Interview de Mme Brigitte Klinkert, ministre déléguée à l'insertion, à BSmart le 15 mars 2022, sur l'insertion professionnelle et scolaire, le contrat d'engagement jeune, France relance et l'accueil des réfugiés Ukrainiens.

Texte intégral

ARNAUD ARDOIN
Le Cercle RH et un grand entretien aujourd'hui avec la ministre déléguée en charge de l'Insertion. Brigitte KLINKERT, merci d'avoir répondu à notre invitation. Alors, vous êtes une ministre de terrain, quand on voit votre parcours, vos déplacements la rencontre de tous les acteurs d'insertion, partout en France, on va en parler évidemment avec vous. D'abord, juste un petit mot, parce que vous êtes allée sur le terrain, peut-être moins souvent que les autres à la télévision, et ça c'est intéressant, parce que vous êtes vraiment une femme de terrain. Présidente du Conseil général du département du Bas-Rhin…

BRIGITTE KLINKERT
Du Haut-Rhin.

ARNAUD ARDOIN
Du Haut-Rhin, eh bien voilà, mais voilà l'erreur.

BRIGITTE KLINKERT
Mais peu importe, puisque nous sommes unis …

ARNAUD ARDOIN
Exactement. Colmar, c'est votre ville. Femme engagée. Concrètement, c'est quoi pour vous l'insertion ? Qu'est-ce que, c'est quoi, quelle définition vous donnez à ce mot insertion ? C'est tellement vaste.

BRIGITTE KLINKERT
Alors, vous avez bien raison, d'ailleurs très souvent, lorsque je rencontre des jeunes ou des moins jeunes, la première des choses, je leur explique comment moi je vois l'insertion, et ce que c'est. Et je leur dis toujours : eh bien voilà, la ministre de l'Insertion est là pour tendre la main à chacune et à chacun, qu'il soit jeune, qu'il soit moins jeune, pour lui dire : toi aussi, vous aussi vous avez une place dans la société, et vous avez un rôle à jouer dans la société. Et ça j'y crois vraiment.

ARNAUD ARDOIN
Insertion professionnelle, insertion scolaire, puisqu'on parlera du contrat d'engagement jeune, c'est très large, le spectre.

BRIGITTE KLINKERT
Et alors, ce qui est très intéressant, c'est que l'insertion en fait touche à toutes les problématiques de notre société. C'est effectivement, c'est la mobilité, c'est la santé, c'est le logement, tous les spectres de la société. Et justement, comme c'est assez complexe, l'une des priorités qui a été la mienne en arrivant au ministère, en juillet 2020, c'est de me dire qu'il fallait simplifier. Et simplifier comment ? A travers ce que l'on appelle le Service Public de l'Insertion et de l'Emploi.

ARNAUD ARDOIN
Le SPIE, comme on dit.

BRIGITTE KLINKERT
Voilà. J'aime autant dire service public de l'insertion.

ARNAUD ARDOIN
Vous mettez tous les acteurs, si j'ai bien compris, de la chaîne du travail, de l'insertion, ensemble.

BRIGITTE KLINKERT
Exactement. En fait, lors de ma première visite officielle en tant que ministre, que j'ai faite à Mulhouse, j'ai rencontré des demandeurs d'emploi et des acteurs de l'insertion et de l'emploi. Et les demandeurs d'emploi m'ont dit, ça m'a paru bizarre d'ailleurs, m'ont dit : on ne sait pas à quelle porte aller frapper.

ARNAUD ARDOIN
C'est vrai ?

BRIGITTE KLINKERT
Parce qu'il y a le département, il a Pôle emploi, les missions locales…

ARNAUD ARDOIN
Il y a beaucoup d'acteurs.

BRIGITTE KLINKERT
Voilà. Et les acteurs de l'emploi et de l'insertion, donc les professionnels qui étaient là, m'ont dit : dans notre pays il y a beaucoup de dispositifs, ce qui est plutôt bien, ça prouve qu'on peut faire du sur-mesure…

ARNAUD ARDOIN
Mais il y en a trop peut-être.

