Interview de M. Olivier Veran, ministre délégué, chargé des relations avec le Parlement et de la vie démocratique, à BFMTV le 22 juin 2022, sur la possibilité d'un gouvernement de coalition nationale.

Texte intégral

APOLLINE DE MALHERBE
Bonjour Olivier VERAN.

OLIVIER VERAN
Bonjour.

APOLLINE DE MALHERBE
Merci de répondre à mes questions ce matin, d'autant plus que quand même quand on lit l'intitulé de votre portefeuille, Ministre délégué en charge des Relations avec le Parlement et de la Vie démocratique, on se dit qu'en ce moment vous n'êtes pas forcément au poste le plus facile.

OLIVIER VERAN
Il n'y a pas de poste facile, il n'y a que des missions importantes quand on sert son pays et quand on sert la France.

APOLLINE DE MALHERBE
Ce n'était pas du tout une réponse langue de bois, ça !

OLIVIER VERAN
Non. Est-ce que vous demandez si la vie est un long fleuve tranquille ? La réponse est non. Est-ce que vous me demandez si je suis à ma tâche, à ma mission, affairé au travail ? La réponse est oui. Nuit et jour en l'occurrence, encore plus en cette période.

APOLLINE DE MALHERBE
Et vous êtes évidemment au coeur de ces questions de tractation, de coalition. On va essayer de comprendre si tout simplement le pays est gouvernable. Emmanuel MACRON envisage la constitution d'un gouvernement d'union nationale, voilà ce que dit Fabien ROUSSEL en sortant de sa réunion, son entretien avec le président. « Il m'a demandé si nous étions prêts à travailler dans un gouvernement d'union nationale », cette option d'un gouvernement d'union nationale qui aille jusqu'au Parti communiste français est donc sur la table ?

OLIVIER VERAN
Ce qui est sur la table, c'est véritablement la valeur que nous tient à coeur et c'est ce qui organise tout le travail en ce moment, c'est d'identifier une majorité pour pouvoir avancer, réformer et transformer notre pays. De quoi parlons-nous ? Nous sommes sortis en tête des élections législatives avec une majorité relative.

APOLLINE DE MALHERBE
Très relative.

OLIVIER VERAN
C'est-à-dire qu'il nous manque un certain nombre de députés pour pouvoir disposer d'une majorité absolue.

APOLLINE DE MALHERBE
Une quarantaine.

OLIVIER VERAN
D'abord est-ce qu'il y a une alternative à notre majorité ? La réponse est non. Même si vous additionniez tous les députés La France insoumise, les députés Les Républicains, les députés du Rassemblement national, ils auraient moins de députés en cumulé que ceux que nous avons. Il n'y a aucune combinaison au Parlement d'autre groupe que le nôtre susceptible de dégager une majorité. Donc ça, c'est un point central.

APOLLINE DE MALHERBE
D'accord. Donc vous restez le pivot central et il va falloir trouver des alliances.

OLIVIER VERAN
C'est-à-dire qu'on aurait pu imaginer qu'il y ait des alliances, je ne sais pas, LR-RN, qui auraient pu dégager une majorité. Ça n'est pas le cas, ça ne peut pas être le cas ni aujourd'hui ni demain. Tous les députés en ont conscience. Tous. Tous les députés ont été élus par leurs concitoyens avec un projet qu'ils ont défendu. Le projet qui a retenu l'attention des Français, qui a recueilli la majorité des suffrages c'est le nôtre, donc les autres députés sont logiquement dans une opposition. Maintenant comme ils ne peuvent pas dégager de majorité et comme ils savent que nous avons besoin qu'il y ait dans ce pays une majorité pour réformer la France, ça veut dire qu'il faut qu'il y ait une participation d'une manière ou d'une autre. Et là, toutes les options sont sur la table. Ça peut être effectivement un élargissement de notre majorité, la poursuite du dépassement - centre gauche, centre droit. Ça peut être, pourquoi pas, un élargissement encore plus large pour se dire : l'heure est grave, il faut que nous puissions unir nos forces et trouver des points de consensus pour réformer le pays. Ou ça peut être un système de majorité projet par projet, tantôt avec la gauche, tantôt avec la droite. Toutes les options sont sur la table.

