Interview de Mme Olivia Grégoire, ministre chargée des petites et moyennes entreprises, du commerce, de l’artisanat et du tourisme, à LCI le 29 août 2022, sur la sobriété énergétique, l'augmentation des prix de l'énergie, les aides apportées par l'Etat aux Français, la taxation des superprofits, le Conseil national de la refondation, les dark stores et le tourisme.

Texte intégral

ADRIEN GINDRE
Bonjour Olivia GREGOIRE.

OLIVIA GREGOIRE
Bonjour Adrien GINDRE.

ADRIEN GINDRE
Merci d’avoir accepté notre invitation.

OLIVIA GREGOIRE
C’est un plaisir pour cette première, je suis ravie d’être invitée.

ADRIEN GINDRE
Et merci à vous. On va commencer par parler sobriété énergétique, puisque c’est l’un des sujets de la journée, pour ne pas dire des mois qui viennent. La Première ministre s’exprime cet après-midi devant le MEDEF, elle va demander une baisse de consommation aux entreprises de 10%, c’est ça l’objectif ?

OLIVIA GREGOIRE
C’est ça l’objectif, mais j’ai envie de rappeler deux choses. D’abord, les engagements conjoncturels qu’on a demandés depuis quelques mois – je vais y revenir – aux entreprises, n’empêchent pas les engagements structurels…

ADRIEN GINDRE
C'est-à-dire ?

OLIVIA GREGOIRE
Il va falloir faire les deux en mêmes temps, c'est-à-dire qu’à la fois on va demander, et on a déjà demandé, aux entreprises, dont la plupart ont déjà pris des mesures, et je veux les en remercier, de faire attention à leurs dépenses d’électricité et donc de réduire autant que possible l’utilisation, aux alentours de 10 %, de leur consommation énergétique.

ADRIEN GINDRE
Aujourd'hui elles en sont à combien, vous dites il y a déjà des efforts ?

OLIVIA GREGOIRE
On aura le plaisir d’en parler d’ici quelques semaines, puisqu’à la fin du mois de septembre nous organisons, avec Agnès PANNIER-RUNACHER, dans le cadre de ce que nous leur avons demandé dès le mois de juin, la réunion sur la feuille de route sur leur plan de sobriété, dans l’hôtellerie, dans la restauration, dans les commerces, dans les grandes surfaces, il y a eu déjà beaucoup de réunions. Agnès PANNIER-RUNACHER mène ce chantier, je suis intervenue au côté des commerces, des grandes surfaces évidemment, Stanislas GUERINI s’occupe des administrations, tous les établissements recevant du public, que ce soit une entreprise, une mairie, une administration, doit faire un effort pour passer ensemble l’hiver et réduire très rapidement sa consommation. Ça veut dire un peu moins de chauffage, ça veut dire fermer les portes…

ADRIEN GINDRE
Quels efforts, parce qu’on a parlé beaucoup…

OLIVIA GREGOIRE
Vous en avez entendu parler cet été, fermer les portes…

ADRIEN GINDRE
On a parlé chauffage et climatisation.

OLIVIA GREGOIRE
Tout à fait.

ADRIEN GINDRE
Est-ce que ça veut dire aussi des efforts sur la production, être capable parfois peut-être de modifier sa manière de produire, voire d’arrêter sa production pour faire des économies d’énergie ?

OLIVIA GREGOIRE
Ça peut vouloir dire, en fonction des secteurs, vous venez de le dire, qu’il va falloir faire le plus possible, au maximum sans impacter la production, et peut-être il va falloir réorganiser certains pans de la production, en fonction des heures creuses, en fonction des consommations les moins importantes, des heures de consommation les plus importantes, vous savez c’est, comme le rappelait un des grands patrons de la distribution, c’est du bon sens, et du bon sens avant toute chose, ça veut dire, notamment sur le chauffage dès les premiers mois d’automne faire en sorte qu’on n’ait pas des chauffages qui soient poussés à 20 ou 25 degrés mais qu’on reste aux alentours de 19, la publicité lumineuse, vous en avez entendu parler, le décret va être promulgué dans quelques jours, quelques semaines, Agnès PANNIER-RUNACHER s'en occupe, et en l'occurrence tous ces efforts, on va faire le point ensemble à la fin du mois de septembre.

