logo « Service National Universel. »

BENJAMIN GLAISE
On parle de quoi, de quelques dizaines, quelques centaines, quelques milliers ?

SARAH EL HAIRY
Je pense qu’on doit être à quelques milliers de jeunes. En tout, l’année dernière, il y a eu 15.000 jeunes qui ont fait le Service National Universel, cette année 50.000 sont attendus, j’en profite, ça peut être un magnifique cadeau de Noël si les grands-parents ont envie de l’offrir à leurs petits-enfants ou à leurs enfants, ils peuvent les inscrire encore, jusque fin décembre, il suffit d’aller sur snu.gouv.fr, de découvrir évidemment cette aventure, d’avoir entre 15 et 17 ans et d’être Français.

BENJAMIN GLAISE
Et dans le même temps l’abstention des jeunes aux différentes élections, aux régionales, on avait au premier tour 87 % des 18-24 ans qui se sont abstenus donc sur ce premier tour, est-ce que vous avez des pistes très concrètes, alors certains demandent sur le droit de voter à partir de 16 ans, est-ce que vous avez des pistes concrètes - alors ça je crois que vous êtes contre – est-ce que vous avez des pistes concrètes justement pour faire en sorte qu’il y ait une participation plus élevée chez les jeunes ?

SARAH EL HAIRY
Oui, je crois qu’il faut un électrochoc démocratique, mais très sincèrement, parce que la jeunesse que je vois…

BENJAMIN GLAISE
Ça veut dire quoi ça ?

SARAH EL HAIRY
Je vais vous dire. Ce que je vois, c’est qu’on n’a pas une jeunesse qui s’en fiche, on n’a pas une jeunesse qui ne se mobilise pas, ce n’est pas vrai, on a une jeunesse qui marche pour le climat, on a une jeunesse qui crée Yuka, on a une jeunesse qui va dans les centres de vaccination pendant les vacances scolaires, on a une jeunesse qui pendant la pandémie, elle a inventé des manières de garder contact avec les personnes âgées, enfin on a une jeunesse qui se préoccupe des solidarités chez nous et en dehors de chez nous, qui a une humanité, comme je crois on a rarement vu en termes générationnel, sauf que cette jeunesse elle ne croit plus à la force de la démocratie, elle ne croit plus à la force du vote.

BENJAMIN GLAISE
Et comment on fait concrètement justement pour qu’elle y croit de nouveau ?

SARAH EL HAIRY
Je pense qu’il y a trois grands piliers. Le premier d’entre eux c’est d’ouvrir nos institutions et de montrer que, oui, quand on s’engage en politique ce n’est pas un gros mot, que c’est une chance, que ce n’est pas de la petite tambouille…

BENJAMIN GLAISE
Donc ça c’est le premier pilier.

SARAH EL HAIRY
Et comment on fait ça ? Eh bien on fait ça, moi j’ai fait le choix par exemple, pendant la présidence française de l’Union européenne, que tous les Conseils des ministres européens soient ouverts aux jeunes, et qu’ils voient comment ça se passe, mais de l’intérieur, et on ne fait pas une politique publique pour la jeunesse sans elle, c’est-à-dire qu’on la pense avec elle, on accepte d’être challengé, elle est plus transparente, ça c’est pour le fond. Pourquoi je fais ça ? Parce que les élections européennes on a un taux de participation des jeunes le plus haut, c’est-à-dire que quand ils veulent…

BENJAMIN GLAISE
Ça on a compris, ensuite ?

SARAH EL HAIRY
Quand ils veulent, ils y vont.

BENJAMIN GLAISE
Ensuite ?

SARAH EL HAIRY
Ensuite, c’est évidemment la participation…

BENJAMIN GLAISE
On a beaucoup de sujets encore.

