Interview de M. Gabriel Attal, ministre des comptes publics, à RTL le 5 juillet 2022, sur le nouveau gouvernement, la situation à l'Assemblée nationale, les mesures en faveur du pouvoir d'achat et les finances publiques.

Texte intégral


ALBA VENTURA
Bonjour Gabriel ATTAL.

GABRIEL ATTAL
Bonjour.

ALBA VENTURA
Alors, ce nouveau gouvernement, c'est un peu tout ça pour ça, non ?

GABRIEL ATTAL
C'est un gouvernement d'action avec des ministres qui…

ALBA VENTURA
Mais aucun ralliement, pas de prise de guerre, pas d'élargissement ?

GABRIEL ATTAL
Ecoutez, l'important, c'est d'avoir des ministres à leur poste qui travaillent sur tous les sujets, et notamment les questions de logement, les questions de transport, où des ministres n'avaient pas encore été nommés, vous savez que c'est classique d'attendre les élections législatives pour compléter un gouvernement, qui puisse chercher à mettre en oeuvre la feuille de route fixée par le président de la République…

ALBA VENTURA
Je croyais que l'objectif, c'était de rechercher des accords de gouvernement avec d'autres forces politiques, ce n'était pas ça l'objectif ?

GABRIEL ATTAL
L'objectif, c'est de trouver des accords au Parlement, sur des textes qui constituent des priorités pour les Français, sur le pouvoir d'achat, sur la sécurité, sur la transition écologique, on va chercher à convaincre les parlementaires d'adopter des textes qui constituent des grandes priorités pour les Français, c'est ça notre objectif, et c'est ça qu'on veut faire. Et je crois que le gouvernement qui a été nommé est composé d'hommes et de femmes aux parcours très différents, aux origines politiques différentes aussi, vous avez des personnes qui…

ALBA VENTURA
Qui avaient déjà rejoint la Macronie depuis un petit moment quand même…

GABRIEL ATTAL
Pas toutes, vous avez des personnes aussi qui étaient de la société civile, vous avez monsieur BRAUN, qui était l'ancien président du SAMU, qui est ministre de la Santé…

ALBA VENTURA
Quelques experts, c'est vrai…

GABRIEL ATTAL
Monsieur COMBE, qui était le directeur général de la Croix Rouge, qui est ministre des Solidarités, voilà, vous avez aussi des personnalités nouvelles qui rejoignent ce gouvernement, je pense qu'il incarne aussi l'équilibre de ce qu'on porte avec Emmanuel MACRON.

ALBA VENTURA
Mais finalement, la seule prise de guerre, c'était Damien ABAD, qui était chez Les Républicains, qui doit quitter le gouvernement parce qu'il est visé par une enquête pour tentative de viol. Juste une question, quelle est la règle en fait, quelle est la doctrine puisque, Emmanuel MACRON a conservé des ministres mis en examen ou visés par des enquêtes ?

GABRIEL ATTAL
Je pense que le souhait, c'est d'avoir des ministres qui sont en capacité d'exercer leur mission sereinement et le président de la République, la Première ministre ont considéré que Damien ABAD ne pouvait plus exercer sa mission sereinement, du fait de l'affaire que vous connaissez. Il va pouvoir se défendre, et s'exprimer en dehors du gouvernement.

ALBA VENTURA
Finalement, Elisabeth BORNE ne se soumettra pas demain au vote de confiance à l'issue du discours de politique générale, vous préférez jouer la prudence ?

GABRIEL ATTAL
Non, ce n'est pas une nouveauté que de dire qu'on n'a pas de majorité absolue au Parlement, nous avons une majorité relative, et que la confiance, on va chercher à la construire progressivement sur des textes, encore une fois. L'urgent me semble être davantage le projet de loi sur le pouvoir d'achat, sur lequel on va évidemment chercher du compromis avec les oppositions, qu'un vote de confiance, dans un contexte où on n'a pas de majorité absolue, et où, classiquement, les gouvernements qui n'avaient pas de majorité absolue au Parlement, ne passaient pas par un vote de confiance, c'était le cas sous un certain nombre de gouvernements dans l'histoire de la République.

ALBA VENTURA
Mais ça permet de préserver Elisabeth BORNE.

GABRIEL ATTAL
Non, ça permet d'aller à l'essentiel, c'est-à-dire les priorités des Français. Nous, ce qu'on veut, c'est pouvoir discuter…

ALBA VENTURA
Ça dépend de quel point de vue on se place…

GABRIEL ATTAL
Eh bien, moi, j'essaie de me placer du point de vue des Français, je me dis que les Français qui nous écoutent, ça les intéresse davantage de savoir quand est-ce qu'on va voter sur la revalorisation des pensions de retraite, quand est-ce qu'on va voter sur le bouclier tarifaire pour l'étendre, quand est-ce qu'on va voter sur la suppression de la redevance télé, qui sera une économie pour eux, plutôt que de savoir s'il va y avoir un vote ou non de confiance sur le gouvernement.

ALBA VENTURA
On en parle un instant, mais encore une question, il y aura une motion de censure déposée par La France Insoumise, vous pensez qu'elle n'a aucune chance d'aboutir ?