BRIGITTE KLINKERT
… et il y en a tellement qu'il n'y a pas de visibilité, et on prescrit toujours les mêmes. D'où le déploiement du service public de l'insertion et de l'emploi. C'est quoi ? C'est la solution, et cette solution on la trouve maintenant sur 80 départements de notre pays. La solution, ça veut dire que le demandeur d'emploi, la première porte à laquelle il frappe, eh ben c'est la bonne. Plus la peine de faire le tour, et ce sont les professionnels qui se mettent en ordre de bataille, si je puis dire, pour trouver les solutions à toutes les problématiques, que ce soit des formations, que ce soit le logement, la mobilité.

ARNAUD ARDOIN
On y reviendra d'ailleurs, pour être, je pense que vous partagez mon point de vue, mais souvent la personne éloignée de l'emploi, cassée, ne va pas spontanément pousser la porte de la Mission locale et de Pôle emploi.

BRIGITTE KLINKERT
Exactement.

ARNAUD ARDOIN
Elle reste repliée sur elle-même et elle s'isole. Donc il faut aussi des structures, notamment associatives, qui aillent les chercher.

BRIGITTE KLINKERT
Le « aller vers », comme on dit actuellement, et ce « aller vers », concerne aussi bien les jeunes qui sont en rupture, qui sont souvent décrocheurs depuis le collège, que les aînés, en zone rurale mais souvent aussi en ville, et la crise sanitaire qu'on vient de connaître n'a pas arrangé les choses, parce que de plus en plus ces personnes se sont repliées sur elles-mêmes, et donc nous essayons d'aller les chercher, avec l'aide des collectivités, bien sûr, des collectivités locales…

ARNAUD ARDOIN
D'où vous venez.

BRIGITTE KLINKERT
Voilà.

ARNAUD ARDOIN
C'est votre histoire politique aussi.

BRIGITTE KLINKERT
C'est ça. C'est vrai que c'est important pour moi aussi de tirer les leçons de mon expérience d'élue, d'élue locale, pour mettre en place les politiques au niveau national. Et du coup ces politiques sont, j'ose dire pragmatiques, et répondent aux demandes, aux besoins du terrain.

ARNAUD ARDOIN
Alors, Madame la ministre, le ministre de l'Intérieur Gérald DARMANIN, annonce la création de 100 000 places d'accueil pour les réfugiés ukrainiens, qui ont un statut plein et entier de réfugiés. Ils quittent un pays en guerre, sous les bombes, ils le quittent encore au moment où nous parlons, c'est évidemment un pays meurtri, en très grande difficulté. Alors évidemment, 100 000 places, ça veut dire de l'accueil sanitaire, des logements, des hôtels, on évoque même d'ailleurs des villas d'oligarques qui pourraient être, je ne sais pas si vous nous le confirmerez, mais pourraient servir aussi de lieu d'accueil pour ces familles ukrainiennes. Et puis évidemment ça touche à l'insertion. J'imagine que vous allez être, dans les jours qui viennent, concernée par cette problématique, des hommes, des femmes, des femmes étaient enseignantes, coiffeuses, chauffeurs de poids lourds. Cette question-là elle vous est posée.

BRIGITTE KLINKERT
Oui, alors déjà, ce qui se passe en Ukraine actuellement est juste terrifiant, et je dois dire que lorsqu'on voit la solidarité dans notre pays, envers ces réfugiés, c'est juste énorme. Moi-même j'ai reçu, accueilli samedi après-midi un groupe de réfugiés ukrainiens…

ARNAUD ARDOIN
Chez vous.

BRIGITTE KLINKERT
Chez moi, à Colmar en Alsace, parce que la plupart passent par l'Alsace, certains restent, mais beaucoup vont rejoindre de la famille dans l'Ouest de la France, dans le Centre de la France ou ailleurs. Donc j'ai rencontré un groupe de réfugiés qui venait d'arriver à Colmar samedi après-midi, essentiellement des femmes, des enfants, quelques hommes mais plutôt âgés, et puis un couple assez jeune, et la femme était enceinte avec également de gros gros soucis, « comment est-ce qu'on va faire pour accoucher ? ».

ARNAUD ARDOIN
Evidemment.

BRIGITTE KLINKERT
Et ces personnes qui n'ont pas demandé à venir chez nous, mais qui sont venues ici pour trouver la sécurité dans ces temps de guerre, je n'arrive pas oublier leurs regards, qui sont des regards, voilà, terrifiés par l'horreur qu'ils ont pu vivre dans leur pays. Et donc…

ARNAUD ARDOIN
Et une angoisse liée au quotidien, il faut quand même qu'ils trouvent un lit, qu'ils trouvent un logement, qu'ils trouvent de quoi s'installer.

