Interview de M. Olivier Véran, ministre des solidarités et de la santé, à France Inter le 16 mars 2022, sur la décision de lever les mesures sanitaires malgré le rebond épidémique.

Texte intégral

LORRAIN SENECHAL
Bonjour Olivier VERAN.

OLIVIER VERAN
Bonjour.

LORRAIN SENECHAL
On ne porte plus de masque à l'intérieur depuis lundi, passe vaccinal également suspendu, protocole sanitaire en entreprise allégé. Est-ce que vous êtes sûr d'avoir pris la bonne décision alors qu'on assiste à un rebond de l'épidémie de coronavirus ?

OLIVIER VERAN
La réponse est oui. Nous avons pris la bonne décision. D'abord on peut continuer de porter le masque quand on est à l'intérieur. Personne n'est obligé de ne pas le porter. L'obligation de port de masque a été retirée, considérant la situation épidémique et sanitaire, ce que nous savons du variant BA.2 et du variant Omicron en circulation et nous encourageons les personnes fragiles par leur état de santé ou par leur âge à continuer de se protéger, d'être vigilant, de garder un peu de distanciation sociale, de porter le masque lorsqu'ils sont à l'intérieur ou qu'ils pensent être exposés à un risque de contamination.

SALHIA BRAKHLIA
Autour de 1 500 patients Covid en réa, c'était une condition pour lever les restrictions. On est aujourd'hui à 1 783. Un taux d'incidence entre 300 et 500 maximum, c'était là aussi une condition pour lever les restrictions. On est à 650 aujourd'hui. Pourquoi ne pas avoir respecté les critères que vous avez-vous-même fixés pour lever ces restrictions ?

OLIVIER VERAN
D'abord si vous prenez les patients en réanimation on est à 1 100, en soins critiques on est à 1 700 et quelque et si vous prenez les patients qui sont en soins critiques pour raison de Covid, on est aux alentours de 1 500.

LORRAIN SENECHAL
C'est-à-dire qu'il y a beaucoup de patients qui sont soignés en réanimation et qui ont le Covid par ailleurs.

OLIVIER VERAN
Voilà, exactement. 10 à 15 % en général. Vous avez aussi un taux d'incidence qui est retombé à 600. On avait dit aux environs de 500, on était monté à plusieurs milliers de taux d'incidence donc les conditions sont remplies.

SALHIA BRAKHLIA
Non. Sur les chiffres, non.

OLIVIER VERAN
Si vous voulez. Enfin, on est à 3 000 diagnostics/jour, ce n'est pas… Honnêtement, ce n'est pas le sujet. Le sujet, c'est qu'il n'y a pas de nouveaux variants dangereux qui circulent en France ou sur le reste de la planète. Ce qui circule aujourd'hui, c'est Omicron et son petit frère le cousin germain le BA.2. On savait qu'il y aurait un risque de rebond, on le constate. Il n'est pas d'ailleurs français et, si vous me posez la question de savoir s'il y avait une corrélation entre le fait qu'on ait levé des restrictions et le rebond épidémique, je vous dirais : « Regardez l'Allemagne, regardez l'Italie », ils connaissent un rebond épidémique alors qu'ils ont maintenu le pass sanitaire et parfois le pass vaccinal, qu'ils ont maintenu le port de masque dans les yeux fermés. En Italie, c'est même le FFP2 qui est obligatoire dans les commerces. Ils ont le même rebond que nous. Ce qui est important à comprendre et c'est ce que nous dit le Conseil scientifique, ce que nous disent les modèles de l'institut Pasteur, c'est qu'effectivement ça va monter pendant dix, quinze jours probablement, jusqu'à la fin mars. On devrait pouvoir atteindre, on risque d'atteindre 120-150 000 contaminations par jour, et ensuite on s'attend à une décroissance. Et le plus fondamental, c'est que la charge hospitalière, c'est-à-dire l'impact sanitaire de ce rebond épidémique parce qu'il touche surtout les jeunes, parce que c'est un variant qui est moins dangereux que les autres, sera contenu. C'est-à-dire qu'on n'a pas de risque de saturation des hôpitaux, c'est en tout cas les données sur lesquelles nous avons fondé les décisions que nous avons prises et annoncées aux Français depuis plusieurs semaines.

