Interview de M. Olivier Véran, ministre des solidarités et de la santé, à BFMTV le 12 mai 2022, sur la situation de la santé en France notamment l'hôpital, le scandale Buitoni et la fin du port du masque obligatoire dans les transports.

Texte intégral

APOLLINE DE MALHERBE
Bonjour Olivier VERAN.

OLIVIER VERAN
Bonjour.

APOLLINE DE MALHERBE
Merci de répondre à mes questions ce matin. Vous êtes le ministre de la Santé, on va revenir aussi sur la situation plus globale de la santé en France, l'hôpital qui craque, le scandale BUITONI. Mais je voudrais que l'on parle du masque, parce que voilà, une des bonnes nouvelles que vous avez pu annoncer hier, lundi le masque ne sera plus obligatoire dans les transports. Est-ce que l'on peut du coup dire que le Covid est derrière nous ?

OLIVIER VERAN
Non, on ne peut pas dire que le Covid est derrière nous. Il y a 40 000 Français qui se contaminent chaque jour encore au variant BA.2, il y a un patient tous les quarts d'heures qui arrive en réanimation, donc il y a encore des cas graves. Ce que l'on peut dire, c'est que, et c'est ce que nous avions d'ailleurs anticipé dès le mois de mars, quand on avait commencé à alléger les mesures de freinage, c'est que la situation est sous contrôle. Nous connaissons bien ce variant, nous connaissons ses risques, nous sommes extrêmement bien protégés collectivement par une vaccination massive, et donc nous faisons face, nous avons fait face à cette vague de variant Omicron et de BA.2, avec un minimum de dégâts sanitaires par rapport à la dangerosité du virus.

APOLLINE DE MALHERBE
Le ratio entre effectivement la circulation du virus et les dégâts, est suffisamment bon aujourd'hui, pour que vous disiez « plus dans les transports », plus nulle part, en fait, finalement, ce masque obligatoire.

OLIVIER VERAN
Il n'est plus obligatoire. Effectivement, il n'est plus, alors, il reste obligatoire dans les hôpitaux, dans les EHPAD, on peut le comprendre d'ailleurs, et c'est là aussi que le Pass sanitaire reste de mise, encore quelques semaines, quelques mois, parce qu'il faut protéger les gens les plus fragiles. Quand vous êtes malades à l'hôpital, quand vous êtes très âgé dans un EHPAD, évidemment il faut vous vous traiter avec encore plus d'attention. Le masque il n'est plus obligatoire dans les transports, il reste recommandé, et je…

APOLLINE DE MALHERBE
Pour qui ?

OLIVIER VERAN
Pour toutes les personnes qui s'estiment menacées par le virus, ou des gens, je voyais ce matin quelqu'un qui n'est pas, son état de santé n'est pas problématique, mais il n'a jamais eu le variant encore BA.2 ou Omicron, il dit « donc moi je ne l'ai pas attrapé, je me protège, je n'ai pas envie de l'avoir, parce que je vois des collègues autour de moi qui l'ont et qui font des formes symptomatiques, qui peuvent le mettre KO pendant quelques jours », ou des gens qui sont fragiles ou même des gens qui disent « moi je préfère garder le masque », il n'y a aucun sujet là-dessus. Donc il reste recommandé, mais il n'est plus obligatoire, on suit en cela d'ailleurs une recommandation de l'ECDC qui est l'organisme européen de lutte contre les crises sanitaires…

APOLLINE DE MALHERBE
C'est d'ailleurs une levée d'interdiction coordonnée…

OLIVIER VERAN
Globale.

APOLLINE DE MALHERBE
… puisqu'il n'y en aura plus non plus dans les avions en Europe.

OLIVIER VERAN
Exactement.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous vous êtes concertés.

OLIVIER VERAN
On se concerte toujours, et on est le 12e pays européen à lever cette obligation. Donc on reste dans la stratégie qui est la nôtre depuis des mois, c'est-à-dire on met des mesures de freinage lorsqu'il le faut, lorsque c'est nécessaire, lorsque ça monte et qu'une vague est en cours, et on relève progressivement les mesures de freinage, à mesure que les contaminations diminuent.

