Interview de Mme Roselyne Bachelot, ministre de la culture, à CNews le 20 décembre 2021, sur les nouvelles mesures sanitaires (Jauges, concerts assis, masques...).

Texte intégral

LAURENCE FERRARI
Bonjour Roselyne BACHELOT.

ROSELYNE BACHELOT
Bonjour Laurence FERRARI.

LAURENCE FERRARI
Bienvenue dans « La matinale » de CNews. Il y a beaucoup d'inquiétude, évidemment, après les annonces des nouvelles restrictions par le Premier ministre Jean CASTEX, par exemple le 31 décembre, à l'Opéra Bastille, il y a « Don Quichotte » qui est joué à 19h, est-ce que la représentation aura lieu ?

ROSELYNE BACHELOT
Nous faisons tout pour qu'elle ait lieu. Vous avez vu que nous avons maintenant des outils de protection efficaces, la vaccination bien sûr, le pass sanitaire qui est demandé à l'entrée des salles de spectacle, les masques obligatoires dans les salles, les mesures de protection telles que l'aération des salles, le lavage des mains, donc nous avons les outils pour qu'au niveau des spectacles, des spectacles culturels, et des autres d'ailleurs, les choses se passent de la meilleure façon. Alors, évidemment, ce qui nous souci un peu ce n'est pas tellement le fait de restrictions qui ne sont pas à l'ordre du jour dans les salles de spectacle, mais de voir que des personnes hésitent à se rendre dans les salles de spectacle…

LAURENCE FERRARI
Par peur de contamination ?

ROSELYNE BACHELOT
Par peur de contamination, sans doute, des personnes fragiles qui hésitent à se rendre dans ces salles. Il y a deux secteurs qui sont particulièrement touchés, les cabarets, qui voient leur fréquentation vraiment nettement diminuer, à la fois parce que des artistes sont touchés, mais aussi parce qu'il y a des réservations qui sont annulées, et puis les spectacles debout, les spectacles de musique, parce que là, disons la… comment pourrait-on dire, le seuil de rentabilité est extrêmement élevé, c'est 90 % de fréquentation, et ce sont deux secteurs qui sont particulièrement touchés, c'est pour cela que nous avons pris, avec Elisabeth BORNE, la décision que ce qu'on appelle l'activité partielle, ou chômage partiel, qui n'était accordé qu'à partir d'une chute de fréquentation de 80 %, nous l'avons abaissée à 65 %, pour faire en sorte que ces secteurs puissent s'en tirer.

LAURENCE FERRARI
Il n'empêche que si certains établissements recevant du public ferment, les établissements culturels en feront partie, si la règle vaut pour les uns elle vaudra pour les autres.

ROSELYNE BACHELOT
Ecoutez, ce n'est pas à l'ordre du jour, nous ferons tout, dans la situation actuelle telle que nous la connaissons, c'est la volonté du président de la République de faire en sorte que les activités culturelles, que le spectacle vivant, puissent continuer.

LAURENCE FERRARI
Donc, le premier palier ce sont les masques, les gestes barrières que vous avez rappelés, le deuxième palier ce serait les jauges, pareil, là il n'y a pas encore de mesures de jauges ?

ROSELYNE BACHELOT
Non, au contraire, nous avons même obtenu que la jauge qui était fixée à 75 %, dans ces lieux de spectacle debout, puisse ne plus exister, à condition là de respecter ces mesures barrières, et je demande vraiment à tous les organisateurs, à tous les responsables, d'être extrêmement vigilants sur le respect de ces mesures, ils le sont d'ailleurs globalement, mais vraiment on n'a pas le droit de risquer la vie des autres.

LAURENCE FERRARI
On voit que d'autres pays, comme le Danemark notamment, a décidé de fermer tous les lieux de culture et de loisirs, est-ce que ça encore c'est une hypothèse qui est sur la table, peut-être pas pour cette semaine, mais pour les deux, trois semaines qui arrivent ?

ROSELYNE BACHELOT
L'hypothèse n'est pas sur la table, tel que nous voyons se développer la pandémie, maintenant, vous savez, le virus nous a réservé un certain nombre de surprises, Laurence FERRARI, que nous n'attendions pas, et ce variant Omicron en est un signe. Telle que la situation… et nous la voyons se déployer, la fermeture des lieux de culture ou la diminution des jauges, n'est pas à l'ordre du jour, mais j'ai envie de dire nous sommes les patrons de cette affaire-là. Finalement la vaccination, il ne faut pas faire de faux certificat évidemment, car le risque que… pas le risque seulement d'avoir une amende, mais le risque de contaminer les autres… holà là, il est tôt dans votre émission Laurence FERRARI…

LAURENCE FERRARI
Il est 8h19.