SALHIA BRAKHLIA
Le Conseil scientifique vous a envoyé une nouvelle note en fin de semaine dernière en alertant : « Nous sommes dans un contexte de banalisation de l'épidémie mais l'épidémie n'est pas terminée » insiste le Conseil scientifique. Est-ce que vous, vous participez à la banalisation de l'épidémie justement puisque les restrictions ont été levées ?

OLIVIER VERAN
Moi j'autorise les patients, les personnes, les Français âgés de 80 ans et plus à recevoir une deuxième dose de rappel.

LORRAIN SENECHAL
Donc quatrième dose de vaccin.

OLIVIER VERAN
Bien sûr. Nous maintenons le pass sanitaire dans les établissements de santé, dans les établissements médico-sociaux. Nous n'avons pas levé l'obligation vaccinale pour les soignants. Nous conservons l'obligation de port de masque dans les transports en commun. Honnêtement, il y a un mouvement de relâchement général - il ne faut pas se le cacher - en France, en Europe et dans le reste du monde puisque quand on est en décroissance d'une vague, que le printemps arrive, qu'on se sent à l'abri, que beaucoup de gens ont été contaminés récemment et que la plupart d'entre nous sommes vaccinés donc protégés contre les risques de formes graves, qui est une baisse d'attention c'était attendu. C'est d'ailleurs ce qui participe du rebond que nous avons pu constater avec les vacances scolaires puis la rentrée scolaire. Mais la vigilance, elle continue. Promenez-vous dans les rues de Paris. Je suis rentré tout à l'heure dans les locaux de Franceinfo, j'ai vu des gens qui continuaient de porter le masque, en général des gens dont l'âge ne les rassure pas face au risque d'attraper la maladie. C'est cette vigilance collective et individuelle, les Français sont des gens responsables qui connaissent le fonctionnement du virus, comment est-ce qu'on risque de l'attraper, comment s'en prémunir.

LORRAIN SENECHAL
Alors vous parliez de la quatrième dose du vaccin, la deuxième dose de rappel pour les 80 ans et plus. C'est aussi pour tous les résidents des EHPAD d'ailleurs quel que soit leur âge.

OLIVIER VERAN
Pour tous les résidents des établissements pour personnes âgées, oui.

LORRAIN SENECHAL
Est-ce que ça sera à un moment ou 0 un autre généralisé ?

OLIVIER VERAN
Vous savez que je suis toujours très prudent quand on me pose cette question. Parce si je vous dis non, vous allez dire non et puis si dans deux mois il y avait un nouveau variant, vous me direz : « Vous nous avez dit non il y a deux mois » et je vous dirai : « Les conditions ont changé »

LORRAIN SENECHAL
Donc ce n'est pas à l'ordre du jour.

OLIVIER VERAN
Non, on ouvre la possibilité. C'est à peu près de deux millions et demi de Français qui sont invités à recevoir une deuxième dose de rappel. Ce sont les Français âgés…

LORRAIN SENECHAL
Dès maintenant ? Ils peuvent dès maintenant aller en centre de vaccination ou même en pharmacie ?

OLIVIER VERAN
Bien sûr. Ou chez un médecin, leur infirmier, leur sage-femme. Il y a des Français qui sont âgés et qui ont reçu leur troisième dose il y a trois, quatre, cinq mois. Le niveau d'immunité acquise après cette injection a baissé et comme le virus circule toujours, nous voulons qu'ils puissent se protéger. D'ailleurs c'est leur demande. J'ai reçu énormément de demandes de gens âgés qui disaient : « Je veux avoir une deuxième dose de rappel, je ne me sens plus aujourd'hui protégé ».

LORRAIN SENECHAL
Il faut le refaire tous les quatre mois en attendant d'avoir un vaccin ciblé sur Omicron.

OLIVIER VERAN
Nous aurons dans les prochains mois de toute façon des vaccins qui seront davantage ciblés sur les souches virales actuellement en circulation, et ensuite nous verrons cela, ça dépend. Si c'est la fin de la dernière vague ce rebond épidémique, tant mieux. Il n'y aura plus besoin de vacciner. Si en revanche il y a une nouvelle vague et qui intervient cet été ou à l'automne prochain, nous savons faire. Nous ne désarmons pas, nous restons capables de mobiliser tous les soignants qui sont mobilisés depuis deux ans pour protéger les Français.

SALHIA BRAKHLIA
Olivier VERAN, on vous pose la question puisque vous avez ouvert donc la quatrième dose aux plus de 80 ans et aux résidents en EHPAD, et là le Conseil scientifique suggère d'ores et déjà de l'ouvrir aux personnes entre 65 et 80 ans. Est-ce que le gouvernement va l'autoriser ?