ADRIEN GINDRE
Et si elles ne le font pas est-ce qu’il y aura des sanctions…

OLIVIA GREGOIRE
Mais elles ont tout intérêt à le faire.

ADRIEN GINDRE
Par exemple sur le chauffage, est-ce qu'on va contrôler dans les entreprises si le chauffage est à bonne température ?

OLIVIA GREGOIRE
Non, ce n’est pas notre état d'esprit du tout. Vous savez, moi en tant que ministre des PME je me déplace, et bien heureusement, dans beaucoup de coins de France pour les rencontrer, j'étais encore dans la Drôme vendredi rencontrer une PME de mécanique de précision qui travaille pour l'aéronautique, je n’ai besoin de lui dire de faire attention à son électricité et son chauffage quand on voit que ces dépenses concernent à peu près 3, 4 % de son chiffre d’affaires…

ADRIEN GINDRE
Donc vous comptez sur la responsabilité.

OLIVIA GREGOIRE
C’est dans son intérêt de réduire ses dépenses parce qu’aujourd'hui les dépenses d'énergie sont en train de grignoter les marges des entreprises.

ADRIEN GINDRE
Alors justement, il y a des représentants d’organisations patronales qui vous interpelle, vous Gouvernement, ce matin Geoffroy ROUX de BEZIEUX le patron du MEDEF qui dit par exemple " à ce prix-là, au prix de l'énergie, certaines usines vont s'arrêter ", et il y a quelques jours c'était le président de la CPME, précisément les petites et moyennes entreprises dont vous avez la charge, qui demande au Gouvernement à la fois d'avoir à nouveau les mécanismes de chômage partiel longue durée, à nouveau un fonds de solidarité, précisément pour les entreprises dont la facture d'énergie explose. Est-ce que vous allez leur dire oui, est-ce que vous allez leur donner gain de cause et faire ces gestes envers eux ?

OLIVIA GREGOIRE
Alors, déjà des gestes il y en a déjà qui sont en cours, et c'est l'occasion ce matin de le rappeler, parce que ce n'est pas assez su, Gabriel ATTAL l’a rappelé dans une très bonne émission pas plus tard qu'hier.

ADRIEN GINDRE
Au « Grand jury », le ministre des Comptes publics.

OLIVIA GREGOIRE
Exactement. Ce que je veux dire par là c'est que, au moment où je vous parle les entrepreneurs, qui rencontrent de grosses difficultés avec leur facture énergétique, doivent, je leur recommande vraiment, se rapprocher de leur Direction des impôts, ou même de Bercy, pour rentrer dans ce qu'on appelle le plan de résilience. Il y a un plan de 3 milliards d'euros qui a été mis en place il y a quelques mois, et qui permet, pour les industries ou les commerces qui consomment énormément d'énergie, lorsque la dépense énergétique dépasse 3% de votre chiffre d'affaires, vous pouvez être aidé et accompagné financièrement par l'Etat. Ce plan aujourd'hui, il reste encore pas mal d'argent dedans, Gabriel ATTAL l'a rappelé hier, et il faut que nos entreprises s'en saisissent et demandent à être aidées lorsque les dépenses deviennent impossibles à gérer.

ADRIEN GINDRE
Donc ce sera le fonds de résilience mais pas de nouveau chômage partiel ou de nouveau fonds de solidarité ?

OLIVIA GREGOIRE
Chaque chose en son temps. Au moment où on se parler, bien sûr les coûts augmentent, je vous donne un chiffre que je retrouvais pour ce matin, qui me semble intéressant, c'est la CRE qui l’a dit, si nous n'avions rien fait sur le gaz imaginez qu'au 1er septembre c’est 105% d'augmentation que les ménages, comme les entreprises, auraient eu à confronter, donc au moment où on se parle il y a le bouclier tarifaire, il y a le plan de résilience, où il reste vraiment une grosse masse financière pour les entreprises, et j'ai envie de vous dire, pour le reste, si les choses devaient s'aggraver, au même titre que nous avons toujours pris nos responsabilités à l'endroit des ménages et des entreprises, on le ferait à nouveau, mais chaque chose en son temps, il faut se servir du plan résilience, il est là pour ça, c’est un appel aux entrepreneurs, contactez-nous pour ça.

