Interview de Mme Sophie Cluzel, secrétaire d'État chargée des personnes handicapées, à France Bleu le 13 janvier 2022, sur l'expérimentation de l'extension de la Prestation de Compensation du Handicap (PCH) au handicap mental.

Texte intégral

RENAUD BIONDI-MAUGEY
La secrétaire d'État en charge des personnes handicapées, elle passe la journée dans les Ardennes aujourd'hui. Sophie CLUZEL doit rencontrer des acteurs d'une nouvelle expérimentation, l'élargissement d'accès à la PCH, la Prestation de Compensation du Handicap pour les personnes porteuses d'un handicap psychiquement… cognitif ou d'un trouve du neuro-développement. La secrétaire d'État est notre invitée ce matin pour en parler, Bonjour Sophie CLUZEL.

SOPHIE CLUZEL
Bonjour.

RENAUD BIONDI-MAUGEY
La PCH permet aux personnes handicapées d'être accompagnées, d'être plus autonomes aussi mais jusqu'ici il y avait une certaine forme de discrimination entre les personnes handicapées physiques et les handicapés psychiques, qui elles n'arrivent pas à obtenir les mêmes droits, est-ce qu'on a une idée de l'ampleur de cette discrimination, du nombre de familles concernées dans les Ardennes par exemple ?

SOPHIE CLUZEL
Alors justement c'est tout l'objet de l'expérimentation, c'est pouvoir un peu qualifier, c'est-à-dire pouvoir mieux connaître cette population qui n'avait pas encore accès à cette prestation de compensation du handicap qui est une vraie nécessité pour eux en termes de soutien à l'autonomie. le handicap psychique, le handicap mental, les troubles du neuro-développement, les troubles, ce qu'on appelle du TDH, des troubles déficitaires… de l'hyperactivité sont difficiles à pouvoir prendre en compte parce qu' on évalue mal leur besoin, parce qu'on les connaît mal, cette population, parce que souvent elles sont pas accompagnées, elles sont très isolées et donc le but notamment pour les adultes est de soutien à l'autonomie dans le logement, dans l'accès à l'emploi, dans les gestes de la vie quotidienne. Eh bien nous travaillons avec 3 maisons du handicap, les Ardennes où je serais aujourd'hui, la Gironde et les Vosges pour pouvoir justement travailler avec les associations. Et je salue le travail des associations, l'Unafam, l'UNAPEI, Autisme France, TDH France qui accompagnent justement la meilleure connaissance de ces publics pour tout simplement avec 3 nouveaux critères que nous essayons de mettre en place et de qualifier qui sont l'accès aux soins, comment prendre soin de sa santé, comment pouvoir justement accompagner les personnes dans leur accès à la santé, comment aussi pouvoir gérer son stress lors des imprévus. Et puis pouvoir aussi dans les gestes de la vie quotidienne être mieux accompagné, être relancé, on peut par exemple être autonome dans les transports mais comment je gère un imprévu dans les transports qui peut créer beaucoup de stress pour cette population. Donc voilà le tout l'enjeu de ce travail et derrière eh bien nous aurons les rapports fin février et nous travaillerons sur les textes pour améliorer. Il en va en effet de faire cesser une discrimination d'accès à cette prestation de compensation du handicap.

RENAUD BIONDI-MAUGEY
Pourquoi le handicap mental psychique était exclu jusqu'ici ?

SOPHIE CLUZEL
Parce qu'il est très mal connu et on a du mal à l'évaluer. Ce n'est pas qu'il était exclu mais c'est qu'il avait des difficultés de pouvoir accéder à cette prestation de compensation du handicap.

RENAUD BIONDI-MAUGEY
Parce que moins visible.

SOPHIE CLUZEL
Et donc c'est pour ça que moi j'ai vraiment besoin des associations, qui connaissent ce public, pour accompagner l'expression des besoins.

RENAUD BIONDI-MAUGEY
Surtout qu'il en découle parfois aussi d'autres droits, on entendait ce matin une maman, dans les Ardennes justement, dont l'enfant est diagnostiqué avec un trouble du déficit de l'attention, elle a vu son dossier rejeté plusieurs fois, son fils ne peut pas avoir d'accompagnant pour suivre les cours en classe, il prend du retard sur ses apprentissages, c'est ça aussi que vous voulez corriger ?