SARAH EL HAIRY
Ensuite ça va être la participation, je crois, c’est important, des parents, des élus locaux, de belles cérémonies qui sacralisent la remise de la carte électorale ça redonne de l’importance à ce moment, à ce devoir, moi je considère que c’est un devoir, c’est un droit, mais quand il est appliqué c’est un devoir qu’on a vis-à-vis du collectif, c’est aussi le renforcement de l’éducation civique et morale qu’on fait avec Jean-Michel BLANQUER, parce que, oui, quand tu ne connais pas des institutions, quand tu ne connais pas leur capacité à faire d’impact, eh bien tu ne te sens pas spécialement attaché. et puis enfin, je crois que c’est absolument essentiel, c’est aussi de moderniser notre manière de voter, je crois que c’est nécessaire, faciliter les inscriptions sur les listes électorales, peut-être sur les campus, moi en tout cas j’y crois, permettre de télécharger sa carte électorale de manière numérique pour la rendre plus accessible, aller à une meilleure accessibilité de l’information électorale vers les documents, les programmes, et enfin, au-delà des procurations, peut-être ouvrir la question du vote à distance, du vote électronique, et certainement, moi je crois que c’est important, mais ma famille politique l’a toujours porté, la proportionnelle qui permet que chaque vote compte et donc effectivement ça qui remobilise les jeunes.

BENJAMIN GLAISE
Une jeunesse en tout cas qui vote, en tout cas sur les intentions de vote, sur notre balise Ifop-Fiducial dont on a parlé récemment pour Sud-Radio, qui vote finalement, en intentions de vote, autant à l’extrême-droite que pour Emmanuel MACRON, notamment avec Eric ZEMMOUR qui est en ce moment entre 12 et 14 % et qui n’arrive toujours pas à avoir ses parrainages. Est-ce que c’est normal dans une démocratie d’avoir un candidat qui a 12, 14 % d’intentions de vote et qui n’arrive à obtenir 500 signatures ?

SARAH EL HAIRY
Sur le sondage dont vous venez de parler il se trouve que le président de la République a toujours été extrêmement stable chez les 18-24 ans, parce que je crois qu’il a cette énergie de la jeunesse, en tout cas il a fait de la jeunesse sa priorité, et ça se voit dans ces sondages.

BENJAMIN GLAISE
Et sur la question des parrainages ?

SARAH EL HAIRY
Sur la question des parrainages, vous savez, là il y a une sorte de rhétorique de l’extrême droite, assez classique, et Eric ZEMMOUR ne fait rien d’autre que la réutiliser, on a vu d’abord Monsieur LE PEN le faire, puis Madame LE PEN le faire, enfin…

BENJAMIN GLAISE
C’est du bluff ?

SARAH EL HAIRY
Vous savez, l’extrême droite le fait à chaque fois, à chaque fois c’est la même chose, c’est je ne vais pas avoir mes parrainages, on va passer des discours de haine, des discours racistes, des discours de fracture, qu’on a pu entendre dans ses discours, à une un moment qui va être un moment de victimisation, c’est le système se retourne, je ne peux pas les avoir, je n’y arrive pas, c’est simple.

BENJAMIN GLAISE
Donc pour vous c’est faux là-dessus.

SARAH EL HAIRY
Non, c’est simple.

BENJAMIN GLAISE
C’est une stratégie.

SARAH EL HAIRY
En tout cas c’est une stratégie d’extrême droite, ça c’est une certitude. Par contre, ce qui est simple, c’est que c’est un temps démocratique, les parrainages c’est le premier contact du candidat ZEMMOUR à une réalité démocratique. Qui donne ces parrainages ? Des maires, des conseillers régionaux, des conseillers départementaux, des élus…

BENJAMIN GLAISE
Qui ne sont pas anonymes.

SARAH EL HAIRY
Evidemment, et heureusement qu’ils ne sont pas anonymes. Vous savez, quand vous élisez quelqu’un, vous lui donnez la responsabilité…

BENJAMIN GLAISE
Et quand Eric ZEMMOUR parle de pression sur certains élus ?

SARAH EL HAIRY
Ecoutez, il y a plusieurs choses. Dans des intercommunalités on a vu, effectivement on a vu des vidéos circuler, où on se dit je n’ai pas envie de sortir du rang parce que finalement les propos d’Eric ZEMMOUR sont nauséabonds. Moi je comprends, moi je comprends, maintenant il y a, dans le débat public, une pensée qui est posée, portée par Monsieur ZEMMOUR, ça sera la responsabilité des élus locaux, et des élus qui ont cette possibilité, que la loi leur reconnaît, que notre Constitution leur reconnaît, de donner ou pas leur parrainage, mais ça engage.