GABRIEL ATTAL
Ecoutez, moi, je ne crois pas que les oppositions, l'ensemble des oppositions, vont chercher immédiatement à bloquer et à empêcher le gouvernement d'agir, manifestement, La France Insoumise veut constituer ce qu'on appellerait une minorité de blocage au Parlement, voilà, chercher à bloquer à tout prix, par principe. Ils annoncent une motion de censure avant même que la Première ministre ait fait sa déclaration de politique générale. Ils annoncent qu'ils vont voter contre le texte contre le pouvoir d'achat avant même qu'on l'ait présenté et qu'ils sachent ce qu'il y a dedans. Ce n'est pas notre logique. Alors, ils prétextent le fait qu'il n'y a pas de vote de confiance à l'issue de la déclaration de politique générale pour déposer leur motion de censure, mais encore une fois, ils savent très bien, et Jean-Luc MELENCHON, il était déjà parlementaire, il était sénateur, à l'époque où Edith CRESSON, Pierre BEREGOVOY et autres ne présentaient pas de vote de confiance à l'issue de leur déclaration de politique générale à la fin des années 80-90. Donc il sait très bien que ça s'est toujours fait dans ces situations-la dans l'histoire de la République.

ALBA VENTURA
Alors, vous le dites, Gabriel ATTAL, il va falloir construire des majorités pour faire passer vos textes, notamment sur la loi pouvoir d'achat. Vous avez vu que Les Républicains posent déjà leurs conditions, qu'est-ce que vous pouvez leur répondre, par exemple, ils demandent la baisse durable des charges, pour augmenter le salaire net, est-ce que ça, vous pouvez leur dire…

GABRIEL ATTAL
On va avoir un débat au Parlement. On va avoir un débat au Parlement, et je le dis, on aborde avec Bruno LE MAIRE ce débat de manière très ouverte, on est prêt à des compromis avec les oppositions qui veulent faire des compromis, et qui veulent arriver à aboutir à des textes qui répondent aux priorités des Français pour l'intérêt général. On a un cadre qu'on a fixé, c'est, 1°) : il faut que ça soit des mesures utiles pour les Français et leur pouvoir d'achat, évidemment. 2°) : on a une trajectoire de réduction des déficits, et c'est essentiel de poursuivre sur cette trajectoire, parce que la réalité, c'est que la dette qu'on accumule, c'est potentiellement des impôts pour les Français demain, après-demain. Et 3°) : on ne veut pas augmenter les impôts des Français. Voilà quel est le cadre dans lequel on lance le travail sur ces textes, et on aura une discussion très ouverte, on regardera proposition par proposition, on analysera les propositions, on regardera quel est le financement qui est proposé par les oppositions, quand elles présentent une mesure qui alourdit la charge pour l'Etat, comment est-ce qu'elles prévoient un financement pour cette mesure sans augmenter les impôts.

ALBA VENTURA
Oui, mais c'est vous qui détenez les cordons de la bourse, et pas une journée sans qu'on annonce une mesure sur le pouvoir d'achat, Bruno LE MAIRE a déjà parlé de cote d'alerte sur les finances publiques. Pierre MOSCOVICI, le premier président de la Cour des comptes, a rendu un rapport en forme d'avertissement. Il dit, Pierre MOSCOVICI, il ne faut pas de quoi qu'il en coûte inflation.

GABRIEL ATTAL
On est sorti du quoi qu'il en coûte, je le rappelle…

ALBA VENTURA
Inflation…

GABRIEL ATTAL
Après la crise sanitaire…

ALBA VENTURA
Là, il parle du quoi qu'il en coûte inflation…

GABRIEL ATTAL
Mais il s'agit de prendre…

ALBA VENTURA
Pas celui après le Covid…

GABRIEL ATTAL
Non, mais attendez, il s'agit de prendre des mesures de protection pour les Français, on a déjà commencé à en prendre, et c'est pour ça qu'on a une inflation en France qui est nettement inférieure à l'inflation qu'on constate dans le reste de l'Europe, parce qu'on a mis en place un bouclier sur les prix de l'électricité et du gaz, je le rappelle, depuis l'automne dernier, ils ont été multipliés par 4, voire par 10, dans un certain nombre de pays européens, ça n'a pas été le cas en France, c'est pour ça qu'on a une inflation qui est inférieure. On continuera à prendre des mesures pour protéger le pouvoir d'achat des Français. Mais on le fait, je le dis, dans une logique de réduction des déficits, et on peut faire les deux en même temps, l'année dernière, Alba VENTURA, elle illustre bien cette politique…

ALBA VENTURA
Comment on peut faire les deux en même temps ?

GABRIEL ATTAL
Eh bien, l'année dernière, elle l'illustre bien, 2021, qu'est-ce qui s'est passé, on a baissé le déficit, il était de 8,9 % en 2020, l'an dernier, 6,4 %. Est-ce qu'on a arrêté de protéger les Français ? La réponse est non, on a protégé les Français avec une indemnité inflation de 100 euros, qui a été versée à 38 millions de Français. Est-ce qu'on a arrêté de protéger les Français ? Non, on a poursuivi des dispositifs de soutien aux entreprises, par exemple, le chômage partiel pour certaines entreprises…

ALBA VENTURA
On a une croissance assez atone, Gabriel ATTAL, une croissance de 2,3 % en moyenne sur 2022, le budget de 2022 a été bâti sur une hypothèse de 4 %.

