Interview de M. Jean-Baptiste Djebbari, ministre délégué chargé des transports, à RMC le 14 février 2022, sur les aides ciblées face à la hausse des prix de l'énergie et le port du masque dans les transports en commun.

Texte intégral

APOLLINE DE MALHERBE
L'invité du jour c'est vous Jean-Baptiste DJEBBARI, bonjour.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Bonjour à vous.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous êtes le ministre délégué aux Transports. On a mille questions pour vous, non seulement moi, mais aussi les auditeurs qui vont vous interpeller directement au 32 16, on va parler taxe sur les carburants, on va parler bien sûr de l'évolution des frais kilométriques, on va parler de la SNCF. Un mot d'abord, parce qu'on l'a entendu à l'instant, cette information sur un coup de feu qui a été entendu du côté de la Gare du Nord, Gérald DARMANIN, le ministre de l'Intérieur, tweete à l'instant "ce matin vers 7h une patrouille de policiers a été menacée par un individu armé d'un couteau, dans les transports en commun franciliens. Les policiers ont fait usage de leur arme, écartant ainsi tout danger pour eux-mêmes et pour les voyageurs." Est-ce que vous pouvez nous en dire plus ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Je peux confirmer, c'est la même information que j'aie, a priori c'est quelqu'un qui est connu des services de police pour errer dans la gare et qui effectivement les aurait agressés à l'aide d'un couteau, qui a amené les forces de l'ordre à faire usage de leur arme, mais je n'ai pas plus d'information que ça, il y aura évidemment toutes les enquêtes diligentées.

APOLLINE DE MALHERBE
Si vous en savez plus évidemment au fur et à mesure de l'émission vous nous le dites, à ce stade aucune inquiétude d'ordre terroriste ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
C'est, a priori, à ce stade écarté.

APOLLINE DE MALHERBE
Jean-Baptiste DJEBBARI, bien sûr cette question sur les prix du carburant, encore un nouveau record, on s'attend à des nouveaux records ce soir sur les prix à la pompe, c'est cette moyenne qui est donnée donc chaque semaine, vous anticipez évidemment que les prix auront encore franchi un palier ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
D'abord, on est dans un moment assez particulier, j'entendais le reportage précédent, pour les prix de l'énergie d'une manière générale, mais c'est assez différent, le gaz c'est largement tiré par la reprise chinoise, pour simplifier un peu les choses, et vous savez qu'en plus on importe notre gaz en Europe, nous, des Russes et des Norvégiens, et donc on pense que le prix du gaz va subir cette hausse, a subi cette hausse, mais devrait commencer à diminuer dans le cadre du deuxième semestre, au cours du deuxième semestre prochain. Pour le pétrole c'est plus compliqué et on s'attend à ce que le prix du pétrole reste assez durablement haut. Là, aujourd'hui, il est à la pompe entre 1,75, 1,80 en moyenne, ce qui est très élevé, et notre sujet à nous c'est à la fois, d'abord d'essayer de contrer ces effets avec tout ce qu'on a fait, je ne détaille pas ici, mais la prime inflation, la revue du barème kilométrique, et donc de neutraliser l'effet pouvoir d'achat, et je le dis par exemple sur l'électricité, ce qu'on a réussi à neutraliser c'est une hausse de 400 euros sur une année, donc c'est tout à fait considérable pour une facture moyenne de 1000 euros.

APOLLINE DE MALHERBE
Pour le coup c'est considérable, mais sur le prix de l'essence, vous-même vous commencez cette intervention en disant "on sent bien que ça va continuer", qu'est-ce qui vous reste à faire, pourquoi vous ne bougez pas les taxes ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Justement… court terme. D'abord, les taxes, ou la prime inflation, enfin c'est le même sujet, c'est comment on neutralise le pouvoir d'achat, et tout a été étudié…

APOLLINE DE MALHERBE
Ce n'est pas seulement le même sujet, quand vous savez que sur 1 euro il y a 60 centimes de taxe, forcément les taxes ça devient fantasmé, on se dit c'est une part très importante, c'est plus de la moitié du prix.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Lionel JOSPIN avait fait ça en 2002… on peut encore être là l'année prochaine, dans 2 ans, dans 5 ans, mais… tout a été étudié, on a étudié la TIPP flottante, donc la taxe flottante, la baisse des taxes, ou des aides plus ciblées, et quand vous êtes responsable politique, ce que nous ont dit les experts, c'est que quand vous faites des aides ciblées pour ceux qui en ont le plus besoin c'est plus efficace et vous dépensez moins d'argent public, l'argent public c'est l'argent que l'État dépense, c'est l'argent des citoyens, et des entreprises, que l'État dépense pour satisfaire les besoins collectifs.