OLIVIER VERAN
On a fait le choix des 80 ans et plus sur la base de l'avis du Conseil d'orientation de la stratégie vaccinale du professeur FISCHER et sur la base d'une analyse de risque. Maintenant si on devait constater que parmi les 65-80 ans le taux d'incidence devait monter, que le rebond ne durait pas deux semaines mais trois ou quatre semaines, on se reposerait la question. Aujourd'hui ce sont les plus de 80 ans.

SALHIA BRAKHLIA
Parce que vous avez pris cette décision sans avoir l'avis de la Haute autorité de santé, sans avoir l'avis aussi de l'Agence européenne des médicaments ?

OLIVIER VERAN
Alors l'avis de l'EMA n'est pas un avis formel en la matière et beaucoup de pays ont déjà ouvert cette deuxième dose de rappel aux mêmes populations que nous. La Haute autorité de santé n'a pas donné d'avis formel mais vous imaginez bien qu'on est tous équipé d'un téléphone et qu'on peut se parler. Et le conseil du professeur FISCHER…

SALHIA BRAKHLIA
Elle ne peut plus dire le contraire aujourd'hui.

OLIVIER VERAN
Si, elle peut tout à fait dire le contraire aujourd'hui. Ce n'est pas une difficulté. Je crois honnêtement qu'il y a un consensus scientifique pour se dire que quand on est âgé et qu'on n'est plus vacciné depuis des mois et que le virus circule, il vaut mieux avoir un rappel que de ne pas en avoir.

LORRAIN SENECHAL
C'est le vaccin qui fait qu'on n'a pas de scénario à la chinoise en ce moment, la Chine qui confine par dizaines de millions ses habitants et avec des taux de mortalité à Hong Kong qui dépassent largement ceux de la première vague en France.

OLIVIER VERAN
C'est ça, et l'impact négatif de la fameuse stratégie 0 Covid, vous savez, dont on parlait tout le temps en France en disant : « Pourquoi vous ne fermez pas tout ? » En fait vous fermez tout mais le virus il ne disparaît pas parce que vous fermez. Il reste à côté du pays et lorsque vous ouvrez, il arrive et il fait ses dégâts.

LORRAIN SENECHAL
Finalement on a une immunité…

OLIVIER VERAN
Ce qu'ont connu les Pays-Bas quand ils ont confiné il y a trois mois : dès qu'ils ont déconfiné, ils se sont pris la vague Omicron et aujourd'hui la Chine fait face à l'entrée du variant Omicron qui est beaucoup plus contagieux que les premiers coronavirus Ils n'ont pas d'immunité populationnelle du fait de l'infection parce qu'ils ont eu très peu de vagues épidémiques. Ils n'ont pas une bonne immunité liée à la vaccination parce que, pardon, ils n'ont pas un bon vaccin - en tout cas pas aussi efficace que les vaccins ARN messager - et donc à chaque fois que le virus rentre, ils sont obligés de tout fermer. 66 cas à Shenzhen, 18 millions d'habitants, ils confinent tout maintenant. Imaginez qu'on en soit à ce stade-là en France, je pense que les gens auraient du mal à nous comprendre. (…)

SALHIA BRAKHLIA
On est toujours avec Olivier VERAN, le ministre des Solidarités et de la Santé. Sait-on combien de Français aujourd'hui sont atteints du Covid long ?

OLIVIER VERAN
On a une estimation qui porte sur plusieurs dizaines de milliers de Français, peut-être 60 à 70 000, qui conservent des symptômes, qui peuvent être invalidants. Ce sont environ 10 fois plus de Français qui auraient eu des symptômes persistants à l'issue d'un Covid, heureusement la majorité d'entre eux n'en a pas. Hier, j'ai réuni en visioconférence, des milliers de professionnels de santé, de toute la France, pour leur dire que nous travaillons avec eux, pour que sur tout le territoire national, quel que soit l'endroit où vous habitez, vous devez pouvoir identifier un ou des professionnels de santé, capables de vous faire le diagnostic des symptômes persistants à l'issue d'un Covid, de vous orienter dans un parcours de soins, de vous accompagner sur le plan social pour vérifier que vous ne renoncez pas aux soins pour raisons financières, est pour booster encore davantage la recherche, pour comprendre le mécanisme de ce Covid.

