Déclaration de M. Jean-Baptiste Djebbari, ministre délégué chargé des transports, sur les priorités de la présidence française de l'Union européenne en matière de transport aérien, Le Bourget, 21 février 2022.

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Circonstance : Réunion informelle des ministres des transports de l'Union européenne, au Musée de l'air et de l'espace du Bourget (Seine-Saint-Denis), 21 février 2022

Prononcé le

Texte intégral

Mesdames et messieurs les Ministres,
Madame la Commissaire,
Madame la Présidente de Commission,
Messieurs les directeurs généraux,
Mesdames et messieurs,

C'est un grand honneur et un grand plaisir de vous accueillir pour cette réunion informelle, à l'occasion de la présidence française du Conseil de l'Union européenne.

Aucune visioconférence ne peut remplacer le contact humain. Et je me réjouis que la situation sanitaire nous permette de nous réunir, en chair et en os. Un grand merci à tous pour votre présence.

D'autant que nous ne sommes pas n'importe où. Entre ces murs, plus de deux siècles d'histoire de l'aéronautique nous entourent. À quelques mètres de nous seulement, il y a 95 ans, Charles LINDBERGH était accueilli en héros par 200 000 personnes, sur les pistes de l'un des premiers aéroports du monde, après avoir traversé l'Atlantique.

Le Bourget, c'est un musée, c'est un aéroport, c'est aussi un fameux salon aéronautique. Mais surtout, c'est un symbole. Un symbole qui nous rappelle tout ce que les transports ont apporté de progrès, tout ce que l'Homme est capable d'inventer, tous les exploits qu'il peut accomplir par sa seule volonté. Un symbole qui nous invite à l'ambition.

Et de l'ambition, il nous en faut, pour construire l'avenir des transports !

Vous le savez autant que moi : le Covid ne nous a pas épargnés. Nos moyens et nos habitudes de déplacement ont profondément changé. Le télétravail et la visioconférence sont entrés dans les mœurs. La marche et le vélo se sont développés – et c'est heureux. Le modèle économique des transports en commun est affecté. Dans l'aérien, les voyages d'affaires sont en net recul. Dans le maritime, le manque de porte-conteneurs a fait flamber les taux de fret.

C'est dans ce contexte incertain et mouvant que nous nous trouvons, et qu'il nous faut néanmoins avancer. Avancer dans trois directions, qui sont les trois grands défis, les trois priorités de cette présidence française en ce qui concerne les transports. Trois maîtres-mots, qui guideront les deux jours de ce Conseil :

Décarboner. Réguler. Innover.

Notre première priorité, c'est la décarbonation.

L'Union européenne s'est fixé des objectifs pour 2030. Des objectifs ambitieux. Nous devons nous donner les moyens de les atteindre. Car c'est la crédibilité de l'Europe qui est en jeu. Nous ne serons pas crédibles pour 2050 si nous ne tenons pas nos objectifs de 2030.

Il faudra les tenir sans jamais perdre de vue quelques considérations.

* La première, c'est que cette transition doit être acceptable.

Atteignable pour nos entreprises, et acceptable pour nos concitoyens. Nous devons inciter plutôt qu'imposer. Convaincre plutôt que contraindre. Favoriser et accompagner le changement, plutôt qu'organiser des ruptures brutales.

Soyons lucides : les véhicules électriques et à hydrogène sont, pour beaucoup, source d'inquiétude. Ils représentent un coût. Et, au-delà du coût, il y a un deuxième frein : c'est la peur de ne pas pouvoir les recharger. Ces inquiétudes, nous devons y répondre.

Nous pouvons les atténuer avec des aides à l'achat – c'est d'ailleurs déjà le cas dans beaucoup de pays. Nous devons trouver les moyens de prolonger, peut-être d'améliorer ces mécanismes.

Ces craintes, nous pouvons les atténuer en déployant un réseau de recharge suffisamment dense. Demain, nous devons pouvoir rouler sereinement, dans toute l'Europe, en voiture électrique ou à hydrogène. En d'autres termes : à nous de garantir que l'électrique et l'hydrogène soient aussi fiables et disponibles que le sont les carburants fossiles aujourd'hui.

Nous aurons l'occasion, dans quelques minutes, de commencer nos discussions sur ce sujet autour d'un déjeuner de travail.

Autre exemple, qui concerne le transport maritime : en matière de branchements à quai, il y a un niveau d'exigence à trouver dans les grands ports, tout en veillant à ne pas créer de charge insurmontable pour les ports secondaires.

Pour l'aérien, le raisonnement est identique : nous voulons des taux d'incorporation de carburants durables ambitieux, sans pour autant favoriser les risques de fuite carbone.

C'est cette logique d'équilibre, d'équité, que nous devons toujours avoir en tête.