BRIGITTE KLINKERT
Et donc, au nom du gouvernement, je les ai accueillis, et je leur ai dit qu'ils seraient les bienvenus dans notre pays, eh bien tant qu'ils en auraient besoin. On espère que ce sera le plus rapide possible, qu'ils puissent retourner chez eux, c'est d'ailleurs leur souhait. Ils ne veulent pas, pour la plupart, la grande majorité ne veut pas rester en France, ils ont laissé leur vie en Ukraine, ils ont laissé leur mari.

ARNAUD ARDOIN
Evidemment. Ils sont partis avec une valise.

BRIGITTE KLINKERT
Ils sont partis avec une valise, et c'est très très triste. Mais je leur ai dit aussi, alors ils ne parlent pas le Français, clairement, et j'avais avec moi d'ailleurs, pour les accueillir déjà, des entreprises d'insertion qui étaient là. Donc on a pu leur dire, d'une part, on va vous apprendre le français…

ARNAUD ARDOIN
Les rudiments de notre langue, oui.

BRIGITTE KLINKERT
C'est indispensable et c'est leur demande. Alors, c'était beau, parce que des petits enfants me disaient déjà « merci beaucoup, bonjour ». Voilà. Donc qui veulent apprendre le français. Et puis il y a des entreprises qui sont prêtes à les accueillir, notamment des entreprises d'insertion. Nous avons créé depuis juillet 2020, 55 000 postes nouveaux dans l'insertion, et l'insertion eh bien ce sont des entreprises comme les autres, et aujourd'hui nous rencontrons aussi des tensions de recrutement dans ces entreprises d'insertion. Et donc ça veut dire qu'il y a des places pour accueillir ces personnes.

ARNAUD ARDOIN
Donc, ça veut dire que temporairement, selon le délai de présence et donc du délai de la guerre, puisqu'évidemment personne ne le présage, il sera peut-être possible pour ces Ukrainiens, en fonction de leurs compétences, malgré la barrière de la langue, parce qu'elle est quand même une barrière, de pouvoir trouver un emploi notamment dans des entreprises d'insertion, vous nous le confirmez.

BRIGITTE KLINKERT
Exactement. Déjà il y a une grande volonté de leur part d'apprendre la langue, parce qu'ils voient bien que c'est indispensable, et ensuite eh bien il y a des entreprises d'insertion, mais d'autres entreprises aussi qui sont prêtes à les accueillir, le temps qu'il faudra, et vous connaissez les tensions de recrutement qui existent aujourd'hui, eh bien ils resteront quelques semaines, quelques mois, je ne sais pas, et pendant ce temps-là, eh bien ils pourront aussi être présents dans des entreprises et nous aider à faire tourner notre économie.

ARNAUD ARDOIN
Oui, un homme politique disait que c'était une main-d'oeuvre, finalement une très bonne main-d'oeuvre, avec un peu de cynisme…

BRIGITTE KLINKERT
Non, alors, je ne…

ARNAUD ARDOIN
Je crois que c'est Jean-Louis BOURLANGES, pour ne pas le citer, vous avez entendu cette phrase, qui disait : « Mais c'est une excellente main-d'oeuvre, profitons finalement de cette opportunité de main-d'oeuvre arrivant dans notre pays. C'est assez cynique comme position.

BRIGITTE KLINKERT
Alors, ce sont des personnes, que j'ai rencontrées. J'ai vu que c'était des personnes, comme vous l'avez exprimé, qui avaient, qui étaient avocats, qui étaient coiffeurs, qui étaient peut-être mécaniciens, boulangers, mais qui veulent travailler, et c'est une occasion pour nous de leur dire : il y a de quoi faire dans notre pays, et vous êtes les bienvenus. Sachant qu'il y a des textes européens qui les autorisent à travailler dès leur 1er jour d'arrivée dans un pays européen.