SALHIA BRAKHLIA
Pourtant, la pathologie Covid long n'est pas reconnue comme une affection de longue durée aujourd'hui. Vous souhaitez que ça le devienne ou pas ?

OLIVIER VERAN
Alors, elle est reconnue pour plusieurs milliers de Français, en réalité, j'ai regardé hier, 95 % des demandes de reconnaissance en affection de longue durée, pour qu'il n'y ait aucun reste à charge etc., sont acceptées par l'Assurance maladie. 95 % des dossiers.

SALHIA BRAKHLIA
Et pour que 100 % des soins soient pris en charge par la Sécurité sociale.

OLIVIER VERAN
100 %, sans reste à charge, avec tiers payant etc. LORRAIN SENECHAL
L'actualité également, c'est la guerre en Ukraine Olivier VERAN, et le flot de réfugiés qu'elle apporte. 3 millions d'Ukrainiens ont quitté leur pays dont la moitié d'enfants, 15 000 Ukrainiens accueillis en France jusqu'ici. Hier vous étiez en réunion avec vos homologues européens pour organiser cet accueil, des malades notamment et des blessés ukrainiens. Qu'est-ce que vous avez décidé ?

OLIVIER VERAN
Oui, hier, j'ai réuni effectivement les 27 ministres européens, la commissaire aussi, dans le cadre de la présidence française du Conseil de l'Union européenne. Nous avons d'abord entendu le témoignage, qui était avec nous en visio du ministre ukrainien de la Santé Victor LIACHKO, qui était depuis son ministère de la Santé, c'était un témoignage, je le dis, qui était bouleversant. Qui nous a fait état de 30 établissements de santé qui ont été bombardés, de 7 hôpitaux rayés de la carte. Il nous a dit : imaginez des grands hôpitaux dans votre pays, qui du jour au lendemain sont rayés de la carte. Plusieurs médecins ont trouvé la mort, les soignants restent à leur poste dans les établissements de santé et en médecine de ville. Il nous a demandé de continuer à l'aider, ce que nous faisons. La France, l'Europe, nous avons envoyé des tonnes et des tonnes de matériel médical, de médicaments, de support de sang, d'iode, et nous continuerons à le faire, et… 

LORRAIN SENECHAL
Et vous arrivez à les envoyer ? Vous êtes sûr que ces médicaments arrivent à destination ?

OLIVIER VERAN
Ils passent par la Pologne. Bien sûr. Il y avait évidemment nos homologues frontaliers de l'Ukraine, les Polonais notamment, avec qui nous avons travaillé. L'autre gros enjeu que nous avons abordé, c'est renforcer la coordination européenne, pour accepter dans nos pays respectifs, des malades et des blessés en provenance d'Ukraine, qui transitent par la Pologne. La France, je le dis, j'en discutais hier avec Brigitte MACRON qui est en contact permanent avec les Premières dames des pays frontaliers de l'Ukraine, et qui préside la Fondation des Hôpitaux de France, et nous nous mobilisons pour pouvoir récupérer et transférer depuis la Pologne, notamment des enfants atteints de cancer, nous avons libéré des places dans nos hôpitaux. Sous 24, 48 heures, les premiers enfants ukrainiens en provenance de Pologne devraient arriver en France, c'est aussi ça la solidarité européenne, et nous avons travaillé avec nos homologues pour que nous puissions avoir une coordination et faire en sorte qu'aucun malade, aucun blessé issu d'Ukraine, ne soit sans solution.

SALHIA BRAKHLIA
Combien de malades ou de blessés pourrons-nous accueillir au maximum dans nos hôpitaux ?

OLIVIER VERAN
Nous en accueillerons autant qu'il le faudra. Autant qu'il le faudra.

SALHIA BRAKHLIA
Combien de places avons-nous libérées pour eux ?

OLIVIER VERAN
Autant de places qu'il le faudra. Cette coordination européenne elle a cours. Aujourd'hui, le gros de l'effort est porté naturellement par les pays frontaliers, donc type Pologne, je disais, qui a déjà, qui a potentiellement plusieurs milliers de lits d'hospitalisation, et à partir de la Pologne, une fois que les malades et les blessés sont sécurisés, nous pourrons ensuite les transférer vers les différents pays européens, et la France prendra toute sa part, évidemment.

SALHIA BRAKHLIA
Une question sur les vaccins, parce qu'une partie des réfugiés qui sont arrivés sur notre territoire, n'ont pas les mêmes vaccins que les Français contre la polio par exemple, contre la rougeole, est-ce qu'ils pourront faire leur mise à jour ici en France ?

