Déclaration de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, sur le bilan de la présidence française du Conseil de l'Union européenne en matière économique et financière, à Luxembourg le 17 juin 2022.

Intervenant(s) :

  • Bruno Le Maire - Ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique

Circonstance : Arrivée au Conseil "Affaires économiques et financières"

Prononcé le

Texte intégral

M. Bruno Le Maire : "Bonjour à tous, très heureux de vous retrouver ici à Luxembourg pour cet ECOFIN. Nous sommes à la fin de la Présidence française du Conseil de l'Union européenne. Je voudrais d'abord peut-être tirer un premier bilan de cette présidence française en matière économique et financière. Je pense que cela a été une présidence utile, une présidence forte qui a donné des résultats concrets et importants pour l'Union européenne. Je pense que nous avons tenu en matière de mécanisme d'ajustement carbone aux frontières qui est décisif pour accélérer la transition climatique. Je pense à ce que nous avons obtenu sur les programmes d'intérêts collectifs européens, les programmes industriels, à ce que nous avons obtenu également en matière de fiscalité internationale parce que je compte bien que nous aboutissions sous Présidence française de l'Union européenne sur la taxation minimale. Ça reste notre objectif. Tout cela donc fait une présidence utile et forte, au service des Européens et au service du renforcement de l'Union européenne. Je crois surtout que nous avons gagné une bataille idéologique et c'est le plus important. Nous avons gagné avec le Président de la République Emmanuel Macron, la bataille de la souveraineté. Il y aura de ce point de vue un avant et un après Présidence française de l'Union européenne. Je pense que beaucoup de peuples européens, beaucoup d'États européens ont pris conscience de la nécessité absolue de renforcer la souveraineté européenne, la renforcer en matière climatique, -c'est le mécanisme d'ajustement carbone aux frontières-, la renforcer en matière digitale,-ce sont les directives DSA et DMA-, la renforcer en matière industrielle pour avoir nos propres productions industrielles sur nos territoires, pour arrêter les délocalisations industrielles et être plus indépendant sur des produits industriels qui sont tout simplement stratégiques. Je vous donne juste un exemple, les semi-conducteurs. Nous avons tous pris conscience qu'il était impératif que l'Union européenne soit souveraine et indépendante en matière de production de semi-conducteurs. Sinon c'est toute notre industrie qui risquait d'être fragilisée. Donc je pense que nous avons gagné cette bataille de la souveraineté. C'était l'objectif qui avait été fixé par le Président de la République avant la Présidence française de l'Union européenne. Cet objectif a été pleinement atteint. La souveraineté est désormais un objectif stratégique de l'Union européenne et des États membres.

Nous allons ensuite aujourd'hui parler à nouveau de l'inflation et je veux dire à quel point nous avons tous conscience ici, tous les ministres des Finances, du poids que fait peser l'inflation, en particulier sur les ménages les plus modestes, dans nos pays. Et il est essentiel que nous continuions à coordonner de la manière la plus rigoureuse possible et la plus régulière possible nos réponses en matière d'inflation. La Banque centrale européenne a pris un certain nombre de décisions sous l'autorité de Christine Lagarde. Nous, notre responsabilité de ministres des Finances est de coordonner les réponses que nous apportons. Réponses que nous apportons en matière de prix énergétiques, en matière de prix alimentaires, en matière de protection des ménages les plus faibles et au-delà de ces réponses conjoncturelles immédiates, il est essentiel aussi que nous réfléchissions sur le plus long terme. Et je reviens à l'objectif de souveraineté et d'indépendance. On sait aujourd'hui que l'inflation est tirée par les prix énergétiques. La meilleure façon sur le long terme de résister à l'inflation et de faire baisser l'inflation, c'est d'être plus indépendant en matière de production énergétique en Europe.

Enfin, un dernier mot pour vous dire que nous allons aborder à nouveau aujourd'hui, la taxation minimale, le pilier 2. En bon français, on dirait que c'est une " never ending story ". Vous connaissez mon caractère. Je ne lâche rien et je ne lâcherai rien en la matière. C'est une question de justice et c'est une question d'efficacité financière.


On that point, you're of course ending the French Presidency today with this Ecofin meeting. Are you sad that the tax deal is not being approved today ? Are you disappointed with Hungary at this point, Minister ?

M. Bruno Le Maire : I'm never sad. I never give up. Never. And I will do my best today to convince all the Member States that we can reach an agreement on minimum taxation and pillar two. I think that we are at the beginning of our meeting. We still have some hours to convince all the partners to join the consensus and to adopt the minimum taxation. It is a question of fairness, a question of justice and of economic efficiency.

Let me just get your thoughts on inflation as well and what's been happening in the markets over the last week or so. Your colleague from Austria told me he's very concerned about the higher yields that we're seeing for several government bonds. Is this a concern that you also share ?

