Interview de M. Stanislas Guerini, ministre de la transformation et de la fonction publiques, à Europe 1 le 29 juillet 2022, sur la politique économique, les relations avec l'Arabie saoudite, la polémique concernant les cabinets conseil, l'augmentation du point d'indice des fonctionnaires, l'attractivité de la fonction publique et les maisons de France service .

Texte intégral

THIERRY DAGIRAL
L'entretien politique de ce vendredi matin, sur Europe 08h14, bonjour Stanislas GUERINI.

STANISLAS GUERINI
Bonjour.

THIERRY DAGIRAL
Ministre de la Transformation et de la Fonction publiques. D'abord, ce chiffre que l'on vient d'apprendre ce matin : la croissance française rebondit plus fort que prévu, + 0,5%, après un repli de 0,2% au 1er trimestre. Ça met un peu de baume au coeur ?

STANISLAS GUERINI
Ça veut dire que quand on a une bonne politique économique, on ne la change pas tous les quatre matins. Ça veut dire qu’on poursuit notre objectif de valorisation du travail, d'une politique de compétitivité et d'attractivité pour la France. Je vous rappelle que cela fait 3 ans que la France est devenue le pays le plus attractif d'Europe pour les investissements. Donc je vois beaucoup de débats, beaucoup de, parfois, de remise en cause de la politique économique, moi je crois qu'on a une politique économique qui, non seulement nous permet d'avoir la croissance la plus importante au niveau européen, mais permet surtout, surtout de créer des emplois. Ça fait des décennies que nous vivons avec le chômage de masse, nous avons la perspective du plein emploi, ce n’est pas maintenant qu'on va lâcher, alors on continue.

THIERRY DAGIRAL
Autre dossier ce matin, Stanislas GUERINI, c’est bien sûr cette polémique : hier soir le président MACRON a reçu à dîner le prince héritier saoudien. Il est à nouveau fréquentable ?

STANISLAS GUERINI
Vous utilisez le mot " polémique ", je n'utiliserais pas le même mot. L'Arabie Saoudite fait partie du G20, il y a un bon nombre de crises, bon nombre de dossiers sur lesquels nous devons parler avec tout le monde, je pense à l'Iran je pense à la Libye, je pense au Liban, je pense à la lutte contre le terrorisme islamiste. Ce qui serait problématique, c'est de ne pas parler aujourd'hui à tous les acteurs du Moyen-Orient. Et en l'occurrence, Emmanuel MACRON parle à tout le monde. Et je crois que s'il y a bien un reproche qu'on ne peut pas faire au président de la République c'est de ne pas dire toujours les vérités et de ne pas porter la voix de la France, et notamment de ses valeurs, donc…

THIERRY DAGIRAL
Mais, BEN SALMANE, ce n'est pas tout le monde. Il faut juste rappeler qu'il y a 4 ans, le journaliste KHASHOGGI était assassiné…

STANISLAS GUERINI
Vous avez raison.

THIERRY DAGIRAL
… et que le prince héritier est accusé de complicité de tortures, de disparition forcée en lien avec l'assassinat de ce journaliste.

STANISLAS GUERINI
Mais, parler ça n'est pas ce coucher.

THIERRY DAGIRAL
Emmanuel MACRON hier soir a abordé le sujet…

STANISLAS GUERINI
Parler, c’est assumer que dans le monde, il y a des interlocuteurs, il y a des pays qui ne portent pas toutes les mêmes valeurs démocratiques que la France, et je crois que ce qui serait une faute, c'est de ne pas parler, c’est de ne pas chercher à faire avancer les choses. L'Arabie Saoudite, s'est réengagée dans des dossiers internationaux, desquels il était pour l'instant exclu. C'est ça cette méthode-là du président de la République.

THIERRY DAGIRAL
Mais, est-ce que le sujet KHASHOGGI a été abordé hier soir ?

STANISLAS GUERINI
Mais, le Président l'a dit lui-même, l'Elysée l'a fait savoir. Les sujets ont été abordés, les sujets démocratiques, y compris les cas individuels que vous mentionnez. Nous avons aujourd'hui des solutions à trouver. Le rôle d'un président de la République, c'est de protéger les Français, et en l'occurrence il faut parler avec tout le monde, il y a des sujets énergétiques évidemment…

THIERRY DAGIRAL
Bien sûr.