OLIVIER VERAN
Alors, je ne crois pas que ce soit la priorité absolue, quand un enfant sort de cancero-pédiatrique, de Kiev, pour arriver à Paris, néanmoins…

SALHIA BRAKHLIA
Non non, je parle des réfugiés déjà arrivés, des 15 000.

 LORRAIN SENECHAL
Ceux qui ne sont pas malades.

OLIVIER VERAN
Oui, non, pour l'ensemble des réfugiés, de toute façon ils ont accès immédiatement et sans délai à la PUMA, c'est la protection maladie, d'Assurance maladie, puisque nous avons une protection temporaire qui est mise en place pour eux, avec un accompagnement social, financier, médical, et dans le cas de la prise en charge, bien sûr, leur seront proposés de se faire vacciner s'ils ne le sont pas, contre des maladies potentiellement contagieuses et graves comme la rougeole et la polio. Personne ne sera obligé évidemment de se faire vacciner, ce n'est pas le contexte, en revanche, qu'il y ait une prise en charge médicale à l'occasion de leur venue en France et qu'on leur propose de les mettre à jour, oui. 

LORRAIN SENECHAL
Autre conséquence de cette guerre, c'est la hausse des prix de l'énergie et des prix des carburants, qui touche également les professions médicales, les ambulances, les médecins également, les infirmiers. Est-ce que, il est prévu dans le plan de résilience qui sera dévoilé tout à l'heure, des mesures spécifiques pour ces professions de santé ?

OLIVIER VERAN
Alors, je ne vais pas dévoiler par anticipation les annonces du Premier ministre, parce que je suis respectueux du fonctionnement du gouvernement, mais par exemple je fais remarquer que c'est notamment parce que les aides à domicile sont obligées de faire beaucoup de route, que le gouvernement a décidé de baisser de 15 centimes le litre d'essence, pour justement ne pas grever le pouvoir d'achats des personnes qui sont obligées… 

LORRAIN SENECHAL
Ça c'était pour tout le monde, à partir du 1er avril.

OLIVIER VERAN
Oui mais c'est notamment parce que nous avions dans l'esprit des métiers et qui sont mobiles et qui sont obligés d'effectuer beaucoup de kilomètres au quotidien pour nous aider et nous protéger, que nous avons fait ce geste. Donc vous verrez les annonces du plan de résilience de Jean CASTEX. 

LORRAIN SENECHAL
Mais, sans rien dévoiler, simplement, il y aura des aides, sans dire lesquelles.

OLIVIER VERAN
Sans rien dévoiler, je ne dévoile rien, c'est le principe.

SALHIA BRAKHLIA
Alors, qu'il n'y a pas touché pendant tout le quinquennat, le gouvernement annonce vouloir revaloriser le point d'indice de la Fonction publique, avant l'été. Clairement tout dépendra de qui sera au pouvoir à ce moment-là, mais si c'est toujours Emmanuel MACRON, est-ce que ce dégel du point d'indice concernera aussi les soignants ?

OLIVIER VERAN
C'est d'abord, le fait de dégeler le point d'indice, fait suite non pas, ne s'inscrit pas dans la campagne présidentielle en tant que tel, si c'était votre, la question qui était sous-tendue, mais dans le fait que nous constatons qu'il y ait une inflation qui est forte, et quand l'inflation est forte notre pays, nous augmentons le point d'indice pour les fonctionnaires, donc l'ensemble des fonctionnaires sera probablement concernés.

SALHIA BRAKHLIA
Dont les soignants.

OLIVIER VERAN
Vous verrez les annonces les plus précises… 

LORRAIN SENECHAL
Et là aussi, pas d'indication sur la valeur du point, de combien sera cette hausse.

OLIVIER VERAN
Ça n'est pas mon domaine. 

LORRAIN SENECHAL
Mais c'est mon rôle de vous poser la question. Est-ce que vous êtes pour le conditionnement du versement, c'est une proposition qui est a émergé pendant la campagne présidentielle, du versement du RSA, à un minimum d'activité ? Valérie PECRESSE par exemple, candidate LR, propose 15 heures de travail pour pouvoir bénéficier du RSA.

SALHIA BRAKHLIA
Emmanuel MACRON aussi y réfléchit.