M. Bruno Le Maire : You know the eurozone is strong. Do not have any doubt about the strength of the eurozone. We are in the middle of the peak of inflation. We are all aware of that and I really think that our strategy is quite clear and will be efficient. It is based on the decisions that are taken by the ECB and that have been already taken by the ECB and by Christine Lagarde, and I don't want to make any comment on the decisions that have been made by Christine Lagarde and by the ECB which is totally independent. And on the other side, we also have the very strong actions that have been already taken by all the governments to fight inflation and to reduce the burden of inflation on the households, especially the poorest households in our countries.

The ECB is doing a lot, but when it comes to governments, the concerns over high public debts are still there and this does not seem to be the concern that the capitals have at the moment. So should governments in eurozone actually do more to address some of the fragmentation risks ?

M. Bruno Le Maire : Well, once again, on the question of public debt and inflation, I really think that we should be clear on the schedule, on the timetable and on the global approach. The key point today, the priority is to protect our citizens, to protect the households against the consequences of inflation, for the households with the lowest wages. It is very hard to fight against inflation and very hard to face the concrete and daily consequences of inflation. So our responsibility as Ministers of Finance is to give all the instruments, all the tools that are required to protect people against the negative consequences of inflation. Then of course, we have to think on the long term about the reduction of public debt, but we need to have a step-by-step approach and we should not mix the absolute priority, which is to protect the people against inflation and the long term objective, which is to come back to sound public finance and to reduce the level of public debt. So step by step approach is the only one which will be efficient under this very critical circumstances of high inflation.

Final question, was this the biggest challenge for your Presidency of the EU fighting higher inflation, Minister ?

M. Bruno Le Maire : That's, I think the short-term biggest challenge. On the long term I just want to reaffirm that reinforcing European sovereignty on digital activities, on industry, on key components like chips, will be what will allow all European States and the European union to play its part between China and the United States. The key point for the 21st century will be sovereignty, industrial sovereignty, digital sovereignty, financial sovereignty. But for the time being, for the next weeks, for the next month, and I think until the end of 2023, inflation will be the key challenge for all of us.

Monsieur Le Maire, sur l'impôt minimum des multinationales, est ce que vous pensez aboutir aujourd'hui ? Est-ce que vous pensez avoir convaincu la Hongrie de lever son blocage après le blocage polonais ? Et est-ce que vous pouvez préciser ce qui a été accordé à la Pologne pour les rassurer sur leur point d'inquiétude ?

M. Bruno Le Maire : Écoutez, nous avons multiplié les appels tout au long de la semaine, depuis le début de la semaine avec mes partenaires européens pour essayer de débloquer la situation. Nous espérons toujours pouvoir parvenir à un accord aujourd'hui. C'est très difficile, chacun le sait. Chacun voit le dernier blocage qu'il reste à lever. Mais je ne vais pas ménager mes efforts, dès ce matin, pour essayer une nouvelle fois de convaincre nos partenaires de la nécessité de parvenir à un compromis. Ce que je veux simplement dire, c'est que cela fait bien longtemps, ça fait belle lurette que tous les obstacles techniques ont été levés. Donc il n'y a plus aucun obstacle technique. Ca fait belle lurette aussi que chacun a compris que c'était l'intérêt collectif de l'Union européenne, son intérêt financier, son intérêt économique, son intérêt politique de parvenir à un accord sur la taxation minimale. Et ça fait belle lurette aussi que tout le monde a compris qu'il était indispensable, que les plus grandes multinationales ne puissent pas échapper à l'impôt, qu'on puisse lutter contre l'évasion fiscale, lutter contre l'optimisation fiscale. Enfin, c'est une attente de l'ensemble de nos concitoyens européens. Donc moi, comme je vois que c'est une attente très forte, très justifiée, très légitime de nos concitoyens européens et que nous exerçons aujourd'hui la Présidence, jusqu'à la dernière seconde de la dernière heure du dernier jour de la Présidence française de l'Union européenne, je me battrai pour que ce texte sur la taxation minimale soit adopté.

Comment qualifiez-vous la décision hongroise de revenir sur ses propos ? Parce que, en fait, ils ont décidé de ne pas soutenir non plus. Pourquoi ? Pouvez-vous expliquer ce geste ?

M. Bruno Le Maire : Vous leur poserez la question. Je partage en tout cas l'analyse.

Est-ce que le plan de relance polonais sera accepté ? La Hollande a déjà dit qu'ils vont s'abstenir et il y a plusieurs pays qui disent qu'il faut une déclaration en plus.

M. Bruno Le Maire : Ce que je constate c'est que nous avons beaucoup travaillé avec nos homologues polonais au cours des derniers jours. J'ai beaucoup travaillé avec Magdalena sur la mise en place de ce PNRR, sur les choix que faisait la Pologne. Nous avons bien travaillé, travaillé de manière constructive, travaillé de manière utile et je tiens moi à me féliciter de la qualité de la relation de travail que nous avons eu avec la Pologne au cours des dernières semaines. Merci".


Source https://ue.delegfrance.org, le 21 juin 2022