ADRIEN GINDRE
Donc c’est un non pour le moment, à la demande du patronat. Vous avez parlé de la hausse des prix de l’énergie…

OLIVIA GREGOIRE
Pour le moment, le pour le monde est l’élément le plus important.

ADRIEN GINDRE
C’est noté. La Première ministre, hier, a une formule qui m'a interpellé, dans " Le Parisien " elle dit " nous garderons des dispositifs pour amortir les hausses ", ça veut donc dire qu'il y aura des hausses des prix du gaz et de l'électricité ces prochains mois en France.

OLIVIA GREGOIRE
Si on regarde tout simplement le réel, ce que j'essaye de faire, force est de constater que la tendance est très haussière depuis plusieurs mois, donc il y a des chances que cette tendance se confirme compte tenu du contexte, notamment géopolitique, et les tensions sur les matières premières.

ADRIEN GINDRE
Y compris pour les ménages.

OLIVIA GREGOIRE
Mais bien sûr, pour autant on n’est pas Madame Irma, on a des capacités de projection, gouverner c'est prévoir, je ne pas je suis pas en mesure, je ne sais pas d'ailleurs qui est en mesure, de vous dire quel sera aujourd'hui le prix de l'essence, du gaz ou l'électricité, au mois de décembre.

ADRIEN GINDRE
Mais dire une hausse de 10 à 20% dans les mois à venir, qui est un chiffre qui circule y compris dans les rangs du Gouvernement, ça paraît être raisonnable ?

OLIVIA GREGOIRE
Si c’est un chiffre qui circule dans les rangs du Gouvernement, très bien, moi je suis toujours très vigilante et prudente, le contexte est tendu, en revanche ce qui est important c'est de dire aux Français que gouverner c'est prévoir encore une fois, et nous avons donc, c'est le sens de la phrase de la Première ministre, mis de côté, pour le dire très simplement, des sommes et des masses financières, on a provisionné, dans le budget qui arrive d'ailleurs au Parlement dans quelques semaines, si jamais les choses devaient terriblement s’aggraver.

ADRIEN GINDRE
Quel montant, de quel montant vous parlez ?

OLIVIA GREGOIRE
Je ne suis pas en mesure de vous le dire ou de le partager, et je n’ai pas le plaisir d’être ministre des Comptes publics mais, nous sommes des gens prévoyants dans un contexte extrêmement difficile.

ADRIEN GINDRE
Est-ce que ça veut dire en creux, Olivia GREGOIRE, qu’il y aura à nouveau un mécanisme type chèque énergie, est-ce qu’il y aura à nouveau des ristournes à la pompe comme on l’a vu ?

OLIVIA GREGOIRE
Tout ce qui sera de nature à protéger les Français les plus fragiles d'entre nous sera mis en place et je peux vous garantir, pour avoir le plaisir de la connaître, qu'Elisabeth BORNE ne s'en privera pas. Ce qui est intéressant de rappeler, même si ça fait polémique, et ça a fait polémique dans mes débats samedi chez les Insoumis, c'est que cette inflation en France…