APOLLINE DE MALHERBE
Quand vous dites élargissement, la question que je me pose d'abord, je vous repose la question de Fabien ROUSSEL : est-ce qu'en effet cette idée d'un gouvernement de coalition nationale, y compris d'un gouvernement, je dis bien de mot, ça veut dire quand même quand il dit gouvernement d'union nationale qu'il pourrait y avoir des communistes dans le gouvernement. Ça peut aussi passer par-là ?

OLIVIER VERAN
Le président de la République a consulté les présidents de groupe hier pour leur demander quelles étaient leurs intentions et quel étaient pour eux le champ des possibles. Poser une question ne veut pas dire qu'on a soi-même la réponse et ce n'est pas une proposition. Etre capable de consulter pour dire…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais si Fabien ROUSSEL répond oui ? Non mais allons jusqu'au bout. On imagine la conversation, il y a Emmanuel MACRON et Fabien ROUSSEL qui sont tous les deux dans le bureau hier après-midi. Emmanuel MACRON dit à Fabien ROUSSEL : écoutez, moi je suis bloqué, une des options sur la table c'est un gouvernement d'union nationale, est-ce que vous en êtes ? Et là Fabien ROUSSEL dit : banco, j'en suis. Est-ce que concrètement on peut imaginer un Fabien ROUSSEL qui rentre au gouvernement ?

OLIVIER VERAN
Je n'ai rien à imaginer. Je vous dis qu'on est en train de regarder le champ des possibles et qu'on envisage toutes les options qui sont sur la table. Ça ne veut pas dire que ça irait vers un gouvernement d'union nationale.

APOLLINE DE MALHERBE
Ce n'est pas impossible. Vous dites que ce n'est pas impossible.

OLIVIER VERAN
On va être très pragmatique. Vous recevez un parlementaire qui connaît bien le droit et qui connaît bien le fonctionnement de l'Assemblée et vous dites : vous avez conscience que vous avez aujourd'hui deux options, trois options en réalité ou le blocage des institutions, ou une participation sur certains textes ou à la politique générale que nous conduisons, ou on constate qu'on n'y arrive pas et la dissolution. Donc les questions qui sont posées, elles sont les suivantes. La participation, est-ce que ça va vers un vote texte par texte ? Est-ce que ça va vers un rassemblement au sein d'une majorité qui peut aller jusqu'à un gouvernement etc ? C'est comme ça vous consultez, ça ne veut pas dire que vous faites une proposition pour dire : voulez-vous être mon ministre de je ne sais quoi ? Encore une fois, il faut bien comprendre les choses. On va présenter un texte bientôt au Parlement, un texte qui est attendu par les Français sur le pouvoir d'achat.

APOLLINE DE MALHERBE
On va y revenir mais…

OLIVIER VERAN
Je ne peux pas imaginer une seconde qu'il n'y ait pas des députés bien que d'opposition qui se disent : c'est important pour les Français d'augmenter la pension pour les retraités, donc on va avancer.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais la réalité, quand vous me dites que toutes les options sont sur la table, c'est parce que vous êtes paumés.

OLIVIER VERAN
On n'est pas paumé. Non, non.

APOLLINE DE MALHERBE
Si, vous êtes complètement paumés. On a l'impression que le président est séché.

OLIVIER VERAN
Non, il n'est pas séché ! Attendez, pardon. Le président de la République en cinq ans, il a tenu face à la crise des Gilets jaunes, une crise sociale sans précédent, la plus grande pandémie depuis un siècle, un conflit aux portes de l'Europe. Personne ne peut nier au président de la République la capacité de faire face avec succès aux épreuves qu'il peut rencontrer. Nous ne sommes pas aujourd'hui dans une crise, nous sommes dans une situation inédite. Les Français nous ont donné une majorité relative. Personne, aucun parti en dehors du nôtre ne peut se targuer - on est on est dans les faits là – d'avoir gagné les élections. Et quand on sert son pays, on ne peut pas considérer qu'on est gagnant en imaginant que notre pays serait bloqué. Donc on est tous, tous quelles que soient nos étiquettes politiques, normalement élu au Parlement pour pouvoir réformer, légiférer et travailler.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais ce que je comprends quand même en vous entendant, vous qui êtes chargé justement des relations avec le Parlement, donc de l'avancée aussi de la vie démocratique, c'est que trois jours après, nous sommes mercredi, vous n'avez pas la clé.