ARNAUD ARDOIN
Alors justement, c'est une question que je voulais vous poser. Evidemment, ce sujet qu'on va traiter ensemble, vient heurter ce débat sur les réfugiés ukrainiens, situation de guerre, et obligatoire. Les Restos du coeur, je crois que vous avez signé un partenariat avec l'association des Restos du Coeur, alors à la fois ils distribuent de l'aide alimentaire, ça c'est bien connu, mais ils sont aussi en accueil d'insertion pour des publics souvent en très grande difficulté. Et c'est vrai qu'il n'y a pas de discrimination, on peut aller aux Restos du coeur en étant un sans-papiers, ou on peut aller aux Restos du coeur en étant un Français ayant sa carte d'identité. Comment on fait là, pour avancer sur ce volet-là ? Là on vient d'évoquer les réfugiés ukrainiens, et vous dites : ils prendront leur place et ils pourront s'insérer. Comment on fait justement pour ceux qui sont des sans-papiers, ceux qui sont en cours de régularisation mais qui ne sont pas encore des vrais réfugiés ? Est-ce qu'on peut se dire, période présidentielle par ailleurs, puisqu'on est en campagne, est-ce qu'on peut se dire que ces femmes et ces hommes peuvent prendre leur place sur le marché de l'emploi ou pas ?

BRIGITTE KLINKERT
Alors, c'est un vrai sujet, sur lequel je travaille avec Elisabeth BORNE, et le ministre de l'Intérieur, et Marlène SCHIAPPA. Le ministère de l'Intérieur fait tout pour réduire les délais d'obtention des papiers. C'est vrai que c'était très long, donc là les délais sont en train d'être raccourcis, ce qui est important, et donc dès que le réfugié a ses papiers qui sont en règle, eh bien il peut travailler. Mais, là aussi …

ARNAUD ARDOIN
Politico économique, excusez-moi, parce qu'il y a un débat sur la migration, certains quittent leur pays pour des raisons de pauvreté, d'autres, les Ukrainiens, parce qu'il y a des bombes.

BRIGITTE KLINKERT
C'est ça. Alors, problème politique, problème économique, mais ce que je vois surtout, c'est l'envie de travailler de ces personnes, et notamment je rencontre assez souvent des mineurs non accompagnés, et ces jeunes c'est juste incroyable comme ils veulent travailler. J'ai rencontré il y a peu, c'était dans le Puy-de-Dôme, un jeune mineur non accompagné, cuisinier dans un restaurant, heureux d'être cuisinier dans un restaurant.

ARNAUD ARDOIN
Donc autorisé à travailler, là, dans ce cas.

BRIGITTE KLINKERT
Autorisé à travailler.

ARNAUD ARDOIN
D'accord. Donc ça veut dire qu'il est possible, pour ces mineurs non accompagnés, et n'ayant pas encore de plein droit une carte d'identité, ou un titre de séjour, de pouvoir travailler ?

BRIGITTE KLINKERT
Alors, ce jeune était en contrat d'apprentissage chez un restaurateur, et donc c'était possible, et avec le ministère de l'Intérieur, il y a des dispositifs, il y avait le dispositif HOPE, bon ça c'est un peu technique, et il y a maintenant le dispositif dit AGIR, en tout cas ces dispositifs sont faits pour que ces jeunes et ces moins jeunes puissent apprendre le français très vite, et puissent suivre les formations nécessaires, pour trouver un emploi.

ARNAUD ARDOIN
Dans le cas des mineurs, on est bien d'accord, Brigitte KLINKERT, c'est dans le cadre de mineurs.

BRIGITTE KLINKERT
Pas que mineurs, en centres de réfugiés.

ARNAUD ARDOIN
Pas que mineurs, et des majeurs aussi. Donc, ça veut dire que le débat que vous avez avec le ministre de l'Intérieur, Marlène SCHIAPPA, la ministre BORNE et vous, c'est d'accélérer les délais d'obtention des documents.

BRIGITTE KLINKERT
Tout à fait.

ARNAUD ARDOIN
Mais, est-ce qu'au-delà du délai, est-ce que vous dites : il faut peut-être aussi les faire travailler dans cette période de sans-papiers, puisqu'ils sont en situation irrégulière, mais toute la journée ils traînent dans les rues.

BRIGITTE KLINKERT
Alors, là je n'ai pas moi d'avis personnel à donner sur cette situation-là, mais c'est clair que cette personne, si on arrive rapidement, pendant des délais brefs, à leur obtenir les papiers, eh bien ils pourront travailler. Aujourd'hui, sans papiers, sans titre de séjour valable…

ARNAUD ARDOIN
Ce n'est pas possible.