APOLLINE DE MALHERBE
Et il pourrait, à l'inverse, revenir le masque, c'est-à-dire que vous ne vous interdisez pas la possibilité, bon on verra si vous êtes encore ministre, mais éventuellement s'il y a à nouveau un pic à l'automne, par exemple, de pouvoir remettre le masque obligatoire ?

OLIVIER VERAN
Bien sûr. Ça peut arriver. Je ne le souhaite pas évidemment, je souhaite qu'on soit libéré de ce Covid, mais si j'écoute les spécialistes français et internationaux, ils nous disent : il y aura d'autres variants qui apparaîtront, a priori ils seraient plutôt issus, ce serait les cousins germains du variant Omicron, c'est-à-dire que notre protection collective resterait forte et donc nous préserverait de vagues intenses, à l'inverse d'ailleurs de ce que vous voyez en Asie, et notamment en Chine, qui ne s'en sort pas aujourd'hui, qui est obligée de confiner les villes entières pendant des semaines, parce qu'ils n'ont pas eu la même couverture vaccinale que nous, ils n'ont pas été exposés au variant précédent comme nous, et donc le variant Omicron là-bas provoque des dégâts qui sont considérables.

APOLLINE DE MALHERBE
Pardon, mais quand vous évoquez la Chine, je voudrais justement qu'on comprenne. Pourquoi est-ce que, eux, en arrivent à des extrêmes pareils ? C'est juste une question de vaccins, il n'y a pas d'inquiétude à avoir quand on voit les images terribles de ce confinement drastique à Shanghai, on n'a pas à s'inquiéter nous, la situation n'est pas la même, ne sera plus la même ?

OLIVIER VERAN
Alors, d'abord nous n'avons jamais appliqué les mêmes conditions de confinement que les Chinois. Je le dis quand même pour celles et ceux qui jugeaient que nous avions restreint les libertés. Evidemment nous avons demandé des efforts aux Français, ils ont été très solidaires dans la période, et ça nous a permis de sauver beaucoup de vies. Merci à eux. Ensuite, la Chine a adopté la stratégie zéro Covid. Vous vous souvenez, il y a peut-être un an ici, ça devait être sur ce plateau ou un autre, on me disait : mais pourquoi est-ce que la France ne fait pas la stratégie zéro Covid ? Et j'expliquais, vous vous souvenez cette courbe qu'on écrase progressivement…

APOLLINE DE MALHERBE
Bien sûr.

OLIVIER VERAN
…en fait, si on essaie de nous claquemurer, si on ferme tout absolument et que le virus ne circule pas, et que dans le même temps on ne se vaccine pas massivement, eh bien à un moment donné un variant sera tellement contagieux qu'il passera toutes les barrières. Donc aujourd'hui les Chinois ils sont en difficulté par rapport à ça. Nous avons plus de 90 % de la population française qui est vacciné, avec des vaccins efficaces, et donc ça nous protège.

APOLLINE DE MALHERBE
Ça nous protège, ça ne sera pas le cas quand on regarde aussi l'Afrique du Sud, l'Afrique du Sud qui est à l'inverse de nous évidemment en termes de météo, c'est l'automne chez eux, eux il y a une recrudescence. Est-ce que ça pour le coup ça vous inquiète ?

OLIVIER VERAN
Eh bien c'est un variant qu'on appelle le BA.4 et BA.5, c'est un cousin d'Omicron, dont je parlais tout à l'heure. Il est en train de se développer…

APOLLINE DE MALHERBE
C'est celui-là qui pourrait venir chez nous à l'automne ?

OLIVIER VERAN
Alors, pour l'instant il n'a pas de caractéristiques inquiétante par rapport à Omicron, c'est-à-dire qu'il est vraiment quasiment pareil, il a la couleur, le goût, l'odeur, si vous voulez d'Omicron. Donc on a le même niveau de protection. Ce qui n'est pas impossible c'est qu'il arrive en Europe peut-être cet été, souvenez-vous l'été dernier on avait eu un début de vague de Delta qui s'était ensuite écrasé, et qu'à l'automne on avait eu une vague. Donc il est possible que nous ayons une nouvelle vague, il est possible, je n'ai pas de boule de cristal, et vous savez que je ne joue pas aux prévisions…

APOLLINE DE MALHERBE
On a bien compris ça, depuis le début de ce Covid, on sait que personne n'a la boule de cristal.