OLIVIER VERAN
Mais attendez, pardonnez-moi, le groupe LR par exemple se réunit aujourd'hui pour désigner son président. Le groupe PS s'est réuni hier soir pour la première fois. On ne va pas sauter sur les groupes politiques pour leur dire : venez vite chez nous, on est pressé, il y a urgence. Ça n'empêche pas d'appeler et on se parle.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais pour le pays, il y a urgence quand même. Est-ce que le pays peut attendre ?

OLIVIER VERAN
Mais on est pour l'instant dans le respect strict de l'agenda. C'est-à-dire avant les élections, nous savions qu'il y aurait la désignation du président de l'Assemblée nationale la semaine prochaine, une déclaration de politique générale de la Première ministre qui n'intervenait pas avant le 4 juillet, donc il n'y a pas de retard qui soit pris. D'accord ? On est dans la Constitution des équilibres politiques et des groupes.

APOLLINE DE MALHERBE
D'accord.

OLIVIER VERAN
Donc là, on est dans le timing si je puis me permettre. Ensuite, moi j'appelle, et d'autres aussi, on appelle, j'appelle les députés que je connais très bien, certains avec qui j'ai siégé entre 2012 et 2017. Et quand j'ai un député socialiste, je lui dis : il y a plus de convergences entre toi et nous qu'entre toi et Jean-Luc MELENCHON, oui, bon. Donc, est-ce qu'on peut trouver les conditions d'un accord ? J'appelle un député de centre droit, et je lui dis : il nous est arrivé de ne pas être d'accord sur certains sujets, mais tu as voté, 80 %, 90 % des textes que nous avons proposés ; sur cette base-là, on doit être capable d'élargir notre majorité. Ça, c'est une des stratégies possibles, c'est-à-dire, élargir la majorité parlementaire…

APOLLINE DE MALHERBE
Réussir à convaincre…

OLIVIER VERAN
Sur la gauche et sur la droite, en plus, c'est dans notre ADN, ça s'appelle le dépassement en politique, c'est ce que prône le président de la République, être capable de faire travailler ensemble des gens qui viennent de la gauche et de la droite. Plus ils sont modérés, évidemment, plus c'est logique de le faire…

APOLLINE DE MALHERBE
Oui, mais jusqu'où ? Olivier VERAN, quand vous entendez hier une députée de chez vous, Céline CALVEZ, qui est députée La République En Marche, qui dit : quand on a besoin d'avoir une majorité, si c'est bon pour les Français, on va aller chercher les voix du Rassemblement national.

OLIVIER VERAN
Non !

APOLLINE DE MALHERBE
C'est non ?

OLIVIER VERAN
Non ! Non, c'est non ! On n'ira pas, on ne se mettra pas en situation de devoir dépendre des voix du RN pour faire majorité au Parlement. Donc c'est non…

APOLLINE DE MALHERBE
Vous n'irez pas les chercher, mais vous ne direz pas non si elles viennent ?

OLIVIER VERAN
Mais attendez, dans le…

APOLLINE DE MALHERBE
Là, vous avez posé en quelque sorte, parce qu'il y a un petit peu le côté good cop, bad cop…

OLIVIER VERAN
Non, non, il y a une grande différence, Apolline de MALHERBE, entre passer un texte au Parlement, parce que le RN le vote, pour faire le nombre, ou passer un texte au Parlement, et que le RN le vote, indépendamment du fait qu'on ait la majorité. On ne peut pas, on est en démocratie…

APOLLINE DE MALHERBE
Vous ne vous mettrez pas en situation de dépendance…

OLIVIER VERAN
Voilà, en démocratie, on ne peut pas empêcher, et c'est heureux, un député de voter un texte que vous présentez. Par contre, faire le calcul par anticipation, que grâce aux voix du RN, nous passerions un texte que nous ne passerions pas sans eux, c'est non, ni d'ailleurs…

APOLLINE DE MALHERBE
C'est une faute ?