APOLLINE DE MALHERBE
Et alors pourquoi vous écartez la baisse de la taxe ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Ce n'est pas qu'on écarte, c'est qu'on a préféré, pour l'instant, faire des aides ciblées, je le disais, prime inflation, vous avez vu qu'on a sollicité des pétroliers, comme TOTAL, qui ont eux aussi fait un chèque gaz de 100 euros, qui font des baisses notamment dans les stations les plus rurales, là où les gens sont totalement dépendants de la voiture…

APOLLINE DE MALHERBE
5 euros pour 50 litres.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Et ça, ça c'est le court terme, mais on peut être là l'année prochaine, dans 5 ans, dans 10 ans, si on ne fait rien structurellement, parce que vous savez qu'en France on importe du gaz, on importe du pétrole, la seule chose qu'on fabrique à peu près nous-mêmes c'est l'électricité, et donc ce qu'on engage c'est cette transition vers le véhicule électrique, ça va prendre du temps, on a à peu près 600.000 véhicules électriques, on en aura 10 millions en 2030, 20 millions en 2035, mais en tout cas c'est la façon, et j'entends que c'est souvent difficile à dire, à porter comme discours, parce qu'on parle de temps long, mais quand même…

APOLLINE DE MALHERBE
Ce qui est sûr c'est que ceux qui nous écoutent et qui sont dans leur voiture à 7h46, là sur RMC, ils se disent que, bien sûr vous engagez la question de l'avenir, pourquoi pas, mais à court terme, là, cette semaine, ils vont devoir faire leur plein…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
On fait les deux choses…

APOLLINE DE MALHERBE
Et c'est très douloureux.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
On fait les deux choses, on essaye de faire… ce gouvernement a fait quand même, à la fois, beaucoup d'aides dans le contexte de la crise des Gilets jaunes et depuis cette crise du Covid, beaucoup d'aides au pouvoir d'achat, et c'est très bien, c'est le rôle de l'État, et il engage aussi des transformations, parce que l'idée c'est que dans 5 ans, dans 10 ans, dans 15 ans, il est nécessaire que le pays soit moins dépendant sur le plan énergétique et qu'on maîtrise mieux les effets de pouvoir d'achat, donc on fait les deux…

APOLLINE DE MALHERBE
Au moment où on se parle, on le comprend bien, il y a eu donc, certes, la prime de 100 euros, il y aura donc un meilleur remboursement des frais kilométriques, au-delà de ça il n'y aura plus d'aides ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Ce n'est pas ce que j'ai dit. Il y a donc cette prime inflation, il y a un chèque énergie par exemple sur le gaz, il y a un paquet pour maîtriser la hausse très forte de l'inflation…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais sur l'essence vous ne ferez pas plus ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Ce n'est pas ce que j'ai dit, j'ai dit à ce stade ce n'est pas l'hypothèse qui est retenue, mais encore une fois, moi je vois bien, on essaye toujours de nous emmener vers ce sujet de la taxe qui paraît être la solution absolue, mais en réalité les taxes ça sert à quoi ? Ça sert à financer les services publics, lorsque vous retirez des taxes il faut bien le financer par ailleurs, donc vous faites de la dette, donc bref, vous voyez bien, c'est un peu les vases communicants. Ce qu'il faut, c'est contrer l'effet pouvoir d'achat maintenant, et c'est se désengager de ces énergies fossiles qu'on ne produit pas et qu'on subit, et en plus avec les tensions géopolitiques on a des…

APOLLINE DE MALHERBE
Et ce n'est pas prêt de s'arrêter. Vous vous souvenez de Christophe de MARGERIE ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Oui, bien sûr.

APOLLINE DE MALHERBE
Christophe de MARGERIE c'est feu l'ancien patron de TOTAL, et en 2011, en 2011, il avait prédit que le litre d'essence vaudrait 2 euros. On ne peut pas dire qu'on n'était pas prévenu et pourtant à l'époque tout le monde était monté au créneau en se disant mais "c'est folie, c'est de la provocation."