OLIVIER VERAN
Comme vous dites, est-ce que c'est derrière nous, non, ça peut arriver, il peut arriver cet automne une vague épidémique qui nécessitera alors peut-être de se reposer la question d'une vaccination des plus fragiles ou de la population, et éventuellement le masque si c'était nécessaire. Mais si nous devions un jour remettre des mesures de freinage, que nous enlevons actuellement, c'est que ce serait absolument nécessaire.

APOLLINE DE MALHERBE
Pourquoi est-ce que vous ne réintégrez pas les soignants non vaccinés ?

OLIVIER VERAN
C'est une question qui soulève des problématiques d'abord éthiques, sanitaires. Je vous l'ai dit, d'abord on est encore à 40 000 contaminations par jour, donc c'est suffisamment peu avec notre couverture vaccinale pour qu'on puisse permettre aux Français qui se déplacent de ne pas avoir forcément le masque quand ils ne le souhaitent pas, mais c'est beaucoup trop encore pour considérer que les personnes fragiles dans les hôpitaux ou dans les EHPAD ne seraient plus menacées. Quand vous êtes un soignant…

APOLLINE DE MALHERBE
Le président Emmanuel MACRON avait dit : quand on ne sera plus en phase aiguë, on le fera. On n'est quand même plus en phase aiguë. Vous venez de nous le démontrer.

OLIVIER VERAN
Malgré tout, 40 000 contaminations par jour, Apolline de MALHERBE, donc le virus circule encore suffisamment pour que statistiquement le risque qu'un soignant non vacciné entre dans un EHPAD, soigne avec la meilleure volonté du monde, des personnes très âgées et leur transmette le virus, est suffisamment élevé pour que nous ne levions pas l'obligation vaccinale aujourd'hui. En revanche, je saisi la Haute autorité de santé, pour qu'elle nous dise, d'un point de vue éthique, d'un point de vue sanitaire, est-ce que cette question-là est légitime ou non, et nous nous reposerons la question tant que nécessaire. Par ailleurs, vous savez, on a acquis, je dirais, une culture de la protection contre les risques infectieux que nous n'avions pas. On disait tout le temps : l'Asie sait se servir des masques quand ils ont des épidémies, en Europe on ne sait pas le faire, souvenez-vous c'était il y a 2 ans. Aujourd'hui on le sait, on a acquis cette force-là. Ce qui peut nous faire de poser la question quand il y ait des épidémies grippales, hivernales, par exemple, qui peuvent faire quand même des dizaines de milliers de morts certaines années, de savoir est-ce qu'il ne faut pas renforcer la protection aussi des soignants contre la grippe ? Donc c'est toutes ces questions-là qu'il faut que nous puissions nous poser avant de prendre des décisions définitives.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais d'ailleurs, sur cette question de la protection, j'avoue qu'on s'y perd, on ne sait plus très bien où on en est, si on a le Covid aujourd'hui, est-ce qu'on doit toujours être isolé pendant un certain nombre de jours, est-ce qu'on peut continuer à travailler ? C'est quoi la règle ?

OLIVIER VERAN
On s'isole quand on a le Covid. Quand on est positif aussi.

APOLLINE DE MALHERBE
Combien de temps ?

OLIVIER VERAN
Une semaine. On peut faire un test au 5e jour, qui s'il est négatif, vous permet de sortir, sinon on reste isolé 7 jours.

APOLLINE DE MALHERBE
Et ça, ça demeure.

OLIVIER VERAN
Bien sûr que ça demeure.

APOLLINE DE MALHERBE
Cette règle-là demeure.

OLIVIER VERAN
Eh bien si quelqu'un avait le variant Omicron, était positif au Covid ce matin et qu'il allait travailler dans vos studios, la plupart de ceux, de celles et ceux qui ne l'ont pas eu, seraient à risque de l'attraper. Donc bien sûr il faut continuer de se protéger.

APOLLINE DE MALHERBE
Donc il faut continuer à se tester et il faut continuer à s'isoler.

OLIVIER VERAN
On fait quasiment 2 millions de tests par semaine, donc les Français n'ont pas relâché leurs efforts, et puis surtout on a acquis cette compétence collective. Il n'y a pas un Français aujourd'hui qui ne sait pas comment se protéger et comment protéger son entourage. Chacun a compris cela. Et vraiment je suis convaincu que collectivement aussi nous avons compris pourquoi il y a des règles qui sont mises par endroits et certains moments, et pourquoi nous pouvons le lever à d'autres.