BRIGITTE KLINKERT
Ça n'est pas possible.

ARNAUD ARDOIN
Donc ce sujet-là n'a pas été remis en question pour l'instant, en tout cas dans l'idée de…

BRIGITTE KLINKERT
Voilà, l'idée c'est vraiment de vérifier qu'ils sont véritablement réfugiés, et dans ce cas-là ils obtiendront leurs papiers, dans des délais beaucoup plus brefs 

ARNAUD ARDOIN
Avec tous les délais qui concernent les recours possibles, les CADA, et les commissions diverses et variées qui repoussent évidemment les délais.

BRIGITTE KLINKERT
Oui, bien sûr ; Alors il y a des recours possibles, mais lorsqu'un réfugié obtient ses papiers, en général là il n'y a pas de recours, et donc là ça va être plus rapide, et ils pourront travailler.

ARNAUD ARDOIN
Quelques mots sur France relance ; Un plan pour soutenir le l'inclusion. Alors là c'est intéressant, excusez-moi de jouer sur les mots, mais là c'est important, l'insertion, l'inclusion…

BRIGITTE KLINKERT
Bonne question.

ARNAUD ARDOIN
C'est quoi là vos définitions. Parce qu'on a bien eu votre vision de l'insertion tout à l'heure, on l'a entendue, là, l'inclusion c'est quoi ? Quelle est la différence d'ailleurs ?

BRIGITTE KLINKERT
D'ailleurs, le ministère pourrait d'ailleurs s'appeler ministère de l'Inclusion pourquoi, l'insertion concerne des personnes qui sont éloignées de l'emploi, qui ont eu un accident de la vie, qui ont décroché à un moment donné ; l'inclusion concerne plutôt les personnes en situation de handicap, et en l'occurrence, mon ministère a également en charge les entreprises adaptées, voilà, et le plan de relance de l'inclusion, donc dans le cadre du grand plan de relance, plan de relance de l'inclusion, comprend les deux, l'insertion et l'inclusion, donc les entreprises adaptées…

ARNAUD ARDOIN
Voilà, qui est clair.

BRIGITTE KLINKERT
500 millions d'euros pour permettre à ces entreprises, qui sont des entreprises comme les autres, de maintenir la tête hors de l'eau pendant la crise, j'étais d'ailleurs la semaine dernière également dans une entreprise de l'insertion, c'est y à Rennes, je crois, il y a 15 jours…

ARNAUD ARDOIN
A Rennes, vous étiez en Bretagne, en effet…

BRIGITTE KLINKERT
Voilà…

ARNAUD ARDOIN
Oui, je vous ai suivie, vous faites un tour de France, vous avez beaucoup bougé.

BRIGITTE KLINKERT
Et là, on me disait, dans une entreprise d'insertion, eh bien, sans ce plan de relance, eh bien, on n'aurait pas réussi à maintenir notre activité, on aurait dû mettre la clé sous la porte…

ARNAUD ARDOIN
Pourquoi, parce que…

BRIGITTE KLINKERT
Parce qu'il n'y avait plus d'activité à ce moment-là…

ARNAUD ARDOIN
D'activité, et il fallait continuer malgré tout dans un premier temps à payer les salaires.

BRIGITTE KLINKERT
Oui, et surtout, il fallait que ces personnes, ces salariés en insertion qui travaillent dans ces entreprises puissent continuer à avoir une activité, aient un emploi. Et donc ce plan de relance de l'inclusion avait pour objectif de permettre le maintien de l'activité de ces entreprises, quand même, 4.500 entreprises de l'insertion dans notre pays, et d'autre part, leur permettre de se développer, de se transformer et de créer de nouveaux emplois. Et donc aujourd'hui, au moment où je vous parle, ce sont 55.000 nouveaux postes qui ont été créés dans l'insertion, ça n'est pas rien, ça veut dire 55.000 solutions nouvelles, et notre objectif d'ici la fin de cette année, c'est 100.000 emplois nouveaux. Alors d'habitude, je n'aime pas trop…

ARNAUD ARDOIN
Il y a la présidentielle avant, Brigitte KLINKERT, on est à 30 jours du premier tour, enfin, je…

BRIGITTE KLINKERT
Il y a une trajectoire qui est…

ARNAUD ARDOIN
Oui, c'est la trajectoire qui est prévue, c'est ça ?

