Interview de Mme Elisabeth Moreno, chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes, à France Info TV le 18 janvier 2022, sur l'allongement du délai pour l'avortement, le nombre de candidatures féminines et l'égalité entre les femmes et les hommes.

Texte intégral

SAMUEL ETIENNE 
C'est l'heure de l'invité de notre matinale, avec Alix BOUILHAGUET. Alix, ce matin, vous recevez Elisabeth MORENO, la ministre chargée de l'Egalité entre les femmes et les hommes, de la Diversité et de l'Egalité des chances. 

ALIX BOUILHAGUET
Oui. On va parler de l'allongement du délai pour l'avortement, on va parler du nombre, de la multiplication de candidatures féminines. Enfin, on va beaucoup parler de femmes.

SAMUEL ETIENNE
L'invitée de la matinale. 

ALIX BOUILHAGUET 
Elisabeth MORENO, bonjour. 

ELISABETH MORENO
Bonjour madame BOUILHAGUET. 

ALIX BOUILHAGUET
Merci d'être avec nous ce matin. Jean-Michel BLANQUER était en vacances à Ibiza, c'est de là-bas qu'il a dévoilé le protocole sanitaire, la veille de la rentrée, ce qui avait vraiment beaucoup agacé, c'est loin de le dire, les enseignants. Certains candidats à la présidentielle demandent aujourd'hui sa démission. 

ELISABETH MORENO
Eh bien écoutez, c'est véritablement une polémique de précampagne présidentielle, clairement. Quand vous voyez les réactions de certains candidats. Moi j'ai juste envie de vous dire que Jean-Michel BLANQUER est un ministre de l'Education nationale extrêmement mobilisé, extrêmement engagé, depuis plus de 4 ans et demi maintenant. Je pense que, en ce moment même, ce qui intéresse les Français, ce n'est pas de savoir où Jean-Michel BLANQUER était au moment où il a annoncé ce protocole… 

ALIX BOUILHAGUET
Mais, est-ce qu'il n'a pas fait preuve de légèreté, quand même, d'une part dans le tempo, annoncer la veille de la rentrée scolaire, un protocole sanitaire que les profs attentaient avec un peu d'angoisse. Premièrement. Et puis d'autre part, finalement, le faire d'Ibiza, c'est quand même un symbole, oui, de légèreté et de fête. 

ELISABETH MORENO
Madame BOUILHAGUET, je suis maman, j'ai des enfants, ce qui m'intéresse aujourd'hui, et je pense que ce qui intéresse tous les Français et les Françaises, c'est de savoir comment nous gardons nos écoles ouvertes, comment nous protégeons nos enfants de cette pandémie, comment nous protégeons les enseignants, comment nous nous assurons que l'école continue normalement, qu'il n'y ait pas de décrochage scolaire. Je pense que ce sont ces sujets-là qui sont plus importants et que les Français sont plus intéressés par savoir comment nous allons maintenir notre école. La France est le seul pays qui a réussi à maintenir l'école ouverte après les premiers confinements. Je pense que c'est de ça dont nous devons nous enorgueillir, et de laisser Jean-Michel BLANQUER continuer à travailler sereinement, pour que nous continuions à garder nos enfants à l'école. 

ALIX BOUILHAGUET
On sent que c'est devenu quand même un petit peu le maillon faible. En ce moment, on est à 3 mois de la présidentielle, que c'est devenu le maillon faible et une manière aussi d'aller jusqu'à Emmanuel MACRON sur sa gestion de la pandémie. 

ELISABETH MORENO
Le sujet de l'école, est un sujet éminemment important, qui concerne une très très grande majorité de Français. Est-ce que nous devons aider Jean-Michel BLANQUER, dans cette période, à sortir de cette crise sanitaire ? Je pense que c'est là que nous ne devrions mettre nos efforts. 

ALIX BOUILHAGUET
Sauf surprise, l'écologiste Roberta METSOLA devrait aujourd'hui devenir la nouvelle présidente du Parlement européen. Cette députée maltaise, elle est ouvertement anti-IVG. Est-ce que ce n'est pas ravageur comme symbole pour l'Europe ? 

ELISABETH MORENO
Moi je pense que, vous savez, nous sommes rentrés à la présidence de l'Europe au mois de janvier, le président de la République a été extrêmement clair et précis sur le sujet, sur le fait que l'Europe n'est pas qu'une Europe économique, c'est une Europe de valeurs, et nous défendons…Hier c'était les 47 ans du vote de la loi de Simone VEIL… 

ALIX BOUILHAGUET
Oui, justement, justement. 

ELISABETH MORENO
… et la France va continuer de porter sa voix pour défendre les droits des femmes à disposer de leur corps, partout et tout le temps, que cette femme soit à la tête ou pas, ce n'est pas le sujet. Le sujet c'est de continuer de défendre nos valeurs. 