APOLLINE DE MALHERBE
Olivier VERAN, on a beaucoup parlé des déserts médicaux, mais il y a un point sur lequel je voudrais quand même qu'on prenne le temps de comprendre, c'est l'hôpital. L'hôpital craque, il craque partout, est-ce que vous savez combien d'hôpitaux ont leurs services restreints au moment où on se parle ?

OLIVIER VERAN
Alors, il y a beaucoup…

APOLLINE DE MALHERBE
Restreints, voire fermés.

OLIVIER VERAN
Il y a beaucoup d'hôpitaux qui ont un ou des services restreints ou fermés. Les causes, Apolline de MALHERBE, d'abord ce dont on vient de parler, le Covid, 2 ans de pandémie, des surcharges hospitalières très importantes, des soignants qui sont fatigués, d'autres qui s'interrogent sur leur avenir professionnel et chacun peut le comprendre. 2e cause, les déserts médicaux de ville, les déserts médicaux de ville. On manque de médecins, les déserts médicaux se sont creusés dans notre pays. Nous avons supprimé avec Emmanuel MACRON, le numerus clausus dès 2018, cette machine à broyer des étudiants en médecine, en les empêchant d'apprendre la médecine en France alors qu'on n'en manquait. Mais on sait qu'il faut un certain nombre d'années pour former des médecins. Dans l'intervalle, nous avons augmenté de 20 à 30 % les formations d'infirmières et d'aides-soignants dans notre pays. Ces promotions elles arrivent bientôt. Et donc vous avez le cumul de deux tensions, une tension pour accéder à la médecine de ville qui fait qu'il y a un report plus important sur les services d'urgences, et en même temps une fatigue à l'hôpital. Ce que je que vous dire…

APOLLINE DE MALHERBE
Ça arrive bientôt, mais pendant ce temps-là il y a des gens qui frappent aux portes des urgences et les urgences sont fermées, ne serait-ce que, alors là je n'ai même pas fait la liste de toute la France…

OLIVIER VERAN
Oui oui, bien sûr.

APOLLINE DE MALHERBE
… mais enfin, rien qu'en regardant quelques minutes, j'ai trouvé Orléans, Laval, Falaise, Le Havre, Cherbourg, Valognes, Jonzac, Montmorillon dans la Vienne, Marmande, l'hôpital de Cahors, l'hôpital de Cahors qui craque, le directeur de l'hôpital qui dit : « nous avons actuellement 15 postes totalement vacants, où il n'y a aucun candidat, plus des arrêts maladie, des maternités que nous n'arrivons pas à remplacer. Ça fait 30 ans que je suis dans la fonction publique hospitalière, dit-il, je n'ai jamais eu à gérer une telle pénurie ».

OLIVIER VERAN
Oui, nous avons augmenté, je vous le disais, le nombre de formations, pour qu'il y ait des promotions plus importantes qui arrivent dans les années à venir, parce qu'on en manque, il faut dire les choses, et on savait qu'on en manquerait. Pendant 50 ans on a empêché la France de former des médecins. C'était idiot de le faire, donc nous l'avons supprimé dès le début du quinquennat dernier. Ça c'est le 1er point. Ensuite, nous avons augmenté, amélioré les conditions de travail des soignants, c'est le secteur de la santé, 200 € d'augmentation ce n'est pas rien pour des soignants, certains touchent même 300 ou 400 € de plus. Ensuite, nous développons les pratiques professionnelles et les compétences des soignants, nous développons l'accès direct à certaines professions paramédicales en ville. On a pu me reprocher de permettre à des orthoptistes de faire de la primo-prescription de lunettes, alors qu'on manque d'ophtalmos pour pouvoir assurer le suivi ophtalmo. On développe depuis le quinquennat dernier, le service d'accès aux soins, ce qui veut dire qu'on permet aux médecins de ville de faire de la régulation avec les urgentistes…

APOLLINE DE MALHERBE
J'ai bien compris, vous avez fait des choses, mais les faits sont là, et les faits sont terriblement têtus, les lits sont fermés, donc quand vous trouvez portes closes, vous trouvez portes closes.