* La deuxième considération – et elle est très liée à la première – c'est que la compétitivité et la robustesse de nos opérateurs doivent être préservées.

La transition écologique ne saurait se faire à leurs dépens. Il ne faudrait pas qu'elle affaiblisse nos hubs aériens et maritimes, et profite à ceux aux portes de l'Europe. Car l'objectif, ce n'est pas de délocaliser la pollution, c'est de la réduire. À nous d'y veiller.

* La troisième considération, c'est que la décarbonation de nos transports ne se résume pas à transformer ceux qui émettent le plus. Il faut aussi renforcer ceux qui émettent le moins : le ferroviaire, le fluvial.

Ce sujet du report modal sera au cœur de notre déjeuner de demain. Il y a des actions à identifier ensemble pour l'encourager.

Je pense par exemple au développement du réseau de transport européen. Un développement qui a un coût – nous aurons l'occasion de l'évoquer.

Je pense aussi à la relance des trains de nuit et à celle du fret ferroviaire. Nous avions appelé, avec un certain nombre d'entre vous, à un soutien européen aux opérateurs de fret. Il faudra, en lien avec la Commission, en examiner les possibilités.

Voilà pour la décarbonation.

Notre deuxième priorité, c'est la meilleure régulation du secteur des transports.

Ne nous leurrons pas : sa libéralisation a certes eu beaucoup de bienfaits, mais nous n'avons pas suffisamment régulé.

Nous avons laissé se développer des pratiques abusives, indignes de l'idéal européen : le dumping social, les "faux indépendants", le "pay-to-fly", le choix du pavillon des navires selon la réglementation sociale la moins-disante, par exemple.

L'Europe que nous voulons n'est pas celle-ci. Ce n'est pas la concurrence déloyale. Ce n'est pas la division des Nations. L'Europe que nous voulons, c'est une Europe de solidarité et de progrès partagé.

Le secteur des transports subit actuellement une pénurie de main d'œuvre, vous le savez. Si nous voulons inverser la tendance, si nous voulons renforcer son attractivité, si nous voulons créer des vocations chez nos jeunes, il faut d'abord corriger ces dérives. Il faut leur offrir des conditions de travail dignes, un cadre social qui les protège davantage.

Il faudra aussi veiller à ce que nos accords de ciel ouvert soient appliqués entièrement – c'est-à-dire sans laisser de côté les dispositions sociales et environnementales.

L'attractivité du secteur : ce sera l'objet de notre session de travail de demain matin.

Enfin, notre troisième priorité, c'est d'innover.

Innover, c'est refuser l'immobilisme. C'est défricher des terres inconnues, ne jamais hésiter à renverser la table, aller sans cesse de l'avant.

Innover, c'est en quelque sorte l'ADN de l'Europe : elle-même est en perpétuelle innovation. Alors soyons-lui fidèles.

Innover n'est pas une option, c'est une obligation. Car c'est la clé pour inventer les transports de demain. Et je dis bien "inventer". Pas "bénéficier" ou "profiter". L'Europe ne doit pas importer les nouvelles technologies, les nouveaux services. Elle doit les produire. Produire des véhicules autonomes, des systèmes de transports connectés, des avions décarbonés. C'est une question de souveraineté.

Ne laissons pas les autres décider à notre place. Ne nous laissons pas imposer des technologies, des normes, des services. Créons-les pour nous-mêmes. Bâtissons, ensemble, des champions européens. Cela profitera à toute l'Europe ; à tous les États européens. Et c'est le seul moyen de faire valoir nos valeurs, notre conception du respect de la vie privée, et de la protection de l'environnement.

Il y a des leviers à mobiliser pour encourager l'innovation dans les transports. À nous de les identifier.

Ce sera le sujet de notre session de travail de cet après-midi.

Et au-delà de cette session, l'innovation sera partout, pendant ces deux jours… mais je ne vous en dis pas plus.


Mesdames et messieurs les Ministres, mes chers collègues,

La mobilité de demain ne se construira pas sans nous.

Nous avons deux forces, qui sont notre chance : notre nombre, et notre union.

Parce que nous sommes nombreux, parce que nous sommes unis, nous pouvons changer le cours des choses.
Nous pouvons montrer la voie au reste du monde.

Nous avons déjà commencé à le faire. Il y a quelques semaines, avec la déclaration de Toulouse, nous avons fait un pas vers un objectif international de décarbonation de l'aérien. La semaine passée, au One Ocean Summit de Brest, nous avons pris de l'avance sur celle du maritime.

Je compte sur nous pour poursuivre cet élan, aujourd'hui et demain, dans ce lieu que j'espère inspirant. Pour réfléchir, échanger, partager nos expériences respectives, identifier des points d'accord. Et surtout, pour agir.

Je vous remercie.

Source https://www.ecologie.gouv.fr, le 24 février 2022