ROSELYNE BACHELOT
De ne pas contaminer les autres, le respect des gestes barrières, le fait de ne pas se retrouver à 25 dans une pièce pour fêter le réveillon, c'est quand même nettement mieux, voilà. Nous sommes les patrons, nous sommes tous, il n'y a pas le gouvernement en face de la pandémie, les Français sont en face de la pandémie, ils sont aussi responsables.

LAURENCE FERRARI
Mais les Français se posent des questions évidemment, troisième dose, Ok, ils y vont, ils y vont massivement, mais est-ce qu'elle protégera cette troisième dose contre le variant Omicron, dont on ne sait pas grand-chose ?

ROSELYNE BACHELOT
Aucune protection n'est totale, il est certain qu'il y a une protection… je ne vais pas faire la ministre de la Santé, c'est une vie antérieure…

LAURENCE FERRARI
C'est ce que vous avez fait il y a quelques années.

ROSELYNE BACHELOT
Voilà, il y a quelques années ; c'est vrai que la protection contre Omicron est un peu moins forte que contre le variant Delta - le variant Delta il faut d'abord s'en protéger, il est effectivement toujours là, et il faut déjà se protéger contre ce variant Delta - la protection est un peu moins forte, mais elle est quand même très forte, elle est de l'ordre de 70 % la protection contre Omicrone ou Omicron, comme on veut le prononcer, donc vaccinons-nous, vaccinons-nous, c'est vraiment une protection majeure, et faisons les gestes barrières, et les mesures de protection que je viens de définir.

LAURENCE FERRARI
Il faut aller jusqu'à la vaccination obligatoire en entreprise, à votre avis ?

ROSELYNE BACHELOT
Ecoutez, je ne veux pas faire l'expert et le « Diafoirus » dans cette affaire, il y a des décisions qui sont prises par le ministre de la Santé, avec le président de la République, le Premier ministre, en Conseil de défense, sur des avis scientifiques, moi je suis ministre de la Culture, ce que je veux c'est que les lieux de la culture, les lieux de culture marchent, les lieux de spectacle vivant, on a besoin de la culture, on a besoin d'aller dans les cinémas, dans les salles de spectacle, et ça c'est ce qui m'importe le plus.

LAURENCE FERRARI
Est-ce que les mesures d'aide, les subventions qui ont été allouées évidemment pendant les confinements, seraient réactivées en cas de nouvelles décisions ?

ROSELYNE BACHELOT
Si des décisions étaient prises, de fermeture, de jauges, qui je le répète ne sont pas à l'ordre du jour, on a aidé toujours le monde de la culture, on continue de l'aider, je viens de vous dire que nous avons abaissé le seuil pour toucher éventuellement le chômage partiel, j'ai demandé également au Centre national de la musique de prendre en charge les cotisations d'assurance qui permettent, si un lieu de culture est obligé de fermer du fait de la contamination des artistes qui sont sur scène, de prendre en charge ces cotisations d'assurance qui sont faites par deux assureurs, que je ne citerai pas pour ne pas leur faire de la publicité ici, mais que les responsables des salles de spectacle connaissent, donc nous sommes là au plus près. Sur l'intermittence nous avons une clause de revoyure avec les intermittents le 15 janvier, pour l'instant il n'y a pas de problème, mais nous surveillons ça avec beaucoup de soin et prêts à dégainer les mesures nécessaires pour protéger et accompagner le monde de la culture.

LAURENCE FERRARI
Et l'avenir s'assombrit, ce que nous ne savons pas à l'heure où on se parle. Un mot de la Cour des Comptes, elle a étrillé la politique culturelle de « saupoudrage » des subventions, politique de « guichet », « de droits », « pilotage problématique », elle appelle le ministère de la Culture à se recentrer sur un nombre limité de missions, à les exercer de façon plus stratégique, qu'est-ce que vous en dites ?

ROSELYNE BACHELOT
C'est un rapport très intéressant et dont je partage beaucoup des conclusions. Bon, la Cour des comptes a un peu débordé, a fait un rapport très politique, mais qu'est-ce qu'il dit ? Il dit…

LAURENCE FERRARI
Mais ça vous vise vous ou toute la politique culturelle depuis des années ?