OLIVIER VERAN
Je vous redonne un fait qui est important. Est-ce qu'il y a un hôpital qui ne peut pas à recruter et de soignants parce qu'il n'aurait pas le budget pour le faire ? La réponse est non. Vous l'avez dit vous-même, il y a des postes, il y a des budgets, il y a de l'argent, il y a des salaires qui ont été augmentés, pour recruter…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais pas suffisamment visiblement pour que ce soit attractif.

OLIVIER VERAN
Non, je ne crois pas que ce soit un problème de salaire. Je crois qu'il y a un problème d'organisation, c'est-à-dire qu'il y a un problème de bureaucratie et de temps de charges administratives, il y a un problème de fatigue, il faut aussi laisser passer ce côté post-vague Covid, Apolline de MALHERBE, un point qui est important, ça va vous paraître improbable ce que je vais vous dire, mais c'est factuel, il y a aujourd'hui plus de soignants en exercice dans nos hôpitaux qu'il y a 2 ans. Il y a plus d'équivalent temps-plein, salariés des hôpitaux aujourd'hui, qu'il y a 2 ans.

APOLLINE DE MALHERBE
Comment c'est possible que ça ne soit par raccord alors ?

OLIVIER VERAN
D'abord, il y a une augmentation de la demande, c'est-à-dire l'impact des déserts médicaux en ville, ce que je vous disais tout à l'heure, quand vous ne trouvez pas de médecins en ville, vous faites quoi…

APOLLINE DE MALHERBE
Eh bien vous allez aux urgences.

OLIVIER VERAN
… vous allez aux urgences. Et quand vous allez aux urgences, eh bien vous y trouvez déjà beaucoup de malades, et donc ça va fatiguer les équipes d'urgentistes et les soignants qui y travaillent, qui disent « on en a marre », et en plus ils ont des difficultés à trouver des lits d'aval, puisqu'il y a encore par exemple 7 000 patients atteints de Covid, qui sont dans nos hôpitaux à l'heure à laquelle je vous parle.

APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce que vous pouvez nous affirmer ce matin, Olivier VERAN, qu'aucun malade n'est mal soigné ou pas soigné, a causé cette situation ?

OLIVIER VERAN
Je peux vous garantir que nous avons, un, des soignants d'extrême qualité, avec une très forte vocation. Nous avons des hôpitaux modernes, qui ont montré leur efficacité, puisque contrairement à d'autres pays européens ils n'ont jamais craqué, face aux vagues Covid. Vous n'avez jamais eu des malades dans les voitures sur les parkings des hôpitaux.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais ma question n'était pas celle-là.

OLIVIER VERAN
Non mais, ce que je veux vous dire, c'est que vous avez des bons professionnels, vous avez des bons outils de travail, par contre la pression sur leurs épaules est importante et nous voulons la faire baisser, en leur permettant de travailler avec davantage de…

APOLLINE DE MALHERBE
Ma question, je vous la repose : est-ce qu'aujourd'hui il y a des Français qui sont malades et mal ou pas soignés à cause de cette situation ?

OLIVIER VERAN
Vous avez, tous les Français qui doivent accéder à des soins d'urgence, accèdent aux soins d'urgence, par le Samu ou par les urgences. Est-ce que les conditions d'accueil, non pas de soins, de ces malades, où vous êtes obligé de rester 10 heures sur un brancard, dans un service d'urgences, ou quand vous êtes obligé d'aller dans un couloir, la nuit dans un hôpital, parce que vous n'avez pas encore de lit et qu'il faut attente un jour ou deux pour avoir un lit en propre, les conditions d'accueil ne sont pas les conditions idéales que je souhaiterais pour l'hôpital dans mon pays. En revanche, est-ce que la qualité des soins et la sécurité des soins est au rendez-vous ? Oui.

APOLLINE DE MALHERBE
La mortalité infantile remonte en France. Ça vous inquiète ?

OLIVIER VERAN
Bien sûr. Au-delà même de la mortalité…

APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce que ça serait évitable ? On ne sait pas pourquoi. La mortalité infantile augmente.