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Il avait approché d'ailleurs les 2 euros, enfin on a connu en 2008, on a connu dans les crises d'ailleurs en général, des tensions sur les prix de l'énergie, et sur le prix des carburants à la pompe, mais on n'a pas changé de modèle, on n'a pas vraiment changé de modèle depuis 2008, là on a vraiment changé le modèle, on met des bornes électriques partout, tous les constructeurs automobiles, et vous les entendez, font des annonces et disent qu'en 2030 ils ne vendront plus quasiment que des véhicules électriques, pour crédibiliser et pour avoir de l'électricité pas chère on réinvestit dans la filière nucléaire, voyez, ça c'est de l'écologie crédible, mais c'est vrai que c'est du moyen terme et qu'à court terme il faut répondre sur ces sujets pouvoir d'achat, ce qu'on a essayé de faire avec notre méthode, mais je le dis, si on faisait demain la baisse de la TVA vous auriez les mêmes qui vous diraient "ce n'est jamais assez", et vous en aurez certains qui vous diraient "il faut faire complètement différemment…"

APOLLINE DE MALHERBE
On va y revenir bien sûr parce que vous êtes nombreux à appeler au 32 16 pour pouvoir parler directement avec le ministre Jean-Baptiste DJEBBARI et poser vos questions notamment sur les questions de l'essence, des prix à la pompe, mais aussi des prix aux péages. Une question, est-ce que les radars pourront bientôt contrôler à distance la validité du contrôle technique des véhicules, on sait que ça avait été envisagé comme option, est-ce que vous le confirmez ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non, ce n'est pas… si vous parlez du contrôle technique des véhicules, des deux roues, c'est de ça dont vous parlez ?

APOLLINE DE MALHERBE
Oui.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non, ce qu'on a fait c'est, donc on a écarté cette option et qu'on a fait quelque chose, je pense, de plus intelligent, pour aider à la transition des deux roues, des motos, on a fait une prime à la conversion, mais par contre il y a effectivement un sujet autour des radars qui est le bruit dans les agglomérations, et là on expérimente des radars sonores.

APOLLINE DE MALHERBE
Et à ce stade l'expérimentation elle vous paraît…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Elle débute là, elle va débuter dans les mois qui viennent, donc on n'a pas encore de données, mais c'est une vraie demande, pour le coup, des populations, des riverains, et c'est d'ailleurs assez largement accompagné par les fédérations, c'est un vrai sujet.

APOLLINE DE MALHERBE
Le masque qui tombe presque partout, enfin il s'apprête à tomber presque partout, sauf dans les transports, à ce stade vous n'envisagez pas de fin du masque dans les transports publics ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
D'abord il faudra l'envisager, c'est sûr, aujourd'hui seul le Royaume-Uni a permis, ou en tout cas a levé cette obligation du port du masque dans les transports, l'ensemble des pays européens le maintiennent, on a même des pays comme l'Italie ou l'Allemagne qui font plus, avec des masques FFP2. On aura un Conseil de défense mardi prochain, enfin cette semaine, ou mercredi, et ce sera un des sujets qui sera évoqué. Nous, ce qu'on essaye d'envisager c'est de savoir à quel moment on va passer du stade pandémique au stade épidémique, au sens à partir de quel moment le plus dur, la phase la plus aiguë de la crise est derrière nous, l'OMS dit qu'à partir du moment où 70% de la population est vaccinée on peut considérer que la phase la plus aiguë de la pandémie est derrière nous. On doit être, au niveau mondial, à 62%, donc voyez, ce n'est pas tout à fait quelque chose d'inenvisageable…

APOLLINE DE MALHERBE
Donc on attend ça, et on pourra, à ce moment-là, enlever le masque dans les trains, dans le métro, dans les bus ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Je pense qu'on l'espère tous, mais il faut qu'on soit tous défendus collectivement, parce qu'il y a évidemment les transports en commun, c'est assez local, mais dès qu'on parle des transports interrégionaux ou internationaux ça brasse des populations et donc là il faut qu'on ait une immunité suffisamment robuste au niveau collectif.

Source : Service d'information du Gouvernement, le 15 février 2022

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