ADRIEN GINDRE
Vous êtes allée aux journées d’été des Insoumis…

OLIVIA GREGOIRE
Demeure la plus faible d'Europe, on peut le prendre dans tous les sens, la plus faible d'Europe, quand vous voyez 10,8% en Espagne - je sais que tout le monde le sait, mais enfin ce n'est quand même pas anodin, nous sommes à 6,1%, quand vous voyez la Grande-Bretagne qui projette à 18% d'inflation, nous sommes à 6,1% - et deuxièmement, le FMI a publié une étude, et j'invite les auditeurs à la relire, elle est facile à trouver, bien sûr cette inflation elle est terrible, et même 5%, 4%, 3% d'inflation, pour un ménage modeste c'est terrible et c'est difficile à gérer pour boucler les fins de mois, pour autant l'inflation en France frappe un peu moins durement les catégories les plus fragiles d'entre nous que dans d'autres pays. Le FMI a sorti une étude démontrant que cette inflation extrêmement forte était néanmoins un peu plus égalitaire dans notre pays que dans d'autres, pourquoi ? Parce qu'il y a beaucoup d'amortisseurs, comme on dit, dans notre pays. Je n’ai jamais dit que ce n’était pas violent pour les ménages, j'ai dit qu'on fait en sorte que…

ADRIEN GINDRE
Vous dites qu’on fait moins pire que les autres.

OLIVIA GREGOIRE
On fait beaucoup plus pour les plus modestes et c'est bien normal.

ADRIEN GINDRE
Justement ça a un coût tout ça, je citais Geoffroy ROUX de BEZIEUX à l'instant, c'est un peu sa journée aussi puisque ce sont les universités d’été du MEDEF…

OLIVIA GREGOIRE
Deux journées.

ADRIEN GINDRE
Il dit à nos confrères du " Figaro " " la période des chèques et des allocations en tout genre doit s'arrêter ", ce qui le préoccupe c'est l'état de nos finances publiques. Vous avez fait du retour à l'équilibre budgétaire l’un des objectifs de la campagne, à terme, est-ce qu'il n'a pas raison, est-ce qu'il ne faut pas arrêter les chèques et les aides en tout genre ?

OLIVIA GREGOIRE
C’est toujours un peu le paradoxe et je ne l'incrimine pas parce que la période est complexe, mais d'un côté les chèques, les ristournes et les aides ça suffit, de l'autre il y a 2 minutes vous m'interrogiez sur le MEDEF et la CPME qui demanderaient possiblement le fonds de solidarité, le chômage partiel, c'est un peu paradoxal, et est encore une fois c'est pour ça que je fais de la politique…

ADRIEN GINDRE
Retour à l’envoyeur.

OLIVIA GREGOIRE
Non, mais c’est le charme de notre pays. Ce que je crois, et le sens, me semble-t-il, je n’ai pas à faire parler Geoffroy ROUX de BEZIEUX outre-mesure, mais il me semble que ce qu'il dit c'est qu’il faut bien sûr des mesures d'accompagnement structurelles si les choses devaient empirer, mais moi je trouve qu'on a un peu de mépris, voire parfois du dédain, à l'endroit des chèques, ou j'entends parfois des " chèquounets ", enfin pardonnez-moi, des " chèquounets " qui représentent 40, 45 milliards d'euros d'investissement de l'Etat en deux projets de loi pouvoir d'achat, si ce sont des " chèquounets " on n’a pas la même conception du " chèquounet. "

ADRIEN GINDRE
C’est justement ce qu’il souligne, le fait que ça coûte, que ça coûte et que ça pèse lourd sur la finance publique.

OLIVIA GREGOIRE
Ça coûte et ça protège, et ça protège aussi notre consommation, puisque je suis ministre de la Consommation, encore heureux qu’il y a ces chèques, encore heureux qu'il y a l'aide exceptionnelle inflation qui arrive encore au mois de septembre, encore heureux, parce que ça permet aussi à notre consommation de se maintenir, à nos entreprises de continuer à vendre et de continuer à se maintenir dans un contexte difficile.

ADRIEN GINDRE
Est-ce que le chèque alimentaire, lui, est toujours à l'ordre du jour, parce que là il y a cette prime de rentrée exceptionnelle, on avait entendu parler d'une aide pour peut-être acheter des produits locaux, des produits frais, des produits bio ?

OLIVIA GREGOIRE
Nous y travaillons, ça fait partie aussi des choses sur le papier qui ont l'air très faciles à faire, pour suivre ce sujet depuis quelques mois, pour ne pas dire plus, parce que nous y travaillions déjà à l'époque avec Julien DENORMANDIE, c'est assez complexe à mettre en place, mais nous n'avons pas dit notre dernier mot et nous l'avons toujours en tête, oui.