OLIVIER VERAN
Ni d'ailleurs LFI.

APOLLINE DE MALHERBE
C'est une faute ?

OLIVIER VERAN
Ni l'extrême gauche ni l'extrême droite, nous sommes dans l'arc républicain. Nous avons porté ces valeurs pendant la campagne, et ce sont des valeurs que nous avons à coeur, n'est pas le cas des communistes, ce n'est pas le cas des écologistes, ce n'est pas le cas des socialistes ni des Républicains.

APOLLINE DE MALHERBE
On va redire les choses très précisément pour comprendre les contours de cette Assemblée que vous imaginez, ou en tout cas, de cette majorité que vous imaginez, vous pourriez intégrer par exemple Parti socialiste, des députés qui sont issus, qui sont dans la NUPES, mais plutôt côté Parti socialiste, vous pourriez faire alliance avec les LR, mais ni LFI, ni RN ?

OLIVIER VERAN
Vous avez la réponse.

APOLLINE DE MALHERBE
C'est bien ça ?

OLIVIER VERAN
Vous avez la réponse. Et pardonnez-moi…

APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce que c'est une faute morale qu'elle fait Céline CALVEZ ?

OLIVIER VERAN
Non, non, attendez, dans la période post-élection, où tout le monde a fait campagne, et je connais très bien Céline CALVEZ, qui est une députée de très grande qualité, et je la connais suffisamment et je connais suffisamment ses valeurs pour savoir que ce n'est pas… il ne faut pas lui prêter une interprétation excessive des propos qui ont été tenus. Donc je ne me permettrai vraiment pas, je la connais très bien. Olivier DUSSOPT, qui est au gouvernement, il était député socialiste en début de mandat dernier, il nous a rejoints, Damien ABAD, qui est aujourd'hui ministre, il était député LR, il nous a rejoints, moi-même, j'étais député socialiste, et j'ai rejoint Emmanuel MACRON en 2016-2017…

APOLLINE DE MALHERBE
Oui, mais enfin, ceux qui restent aujourd'hui et qui ont été élus sous l'étiquette PS ou LR, c'est justement ceux qui ne vous ont pas rejoint, c'est un peu, je dirais, ceux qui ont résisté à cet appel, vous pensez qu'aujourd'hui, vous pourrez malgré tout, les convaincre, ils vous disent non, pour l'instant, ils vous répondent non, enfin, je ne sais pas si vous, vous avez des informations à nous donner sur ceux que vous avez appelés, mais…

OLIVIER VERAN
Je vous dis que des députés constructifs et responsables de gauche et de droite, il y en a largement suffisamment pour faire majorité ou une majorité globale ou majorité texte par texte.

APOLLINE DE MALHERBE
Largement suffisamment ?

OLIVIER VERAN
Oui.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous avez eu plusieurs députés au téléphone qui, individuellement, en dehors des présidents de groupe, sont prêts à vous rejoindre et à être dans une majorité constructive ?

OLIVIER VERAN
Ils ne disent pas forcément qu'ils sont prêts à nous rejoindre, ils disent : nous sommes en responsabilité élus parlementaires, nous avons conscience qu'il n'y a pas de majorité sans vous, et nous ne voulons pas bloquer notre pays, donc à vous de créer les conditions qui nous permettront de travailler avec vous, ou texte par texte, ou pourquoi pas, un accord si on voit qu'on n'y arrive pas…

APOLLINE DE MALHERBE
J'avoue que je suis un petit peu surprise, parce que c'est vrai que quand on écoute Christian JACOB, par exemple, on a l'impression que c'est une porte totalement fermée, mais vous, vous avez l'air assez serein ce matin, vous dites : j'ai suffisamment…