OLIVIER VERAN
Au-delà même de la mortalité infantile, Apolline de MALHERBE, vous avez les enfants de notre pays qui sont en train de prendre du poids, et ça c'est un effet de la crise Covid, ce que l'on voit partout ailleurs, c'est-à-dire il y a moins d'activités physiques, alors il y a aussi l'habitude plus importante des écrans, avec une addiction aux écrans qui s'est développée, ça ce n'est pas en lien avec le Covid, qui fait qu'un gamin passe 3 heures ou 4 heures par jour derrière…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais la mortalité infantile, c'est des enfants qui n'atteignent pas l'âge de 2 ans, et c'est un chiffre qui jusqu'à présent avait toujours été en baisse en France, pour la 1ère fois il remonte.

OLIVIER VERAN
Je vous parle d'abord de la santé en général. Ensuite, pourquoi est-ce que… Non seulement c'est quelque chose qui, évidemment qui nous alarme, la hausse de la mortalité infantile, mais nous avons pris des mesures avec Adrien TAQUET, à la demande du président de la République, nous avons mis en place au cours du quinquennat précédent ce qu'on appelle le plan des 1 000 jours. Je vous donne juste deux exemples

APOLLINE DE MALHERBE
Oui, allez-y…

OLIVIER VERAN
Une consultation prénatale systématique pour tous les parents pour préparer les conditions d'accueil après la naissance d'un enfant, une consultation postnatale pour vérifier par exemple qu'il n'y ait pas un baby blues, une dépression du post-partum pour la maman, etc, et pour vérifier que les conditions d'accueil de l'enfant soient les meilleures possibles, donc on a encore une fois une excellente médecine, et en tant que France présidente du conseil de l'Union européenne, nous avons mis la santé des enfants comme priorité, et notamment la lutte contre les cancers pédiatriques, donc on met le paquet là-dessus. On a développé…

APOLLINE DE MALHERBE
Il faut rester fier aujourd'hui de la médecine française, il faut rester fier aujourd'hui du système français.

OLIVIER VERAN
Mais évidemment, oui, bien sûr, bien sûr, et fier de nos soignants, ceux que j'appelle les hussards blancs de la République, parce qu'ils ont tenu, à chaque vague, vous savez, j'étais sur les plateaux, on me disait : l'hôpital va craquer, etc, et en fait, ils ont été là, fidèles au rendez-vous…

APOLLINE DE MALHERBE
Etrangement, ils craquent après ?

OLIVIER VERAN
Eh bien, ce n'est pas étrangement, en fait, c'est-à-dire qu'il y a des gens qui auraient dû partir plus tôt et qui ont décidé de rester un peu plus longtemps pour aider l'hôpital, et vous savez, ce qui me donne aussi espoir, c'est que la profession la plus demandée sur Parcoursup dans notre pays, c'est la profession infirmière, il y a plus de 680.000 jeunes qui chaque année dans notre pays s'inscrivent dans le but de devenir infirmiers…

APOLLINE DE MALHERBE
Donc il finira par y avoir suffisamment d'infirmières…

OLIVIER VERAN
Donc la vocation survit.

APOLLINE DE MALHERBE
Olivier VERAN, le scandale BUITONI, énorme scandale de santé publique, 2 enfants sont morts, 56 ont développé des syndromes graves, vous ne vous êtes en réalité jamais exprimé sur cette question-là, je voudrais que ce matin vous puissiez écoutez le témoignage de Yoann, c'est un témoignage qui a été recueilli par RMC, le fils de Yohan, Nathan est mort d'avoir mangé une pizza BUITONI, et il avait 8 ans.

YOHAN, PAPA DE NATHAN, 8 ANS, DECEDE LE 18 FEVRIER
On fait confiance à BUITONI, on fait confiance au groupe NESTLE, sauf qu'on a été trahi, et aujourd'hui, eh bien, mon fils n'est plus là, c'est le rôle du gouvernement d'interpeller ces sociétés, de faire en sorte que, elles réagissent, elles s'expliquent. Donc il faut que monsieur VERAN prenne conscience de tout ça et prenne position en fait par des actes forts, les excuses, ça ne suffit pas, enfin, on demande de faire en sorte que les choses n'arrivent plus, quand on voit l'état de l'usine, des cigarettes dans la farine, des champignons partout, dans une usine insalubre, on ne me fera pas croire que lui ou son cabinet n'étaient pas au courant de tout ça, aujourd'hui, on est dans le pays où quand il y a des enfants qui meurent, parce que des industriels ne respectent pas les règles, on ne fait rien.

