Interview de M. François Braun, ministre de la Santé et de la Prévention à RTL le 13 juillet 2022, sur le projet de loi sanitaire sur le covid-19, la canicule et la situation dans les hôpitaux.

Texte intégral

STEPHANE CARPENTIER
Soyez tous les bienvenus, et bienvenue donc à François BRAUN, le nouveau ministre de la Santé et de la prévention. Bonjour à vous.

FRANÇOIS BRAUN
Bonjour.

STEPHANE CARPENTIER
Face à vous, Benjamin SPORTOUCH, le chef du service politique de RTL. La France, François BRAUN, traverse une vague de chaleur importante, le traumatisme de la canicule de 2003 reste évidemment dans toutes les mémoires, entre 15 et 20.000 personnes, surtout âgées, y avaient succombé. Hier, sur RTL, le président de l'Association des directeurs au service de personnes âgées, Pascal CHAMPVERT, poussait un cri d'alarme, écoutez-le.

PASCAL CHAMPVERT
Il n'y a pas suffisamment de professionnels pour donner à boire, pour accompagner dans une pièce rafraîchie, pour venir fermer les volets à domicile. A partir du moment où il n'y a pas suffisamment de professionnels pour faire tout ce qu'on devrait faire, eh bien, nous n'aurons sans doute pas 15.000 morts, si nous avons la même canicule qu'en 2003, mais nous aurons certainement des milliers de morts par incurie de l'Etat.

STEPHANE CARPENTIER
Des milliers de morts par incurie de l'Etat, ce sont des mots très forts, par exemple, faute de personnel suffisant pour donner à boire à nos aînés, bref, François BRAUN, ça veut dire quoi, que nous ne sommes pas prêts ?

FRANÇOIS BRAUN
Ça veut dire qu'il faut faire appel à la solidarité aussi, aux organisations qui ont été mises en place depuis 2003, par les mairies par exemple, qui surveillent les personnes âgées, qui vont les aider. Ça veut dire qu'il faut énormément de vigilance, et qu'il faut de la prévention par les gestes habituels que tout le monde connaît maintenant quand même, sur la prévention dans la canicule.

BENJAMIN SPORTOUCH
D'ailleurs, concrètement, qu'est-ce que vous vous allez faire, là, justement pour venir en aide à nos aînés, et ceux qui s'inquiètent de subir cette canicule ?

FRANÇOIS BRAUN
Concrètement, nous allons rappeler les messages de prévention, de bon usage, pas de sport, hydratez-vous régulièrement, a fortiori, et puis, là, je vous l'annonce, j'ai demandé que le numéro vert Canicule Info Service soit remis en place, aujourd'hui, à 14h, comme ça, si nos concitoyens ont des questions, des interrogations sur ce qu'il faut faire, des inquiétudes : 0800 06 66 66, on pourra vous donner toutes les informations nécessaires sur ce type de canicule et ce qu'il faut faire.

BENJAMIN SPORTOUCH
On va le mettre sur le site Internet de RTL. Mais très franchement, j'allais vous dire, c'est un peu la mode du numéro vert à chaque fois qu'il y a une crise, Monsieur le Ministre, un numéro vert, ça n'a jamais apporté une bouteille d'eau à une personne âgée, et on l'a entendu, il y a un problème de personnel dans les EHPAD et même à domicile, puisqu'on dit à nos aînés : restez chez vous, mais il n'y a personne pour y aller, on a entendu Pascal CHAMPVERT le dire ; est-ce que ça, ça ne vous inquiète pas, est-ce que ça ne vous…

FRANÇOIS BRAUN
Bien sûr, bien sûr, il faut se préoccuper, mais là aussi, j'en appelle à la solidarité au sein de nos quartiers, au sein de nos villages, pour surveiller, protéger les personnes les plus à risque, les personnes les plus fragiles.

BENJAMIN SPORTOUCH
C'est un peu le système D quand même, si je vous entends bien ce matin.

FRANÇOIS BRAUN
Ce n'est pas le système D, vous savez, c'est, on en parlera peut-être, c'est pareil avec le virus, avec la Covid, il faut apprendre à vivre avec, la canicule, il faut aussi apprendre à vivre avec, nos concitoyens du Sud de la France ont les bons réflexes, ça n'empêche rien, mais quand même, il faut qu'on ait les mêmes réflexes dans le Nord de la France.