ROSELYNE BACHELOT
Moi je dis que nous sommes en face d'enjeux considérables et qui ont été accélérés par la crise, la crise pandémique. On est face à une révolution numérique dont on n'imagine même pas l'impact. Nous avons aussi une crise, un enjeu démocratique - vous savez, Laurence FERRARI, il y a seulement 10% des Français qui vont régulièrement dans des lieux de spectacle vivant dont nous parlions, et plus de 50 % qui n'y vont jamais - donc la démocratisation est un autre enjeu. On a un enjeu de gouvernance, quand les politiques du ministère de la Culture ont été faites il n'y avait pas de décentralisation, maintenant les collectivités territoriales souhaitent être plus concernées par ces politiques, c'est ce que nous faisons. Nous voyons un enjeu de développement durable, eh bien tout ça j'ai commencé, malgré la crise, à l'envisager, c'est le plan France 2030, des lieux de tournages pour que la France soit là dans les contenus audiovisuels, c'est aussi le plan d'investissement d'avenir pour toutes les innovations technologiques. J'ai fait trois chantiers, sur les festivals, sur les lieux, les orchestres, sur les opéras en province, pour voir comment on est sur cette donne de développement durable, j'ai conditionné les aides au fait d'avoir des politiques écologiques et au fait d'avoir le respect de la… enfin le respect de la lutte contre les violences sexistes et sexuelles, donc je n'ai pas voulu me laisser engloutir par la crise, j'ai voulu préparer l'avenir, et le diagnostic…

LAURENCE FERRARI
De la Cour des comptes, il est contre ?

ROSELYNE BACHELOT
Le diagnostic de la Cour des comptes, je le partage, oui, c'est vrai, on a… je le partage, et non seulement ça, je regrette d'ailleurs que cet aspect de la culture soit pratiquement absente, ces aspects soient absents du débat politique, enfin on a vu se succéder les débats, personne ne parle de culture, il y en a ras-le-bol…

LAURENCE FERRARI
Il y en a eu un peu sur CNews de la culture.

ROSELYNE BACHELOT
Oui, parce que vous étiez là Laurence FERRARI.

LAURENCE FERRARI
Un peu, un peu. Justement, vous évoquiez cette idée de grands studios à la française, c'est une des idées du programme Culture de Valérie… enfin, du programme de Valérie PECRESSE concernant la culture, est-ce que c'est une bonne idée, est-ce qu'elle veut faire un grand plan d'investissement sur la culture ?

ROSELYNE BACHELOT
Moi je vais vous dire, on n'a pas attendu la candidate des Républicains pour y penser, puisque c'est précisément ce que le président de la République fait avec France 2030, nous avons finalement 1 milliard d'euros qui sont consacrés à ces nouvelles technologies, dont 300 millions seront consacrés à faire de nouveaux studios pour justement que nous participions au festin de l'audiovisuel, au festin des contenus, il n'y a pas de raison que la France ne fasse pas des séries, des documentaires, qui permettent…

LAURENCE FERRARI
Elle le fait largement déjà.

ROSELYNE BACHELOT
Elle en fait déjà, mais encore plus, encore plus.

LAURENCE FERRARI
Justement, la question de Valérie PECRESSE c'est aussi de créer une Journée nationale des héros français, bonne idée, mauvaise idée ?

ROSELYNE BACHELOT
Je crois qu'on a déjà beaucoup de commémorations dans notre pays, c'est bien, mais ce n'est pas une politique culturelle ça, c'est un gadget.

LAURENCE FERRARI
Est-ce que ce n'est pas l'heure des femmes Roselyne BACHELOT, je sais que vous êtes féministe, est-ce que Valérie PECRESSE a les atouts pour être présidente de la République ?

ROSELYNE BACHELOT
Ça fait un moment que c'est l'heure des femmes, et d'ailleurs il y a déjà des candidates qui sont arrivées au deuxième tour de la présidentielle, Ségolène ROYAL ou Marine LE PEN, là il y a des candidates importantes, qui sont dans cette campagne présidentielle, Madame PECRESSE, Madame LE PEN, Madame HIDALGO, madame TAUBIRA…

LAURENCE FERRARI
Vous souhaitez la candidature de Madame TAUBIRA ?

ROSELYNE BACHELOT
Moi je n'ai pas à souhaiter ou à ne pas souhaiter la candidature de Christiane TAUBIRA.

LAURENCE FERRARI
Pour la diversité du débat politique ?

ROSELYNE BACHELOT
Chacun se présente, je regarde, je regarde ça. Moi, vous savez, je suis entièrement concentrée sur ce que je fais, nous vivons une tragédie dans notre pays, il faut bien employer le terme, une tragédie qui a durement impacté la culture, nous avons été présents, nous avons mobilisé 14 milliards d'euros pour protéger notre tissu culturel, que ce soit les structures ou les artistes, nous continuons, moi je ne suis pas un commentateur de la vie politique, moi je suis au boulot pour protéger les artistes, les théâtres et les cinémas, je me bats.