SOPHIE CLUZEL
Exactement, c'est-à-dire un meilleur diagnostic, une meilleure connaissance, et puis une meilleure évaluation de ce besoin d'accompagnement, ça fera faire des progrès à tout le monde, mais derrière il nous faut aussi accompagner la formation des professionnels, pour soutenir cet accompagnement il faut qu'il y ait des professionnels formés qui comprennent bien ces troubles, c'est tout l'enjeu, ça va nous faire faire des progrès, et nous développons aussi la politique du logement, par exemple sur l'habitat inclusif, ces personnes-là ont besoin d'être accompagnées, avec des professionnels qui connaissent leurs besoins, c'est de la stimulation, c'est du soutien à l'autonomie qu'il nous faut faire, donc ce sont aussi des nouveaux métiers, qui seront certainement les métiers aussi de demain, sur la meilleure connaissance de ces personnes, qui ont des besoins, et qui bien accompagnées peuvent justement être autonomes.

RENAUD BIONDI-MAUGEY
L'expérimentation a donc lieu dans les Ardennes, mais aussi les Vosges et la Gironde, pourquoi avoir choisi ces trois départements ?

SOPHIE CLUZEL
Parce que ce sont trois départements extrêmement volontaires, et je salue justement les trois présidents de département qui se sont portés volontaires, parce qu'il y a déjà aussi des services d'accompagnement qui sont plus professionnels sur ces besoins-là, donc partir de ceux qui savent déjà faire, pour pouvoir aller encore plus loin, et puis après le généraliser sur l'ensemble des centres de MDPH, je rappelle que ce sont les présidents de département qui sont chefs de file de politique de solidarité, et que moi je travaille vraiment en co-construction avec eux.

RENAUD BIONDI-MAUGEY
Justement, ça risque de coûter plus cher aux conseils départementaux, puisque c'est donc qui versent cette aide, comment vont-ils faire dans le contexte actuel ?

SOPHIE CLUZEL
C'est bien pour ça qu'on avait besoin de cette expérimentation, pour pouvoir se projeter sur le nombre de personnes concernées, et pour pouvoir budgéter justement, dans le budget de l'État et aussi bien sûr de la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie, puisque l'État aussi participe, c'est un cofinancement, pouvoir de projeter sur 2023 et l'inscrire dans le budget de la loi de finances de Sécurité sociale de 2023. Donc j'avais besoin vraiment de ce travail… je serai aussi avec le président HAUSSOULIER, qui est président de la Somme et qui est responsable, au sein de l'Association des départements de France, en charge du handicap, parce que nous travaillons main dans la main, et c'est comme ça qu'on co-construit une politique publique.

RENAUD BIONDI-MAUGEY
Forcément ça va donner aussi plus de travail aux équipes des maisons départementales, des personnes handicapées, alors qu'elles sont déjà débordées, est-ce qu'on a, ou est-ce qu'on aura les moyens d'appliquer cette mesure ?

SOPHIE CLUZEL
Alors l'État vient à côté des MDPH, puisque j'ai rajouté justement 25 millions pour accompagner les maisons départementales des personnes handicapées, qui avaient besoin de s'améliorer en termes de formation, d'équipes, d'informatique, nous avons le baromètre des MDPH, qui suit les droits, il y a une amélioration, et la plus grande des améliorations à faire pour gagner du temps c'est d'octroyer les droits à vie. Je vous rappelle que depuis deux ans plus besoin de prouver son handicap quand vous avez un handicap avéré, ça s'appelle des droits à vie, pour l'allocation adulte handicapé, pour la reconnaissance de travailleur handicapé, eh bien là il faut qu'on accélère sur l'octroi de ces droits à vie, plus besoin de rouvrir les dossiers pour une grande partie de la population, ça aussi ça s'appelle traiter de la dignité, avoir de la confiance, plus besoin de redire que vous êtes en situation de handicap, c'est un très grand allégement pour les personnes handicapées, et les MDPH se sont engagées dans cette accélération, cette simplification, et c'est comme ça qu'on libère du temps et qu'on peut travailler justement sur des dossiers peut-être complexes et surtout être à leurs côtés pour les former.

RENAUD BIONDI-MAUGEY
Merci beaucoup Sophie CLUZEL d'avoir accepté notre invitation ce matin, secrétaire d'État en charge des personnes handicapées, et donc de passage aujourd'hui dans les Ardennes, merci et bonne journée à vous.

SOPHIE CLUZEL
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 14 janvier 2022