STEPHANE CARPENTIER
Alors, le Covid, justement, venons-y, un projet de loi sanitaire qui est sur la table, sauf que dans la nuit, François BRAUN, vous avez subi un gros revers avec le rejet du pass sanitaire pour les voyages hors de France, toutes les oppositions ont voté contre, c'était un peu votre baptême du feu à l'Assemblée hier. Est-ce que vous allez accepter ce verdict de l'Assemblée, ou est-ce que vous vous allez tenter de passer en force ?

FRANÇOIS BRAUN
Alors, ce projet de loi a été fortement remanié, c'est clair qu'il a été vidé d'une partie de son contenu…

STEPHANE CARPENTIER
Il ne reste plus que l'article 1…

FRANÇOIS BRAUN
Ce problème de... alors, le contrôle sanitaire aux frontières, puisque le pass, ça fait toujours penser à pas mal de choses, c'est une alliance, certes, de circonstance, vous l'avez dit, entre LFI, RN et LR. Dans ce texte, le gouvernement avait fait le choix de la responsabilité individuelle et collective, un peu ce que je vous disais tout à l'heure, apprendre à vivre avec, mais pour autant, continuer à prévenir et nous donner la possibilité de contrôler nos frontières devant l'émergence d'un variant plus dangereux, parce que le virus continue à muter, cette possibilité nous a été, pour l'instant, supprimée, eh bien, je vais continuer à me battre, je vais continuer à convaincre dès tout à l'heure au Sénat pour expliquer qu'il faut défendre ces dispositions, que cet article 2, il est juste, il est pertinent, qu'il faut qu'on se garde cette possibilité pour protéger les Français, je l'ai dit hier à l'Assemblée, c'est ma seule boussole : protéger la santé des Français…

BENJAMIN SPORTOUCH
Est-ce que ça, c'est l'ère du compromis, c'est ce que nous disait, là, récemment, la Première ministre, il faut apprendre à faire des compromis, eh bien, à l'opposition, vous dites : voilà, on vous dit qu'on n'en veut pas, est-ce que ce n'est pas le moment aussi d'accepter qu'ils aient un avis divergent, qu'il n'y ait pas ce pass sanitaire, qui reste un pass sanitaire aux frontières ?

FRANÇOIS BRAUN
Vous savez, il m'appartient, je le disais, de protéger la santé des Français, il m'appartient de convaincre, il m'appartient de mettre sur la table l'ensemble des arguments, je n'ai pas entendu forcément des arguments sanitaires en tant que médecin, j'étais un petit peu surpris de certains arguments, même si j'ai bien entendu ce qui a été dit, et je respecte l'état des discussions.

STEPHANE CARPENTIER
Monsieur le Ministre, il y a plein d'auditeurs qui vous écoutent en ce moment, qui vous voient peut-être sur notre site avec un masque sur le visage, est-ce qu'aujourd'hui, vu la situation et les cas qui augmentent, il ne faut pas dire aux Français : remettez le masque dans les transports en commun ?

FRANÇOIS BRAUN
Je l'ai dit, je continue à le dire : mettez le masque dans les transports en commun…

STEPHANE CARPENTIER
Est-ce qu'il ne faut pas le rendre obligatoire ?

FRANÇOIS BRAUN
Vous savez, le masque, il est plus efficace ou encore plus efficace sur le visage que dans la loi, là aussi, apprenons à vivre avec ce virus, ce virus qui va revenir, je crois que, en tout cas, un message que j'ai entendu, c'est que nos concitoyens ont envie d'avoir un peu moins d'obligations, comme celle-là, même s'il y en a, et je le répète, qui sont nécessaires, comme cette possibilité de contrôle aux frontières, eh bien, nous avons décidé, je décide aussi de miser sur la responsabilité des Français, d'expliquer.

STEPHANE CARPENTIER
Vous savez bien que si vous ne le mettez pas dans la loi, les Français le ne le feront pas tous.

FRANÇOIS BRAUN
Je ne suis pas forcément de votre avis, je pense que nous devons convaincre par rapport à cette utilité du masque quand on est les uns sur les autres.

BENJAMIN SPORTOUCH
Vous nous avez parlé à l'instant d'un variant qui pouvait être dangereux, c'est celui d'Inde, vous le craignez, vous pensez qu'il peut y avoir une vague beaucoup plus sérieuse à la rentrée ?