LAURENCE FERRARI
Mais il y a quelques propositions qui vous font bondir, celle d'Eric ZEMMOUR notamment qui veut privatiser le service public audiovisuel, est-ce que c'est réalisable d'abord ?

ROSELYNE BACHELOT
Il n'est pas le seul puisque Marine LE PEN le veut aussi, Valérie PECRESSE a dit qu'éventuellement la chose pourrait s'envisager, moi je suis évidemment vent debout. L'audiovisuel public, que ce soit à la radio ou la télévision, Radio France ou FranceTélévisions, est un joyau, et je dois dire que je suis toujours très surprise de voir certaines personnes qui veulent défendre l'économie française, avoir une vision très protectrice, d'ailleurs on peut se rejoindre sur ces sujets de secteurs économiques, se dire qu'on peut mettre à l'encan l'audiovisuel, et en particulier l'audiovisuel public, mais on a besoin d'un audiovisuel privé fort, et d'un audiovisuel public fort, alors quand on voit en plus certains n'être même pas capables de donner le bon chiffre de la redevance télévisée, penser que la redevance audiovisuelle, pardon, c'est…

LAURENCE FERRARI
168 euros.

ROSELYNE BACHELOT
C'est même la CAP, disons, la contribution à l'audiovisuel public, pour dire le bon terme de la redevance…

LAURENCE FERRARI
En réalité c'est ?

ROSELYNE BACHELOT
Ce n'est pas 168 euros, c'est 138 euros et 88 euros dans l'Outre-mer, voilà, bon, très bien. Alors, qu'on puisse réfléchir aussi, c'est ce que nous sommes en train de faire, sur la façon de collecter cette redevance, cette contribution à l'audiovisuel public, puisqu'elle était assise sur la taxe d'habitation, qui n'existe plus, c'est la réflexion qui est envisagée, enfin qui est faite d'ailleurs, au cours de cette année, voilà – je reprécise d'ailleurs au passage que 25 % des Français ne paient pas d'ores et déjà la redevance.

LAURENCE FERRARI
Donc ce n'est pas évidemment à l'ordre du jour, mais la mesure serait réalisable si un président ou une présidente le souhaitait.

ROSELYNE BACHELOT
Oui, enfin en tout cas, entre réfléchir à la redevance et au financement de l'audiovisuel public, et supprimer l'audiovisuel public, racheté par qui, on se demande, puisque les lois d'ailleurs anti-concentration interviendraient fortement à ce niveau-là, et puis c'est se priver d'une création de valeur, 1 euro investi dans l'audiovisuel public, dans FranceTélévisions, ça génère 2,4 euros de valeur ajoutée, c'est 62.000 emplois, c'est le plus gros financeur de la culture, enfin c'est le plus gros financeur du spectacle vivant, de l'autre audiovisuel, c'est de la création audiovisuelle, vraiment je ne comprends pas, je ne comprends pas cette proposition.

LAURENCE FERRARI
Un dernier mot sur l'ouverture, avec 15 en avance, des archives sur la guerre d'Algérie, vous êtes la ministre des archives, ce qu'on ne sait pas forcément, pourquoi est-ce que vous avez pris cette décision en anticipation, parce que c'est important qu'on se réapproprie cette histoire ?

ROSELYNE BACHELOT
C'est important. D'abord, il faut savoir que les archives sont ouvertes à partir de 50 ans, sauf celles qui ont rapport avec des instructions, des procédures judiciaires, de quelle que nature que ce soit. J'ai pensé que dans le débat actuel, dans le débat mémoriel, qui existe, il était important que nous soyons totalement transparents, et donc j'ai avancé cette affaire de 15 ans, puisque nous étions déjà à 60 ans, et je l'ai avancée de 15 ans parce qu'on ne construit pas une véritable politique mémorielle sans que les historiens puissent s'emparer des documents et puissent les regarder, les consulter, les analyser, on ne construit pas un roman national sur l'ignorance, ou parfois le mensonge.

LAURENCE FERRARI
Et vous pensez qu'il y a eu une repentance mémorielle exploitée en Algérie ?

ROSELYNE BACHELOT
Je n'aime pas ce terme de repentance, mais nous devons regarder notre histoire avec lucidité, dans ses choses merveilleuses, et puis dans ses erreurs, ou dans ses crimes, c'est normal de le faire de cette façon-là.

LAURENCE FERRARI
Merci beaucoup Roselyne BACHELOT d'être venue ce matin dans « La matinale » de Cnews.

ROSELYNE BACHELOT
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 29 décembre 2021