STANISLAS GUERINI
Vous voyez bien quelle est la situation…

THIERRY DAGIRAL
Mais, vous comprenez, Stanislas GUERINI, ce matin…

STANISLAS GUERINI
… alors, c’est le rôle du président de la République que de faire avancer les dossiers.

THIERRY DAGIRAL
Vous comprenez la colère des associations de défense des droits de l'homme ?

STANISLAS GUERINI
Mais, je les entends évidemment, et je pense que…

THIERRY DAGIRAL
Mais vous les comprenez ou pas ?

STANISLAS GUERINI
… c’est sain, au fond, que des associations, des parties prenantes, puissent porter cette voix-là. Mais ce que je veux leur dire, c'est que les valeurs de la France, la voix de la France, les Droits de l'homme, ils ont été portés hier soir, comme toujours, par le président de la République.

THIERRY DAGIRAL
Mais, on est en pleine crise énergétique à venir, en tout cas, et l'enjeu est bien sûr un énorme, l'Arabie Saoudite a les moyens de faire baisser les prix du pétrole.

STANISLAS GUERINI
L'Arabie saoudite codirige l'OPEP, c'est-à-dire c'est un des principaux pays producteurs de pétrole dans le monde. Nous sommes dans une situation où il faut préparer la France, préparer la France à vivre dans une situation de pénurie. Ça sera certainement le cas sur le gaz, Vladimir POUTINE, selon toute probabilité, va finir par fermer le robinet complètement. Il faut trouver des alternatives au pétrole russe. C'est à ça que s’attache le président de la République, et c'est son rôle, pleinement son rôle.

THIERRY DAGIRAL
Stanislas GUERINI, autre dossier, qui vous concerne directement. 4 mois après la polémique sur le cabinet McKinsey, le Gouvernement va plafonner le coût des missions à 2 millions d’euros, dès 2023. 2 millions d'euros par mission. Vous avez enfin tiré les leçons ?

STANISLAS GUERINI
Vous savez, ce sujet-là du recours aux prestations de conseils, c’est un sujet que je prends très au sérieux. Je crois que c'est un sujet qu'il ne faut pas laisser aux populistes, qui sont ceux qui veulent. Toujours affaiblir l'Etat. Moi je veux le renforcer, je veux que nous puissions faire ce qu'il est bon de faire, c'est-à-dire parfois avoir à recourir à un prestataire extérieur, ce n’est pas un mal en soi, mais nous avions besoin de renforcer les règles, de renforcer le cap des recours aux prestations de conseil.

THIERRY DAGIRAL
Parce qu’avant, il n’y avait pas de plafond, hein.

STANISLAS GUERINI
Et à ce sujet-là du recours aux prestations, en encadrant mieux les plafonds, et puis il y a aussi tous les progrès qu'on peut faire pour intégrer plus de règles déontologiques, pour faire en sorte, de l'ensemble des contacts entre des cabinets de conseil et des membres du Gouvernement, des membres de cabinet, soient faites de façon absolument transparente, qu'on interdise toutes les démarches de démarchage, justement, qu'on puisse avoir des déclarations de conflits d'intérêts potentiels de chacun des consultants qui travaillent sur des dossiers, de faire la transparence, de publier toutes les commandes. Eh bien tout ceci, c'est ce que nous avons mis dans ce nouveau cadre de recours aux cabinets de conseil. Moi je pense qu'il faut prendre ces sujets au sérieux, parce que c'est une façon au fond de réarmer notre Etat. Parce que nous avons besoin parfois de nous appuyer sur des conseils extérieurs, mais nous devons le faire dans un cadre déontologique, dans un cadre de transparence, qui est renforcé, c'est chose faite avec ce nouvel accord cadre, vous voyez que nous progressons. Nous l’avons fait d'ailleurs en tirant des enseignements, en s'appuyant sur les recommandations qu’avaient faites les parlementaires qui avaient travaillé là-dessus, je pense que c'est aussi l'état d'esprit de ce quinquennat-là, que d'aller chercher les bonnes idées, quand elles ont été mises sur la table. Il y avait un boulot qui avait été mené, on en a tiré aussi les conséquences.

THIERRY DAGIRAL
Que l’on comprenne bien, qui va contrôler ? Comment se fera le contrôle ?