ADRIEN GINDRE
A quelle échéance, à quel horizon ?

OLIVIA GREGOIRE
Je ne sais pas encore, je ne suis pas en mesure de vous le dire, mais on y travaille, notamment sur le volet de distribution qui n'est pas si évident, est-ce que nous remettons directement ces chèques aux Français, est-ce qu'on se débrouille pour le remettre dans des endroits où on peut acheter bio, local des produits de qualité, il y a des questions de distribution qui sont assez complexes à mettre en oeuvre.

ADRIEN GINDRE
On parlait des entreprises, il y a la question de la taxation des superprofits, la Première ministre a encore dit qu'elle ne ferme pas la porte à taxer les superprofits, ce week-end, mais est-ce que le Gouvernement est vraiment prêt à le faire Olivia GREGOIRE, comment est-ce qu'il faut comprendre cette phrase, est-ce que c'est une manière de nous dire " oui, nous allons le faire " ?

OLIVIA GREGOIRE
C’est une manière de dire nous sommes des gens du réel, nous sommes pragmatiques, et nous observons ce qui est en train de se passer. La porte n'est pas fermée, mais la phrase n'est pas finie non plus…

ADRIEN GINDRE
Non, vous avez raison.

OLIVIA GREGOIRE
La Première ministre a dit très clairement « cette porte n'est pas fermée, mais » - et je crois que le mais est important – ce qui est important aujourd'hui c'est que des entreprises qui font des bénéfices exceptionnels, liés à la crise énergétique, puissent rendre aux Français, autant que faire se peut, les bénéfices dont ils disposent. Aujourd'hui TOTAL a fait un geste d'un demi-milliard d'euros rendu directement aux Français à la pompe, nous allons observer, dans les prochaines semaines, dans les prochains mois, durant notamment… et c’est plutôt cohérent, c’est intéressant de voir qu'on a le débat budgétaire en même temps, donc on va être attentifs, à la fois pendant la partie recettes, mais aussi la partie dépenses, à voir à la fois comment les prix de l'énergie évoluent et quelles propositions les entreprises, qui font énormément de profits avec cette crise énergétique, font pour faire en sorte que la douloureuse soit moins importante pour les Français. Elisabeth BORNE est une femme extrêmement pragmatique, et c’est aussi pour ça que je souhaitais la servir avec force lorsque j'étais porte-parole du Gouvernement, c'est une femme qui est ingénieure, c'est une femme qui est ancrée dans le réel, donc l'avantage c’est que…

ADRIEN GINDRE
Elle regardera les faits et elle tranchera en fonction.

OLIVIA GREGOIRE
On verra les faits, elle tranchera en fonction des faits, et ce n’est pas à l’aune de religions ou d’idéologies surannées qu'elle prendra ses décisions, elle prendra ses décisions sans dogmatisme et sans s’empêcher aucun geste si les entreprises ne sont pas au rendez-vous, je crois que c'est un discours de responsabilité.

ADRIEN GINDRE
Ça veut dire qu'on oublie les propos de Bruno LE MAIRE encore en juillet qui disait « pas de taxe », on oublie ce que le Président a dit, qui disait " pas plus d’impôts " ?

OLIVIA GREGOIRE
Pas du tout, parce qu’en fait ils disent, dans des gammes assez différentes en réalité, exactement la même chose. Bruno LE MAIRE dit exactement la même chose que la Première ministre.

ADRIEN GINDRE
Il faut lire entre ligne et avoir les sous-titres en fait !

OLIVIA GREGOIRE
Non, ce qu’il faut c’est lire les phrases en entier et pas oublier les phrases comme celle de la Première ministre, c'est-à-dire cette taxe sera regardée si les entreprises n’ont pas pris leurs responsabilités. Bruno LE MAIRE, que j'ai écouté évidemment pendant les débats, notamment au Parlement le projet de loi de finances rectificative, l’a dit de multiples fois au banc, il n’y a pas de religion là-dedans, il n’y a pas d'idéologie, il y a du pragmatisme, TOTAL a fait un geste, aujourd'hui EDF est extrêmement mis à contribution avec le bouclier tarifaire, ça fait partie des débats à porter aussi, j’entendais encore samedi les Espagnols, les Italiens, taxent les grands énergéticiens, oui, mais c'est absurde, nous les grands énergéticiens sont mis à profit très directement avec le bouclier tarifaire et donc n’ont pas les hausses…

ADRIEN GINDRE
Sont mis à contribution.