APOLLINE DE MALHERBE
Qu'est-ce que vous répondez à Yohan ?

OLIVIER VERAN
D'abord, je suis dévasté pour le décès de ce petit de Yohan, il y a eu 2 enfants qui sont morts d'avoir mangé une pizza, ce papa a raison, et je m'associe pleinement à sa douleur, je vous assure que c'est poignant et ça prend. Lui dire que dès que nous avons eu une alerte, nous avons déclenché des enquêtes d'hygiène qui ont permis d'ailleurs de montrer des conditions donc qu'il évoque et qui, moi, à titre citoyen, pas en tant que ministre, je le dis, lorsque j'ai vu, les lignes images dans cette usine, je suis forcément scandalisé par ce que j'ai vu, les lignes de production des pizzas ont été immédiatement suspendues, c'était le 6 avril, l'usine de Caudry, dans le Nord, ne peut plus fabriquer les pizzas. La justice a été immédiatement saisie, une perquisition a eu lieu dans les locaux de l'entreprise, et la justice devra aller maintenant mener son enquête, moi, je suis ministre en charge de la Santé, et donc tout ce qui pouvait être fait en matière de conditions sanitaires, pour faire en sorte qu'il n'y ait pas d'autres cas de contamination, 56 cas de contamination à Escherichia coli en tout, ont été… toutes ces mesures ont été prises immédiatement, dès qu'il y a eu l'alerte. Ensuite…

APOLLINE DE MALHERBE
En réalité, ce n'est pas tout à fait vrai, parce qu'il y a eu une première alerte en 2020.

OLIVIER VERAN
Alors, vous avez des enquêtes de la DGCCRF qui sont de la brigade de répression des fraudes, vous avez des enquêtes sanitaires qui sont menées au sein des usines de toute façon alimentaires, ce sont des contrôles, c'est-à-dire, ça relève du contrôle vétérinaire d'ailleurs qui sont menés…

APOLLINE DE MALHERBE
Et il y a eu un avertissement des autoritaires sanitaires en 2020…

OLIVIER VERAN
Exactement. Donc il y a des contrôles et des re-contrôles qui peuvent être faits avec des visites de conformité. Ce qui est fait là, aujourd'hui, c'est la fermeture pure et simple des lignes de production, et ensuite, je ne peux pas aller au-delà, parce que la justice est saisie, donc c'est dans les mains maintenant de la justice.

APOLLINE DE MALHERBE
Qui est dans les mains de la justice, je le comprends bien, mais à quoi servent les contrôles s'ils ne sont pas suivis de fait, le contrôle de 2020, avec une alerte des autorités sanitaires n'est pas suivi de fait ?

OLIVIER VERAN
Lorsque vous avez un contrôle, vous avez forcément une visite de… vous avez une contre-visite, c'est-à-dire que vous avez des recommandations qui sont faites, parfois, vous avez des sanctions, vous pouvez avoir une fermeture administrative temporaire, par exemple, qui est prononcée à l'encontre d'un site, et vous avez une contre-visite qui est programmée pour voir si les mesures ont été prises et si la donne a changé. Deux ans plus tard, peut-être, peut-être que les mesures avaient été bien prises, la contre-visite avait donné quelque chose, je ne sais pas, honnêtement, parce que ça ne relève pas de mon périmètre ministériel. Deux ans plus tard, lorsque… ça ne relève pas d'ailleurs d'un ministre en l'occurrence, je le dis…

APOLLINE DE MALHERBE
C'est Bercy…

OLIVIER VERAN
Et deux ans plus tard, lorsque vous avez une visite qui est faite, vous voyez que les conditions d'hygiène ne sont pas bonnes, là, les conditions d'hygiène étaient telles que l'usine a été fermée.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais il y a quand même LACTALIS, il y a cinq ans, et après LACTALIS, la commission d'enquête parlementaire avait préconisé de renforcer les contrôles et les moyens des autorités sanitaires, or, c'est l'inverse qui est arrivé, puisque le nombre de contrôles réalisés par la direction générale de l'alimentation a diminué de 33 % en 5 ans, et de 2007 à 2020, les services de répression des fraudes sont passés de 3.600 agents à 2.600 agents. Est-ce qu'on n'a pas fauté ?