STANISLAS GUERINI
Eh bien, nous avons, au sein de mon ministère, une Direction qui pilote ces sujets-là, et donc qui va permettre d'encadrer les choses, et puis il y a la Haute Autorité pour la transparence dans la vie publique, qui pourra regarder par exemple les déclarations de conflits d'intérêts potentiels, qui seront opposables, si jamais il y a un problème. Moi je pense que ce qui était très important, c'est d'avancer à la fois sur des recommandations de déontologie, je viens de vous en citer quelques-unes, et puis sur les critères de transparence. Je disais que nous allions publier l'intégralité des commandes de la puissance publique, c'est bien normal, ça permet de faire progresser ce cadre-là. Je veux dire aussi que les données qui sont issues des missions de conseil, eh bien elles doivent être transmises systématiquement à l'Etat, au ministère, et puis détruites dans les cabinets de conseil, parce que c'est à l'Etat, c'est à la puissance publique de pouvoir progresser à chaque fois qu'elle fait recours à un cabinet extérieur.

THIERRY DAGIRAL
Faites-moi une confidence ce matin, est-ce que vous dites : ça a été une faute, ça a été une vraie erreur qui a plombé la campagne présidentielle ?

STANISLAS GUERINI
Non, je crois que beaucoup à travers ce dossier-là, ont cherché à créer de la polémique, et en affaiblissant le Gouvernement, au fond, ils affaiblissent l'Etat et notre capacité à avancer. C'est pour ça je prends que je prends ce sujet très au sérieux. Oui, nous devons progresser, je crois que c'est précisément ce que nous sommes en train de faire, et il faut dire les choses en transparence, vous voyez je parle de transparence, cet accord-là il va être évidemment publié, chacun pourra le regarder, les parlementaires qui ont travaillé sur ces questions-là pourront nous donner leur retour. J'ai reçu récemment les sénateurs et sénatrices qui avaient présidé la Commission d'enquête parlementaire au Sénat, eh bien je continuerai à échanger avec eux, ils ont déposé une proposition de loi, je leur ai indiqué que j'avais la volonté de pouvoir avancer avec eux et aboutir avec eux, y compris sur leur proposition législative.

THIERRY DAGIRAL
Le pouvoir d'achat à présent. Les fonctionnaires, dont vous avez la charge, obtiennent une hausse de salaire de 3,5%. C'est un rattrapage ?

STANISLAS GUERINI
Ils obtiennent une augmentation du point d'indice de 3,5%. Et ce que je veux préciser, c’est que cette augmentation-là, elle va s'ajouter aux augmentations de salaires qui étaient déjà prévues, donc en moyenne ce sera plutôt 5 % pour les agents de la Fonction publique. C'est important, parce qu’eux aussi ils font face à l'inflation…

THIERRY DAGIRAL
C’est important, mais soyons honnêtes, c’est un rattrapage, il y a eu des gels pendant 5 ans.

STANISLAS GUERINI
Oui mais, quand on dit " gel pendant 5 ans ", on sous-entend parfois qu’il y a eu zéro augmentation de salaire dans la Fonction publique. Ce n’est pas le cas, il y avait des augmentations moyennes, à peu près 1,5% en moyenne, ça correspondait d'ailleurs à l'inflation, et donc ce que nous faisons là c'est que nous prenons une mesure particulière pour répondre à cette inflation que chacun connaît, dont les agents de la Fonction publique, dont je suis le ministre, et c'est mon rôle, de les protéger contre cette inflation aussi.

THIERRY DAGIRAL
Mais ça pose le problème de l'attractivité de la Fonction publique. Un rapport avait été remis en février dernier à votre prédécesseur, qu'est-ce qui va se passer maintenant ? Comment on rend le job attractif ?

STANISLAS GUERINI
Ce que vous dites là c'est essentiel, c'est ma 1ère priorité, l'attractivité de la Fonction publique. Moi j'ai été très clair avec les organisations syndicales : l'augmentation du point d’indice, c'est une réponse conjoncturelle à la vie chère au retour de l'inflation, ça n'épuise pas le sujet de l'attractivité dans la Fonction publique. Vous savez, je pense qu'il y a une partie du problème qui se situe sur la fiche de paie, c'est un de mes chantiers prioritaires, que de revoir la façon dont on construit une carrière, et le valoriser sur la fiche de paie pour les agents de la Fonction publique. Il y a une autre partie qui se joue autour de la fiche de paie, dans le déficit de sens aujourd'hui que ressentent les agents de la Fonction publique, parfois dans la qualité de vie au travail, sur des sujets comme par exemple l'accès au logement des fonctionnaires, et donc c'est tous ces sujets-là que je vais mettre sur la table, je vais le faire à la rentrée avec les organisations syndicales, avec l'ensemble des parties prenantes des services publics, au fond, pour pouvoir avancer au début de l'année 2023 et aboutir sur ce grand chantier des carrières et des rémunérations.