OLIVIER VERAN
Moi je suis pour qu'on arrête la situation actuelle, qui fait qu'un bénéficiaire sur deux du RSA, est encore bénéficiaire du RSA, 4 ans plus tard, avec 470 € par mois, 200 € de plus quand vous avez les APL. Vous ne pouvez pas vivre correctement. Pourquoi nous en sommes là ? Parce que l'accompagnement, l'insertion n'est pas suffisamment effectué dans notre pays. Je ne vais pas commenter en tant que ministre France en charge, des propositions des candidats à la présidentielle, seulement vous dire que si vous regardez le contrat d'engagement jeune, qui a été mis en place par le président de la République Emmanuel MACRON, vous avez cette logique qui est celle des droits et devoirs, c'est-à-dire que vous avez un socle d'heures, non pas pour vous dire : vous nous devez du travail parce qu'on vous a donné des sous, mais pour dire, on vous donne de l'argent aujourd'hui parce que vous ne pouvez pas en gagner par vous-même, mais notre objectif c'est de vous sortir de la misère. Et vous sortir de la misère, c'est vous offrir un travail. Parfois ça peut passer par une formation ou une formation professionnelle, parfois par un stage, parfois directement vous intégrez en entreprise. La première des solidarités dans notre pays, c'est l'emploi. Et à mesure que le chômage baisse, la pauvreté recule.

SALHIA BRAKHLIA
Vous êtes pour cette solution.

OLIVIER VERAN
Je vous dis qu'il est indispensable, indispensable de changer la logique actuelle du RSA, parce qu'aujourd'hui, un bénéficiaire sur deux, 4 ans plus tard, reste uniquement avec une allocation RSA et il n'a pas été réinséré socialement professionnellement, ce qui n'est bon pour personne, et encore moins pour le bénéficiaire lui-même. 

LORRAIN SENECHAL
Olivier VERAN, ministre des Solidarités et de la Santé, on va parler dans un instant de la réforme des retraites, puisque le président candidat Emmanuel MACRON, veut repousser l'âge de départ légal à 65 ans.

SALHIA BRAKHLIA
Olivier VERAN, le candidat Emmanuel MACRON dans son programme en 2017 écrivait : « Nous mettrons fin aux injustices de notre système de retraite grâce à un système universel avec un principe d'égalité : pour chaque euro cotisé, le même droit à une pension pour tous, nous ne toucherons pas à l'âge de départ à la retraite ». Le candidat Emmanuel MACRON en 2022 dit : « On va décaler progressivement l'âge de départ à la retraite et on garde le même système qu'avant » ; comment parvient à dire tout et son contraire cinq ans plus tard ?

OLIVIER VERAN
Qu'est-ce qui s'est passé depuis deux ans, Salhia BRAKHLIA ? Le "quoi qu'il en coûte". On a dû fermer le pays pour protéger et sauver des vies dans notre pays, les commerces n'ont pas fermé. Des gens n'ont pas perdu leur travail, au contraire, le chômage a atteint le taux le plus faible depuis quinze ans. L'investissement a augmenté dans notre pays. Nous sommes le pays le plus attractif d'Europe. Le pouvoir d'achat augmente, les salaires ont augmenté, les impôts ont baissé. Cela a été possible, pourquoi ? Parce que nous avons la solidarité nationale, la Sécu, la protection sociale et c'est un formidable amortisseur qui a évité l'explosion de la pauvreté aussi dans notre pays. Mais la Sécu s'est endettée et la Sécu, comment nous la finançons ? Par le travail. Ça veut dire que si nous voulons que nos enfants et nos petits-enfants demain puissent bénéficier en cas de coup dur, de crise économique, de conflit ou de crise sanitaire du même niveau de protection que nous, il faut que nous puissions sécuriser la Sécurité sociale et ça va dire travailler davantage.

LORRAIN SENECHAL
24 milliards d'euros…

OLIVIER VERAN
Donc ça veut dire où vous travaillez plus dans la semaine ou vous travaillez plus dans la vie. Or il se trouve que le système des retraites est un système qui est déséquilibré et qui perd de l'argent chaque année si nous continuons comme cela. Donc avoir le courage et l'honnêteté de dire aux Français : « Si nous voulons conserver ce qui a fait la fierté de notre pays et ce qu'il nous permet aujourd'hui d'afficher les meilleurs résultats sociaux et économiques de toute l'Europe alors que nous avons traversé la même crise que les autres, il nous faut travailler davantage. Ça ne veut pas dire que ce sera indistinctement pour tout le monde. Il y aura évidemment des efforts qui seront portés s'agissant de carrières longues ou de métiers pénibles. Une aide-soignante ne travaillera pas jusqu'à 65 ans, je vous le dis sans ambiguïté. Et nous continuerons, et ç'a été dit par le candidat Emmanuel MACRON, à avoir un regard aussi sur les petites retraites. Dans ce mandat, il y a quand même une partie de la réforme des retraites qui a été faite : celle qui consiste à porter le minimum à 1 000 euros. Le président a annoncé qu'il souhaitait pouvoir porter cet effort demain à 1 100 euros. C'est un geste social que, vu d'où je viens et vu ma fonction, je ne peux que saluer.