BRIGITTE KLINKERT
Il y a une trajectoire qui est lancée, et si je vous donne ces chiffres, c'est aussi pour vous dire que, à chaque fois, il y a derrière une personne qui retrouve espoir en l'avenir, un espoir pour lui et un espoir pour sa famille.

ARNAUD ARDOIN
Justement, quand on parle d'insertion, ce qui est intéressant, je voudrais qu'on dise quelques mots du Contrat d'Engagement Jeune, parce que là, on est sur des jeunes, missions locales, Pôle emploi, associations d'insertion, Groupe SOS, tous les acteurs qui vont aller chercher ces jeunes. Quand vous dites 55.000 personnes ont retrouvé une solution, c'est quel type de profils, parce que l'insertion, c'est en ce sens-là, d'ailleurs, c'est le début de notre échange, l'insertion, c'est des gens qui sont des grands exclus qu'on peut retrouver dans la rue. Et l'insertion, ça peut être aussi un salarié qui a un accident de la vie, qui a un chômage un peu long, et qui n'arrive pas à réenclencher, et ce n'est pas les mêmes prises en charge, j'imagine ?

BRIGITTE KLINKERT
Alors, effectivement, une entreprise de l'insertion est en quelque sorte une passerelle qui permet, entre une période de chômage, pour différentes raisons, de retrouver un travail pérenne dans une entreprise classique, ça permet de remettre le pied à l'étrier, en quelque sorte, c'est ça vraiment…

ARNAUD ARDOIN
C'est un sas de transition…

BRIGITTE KLINKERT
Effectivement, il peut y avoir des personnes qui du fait d'un accident de la vie ont eu une période de chômage de 6 mois, un an, ou ça peut concerner aussi des personnes qui sont dans la rue, et que, peu à peu, c'est le dispositif Premières Heures, peu à peu, quelques heures par semaine, remettent le pied à l'étrier…

ARNAUD ARDOIN
Parce que, pas capables forcément dans un premier temps de réenclencher un emploi à temps plein, c'est ça la réalité…

BRIGITTE KLINKERT
Exactement, parce qu'une personne qui est à la rue, eh bien, il y a toutes les problématiques aussi de logement…

ARNAUD ARDOIN
Parfois d'addiction, il faut le préciser…

BRIGITTE KLINKERT
D'addiction, et alors, une image, pas une image, enfin, un exemple qui m'a beaucoup frappée, c'est une personne à la rue, qui m'a dit que la première fois qu'on lui a mis un petit studio à disposition, avec un lit, eh bien, elle ne pouvait pas dormir dans le lit parce qu'elle n'avait plus l'habitude, elle a dormi au pied du lit ; donc ce sont ces habitudes, ces savoir-être à retrouver.

ARNAUD ARDOIN
Il y a une forme de paradoxe dans la réussite en tout cas sur le plan du chômage et de la baisse du chômage, une augmentation historique des contrats d'alternance. Ça a cartonné, ça a même dépassé, vous qui êtes à Colmar, ça a dépassé les Allemands, qui étaient le modèle, on parlait toujours du modèle allemand…

BRIGITTE KLINKERT
Exactement, et ils nous admirent, vraiment…

ARNAUD ARDOIN
Et là, maintenant, c'est l'inverse qui se produit, ils vous disent : comment vous avez fait ?

BRIGITTE KLINKERT
Les Allemands nous disent : comment vous avez fait, exactement. Et parce que là, nous avons aujourd'hui plus de 718.000 contrats d'apprentissage, donc jeunes et un petit peu moins jeunes, qui sont en contrat d'apprentissage, c'est trois fois plus qu'en 2017, ça veut dire que la crise nous a permis, aussi grâce aux aides massives de l'Etat, certes, parce que le plan « 1 jeune, 1 solution », c'est 12 milliards d'euros. Et ce sont 4 millions de jeunes qui ont trouvé une solution grâce à ce plan « 1 jeune, 1 solution ».

ARNAUD ARDOIN
Contrat Engagement Jeune, ça a été critiqué dès le départ, je voulais vous entendre, vous êtes ministre du gouvernement, certains ont dit : mais finalement, c'est une petite obole de 500 euros, pour calmer les jeunes, moi, si j'ai bien lu le Contrat Engagement Jeune, il y a 15 à 20h de formation obligatoires, tout ça peut être supprimé du jour au lendemain par le référent, parce qu'à un moment donné, parlons, appelons un chat un chat. Ça veut dire quand même que l'idée quand même, c'est d'aller chercher les jeunes les plus éloignés et de leur dire : tu as encore une chance, saisis-là !