ALIX BOUILHAGUET
Mais, ce n'est pas troublant de se dire que c'est quelqu'un qui aura justement des valeurs tout à fait différentes aux nôtres, qui sera à la tête du Parlement européen ? 

ELISABETH MORENO
Alors, là encore j'ai entendu beaucoup de débats sur cette question. Je peux vous dire que pour avoir discuté avec Helena DALLI, notamment sur ce sujet, les choses sont beaucoup plus mesurées que « c'est une femme anti-avortement qui arrive à ces responsabilités ». Et je peux vous assurer que beaucoup de pays, dont le trio dont la France fait partie aujourd'hui avec la Suède et la République tchèque, sont extrêmement mobilisés pour que les droits des femmes ne faiblissent pas, que ce soit évidemment dans notre pays, mais dans toute l'Europe. 

ALIX BOUILHAGUET
Vous êtes, vous-même, favorable à l'allongement du délai à l'avortement de 12 à 14 semaines. Le Sénat va examiner cette proposition de loi demain. Sur ce terrain-là, vous n'êtes absolument pas d'accord avec Emmanuel MACRON. 

ELISABETH MORENO
Sur ce terrain-là, le président de la République, ce qu'il a dit, c'est qu'il souhaite absolument que dans l'ensemble de notre territoire, que ce soit dans l'Hexagone, sur les territoires ultramarins, dans les grandes villes et dans les zones rurales, les femmes aient accès à tous les moyens possibles et nécessaires pour éviter d'arriver à ces situations qui peuvent être parfois dramatiques. Donc moi, sur ce point-là, je le soutiens. Evidemment je me suis déjà exprimée là-dessus, j'étais hier dans un EVAS, qui est un centre… 

ALIX BOUILHAGUET
Oui, mais il ne veut pas, il veut en rester aux 12 semaines, il ne veut pas passer à 14 semaines. 

ELISABETH MORENO
Je crois qu'il s'en remet à la sagesse des parlementaires. Moi, à la place qui est la mienne, je ne peux évidemment que soutenir toutes les mesures et tous les dispositifs qui permettent aux femmes de disposer de leur corps. N'oublions pas qu'il s'agit de cela, il s'agit de dire aujourd'hui encore à 2022, si une femme peut avoir un enfant ou pas. Et c'est terrible pour une femme d'avoir à porter une grossesse dont elle ne veut pas. C'est ça la réalité de la vie qu'il faut prendre en considération. Donc… 

ALIX BOUILHAGUET
Oui, mais Emmanuel MACRON, lui, dans le magazine Elle en juillet dernier, il insistait aussi sur le traumatisme, c'est-à-dire sur la conquête, certes, mais sur le traumatisme. 

ELISABETH MORENO
Je crois qu'il insistait surtout, et c'est en tout cas ce qu'il m'a demandé, et c'est ce qu'il a demandé Olivier VERAN, que nous mettions en place, sur l'ensemble de notre territoire, toutes les solutions nécessaires, et c'est pour ça que j'ai visité hier un EVAS, c'est un centre de d'éducation à la vie sexuelle, à la vie affective. Et quand je me déplace dans les collèges, dans les lycées, que je vais à la rencontre des jeunes aujourd'hui, ce qu'ils disent, c'est : on a besoin d'apprendre. Parce que vous savez, ces sujets sont encore extrêmement tabou dans certaines familles, et faire de la prévention c'est éviter des maladies sexuelles, c'est éviter des grossesses précoces, c'est permettre à cette jeunesse de comprendre ce que c'est que le consentement. Ce sont tous ces sujets que le Planning familial porte éminemment bien, avec ses centres d'éducation à la santé sexuelle et reproductive, et nous devons les soutenir, et hier j'ai annoncé 650 000 € supplémentaires, parce qu'il y a de plus en plus de besoins et de plus en plus de demandes. 

ALIX BOUILHAGUET
Dans le cadre de la présidentielle, vous sortez un livre dans lequel vous faites 20 propositions pour les femmes. Est-ce que vous savez aujourd'hui si Emmanuel MACRON va les reprendre ces propositions ? 

ELISABETH MORENO 
Ecoutez, l'objectif qu'Agnès PANNIER-RUNACHER et moi poursuivions, c'était de dire : le président de la République a décidé, pour la première fois un président de la République décide que l'égalité entre les femmes et les hommes est une nécessité, et qu'il faut qu'elle devienne réelle et concrète dans notre pays. Enormément de choses ont été faites pour lutter contre les violences faites aux femmes, 4 lois votées, pour leur émancipation économique et professionnelle, 2 lois votées, dont la dernière au mois de décembre dernier. Il y a encore beaucoup de sujets qui nécessitent d'être suivis, accompagnés, dans la culture, dans l'histoire, dans l'espace public, et j'en passe et des meilleurs, et Agnès et moi souhaitions continuer de travailler sur ce sujet, d'où ces 20 propositions, et nous espérons évidemment qu'elles soient prises en considération, si Emmanuel MACRON décide d'être candidat à la présidence. 