OLIVIER VERAN
Je ne me permettrai pas de dire…

APOLLINE DE MALHERBE
On aura suffisamment…

OLIVIER VERAN
Je ne vous dirai jamais que je suis serein et je ne vous dirai jamais que c'est fait, je vous dis que je connais le Parlement depuis 10 ans que j'y suis élu, et que j'y ai occupé plusieurs fonctions, et que nous travaillons collectivement, et que nous nous montrons ouverts, et que nous avançons en transparence, et que nous disons à celles et ceux qui veulent travailler avec nous qu'ils sont les bienvenus, et que nous pouvons discuter des conditions qui nous permettraient de trouver des voies de consensus, et qu'il y a, encore une fois, plusieurs grandes options qui sont sur la table, celle que nous privilégions aujourd'hui, c'est celle d'un élargissement de notre majorité à celles et ceux qui veulent travailler, et évidemment, en en discutant les conditions, ça veut dire qu'il faut être capable aussi de se réinterroger…

APOLLINE DE MALHERBE
Vous serez prêt vous aussi à faire des concessions, j'imagine…

OLIVIER VERAN
Ça veut dire qu'on doit se réinterroger. La seule option…

APOLLINE DE MALHERBE
Ça veut dire quoi se réinterroger ?

OLIVIER VERAN
Eh bien, ça veut dire que s'il y a des points qui sont des points de blocage, on ne va pas commencer par ces points de blocage. Et nous avons des objectifs devant nous qui me semblent assez consensuels, pardonnez-moi, lutter contre les déserts médicaux, ça fait consensus, réformer l'école pour nos enfants, ça fait consensus, améliorer la sécurité de nos concitoyens, ça fait consensus, augmenter les pensions de retraite, ça fait consensus.

APOLLINE DE MALHERBE
Alors justement, au-delà de la méthode, on y reviendra, mais justement, pour rentrer un peu dans le concret, pour voir justement si le pays n'est pas complètement sur pause et s'il y aura des mesures concrètes, vous évoquiez de vous-même ce qui devait arriver, là, tout de suite, c'est-à-dire dès le 6 juillet, présenté en Conseil des ministres, le paquet de mesures pouvoir d'achat, est-ce que vous pensez qu'il peut concrètement entrer en vigueur dès cet été, comme c'était prévu ?

OLIVIER VERAN
La question que vous me posez, c'est : est-ce qu'il y aura suffisamment de députés pour augmenter le niveau de pension de retraite des Français, normalement, la réponse, elle est dans la question, que vous soyez de droite ou que vous soyez de gauche, et s'il ne se trouvait pas les quelques dizaines de députés manquants à la majorité pour voter l'augmentation des pensions de retraite pour les Français, ça poserait quand même un certain nombre de questions…

APOLLINE DE MALHERBE
Sauf que vous le savez bien, il y aura d'autres choses dans la loi sur le paquet pouvoir d'achat, et par exemple, j'ai posé la question ici même à Manuel BOMPARD dès lundi, lui, disait, sur le pouvoir d'achat, nous, ce qu'on veut, c'est bloqué les prix, s'il y a le blocage des prix dans la loi, alors, nous la voterons, du côté du RN, ils disent s'il y a une baisse nette de la TVA sur le paquet de première nécessité, nous voterons la loi, c'est-à-dire que vous devriez prendre un peu des mesures de chacun, est-ce que vous êtes prêt à le faire ?

OLIVIER VERAN
Pardonnez-moi, vous venez de me citer les deux partis avec lesquels je vous ai dit que nous n'étions pas en train d'envisager de travailler concrètement pour construire une majorité. Donc parlez-moi des Républicains, parlez-moi des socialistes…

APOLLINE DE MALHERBE
D'accord, donc ces deux propositions-là de toute façon…

OLIVIER VERAN
Parlez-moi des écolos.

APOLLINE DE MALHERBE
Les Républicains, ils ont dit qu'ils allaient faire leurs propres propositions sur le pouvoir d'achat, ils les feront dans les tout prochains jours, et que si vous les prenez dans votre loi, alors, ils sont prêts à discuter.