LORRAIN SENECHAL
Olivier VERAN, une double enquête administrative est confiée en ce moment aux inspections générales des affaires sociales et des finances après les révélations de maltraitance dans des EHPAD privés du groupe notamment ORPEA. Est-ce qu'on sait où en est cette enquête ? Et est-ce que vous, le gouvernement, pourrait saisir la justice ?

OLIVIER VERAN
Nous y travaillons avec Brigitte BOURGUIGNON qui est la ministre en charge et qui est déléguée à l'autonomie. J'ai reçu les conclusions préliminaires du rapport des inspections générales, il manque contradictoires de la part d'ORPEA qui nous a demandé un peu de délai. Donc on leur accorde bien volontiers ce délai.

SALHIA BRAKHLIA
Qu'est-ce qu'elles disent ces conclusions ?

OLIVIER VERAN
Ensuite nous verrons. Par définition lorsque vous avez un rapport d'enquête, vous attendez d'avoir le contradictoire pour le rendre public. C'est le respect de la procédure.

LORRAIN SENECHAL
Mais est-ce qu'il y a quand même des dysfonctionnements qui ont été soulignés ?

OLIVIER VERAN
Il y a évidemment des dysfonctionnements. Certains sont potentiellement graves et nous nous réservons la possibilité de saisir la justice en fonction du contradictoire qui nous sera donné par ORPEA.

LORRAIN SENECHAL
D'ici quand ? D'ici combien de temps ?

OLIVIER VERAN
Probablement encore au moins une semaine, peut-être davantage. Nous verrons. Mais nous sommes sur le dossier.

SALHIA BRAKHLIA
Ce qui est étonnant Olivier VERAN, c'est qu'aujourd'hui les EHPAD sont dans le viseur du gouvernement, vous venez de le dire, néanmoins vous préparer un projet de décret qui vise à leur donner encore plus de prérogatives. Ils pourront à l'avenir dans chaque région centraliser le déploiement des aides à domicile chez les séniors, organiser les campagnes de vaccination entre autres. Les professionnels du soin à domicile parlent d'humiliation. Qu'est-ce que vous leur dites ?

OLIVIER VERAN
D'abord ce que nous voulons, nous profondément, quand on parle de politique du grand âge, ce que nous voulons c'est que les Français puissent vieillir plus longtemps chez eux. J'entends qu'il y a des candidats ou des candidates à la présidentielle qui disent : « Moi si je suis président, j'ouvrirai 100 000 places d'EHPAD ». Formidable ! Ce n'est pas ce que les Français veulent.

SALHIA BRAKHLIA
Mais que ce soit les EHPAD qui gèrent ça…

OLIVIER VERAN
Aujourd'hui les Français veulent vieillir plus longtemps chez eux, donc nous avons besoin des aides à domicile et nous les avons augmentées comme jamais elles n'avaient été augmentées jusqu'à présent et nous continuerons à le faire.

LORRAIN SENECHAL
Et pour ça, il faut passer par les EHPAD. Il faut faire des EHPAD le pivot de cette politique.

OLIVIER VERAN
Non. Ce que la crise Covid nous a enseigné, c'est qu'il y a une organisation avec une gouvernance médicale des médecins coordonnateurs dans les EHPAD, qui sont capables de déployer des politiques d'aller vers notamment en matière de vaccination. Oui, nous nous appuyons sur l'ensemble des ressources médicales et soignantes existantes dans les établissements structurés. Mais encore une fois, ce que nous visons c'est le virage domiciliaire : permettre aux personnes âgées de vieillir longtemps chez elles, et ce sera l'objectif qui sera sous-tendu par notre politique si les Français nous font confiance.