GABRIEL ATTAL
Alors, au contraire, je dirais qu'on a une croissance qui est robuste, surtout quand on se compare à nos voisins. La prévision que nous faisons pour 2022, c'est 2,5 %, c'est quasiment un point de plus que nos voisins allemands. Donc on a une croissance robuste, par ailleurs, et c'est aussi…

ALBA VENTURA
Le Gouverneur de la BANQUE DE FRANCE a prévu par ailleurs, pour 2023, 1,2 %, et pour 2024, 1,7 %…

GABRIEL ATTAL
Là, je parle de 2022.

ALBA VENTURA
Tout à fait.

GABRIEL ATTAL
Et par ailleurs, on a une politique qui nous a permis d'avoir un taux de chômage au plus bas depuis 15 ans, et je le dis de manière un peu importante, parce que, quand vous avez un taux de chômage qui est bas, d'abord, vous avez des Français qui ne sont plus au chômage, et qui travaillent, et c'est évidemment bien pour eux, pour leur famille, mais par ailleurs, vous avez des recettes supplémentaires pour l'Etat, plus vous avez de Français qui travaillent, plus évidemment, vous avez de cotisations qui sont versées par les entreprises. L'an dernier, avec le taux de chômage le plus bas depuis 15 ans, on a eu 30 milliards d'euros de recettes supplémentaires que ce qui était prévu. Et cette année, nous tablons sur plus de 25 milliards d'euros de recettes en plus que ce qui était prévu, c'est aussi ça qui nous permet…

ALBA VENTURA
Mais on doit maîtriser nos dépenses…

GABRIEL ATTAL
Oui, et on doit maîtriser nos dépenses…

ALBA VENTURA
Est-ce qu'on peut faire mieux sans dépenser plus ?

GABRIEL ATTAL
Eh bien, il faut dépenser bien, voilà, c'est ça, il faut dépenser bien, c'est-à-dire, dépenser au bon endroit, pour que ça soit efficace pour soutenir les Français, et encore une fois, pour continuer à réduire nos déficits. Le déficit l'an dernier, il a baissé par rapport à l'année précédente. Cette année, il va encore baisser. Et on a une trajectoire qui va nous permettre d'atteindre les 3 % de déficit en 2027. Tout ça, pour ceux qui nous écoutent, ça fait très chiffres qui ne correspondent pas à des choses très concrètes…

ALBA VENTURA
Oui, mais où on fait des économies, dits-nous où on fait des économies ? Est-ce que la réforme des retraites, elle va arriver, là, dans les mois qui viennent ?

GABRIEL ATTAL
Je vais vous dire, il y a trois moyens de baisser nos déficits tout en continuant à protéger les Français, 1°) : l'activité économique, la baisse du chômage, je le disais à l'instant, c'est aussi des recettes en plus qui nous permettent de financer des priorités. 2°) : c'est les réformes, vous les avez citées, il y a la réforme des retraites, d'autres réformes de modernisation de l'Etat qui sont possibles.

ALBA VENTURA
Sur quoi ? Sur quels postes, la santé, le logement, sur quels postes ?

GABRIEL ATTAL
Attendez, et troisièmement, on y vient, il y a la question de la maîtrise de nos dépenses ; il ne s'agit pas de dire : on va baisser de manière brutale le budget de ministères, il s'agit de dire qu'on va maîtriser le rythme auquel augmentent les dépenses des ministères. Il y a des ministères dont les dépenses vont augmenter plus vite que les autres, c'est les priorités qui ont été fixées par le président de la République, j'en cite deux, la Santé et l'Education. Pour le reste, oui, il faudra maîtriser nos dépenses, ça ne veut pas dire qu'on va dépenser moins, ça veut dire qu'il faut maîtriser le rythme.

ALBA VENTURA
Dites-moi, elle arrivera quand cette loi pouvoir d'achat à l'Assemblée ?

GABRIEL ATTAL
Elle va être présentée en Conseil des ministres ce jeudi, elle sera transmise dans la foulée à l'Assemblée nationale, et ensuite, il y a la Commission des Finances qui examinera le texte, et puis, il sera examiné en séance…

ALBA VENTURA
Fin juillet ?

GABRIEL ATTAL
Ah, non, ça va même démarrer bien avant ça au Parlement, heureusement. Mais vous avez ensuite le Parlement qui organise ses travaux et son agenda.

ALBA VENTURA
Merci beaucoup Gabriel ATTAL.

GABRIEL ATTAL
Merci.

YVES CALVI
La confiance, on va chercher à la construire au fur et à mesure, dossier par dossier, avec les oppositions qui le voudront bien, vient de nous dire le ministre, Gabriel ATTAL. Merci. Bonne journée Monsieur le Ministre.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 12 juillet 2022