THIERRY DAGIRAL
Bon, donc réunion à la rentrée.

STANISLAS GUERINI
Je le fais comme ça, que, à la fin de l'année nous aurons les élections professionnelles, et je veux aussi de respecter ce temps-là pour les organisations syndicales, j'en profite pour le dire, c'est 5,7 millions de personnes en France, agents de la Fonction publique qui iront voter. Il faut réussir ce moment démocratique.

THIERRY DAGIRAL
Je voudrais qu'on évoque un dernier point. Vous étiez hier avec Elisabeth BORNE dans les Vosges, pour lancer à 400 maisons de France service en plus.

STANISLAS GUERINI
Ça sera 180 en plus, mais c'est déjà pas mal, on sera quasiment à 2 400 maisons France service dans le pays.

THIERRY DAGIRAL
D’accord. Ces maisons France service, racontez-nous ce que c'est, parce que ça c'est vraiment intéressant, ça touche les territoires.

STANISLAS GUERINI
C'est une réponse à ceux qui se sentent éloignés des services publics. Le président de la République avait fait une promesse au lendemain du grand débat national, c'est de remettre des services publics accessibles pour tous les Français. Aujourd'hui avec ces 2 400 maisons France service, eh bien nous répondons à cette promesse présidentielle, c'est-à-dire avoir un service public accessible à moins de 30 minutes de l'ensemble de l'intégralité des Français, et même à moins de 20 minutes pour plus de 9 Français sur 10. Je veux…

THIERRY DAGIRAL
C’est une façon de parler des territoires que vous aviez sans doute oubliés lors du premier quinquennat.

STANISLAS GUERINI
Je veux dire aussi que quand on rentre dans une maison France service…

THIERRY DAGIRAL
Monsieur GUERINI, est-ce que c’est une façon de parler à ces territoires que vous avez sans doute oubliés ?

STANISLAS GUERINI
Je n’aime vraiment pas le terme " oublié ", beaucoup a été fait pour les territoires, mais là aussi on doit parler se parler en franchise, en transparence, c'est vrai que beaucoup de gens étaient de plus en plus éloignés des services publics. Quand vous avez le bureau de POSTE qui ferme dans votre
commune, parfois, c’est le dernier pan…

THIERRY DAGIRAL
… décisions prises à Paris.

STANISLAS GUERINI
… de la puissance et des services publics qui est en train de disparaître. Alors, quand nous remettons une maison France service, hier nous étions dans les Vosges, dans un territoire rural, dans une commune rurale, eh bien nous ramenons de l'Etat, nous ramenons des services publics dans les territoires, c'est aussi une forme de respect pour ces habitants-là. Et quand on franchit la porte d'une maison France service, eh bien dans plus de 8 cas sur 10 on voit son problème résolu, son problème résolu en repartant de la maison France service. C'est très important. C'est un service public essentiel, nous sommes en train au fond d'inventer un nouveau service public, aussi pour aller vers nos concitoyens, les former au numérique. Il y a 4 000 agents conseillers numériques France service, qui avaient été mis en place pendant la crise sanitaire. Ce que je veux dire ce matin à votre micro, c'est que nous avons pris une décision qui est de pérenniser ces emplois-là, ce service public de lutte contre la fracture numérique, nous voulons faire une priorité, nous allons continuer et je dis ce matin aux 4 000 agents conseillers numériques France service, on continue avec vous parce que vous faites un boulot formidable pour les Français.

THIERRY DAGIRAL
Le ministre de la Transformation et de la Fonction publiques, Stanislas GUERINI, ce matin sur Europe 1. Merci à vous.

STANISLAS GUERINI
Merci à vous.

THIERRY DAGIRAL
Bonne journée.


Source : Service d’information du Gouvernement, le 1er août 2022