OLIVIER VERAN
Il y a des contrôles qui sont ciblés aujourd'hui, les modalités de contrôle sont différentes, moi, je crois que prévenir une usine 2 semaines avant que vous allez passer avec des équipes sur place, c'est moins efficace que faire des contrôles inopinés sur la base ou de signalements ou sur des dossiers, c'est plutôt ces types de contrôles qui sont effectués actuellement et qui permettent d'ailleurs d'éviter d'autres catastrophes, celle de BUITONI n'a pas pu être évitée, et c'est encore une fois un drame humain absolument terrible qui arrive dans notre pays, et qui arrive dans tous les pays d'ailleurs, et qui sont rares, fort heureusement, mais qui ne devraient jamais arriver.

APOLLINE DE MALHERBE
Il reste juste au moment où on se parle des pizzas qui ont été confectionnées dans cette usine qui depuis est fermée, mais comme elles sont congelées, elles ont été confectionnées il y a quelque temps, qui sont encore dans les rayons, ça, ça ne vous inquiète pas ?

OLIVIER VERAN
Il y a des rappels de lots…

APOLLINE DE MALHERBE
Il n'aurait pas fallu les retirer toutes ?

OLIVIER VERAN
Il y a des rappels de lots qui ont été effectués à la demande des autorités, sur l'ensemble des lots qui étaient suspectés de présenter cette bactérie Escherichia coli, ce n'est pas… si vous voulez, les conditions d'hygiène peuvent favoriser l'apparition d'un germe et peuvent empêcher de voir qu'un germe est arrivé, mais ça ne veut pas dire que tous les lots de fabrication sur un site de production donné sont contaminés par cette bactérie, donc, vraiment, des enquêtes qui sont très fines qui sont conduites, je le redis, mourir à cause une pizza, on a le droit à la sécurité alimentaire dans notre pays, c'est une sécurité de base. Et encore une fois, je m'associe pleinement à la douleur et à la détresse de cette famille, je n'ai je n'ai pas eu le droit de la contacter, parce que, d'abord, je n'ai pas à connaître…

APOLLINE DE MALHERBE
Vous auriez voulu les appeler, parce qu'ils disent qu'ils n'ont pas eu de mot de vous ?

OLIVIER VERAN
Mais je n'ai pas à connaître l'identité, si vous voulez, le secret médical s'impose même à un ministre. Donc je leur dis…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais désormais, vous savez qui c'est, vous allez les appeler ?

OLIVIER VERAN
Mais en fait, si je suis saisi, s'ils souhaitent me contacter directement, je leur répondrai évidemment. Je voudrais vraiment qu'il n'y ait pas une ambiguïté sur l'émotion qui est la mienne et sur la détermination qui est la nôtre pour assurer la sécurité alimentaire, et mettre la lumière sur cette histoire.

APOLLINE DE MALHERBE
Olivier VERAN, vous êtes également candidat, en plus d'être ministre, vous êtes candidat à un second mandat de député dans la 1ère circonscription de l'Isère, et puis, si on vous proposait ministre de la Santé, vous le resteriez ?

OLIVIER VERAN
Alors, je m'attendais un tout petit peu à avoir des questions sur le remaniement et le gouvernement, vous imaginez que si je viens chez vous, peut peut-être la veille ou quelques jours avant un remaniement…

APOLLINE DE MALHERBE
A l'instant où on se parle en tout cas, vous êtes ministre de la Santé

OLIVIER VERAN
Ce n'est certainement pas pour m'exprimer sur la question, je connais bien les règles, et il ne m'appartient pas de le commenter, ce que je peux vous dire…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais, si on vous le propose, vous, vous êtes bien au ministère de la Santé ?

OLIVIER VERAN
Déjà, je suis honoré par la confiance que m'a accordée le président de la République, il y a un peu plus de 2 ans, honoré d'avoir exercé ses missions, et si d'autres missions me sont confiées, qu'elles soient parlementaires ou ministérielles, je continuerai d'agir pour mon pays, parce que j'aime profondément l'action publique, et j'aime la politique.

APOLLINE DE MALHERBE
Et donc, vous continuerez d'une manière ou d'une autre. Olivier VERAN, merci en tout cas pour une de vos dernières interviews dans ce mandat de ministre de la Santé, vous êtes, je le disais, donc candidat dans la 1ère circonscription de l'Isère.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 13 mai 2022