BRIGITTE KLINKERT
Exactement, et j'en ai vu encore la semaine dernière dans la mission locale à Marseille, j'étais à Marseille, dans les quartiers nord, et j'ai vu des jeunes qui vraiment étaient éloignés de tout, mais qui avaient, j'ai envie de dire qui avaient la niaque, parce que grâce à la prise en charge, dans le cadre de ce Contrat d'Engagement Jeune, eh bien, ils sont en train de monter un projet, il y en a un qui veut devenir acteur de cinéma, il y en a un autre qui veut devenir boucher, une coiffeuse…

ARNAUD ARDOIN
Ce n'est pas pareil…

BRIGITTE KLINKERT
Et moi, je leur ai dit que, malgré la crise, et même si c'est compliqué pour eux, eh bien, ils doivent avoir des rêves, et que nous, on est tous là pour les aider à les réaliser.

ARNAUD ARDOIN
Quelques mots avant de nous quitter parce que c'est intéressant le portefeuille que vous aviez, c'est un portefeuille, j'ai regardé un peu dans l'histoire de la 5ème République, enfin, je veux dire, récent, mais un ministre délégué en charge de l'Insertion, enfin, je ne suis pas sûr qu'il y ait…

BRIGITTE KLINKERT
C'est une première…

ARNAUD ARDOIN
C'est la première fois, ça n'existait pas auparavant, c'était intégré au ministère du Travail ou de l'Emploi d'ailleurs. Qu'est-ce que vous en avez tiré, vous, la femme que vous êtes, la femme politique engagée à Colmar, dans le Haut-Rhin, je n'ai pas dit de bêtise ?

BRIGITTE KLINKERT
Bravo !

ARNAUD ARDOIN
Je ne me suis pas trompé. Qu'est-ce que vous en avez tiré de tout cela, de cette expérience assez incroyable, puisque vous étiez une élue locale d'abord ?

BRIGITTE KLINKERT
Oui, c'est ça, jamais je n'aurais pensé un jour devenir ministre, et le Premier ministre, lorsqu'il m'a appelée ce 6 juillet 2020, il m'a proposé donc d'entrer au gouvernement dans le cadre du ministère de l'Insertion et il m'a dit : et vous serez basée au ministère du Travail, parce que pour nous, l'insertion, c'est l'activité et c'est l'emploi. Et ses mots…

ARNAUD ARDOIN
On en revient à la philosophie du Contrat Engagement Jeune.

BRIGITTE KLINKERT
Et ses mots étaient très justes, exactement, je m'en rends compte tous les jours lorsque je rencontre des jeunes dans des missions locales, des moins jeunes dans des entreprises de l'insertion, leurs yeux brillent parce qu'ils ont retrouvé un sens à leur vie, eh bien, l'insertion, c'est cela, c'est dire à des personnes qui sont éloignées de l'emploi aujourd'hui et un petit peu loin de tout, parfois, à la rue, de leur dire : eh bien, vous aussi, vous avez votre place dans la société et votre rôle à jouer dans la société ; c'est un ministère qui a beaucoup de sens, et pour moi, c'est un bonheur que de voir des personnes qui grâce à nos actions ont retrouvé goût à la vie.

ARNAUD ARDOIN
Précisons que le Contrat Engagement Jeune, on ne l'a pas dit, mais c'est important de le préciser, il avait été fixé sur 400.000, et puis, finalement, la ministre du Travail qui a dit : mais arrêtez de fixer un chiffre...

BRIGITTE KLINKERT
Voilà, il n'y a pas de seuil…

ARNAUD ARDOIN
Ça sera ouvert à tous…

BRIGITTE KLINKERT
Exactement, il n'y a pas de seuil, donc on va chercher, le plus dur, c'est d'aller les chercher, les jeunes qui sont aujourd'hui en rupture.

ARNAUD ARDOIN
C'est ça, vous confirmez que la grande difficulté, c'est de dire à ces jeunes qu'on voit au loin de s'approcher d'eux et de leur dire : mais viens, n‘aies pas peur.