BENJAMIN GLAISE
Sarah EL HAIRY, j’aimerais qu’on termine sur cette polémique à Sciences Po Grenoble, cet enseignant, Klaus KINZLER, accusé d’islamophobie, qui a été suspendu par l’établissement pour une durée de 4 mois, son nom avait été placardé à l’entrée de l’IEP, il dénonce une chasse idéologique. Que pensez-vous de cette suspension déjà, de cet enseignant, et est-ce que l’université française est de plus en plus rongée, ou pas, par les idées de « wokisme », de « cancel culture » ?

SARAH EL HAIRY
Moi, vous savez, je suis, pour le coup une combattante, je considère qu’il faut combattre les deux idéologies qui nous mettent, qui nous prennent en tenaille, et qui ne nous permettent pas de vivre un modèle universaliste français, qui veut dire quoi, parce que dit comme ça, ça peut paraître un peu général, ça veut dire qu’on reconnaît chaque citoyen pour ce qu’il est par ses actes, on reconnaît les gens parce qu’ils sont français, en fait on ne se préoccupe pas ni de leur couleur de peau, ni de leur religion, ni de qui ils ont dans leur lit, c’est-à-dire que je ne m’intéresse pas à leur sexualité, je ne veux pas savoir qui il y a dans leur lit, et à partir de là…

BENJAMIN GLAISE
Donc ça veut dire qu’on laisse faire là ce qui se passe du côté de Sciences Po Grenoble, en fait ça ne vous concerne pas ?

SARAH EL HAIRY
Ce n’est pas ce que je dis, si vous écoutez ma pensée, je dis que moi mon modèle il est universaliste, il est humaniste. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que je lutte contre le « wokisme », ça veut dire que je lutte contre l’intersectionnalité, ça veut dire qu’on lutte contre la « cancel culture » qui déboulonne les statues, qui veut revoir notre Histoire, mais je lutte en même temps contre l’extrême droite qui…

BENJAMIN GLAISE
Donc ça c’est une position, ça on l’a compris…

SARAH EL HAIRY
Mais bien sûr, mais… identitaire il faut lutter contre.

BENJAMIN GLAISE
Alors du coup, concrètement, sur le cas par exemple là de Sciences Po Grenoble, ça veut dire que le Gouvernement va réagir ou pas ?

SARAH EL HAIRY
En fait le Gouvernement a déjà réagi, et il continuera à réagir, parce que ce combat-là il est contre notre modèle, et c’est exactement ce que j’essayais de vous démontrer. Notre modèle de société, celui qui est porté par le président de la République, celui qui est porté par notre majorité plus largement, mais en réalité par un arc républicain qui nous dépasse même, parce que ce n’est pas une histoire de partis politiques, ça va aujourd’hui du président du Parti communiste français, Monsieur ROUSSEL, jusque chez des Républicains aujourd’hui, je veux dire des anciens UMP, et donc de la droite républicaine française, et en attendant, au milieu, vous avez les grands défenseurs de cette République universaliste.

BENJAMIN GLAISE
Pour conclure juste sur cette question-là, la suspension de Laurent WAUQUIEZ [et] des subventions de la région à Sciences Po Grenoble, c’est une bonne chose ou pas, c’est une bonne décision ?

SARAH EL HAIRY
Moi ce que je vois c’est qu’il ne faut absolument pas laisser des discours aujourd’hui, « wokistes », mettre une chape, porter ou peser sur la voix de certains enseignants, c’est absolument essentiel, il a pris une décision, il est patron d’une collectivité, vous savez, moi en tant qu’élue locale je détesterais qu’on me dise c’est bien, c’est pas bien, d’avoir des idées, il y a une liberté d’action, ce qui est certain c’est qu’il ne faut rien mettre sous le tapis, il a pris une décision et c’est très bien.

BENJAMIN GLAISE
Sarah EL HAIRY, merci d’avoir été avec nous ce matin sur Sud Radio, je rappelle, secrétaire d’Etat chargée de la Jeunesse et de l’Engagement, merci à vous, et bonne journée.

SARAH EL HAIRY
Merci.


Source : Service d’information du Gouvernement, le 3 janvier 2022