OLIVIA GREGOIRE
Donc on regarde la réalité des faits et à l'aune de ça on tranchera et on prendra nos responsabilités s’il faut les prendre.

ADRIEN GINDRE
Deux petites questions encore sur ce contexte très particulier, il y a eu ces derniers jours un débat autour des jets privés qui a été alimenté par votre collègue du gouvernement Clément BEAUNE, qui dit qu'il faut envisager potentiellement de les réguler, même s'il est resté prudent, est-ce qu'il a eu raison de relayer ce sujet, est-ce que vous le soutenez dans cette démarche ?

OLIVIA GREGOIRE
Moi je soutiens tous ceux qui ont le courage de leurs convictions, et Clément BEAUNE en fait partie, voilà, point un. Est-ce que je partage intégralement sa conviction ? pour ce qui me concerne pas tellement, je crois à la force des symboles, mais je crois qu'en période de crise on ne gouverne pas nécessairement avec des symboles, je crois aux mesures structurelles plus qu'aux symboles, 30% des émissions de gaz à effet de serre sont liées aux transports, c'est la réalité, 0,1% des gaz à effet de serre sont émis par ces jets privés, il y a du symbole, il y a sûrement la nécessité de demander un effort à tous, ça, ça me semble important. Je regarde beaucoup ce qui se passe en en Europe aussi, vous voyez, ça peut paraître dingue, mais en Suède, en Europe du Nord, ils ont demandé aux ménages de baisser leur consommation de saunas. Alors, ça paraît abscons dans notre pays, mais c'est une culture très développée en Suède, en Norvège, en Finlande. Et dans leur propre, même... dans leurs propres habitudes culturelles, le gouvernement a demandé aux Suédois de faire un effort. Ça représente aussi du symbole, on ne gouverne pas qu'avec, mais les symboles ont parfois leur portée. Je pense qu'il a été courageux de porter sa conviction. Je ne la partage pas nécessairement, mais ce que je remarque aussi pour avoir la chance d’être En Marche depuis 2017…

ADRIEN GINDRE
Mais vous n’adhérez pas totalement…

OLIVIA GREGOIRE
C’est quand on est tous alignés sur une proposition, on est des Playmobils, certains nous l’ont chanté pendant 5 ans dans l'irrespect, de façon assez remarquée. Eh bien, moi, je remarque qu’on n'est pas de forcément tous d'accord, mais chacun peut étayer ses propositions…

ADRIEN GINDRE
Mais disons que c’est bien de débattre…

OLIVIA GREGOIRE
Et c'est bien comme débat, oui.

ADRIEN GINDRE
Une petite précision encore vous concernant, vous êtes en charge, je le disais tout à l'heure, des Commerces, le décret concernant le fait de devoir fermer la porte quand on a un magasin climatisé ou un magasin chauffé prévoit qu'il puisse y avoir des sanctions, comment ça va se passer ?

OLIVIA GREGOIRE
Oui, oui, oui, des sanctions, des amendes pécuniaires.

ADRIEN GINDRE
Qui seront de quel montant ?

OLIVIA GREGOIRE
Qui peuvent aller jusqu'à quelques centaines d'euros, je crois jusqu'à 1.500 euros, je crois…

ADRIEN GINDRE
Et avec des contrôles effectués par les forces de l’ordre…

OLIVIA GREGOIRE
Et des contrôles organisés, pas du tout, par une formidable administration, que je me permets de saluer, puisque j'en ai la supervision, la DGCCRF, en charge de la répression des fraudes.

ADRIEN GINDRE
Donc la répression des fraudes. Et ça sera à partir de quand ?