FRANÇOIS BRAUN
Vous savez, l'intérêt de cet article 2, donc cette possibilité de re-contrôler au niveau des frontières, c'est justement pour se prévenir de l'émergence d'un variant dangereux, il est surveillé, ce BA.2.75, il est surveillé, pour l'instant, on n'a pas de signe d'inquiétude majeur, mais plus le virus circule, plus il a des chances de muter, plus il a des chances de muter ou des risques de muter, plus on a des risques d'avoir un virus un peu moins sympathique, si je peux m'exprimer.

BENJAMIN SPORTOUCH
Ce sera quand le pic de la vague que nous vivons actuellement, la semaine prochaine, vous évaluez…

FRANÇOIS BRAUN
Alors, il faut rester très prudent, cette épidémie nous a appris l'humilité pour ceux qui ne l'avaient pas, donc il semblerait, il semblerait que nous atteignions très probablement le pic, en tout cas, l'augmentation se fait moins importante, on a l'impression que la courbe s'arrondit un petit peu, maintenant, on ne sait pas si ça va être un long plateau prolongé, on ne sait pas si ça va descendre, mais je crois que, surtout, il faut bien être conscient d'une chose, c'est que le principe du pic, de cette courbe, c'est qu'il y a autant de contaminations après le pic qu'avant le pic, donc ça veut dire…

BENJAMIN SPORTOUCH
Donc il faut rester prudent…

FRANÇOIS BRAUN
Continuer les gestes barrières, vaccinez-vous pour ceux qui sont éligibles à la vaccination.

STEPHANE CARPENTIER
C'est une information d'Anaïs BOUISSOU, qu'on entendait à l'instant, 34 pharmacies sont accusées d'avoir détourné, Monsieur le Ministre, plus de 53 millions d'euros en faux tests Covid, vous nous le confirmez, j'imagine, ce matin, et c'est juste vous dire, et la partie visible de l'iceberg ?

FRANÇOIS BRAUN
Eh bien, écoutez, déjà, rendre hommage au travail qui a été fait par la CNAM, ce travail de contrôle, et puis, eh bien, dès lors qu'il y a fraude, la fraude doit être sanctionnée, et il faut faire confiance à la justice pour ça.

BENJAMIN SPORTOUCH
Dans ce contexte, Monsieur le Ministre, les urgences sont à bout de souffle, le personnel est épuisé, vous avez donc lancé des mesures d'urgence, notamment le triage par le 15, quand les Français entendent le mot tri, Monsieur le Ministre, ils ont peur, les syndicats avec eux, ils se disent que ça peut mener à des drames.

FRANÇOIS BRAUN
Alors le terme triage est un terme un peu trivial, qui est utilisé de façon plus facile, ensuite, vous savez, on parle, quand on est urgentiste, de qualifier la demande des patients, c'est ça, en fait, c'est qualifier la demande et orienter dans le meilleur parcours de soins, si vous avez mal aux genoux depuis trois semaines, ce n'est pas d'aller aux urgences qui est le meilleur parcours de soins. C'est probablement d'aller voir votre médecin généraliste d'abord, ou un médecin qui va pouvoir vous voir rapidement plutôt que d'attendre des heures aux urgences. Là aussi, je fais le pari de la responsabilité individuelle et de la responsabilité collective pour éviter de surcharger nos services d'urgences pour que ceux qui en ont le plus besoin puissent en profiter.

STEPHANE CARPENTIER
Je redonne à 07h55 le numéro donc d'urgence canicule que vous nous avez annoncé ce matin sur RTL pour les auditeurs, c'est le 0800 06 66 66, on va mettre tout ça évidemment sur notre site rtl.fr. François BRAUN, vous qui êtes un fidèle auditeur de RTL, vous aurez été le dernier interviewé par Benjamin SPORTOUCH, notre chef de service politique, puisque, après des heures d'interviews, des heures de Grand Jury RTL, il nous quitte pour une autre aventure, et pour une fois…

FRANÇOIS BRAUN
J'espère que ce n'est pas à cause de moi…

BENJAMIN SPORTOUCH
Ah, mais non, pas du tout.

STEPHANE CARPENTIER
Et pour une fois, il aura été à l'heure. Il a fallu qu'on attendre le dernier jour pour qu'il soit à l'heure dans ses interviews. On souhaite le meilleur à Benjamin…

BENJAMIN SPORTOUCH
Merci à vous Stéphane, merci...

STEPHANE CARPENTIER
Merci Monsieur le Ministre de la Santé.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 20 juillet 2022