LORRAIN SENECHAL
Olivier VERAN, une des annonces d'Emmanuel MACRON il y a six mois dans le contexte de la crise sanitaire que vous rappeliez, c'était que jusqu'à huit séances seraient remboursées chez un psychologue pour les enfants et pour les adultes. Tout le monde peut y avoir accès ou est-ce qu'il faut remplir certaines conditions ?

OLIVIER VERAN
Non, sur orientation médicale. Et je peux vous annoncer que le 5 avril, ce dispositif voulu par le président de la République Emmanuel MACRON sera pleinement opérationnel. C'est la première fois dans l'histoire de notre pays. Ça veut dire que si un médecin vous dit : « Ecoutez, il faudrait que vous voyiez un psychologue » aujourd'hui vous dites : « Ah, ça va me coûter combien ? » À compter du 5 avril, vous direz : « D'accord et ça ne me coûtera rien ».

LORRAIN SENECHAL
Donc on va chez son généraliste, il nous dit d'aller voir un psy et on n'a rien à débourser.

OLIVIER VERAN
Vous n'aurez rien… Vous serez intégralement, vous serez remboursé par le dispositif de droit commun c'est-à-dire Assurance maladie, complémentaire santé. Donc c'est un progrès considérable pour l'accès aux soins psychologiques et psychiques dans notre pays. Ça va concerner des dizaines, des centaines de milliers de Français. Nous avions besoin de commencer avec environ mille psychologues sur tout le territoire national. Nous avons identifié, et nous les remercions, mille psychologues volontaires en seulement quelques jours, quelques semaines, donc le dispositif commence en temps et en heure. Et je le dis, c'est une avancée considérable. On avait du retard là-dessus en France.

SALHIA BRAKHLIA
Olivier VERAN, on est à un peu moins d'un mois de la présidentielle. Emmanuel MACRON fait la course largement en tête dans les sondages. Comment vous luttez contre la tentation de l'arrogance, celle qui peut vous faire dire : « C'est bon, on n'a rien à faire, c'est déjà plié » ?

OLIVIER VERAN
D'abord ce serait très mal connaître le président de la République et ce serait très mal nous connaître que de considérer que la partie serait gagnée dans notre esprit. Ce n'est absolument pas le cas. Il faut lutter contre l'abstention, il faut lutter contre les extrêmes, il faut se battre pied à pied pour nos valeurs : celles de la République, celles d'une France qui est ouverte sur le monde.

SALHIA BRAKHLIA
Pourtant on n'a pas l'impression qu'il fasse vraiment campagne le Président de la République.

OLIVIER VERAN
Le président de la République donnera demain, vous le savez, une conférence de presse. Vous connaîtrez l'intégralité du programme du candidat avec un récit.

LORRAIN SENECHAL
Mais pas de débat.

OLIVIER VERAN
Attendez, on ne va pas revenir sur cette histoire de débat.

LORRAIN SENECHAL
Certains des opposants se sont saisis d'un mot-clé : pas de débat, pas de mandat.

OLIVIER VERAN
Les opposants, ils feraient bien à un moment donné de s'occuper du fond et un peu moins de la forme. Parce que les opposants, ils ont perdu un mois dans leur campagne à expliquer que le président devait se déclarer et ensuite ils ont perdu quasiment un mois dans leur campagne à expliquer que le président devait débattre. Donc il faut qu'ils soient un peu moins focalisés sur le président et un peu plus attentifs aux Français. Je pense que ça serait mieux pour tout le monde. Le débat démocratique, il est fondamental dans une période électorale, il a lieu. Vous m'avez interrogé sur la question des retraites, sur la question du RSA. J'imagine qu'à partir de demain après-midi si vous me réinterrogez vous aurez beaucoup de questions à poser dans beaucoup de domaines. Le débat démocratique il vit, il continuera de vivre et j'invite chacune et chacun des candidats vraiment à se concentrer là-dessus, parce que les Français ils vont voter en fonction d'un projet pour leur pays. Ce qui les intéresse, c'est quel est l'état de la France dans cinq, dans dix, dans vingt, dans trente ans. Nous, nous avons un récit : le soutien des générations, l'avenir du pays, la France qui investit, la France qui est ouverte sur le monde. Voilà, je pense que c'est essentiel dans la période.

LORRAIN SENECHAL
Et le détail des propositions du candidat MACRON, c'est demain soir donc pour sa conférence de presse. Merci beaucoup Olivier VERAN, ministre de la Santé.

OLIVIER VERAN
Merci beaucoup à vous.

LORRAIN SENECHAL
Bonne journée à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 22 mars 2022