OLIVIA GREGOIRE
C’est déjà en train d'être contrôlé, et ce sera... ça va continuer, on va contrôler ça et les enseignes lumineuses, le décret sur les enseignes lumineuses arrive lui dans quelques jours. Mais ça fait déjà l'objet de beaucoup de contrôles de cette administration.

ADRIEN GINDRE
Alors, vous parliez tout à l'heure de vos camarades insoumis, adversaires politiques, vous leur avez rendu visite ce week-end, il se trouve que Jean-Luc MELENCHON appelle à une marche mi-octobre contre la politique du gouvernement au moment où le Parlement reprendra ses débats, il est dans son rôle ?

OLIVIA GREGOIRE
Il est dans son rôle, moi, j'appelle à une marche pour l'avenir des Français, pour la croissance, pour la confiance, et au boulot quand on est au Gouvernement, donc certains calent des marches en octobre, novembre, décembre et d'autres sont au boulot le 29 août, et depuis plusieurs années, chacun son style.

ADRIEN GINDRE
Gérard LARCHER, le président du Sénat, lui, a fait savoir dans un courrier à Emmanuel MACRON qu'il ne participerait pas au lancement du Conseil national de la refondation dans quelques jours, de son point de vue, les parlementaires ne sont pas leur place dans cette instance, puisque pour lui, les parlementaires, ils sont là pour voter la loi au Parlement et pas la co-construire en dehors du Parlement ; est-ce que vous entendez cet argument ?

OLIVIA GREGOIRE
J’entends toujours quand, je dirais, le président du Sénat parle, et heureusement, je trouve ça dommage, peut-être changera-t-il d'avis dans les prochains jours. Le lancement du Conseil national est prévu le 8 septembre. Moi, j'ai à coeur de rappeler une chose, et c'est peut-être un peu ambitieux, mais peut-être le président du Sénat, monsieur LARCHER l'entendra-t-il, on ne parle pas de la même nature de débat. Il n’a jamais été question, jamais, pas une seule seconde, de retirer du pouvoir parlementaire, bien au contraire, que ce soit à l'Assemblée nationale ou au Sénat. Il est question de dire : il y a les sujets du quotidien, vous voyez, il y a le prix de l'essence, il y a la rentrée, il y a les sujets sanitaires, la surveillance sanitaire, il y a ces sujets qu'on doit gérer, qui sont vraiment des sujets du quotidien, du mois après mois, et puis, il y a en même temps des sujets qui sont ces grande bascules dont parle le président de la République, ces grands bouleversements dont nous sommes aujourd'hui témoins, que ce soit dans le rapport au travail…

ADRIEN GINDRE
Donc il n’a pas saisi la portée du CNR, Gérard LARCHER ?

OLIVIA GREGOIRE
Donc ce n’est pas tant qu’il n’a pas saisi, quand on ne saisit pas, c’est peut-être que nous n’avons pas été assez clairs. Donc je me permets de le faire, il est hors de question de mettre dans le CNR ce qu'on appelle des débats de gestion courante, ce sont des débats qui concernent l'avenir de notre pays, voyez, sur le travail, dès qu'on parle travail au Parlement, c’est : RTT, 35 heures ou retraite. Mais il y a d'autres sujets, le travail en 2030, la perception du travail chez nos plus jeunes, le rapport au travail après le Covid, après le télétravail, cette grande démission aux Etats-Unis qui est en train d’arriver…

ADRIEN GINDRE
Avec encore beaucoup d’emplois vacants y compris en France…

OLIVIA GREGOIRE
Oui, mais vous voyez, ces grands sujets d’avenir n'ont pas forcément leur temps de discussion au Parlement, et l'idée du CNR, c'est justement d'avoir un lieu où on peut parler de ces sujets d'avenir.

ADRIEN GINDRE
Et se projeter.

OLIVIA GREGOIRE
J’ai bon espoir peut-être que le président LARCHER rejoigne ces réflexions d'avenir, on a besoin des sénateurs.