OLIVIER VERAN
On va discuter, de toute façon, les Français nous ont demandé de discuter, le message envoyé par les Français, c'est qu'ils veulent un Parlement qui soit fort, et on est dans quelque chose d'inconnu est inédit. Mais nos institutions sont fortes, et nous avons la volonté, c'est important, Apolline de MALHERBE, nous, la majorité avons la volonté de tendre la main, de travailler pour l'intérêt général, c'est vraiment le message. Et nous allons…

APOLLINE DE MALHERBE
Vous nous confirmez en tout cas que le 6 juillet…

OLIVIER VERAN
Et nous allons continuer de le faire, et nous allons chercher groupe par groupe, député par député, s'il le faut, pour pouvoir travailler pour l'intérêt général.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous nous confirmez en tout cas que le 6 juillet, il y aura bien un Conseil des ministres, puisque, là, quand même, pour l'instant, on n'a pas de date pour le prochain Conseil des ministres, il y en avait un qui devait avoir lieu hier, qui a été annulé, le 6 juillet, il y aura bien un paquet pouvoir d'achat qui sera présenté en Conseil des ministres ?

OLIVIER VERAN
Je ne peux pas vous confirmer aujourd'hui la date précise de dépôt du texte, je peux vous dire qu'hier, Elisabeth BORNE, la Première ministre, nous a réunis, ministres, et qu'il a été question de cette réforme, de cette loi sur le pouvoir d'achat qui est très attendue par les Français, et que nous nous sommes dit que nous aurions une majorité au Parlement pour la faire adopter.

APOLLINE DE MALHERBE
J'ai toujours du mal à comprendre, parce qu'Elisabeth BORNE, hier, elle a présenté sa démission au président, le président dit qu'il l'a refusée, ça fait toujours un peu mise en scène, on se demande quel est le message, ça veut dire quoi, ça veut dire que, elle, elle a envie de partir, qu'il la retient, ça veut dire qu'il n'a personne d'autre pour la remplacer, ça veut dire que ce n'est pas le moment, ça veut dire quoi ce message ?

OLIVIER VERAN
Plusieurs points, d'abord, formellement, elle garde la confiance du président de la République, puisqu'il a refusé sa démission, formellement, elle était tenue, c'est la coutume après une élection, de présenter sa démission au président de la République, et formellement, nous avons besoin d'un gouvernement pleinement fonctionnel, pas dans la gestion des affaires courantes, mais pleinement fonctionnel, parce que nous avons besoin de signer les décrets, je vous en donne un exemple, le point d'indice pour les fonctionnaires, il est attendu, je vous donne un autre exemple, sur la transition…

APOLLINE DE MALHERBE
Ça, pour le coup, pas besoin du Parlement, ce sera par décret ?

OLIVIER VERAN
Non, sur la transition énergétique, donc nous avons des décrets qui sont importants, que nous devons signer, chaque ministre est aujourd'hui dans son ministère pleinement fonctionnel, à sa tâche et il travaille. Et la partie Parlement, mais qui, de toute façon, n'aurait pas pu commencer maintenant, puisqu'il était prévu que rien ne démarre avant la semaine du 4 juillet…

APOLLINE DE MALHERBE
Avant le 5 juillet, ça, on a bien compris, mais d'ailleurs, elle a redemandé la confiance du président, est-ce qu'elle redemandera aussi la confiance du Parlement, c'est-à-dire, est-ce que, comme l'y invite notamment Jean-Luc MELENCHON, Elisabeth BORNE demandera la confiance à l'issue de son discours de politique générale ?