BRIGITTE KLINKERT
Exactement, c'est d'aller les chercher avec les collectivités locales, avec les associations aussi dans les quartiers…

ARNAUD ARDOIN
Ils font un sacré boulot, oui…

BRIGITTE KLINKERT
Qui font un sacré boulot, et de signer avec eux un contrat, et…

ARNAUD ARDOIN
Oui, c'est un contrat…

BRIGITTE KLINKERT
C'est un contrat. Donc 10 à 15h par semaine, 10 à 16h, 15 à 16h, et puis, en contrepartie, une aide financière jusqu'à 500 euros, et je peux vous dire, vous évoquiez…

ARNAUD ARDOIN
Jusqu'à 500 euros…

BRIGITTE KLINKERT
Jusqu'à 500 euros, vous évoquiez tout à l'heure que c'était peu, mais je peux vous dire que les jeunes, ça les aide énormément. Donc un contrat, on leur demande d'être assidus, voilà, ça fait partie du contrat, de suivre des formations, très important, de faire des stages en entreprise, des immersions, parce que les jeunes ne connaissent pas les métiers, et donc à travers ces stages, ces immersions…

ARNAUD ARDOIN
Etre mentorés aussi, d'ailleurs, si j'ai bien lu ?

BRIGITTE KLINKERT
D'être mentorés, également. Et du coup, eh bien, on a des jeunes qui aujourd'hui ont envie de s'investir et ont envie de s'impliquer dans notre société.

ARNAUD ARDOIN
Brigitte KLINKERT, avant de nous quitter, dans le monde merveilleux dans lequel nous sommes, de nouveau, le président MACRON a été réélu dans un mois et demi. Le Premier ministre vous convoque et vous dit : on recommence, vous recommencez ou vous dites : je repars à Colmar, parce qu'après tout, j'ai aussi des enjeux moi, de femme politique locale, vous êtes déchirée par cette question-là ou pas ?

BRIGITTE KLINKERT
Non, pas du tout, vous savez, je ne m'attendais pas à être nommée ministre le 5 juillet 2020, j'ai été nommée le 6 juillet, je ne me suis jamais posé de questions sur ma carrière politique, entre guillemets, il y avait une opportunité, il y avait un immense défi aussi à relever…

ARNAUD ARDOIN
Du sens aussi par ce portefeuille.

BRIGITTE KLINKERT
Et énormément de sens, parce que ça a trait à l'humain, et de voir des personnes dont les yeux pétillent parce qu'on a réussi à changer leur vie, et qui vous disent merci, qui remercient le gouvernement pour l'implication qui a été la nôtre, financièrement aussi, et qui leur a permis de retrouver tout simplement le goût de vivre.

ARNAUD ARDOIN
Merci Brigitte KLINKERT. Prochain déplacement, c'est quoi, parce que j'imagine que vous allez de nouveau continuer pendant, jusqu'au plus près du premier tour, à aller à la rencontre, c'est quoi votre prochain déplacement ?

BRIGITTE KLINKERT
Exactement, eh bien, c'est demain, dans le Val-d'Oise.

ARNAUD ARDOIN
Le Val-d'Oise, rencontre associations d'insertion ?

BRIGITTE KLINKERT
Exactement.

ARNAUD ARDOIN
Merci Brigitte KLINKERT, ministre déléguée à l'Insertion, et on l'aura compris, avec une partie d'un portefeuille autour des entreprises qui accueillent des personnes en situation de handicap.

BRIGITTE KLINKERT
C'est ça, les entreprises adaptées.

ARNAUD ARDOIN
C'est important de l'entendre, parce qu'on avait le sentiment que tout ça était du ressort de la ministre en charge des Personnes du handicap. Et en fait, c'est un portefeuille coupé en deux.

BRIGITTE KLINKERT
Et là aussi, avec des créations de postes dans les entreprises adaptées, nous avions en 2021 plus de 1.000 nouvelles créations de postes dans des entreprises adaptées, donc pour des personnes en situation de handicap.

ARNAUD ARDOIN
Essentiel, car, il y a beaucoup, beaucoup de jeunes et de familles et de parents qui s'inquiètent évidemment d'avoir des difficultés de pouvoir trouver un emploi après les études de leurs enfants handicapés. Merci Madame la Ministre de nous avoir rendu visite…

BRIGITTE KLINKERT
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 24 mars 2022