ADRIEN GINDRE
Deux petites questions encore Olivia GREGOIRE, avant de conclure, vous êtes, je le disais tout à l'heure également, en charge du Commerce, dans les sujets qui ont agité l'opposition ces dernières semaines, il y a également la question des dark stores, ces entrepôts en centre-ville qui permettent la livraison rapide de commissions, de restauration, vous organisez une réunion le 6 septembre, est-ce que vous êtes prêt à bannir les « dark stores » des centres-villes pour protéger le petit commerce ?

OLIVIA GREGOIRE
Nous sommes prêts déjà à regarder la réalité, là aussi, les " dark stores " sont le symptôme d'un commerce qui est en train de se développer très fortement, et notamment depuis le Covid, qui est ce commerce ultrarapide, ce quick commerce, comme on dit bien souvent. Donc le " dark store " fait partie des différents avatars de ce quick commerce, il n'est pas le seul, il y en a d'autres. Je pense…

ADRIEN GINDRE
Mais ça ne vous choque pas conceptuellement ?

OLIVIA GREGOIRE
Je pense qu’il est important de réfléchir et de donner avec Olivier KLEIN, le ministre de la Ville, les moyens aux maires, aux collectivités locales, de mener la politique qu'ils ont envie de mener, et donc dans leur boîte à outils de pouvoir réfléchir ensemble à des solutions pour que les maires qu'ils le souhaitent et dont la vie des riverains est rendue impossible par ces " dark stores ", prendre des dispositions. Pour moi, il est très important que le Gouvernement au plan national parle avec les collectivités locales et bâtisse des outils qu’ils utilisent ou pas…

ADRIEN GINDRE
Mais ce sont les maires qui, ensuite, décideront de ce qu’il faut faire…

OLIVIA GREGOIRE
Et ce sont les maires qui ont la meilleure perception du sujet qui prendront les dispositions s'ils souhaitent les prendre.

ADRIEN GINDRE
Dans votre portefeuille décidément très large, ce qui fait qu'on a beaucoup de sujets ce matin, il y a le tourisme également, on arrive malheureusement sur la période de la rentrée, donc ça veut dire l'heure du bilan…

OLIVIA GREGOIRE
Mais il y a l’arrière-saison…

ADRIEN GINDRE
Est-ce qu'on peut déjà dire que ça a été un bon été cet été 2022 ?

OLIVIA GREGOIRE
Ça a été, j’arbore un sourire parce que ça fait chaud au coeur, c'est une profession, les acteurs du tourisme, 2 millions d'acteurs économiques dans le tourisme, qui ont subi de plein fouet la crise du Covid, qui ont été sacrément résistants, bien sûr, ils ont été aidés par l'Etat, vous voyez, on parlait du MEDEF tout à l'heure, 38 milliards d'euros d'aides publiques pour les acteurs du tourisme qui passent le cap, qui font une saison exceptionnelle, grâce à eux aussi, grâce aux Français que je veux remercier, trois quarts de nos compatriotes sont partis en France cet été, grâce au retour de la clientèle étrangère, deux choses : on a plus de touristes, et ils dépensent un peu plus, c’est un chiffre que je partage avec vous, j'ai une conférence de presse dans 40 minutes sur ce sujet, nous avons une hausse du ticket moyen de carte bleue de 10% par les touristes français. Donc c'est plutôt une bonne nouvelle, et une hausse de la recette moyenne par nuitée pour nos hôteliers, ce qui est aussi une bonne nouvelle. Donc la saison n'est pas terminée, j'aurai sûrement le loisir de venir vous en reparler, du moins le plaisir, puisqu’on prévoit aussi plus 25 % sur l'arrière-saison, en septembre, peut-être l'occasion d'en reparler ensemble. Chapeau aux acteurs du tourisme, même si c'est la rentrée, en tout cas, merci aux Français d’être partis en France.

ADRIEN GINDRE
Et bonne rentrée à vous, Olivia GREGOIRE.

OLIVIA GREGOIRE
Merci, à vous aussi.

ADRIEN GINDRE
Merci d'avoir été notre invitée.


Source : Service d’information du Gouvernement, le 15 septembre 2022