OLIVIER VERAN
Mais Jean-Luc MELENCHON, qui n'est plus parlementaire, avant même que la Première ministre ait indiqué si oui ou non elle irait vers un vote au Parlement, a fait déposer, il a déjà déposé, mais enfin, il a fait déposer, il n'est plus parlementaire, il est retraité aujourd'hui, une motion de censure devant l'Assemblée nationale, avant même qu'elle se soit exprimée, vous voyez bien, là, la politique de l'obstruction, quand je vous disais qu'on ne peut pas travailler avec les députés de La France Insoumise, c'est que, avant même qu'elle ait dit un mot, et qu'elle ait présenté le moindre projet, il a déjà, par anticipation, 2 semaines avant, déposé une motion de censure, ça, c'est une première, ça, ça n'est jamais arrivé.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais sur la question de la confiance, malgré tout, on a entendu Emmanuel MACRON, qui, au soir du deuxième tour des élections, a dit qu'il allait gouverner différemment, qu'il allait davantage ouvrir, dialoguer, quand on voit qu'hier, il reçoit les chefs de partis pour discuter justement d'un éventuel travail ensemble, y compris de cette question d'un gouvernement d'union nationale, et que sa Première ministre n'est pas là, elle est là pour du beurre ?

OLIVIER VERAN
Mais elle n'est pas là pour du beurre, d'abord, elle réunissait les ministres, j'y étais, nous étions réunis autour de la Première ministre…

APOLLINE DE MALHERBE
Oui, mais enfin, vous auriez pu choisir un autre horaire, enfin, si elle voulait…

OLIVIER VERAN
Non, non, le chef…

APOLLINE DE MALHERBE
Enfin, si Emmanuel MACRON avait voulu qu'elle soit à ses côtés elle aurait pu y être…

OLIVIER VERAN
Je veux dire, il y aurait eu la Première ministre, on aurait dit : qu'est-ce qui se passe, elle n'est pas là, on dit : qu'est-ce qui se passe, ce n'est pas ça qui compte. Dans la nouvelle façon de gouverner, et ça, c'est vraiment important, avant même l'élection législative, le président de la République avait souhaité une nouvelle façon de fonctionner, et avec un plus grand respect accordé au Parlement et au corps intermédiaires, les syndicats, les associations d'élus locaux, les citoyens. Dans la vie démocratique, il y a aussi ce très beau mot de démocratie, et la démocratie est un petit peu malade, et on le voit, une abstention qui est élevée, un poids des extrêmes qui est croissant, donc il faut qu'on trouve quelque chose de nouveau, et avant même d'ailleurs le résultat de cette élection, c'était notre volonté. Et la mission qui m'a été confiée par le président de la République et la Première ministre, c'est aussi d'inventer de nouveaux mécanismes démocratiques. Davantage associer les citoyens.

APOLLINE DE MALHERBE
On le sent, vous avez été vous-même un peu sonné.

OLIVIER VERAN
C'est quand même important la vie démocratique.

APOLLINE DE MALHERBE
Oui mais j'imagine justement. Quand vous êtes en charge de la vie démocratique et qu'il se passe ce qui s'est passé dimanche, quand on est celui qui a comme titre dans son portefeuille la vie démocratique, j'imagine que c'est au minimum un choc.

OLIVIER VERAN
C'est une incitation à agir plus. C'est une incitation à rapprocher les Français de leur classe politique, de rapprocher les Français de la construction des politiques publiques. Ça nous invite, ça nous incite, ça nous oblige et c'est tant mieux à davantage revenir vers les Français une fois qu'on les a consultés pour leur dire comment ce qu'ils nous ont dit nous a influencé pour légiférer.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous avez des regrets peut-être de ne pas les avoir entendus avant ?

OLIVIER VERAN
Nous avons mené campagne Apolline de MALHERBE sur un programme. Le programme que nous portons sur le travail, sur l'Europe, il a été retenu majoritaire par les Français quatre dimanches consécutifs : les deux tours de la présidentielle, Emmanuel MACRON est arrivé en tête…

APOLLINE DE MALHERBE
Oui mais vous voyez bien…

OLIVIER VERAN
Les deux tours de l'élection législative.

APOLLINE DE MALHERBE
C'est quand même une défiance.

OLIVIER VERAN
Mais attendez, j'ai connu des soirs de défaite avec un autre parti. J'ai connu un président qui ne pouvait pas se représenter et j'ai connu un groupe parlementaire qui est passé de plus de 250 députés à 20. Je sais ce que c'est qu'une défaite. Ne faisons pas d'une majorité relative une défaite. Par contre ne faisons pas d'une majorité relative une victoire en soi. Donc les Français ne nous ont pas donné un blanc-seing non mais ils nous ont confié à nous la mission d'organiser une majorité pour réformer le pays pendant les cinq prochaines années.