ALIX BOUILHAGUET
Emmanuel MACRON, c'est quand même un président entouré d'hommes, sa garde rapprochée ce sont des hommes, le secrétaire général de l'Elysée c'est un homme, son Premier ministre c'est un homme, le chef du parti c'est un homme, le chef des députés de la majorité c'est un homme. Où sont les femmes à des postes très haut niveau ? 

ELISABETH MORENO
La REM est aussi le parti qui a mis à l'Assemblée nationale le plus de femmes de toute notre histoire. La REM est l'un des partis politiques qui a le plus lutté pour la parité entre les femmes et les hommes en politique, et d'ailleurs j'appelle les femmes, je les exhorte de venir participer à cette vie politique qui concerne 52 % de notre population. Elles ont leurs voix à dire, elles ont leur mot à dire, elles ont leurs voix à faire porter. Et j'en profite pour vous dire qu'il n'y a jamais eu autant de femmes nommées à des postes essentiels, extrêmement important : une femme au Louvre, c'est la première fois, une femme aux CRS, c'est la première fois. Il y a énormément de positions qui ont été prises par des femmes. 

ALIX BOUILHAGUET
Donc vous dites : les choses bougent. 

ELISABETH MORENO
Je dis que c'est un président résolument féministe. 

ALIX BOUILHAGUET
On le voit dans la campagne présidentielle, il n'y a jamais eu autant de femmes, Marine LE PEN, Valérie PECRESSE, Christiane TAUBIRA, Anne HIDALGO pour ne citer qu'elles. Est-ce que c'est une chance ? 

ELISABETH MORENO
Moi je pense que dans un pays où il y a 52 % de femme, avoir autant de candidates femmes, c'est un progrès extraordinairement important, mais vous savez, je suis une ancienne chef d'entreprise, et j'ai toujours parlé de compétences. Il ne s'agit pas de recruter des femmes parce que ce sont des femmes, ou des hommes parce que ce sont des hommes, mais pendant longtemps des hommes ont été recrutés parce que c'était des hommes, et je pense qu'il est temps que les femmes trouvent leur place dans toutes les sphères de la société, y compris dans les plus hautes responsabilités de l'Etat. Mais parlons surtout de compétences et de capacité à diriger un si beau pays qui a tellement de potentiel, c'est ce qui m'intéresse. 

ALIX BOUILHAGUET
Elles mettent toutes en avant le fait d'être une femme, avant c'est vrai que ça ne se disait pas. C'est une nouveauté et c'est plutôt bien ? 

ELISABETH MORENO
Mais je pense que c'est merveilleux de pouvoir s'assumer en tant que femme. Les femmes sont belles, les femmes sont fortes, elles sont intelligentes, elles sont puissantes, eh bien je trouve que c'est extrêmement bien que, enfin on leur donne la place qu'elles méritent. 

ALIX BOUILHAGUET
Quel regard, ce sera ma dernière question, vous portez sur les accusations qui visent le journaliste Jean-Jacques BOURDIN ? Il sera à l'antenne, donc il est accusé de d'agression sexuelle, il sera à l'antenne de BFM ce soir comme si de rien n'était, est-ce que ça vous choque ou est-ce que vous dites : c'est la procédure ? 

ELISABETH MORENO
Moi je pense, d'abord, ce que je veux saluer, c'est la libération de la parole des femmes, ou plutôt les femmes parlent depuis longtemps, mais enfin on les écoute, enfin ces sujets sont mis dans l'espace public, ils sont repris par les médias, et ça c'est extrêmement salutaire, parce que beaucoup de femmes ont énormément souffert. Pendant 20, 30, 40 ans, certaines n'ont pas osé parler parce qu'elles avaient peur, elles avaient peur parce que ces hommes pouvaient être influents, elles avaient peur de ne pas être crues, et aujourd'hui ce que je veux saluer c'est ça, c'est cette capacité que nous avons d'accepter qu'il y ait des personnes qui usent de leur position pour violenter… 

ALIX BOUILHAGUET
Et Jean-Jacques BOURDIN qui reste à l'antenne, vous trouvez que c'est encore une fois normal, ou est-ce que c'est la procédure, il faut attendre ? 

ELISABETH MORENO
Je crois qu'il faut, nous sommes dans un pays de droit, et il faut laisser la justice faire son travail, elle ne se fait pas dans l'espace public, elle se fait dans un tribunal, et il faut que la procédure fonctionne. 

ALIX BOUILHAGUET
Merci beaucoup Elisabeth MORENO, merci d'avoir été avec nous ce matin. 

ELISABETH MORENO
Merci de votre invitation.

SAMUEL ETIENNE
Merci Alix, merci Elisabeth MORENO d'avoir été avec nous ce matin.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 19 janvier 2022