APOLLINE DE MALHERBE
Alors Olivier VERAN, je sais bien que vous n'êtes plus ministre de la Santé mais il se trouve qu'il n'y a plus de ministre de la Santé.

OLIVIER VERAN
Il y a une ministre de la Santé, Brigitte BOURGUIGNON. Elle est aujourd'hui à son ministère.

APOLLINE DE MALHERBE
Elle n'a pas encore démissionné, c'est ça que vous voulez dire. Elle démissionnera mais elle continue les affaires courantes.

OLIVIER VERAN
Elle ne fait pas les affaires courantes, elle est chargée de réformer la santé et elle continue. Vous savez jusqu'au dernier moment, jusqu'à la dernière minute j'ai travaillé.

APOLLINE DE MALHERBE
Elle ne sera pas audible. C'est peut-être pour ça d'ailleurs que je vais poser la question : êtes-vous inquiet de la reprise du Covid ?

OLIVIER VERAN
Là, vous me prenez sur la question Covid. On est vacciné, on a une protection collective qui est forte, on connaît le variant qui est en circulation, on connaît les moyens de se prémunir d'une flambée épidémique : le masque, les gestes barrières, les Français savent tout ça. Ils ont parfaitement compris les choses.

APOLLINE DE MALHERBE
Donc il n'y a pas d'inquiétude.

OLIVIER VERAN
Je n'ai pas d'inquiétude excessive. J'ai vu que ça avait monté dans certains pays européens, ensuite ça baisse. C'est ce nouveau variant qui est un arrière-cousin d'Omicron.

APOLLINE DE MALHERBE
Et un mot encore, j'en profite puisqu'effectivement vous dites elle est certes encore ministre formellement, mais enfin je pense qu'il y a peu de chances qu'elle accepte de répondre aux questions. On manque quand même beaucoup de bras et on a une inquiétude – enfin, c'est ce que disent les médecins - sur les urgences cet été. Quand vous voyez qu'il y a un certain nombre de médecins étrangers qui ne sont pas régularisés et qui ont manifesté encore récemment devant le Ministère de la Santé, est-ce que vous vous dites : ça c'est quand même une des solutions, il faut qu'on le fasse vite, il faut les régulariser, il faut leur permettre de bosser ?

OLIVIER VERAN
En fait il y a deux choses. Vous avez des médecins qui manifestent parce qu'ils ont le droit de travailler en France et ils n'ont pas le statut qu'ils souhaitent et ils sont obligés de travailler à l'hôpital alors qu'ils voudraient pouvoir partir s'installer en ville. Ces médecins ils sont fonctionnels et ils travaillent à l'hôpital, là où on a le plus besoin d'eux aujourd'hui mais ça ne veut pas dire qu'il ne faut pas regarder dossier par dossier pour leur permettre ensuite d'aller là où ils le souhaitent. Et vous avez la situation de médecins diplômés de pays hors Union européenne, sans convention avec la France, et qui lorsqu'ils arrivent en France demandent à pouvoir exercer. Et je peux vous dire que dans la période, il n'y a pas une administration qui n'a pas accéléré tous les processus pour pouvoir les valider. Je pense aux médecins libanais, aux médecins tunisiens, aux médecins cubains. D'où qu'ils viennent, on fait très attention à ça.

APOLLINE DE MALHERBE
Et donc ministre délégué chargé des Relations avec le Parlement et de la Vie démocratique et encore un petit peu de la santé.

OLIVIER VERAN
Non !

APOLLINE DE MALHERBE
Merci Olivier VERAN en tout cas d'avoir répondu à mes questions. On a bien compris que pour vous, la discussion, l'élargissement c'est vers le Parti socialiste, LR, mais pas question de toucher à LFI et au RN. Ça, c'est non.

OLIVIER VERAN
L'UDI, les indépendants, voilà.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 23 juin 2022