Interview de Mme Geneviève Darrieussecq, ministre déléguée chargée des personnes handicapées, à Radio J le 13 septembre 2022, sur l'inclusion des personnes handicapées et la fin de vie.

Texte intégral

CHRISTOPHE BARBIER
Geneviève DARRIEUSSECQ, bonjour et bienvenue.

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Bonjour.

CHRISTOPHE BARBIER
Le Président de la République se rend aujourd'hui dans un lycée professionnel. Est-ce un domaine où l'inclusion des personnes handicapées est encore à promouvoir ?

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Oui, je crois. Les lycées professionnels sont des lieux de formation absolument essentiels, et le Président de la République souhaite vraiment développer l'enseignement professionnel afin de le rendre plus efficace et surtout qu'il intéresse plus de jeunes. Et bien entendu que nous devons être attentifs à ce qu'il soit accessible aux jeunes en situation de handicap.

CHRISTOPHE BARBIER
C'est-à-dire des machines équipées, des accès facilités, c'est de l'argent à mettre, c’est des bâtiments à refaire ?

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Alors, bien entendu, il y a l’accessibilité au sens des équipements, des bâtiments ou toutes ces choses-là qui en général sont réalisés ou sont en cours de réalisation.

CHRISTOPHE BARBIER
Mais c'est l'état d'esprit surtout ?

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Mais c'est l'accessibilité aussi de l'enseignement avec des pédagogies adaptées si c'est nécessaire, et puis avec effectivement des outils particuliers pour les personnes en situation de handicap, qui leur permettent de suivre l'enseignement avec leur handicap.

CHRISTOPHE BARBIER
Est-ce que la rentrée scolaire et universitaire a été aussi inclusive que vous le souhaitiez ?

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Elle a été inclusive. Alors, ce n'est jamais assez puisqu’il y a toujours des familles qui se plaignent de ne pas avoir de solution. Ce qui est une réalité.

CHRISTOPHE BARBIER
Beaucoup ?

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Peu par rapport au nombre d'enfants inclus dans les écoles : 430 000 enfants en situation de handicap qui sont rentrés et qui ont fait leur rentrée scolaire. C'est quand même considérable.

CHRISTOPHE BARBIER
Mais quelques milliers qui, eux, n’ont pas de classe.

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Quelques centaines qui n'ont peut-être pas de solution, donc, bien entendu qu'il faut que nous poursuivions. Et ces personnes-là d'ailleurs et ces parents-là, ils sont… moi, je leur conseille vraiment… il y a un numéro, un numéro unique : le 0 800 805 805, je ne sais plus, je ne sais plus la forme…

CHRISTOPHE BARBIER
On va le retrouver, on le donnera.

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Et qui leur permet d'appeler sur une plateforme pour trouver une solution. En tout cas, ce qui est certain, c'est que l'ambition, c'est de ne laisser personne sans réponse. Les choses se mettent en route progressivement ; de plus en plus d'enfants sont inclus dans les écoles. Et je pense que c'est à la fois fort pour l'Education nationale qui doit recevoir tous les enfants parce que chaque enfant a droit à une éducation. Et puis, important pour les familles aussi de pouvoir sentir que leur enfant a l'accès, a un accès à l'éducation et à l’école avec tous les autres.

CHRISTOPHE BARBIER
Est-ce que nous manquons toujours de personnel pour accompagner les élèves handicapés qui ont besoin d'être assistés ?

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Alors, aujourd'hui, dans cette rentrée, il y a eu 4 000 AESH - ce sont des Assistants d'éducation pour ces enfants handicapés - supplémentaires par rapport à l'année d'avant. Donc nous en sommes à plus de 130 000 AESH. Il manque peut-être des AESH. Ce qui est certain, c'est que la réflexion doit être dans l'évaluation. Est-ce que chaque enfant avec un handicap a besoin d’un AESH ? Non. Il y a une palette d'outils, c'est-à-dire qu’il faut pour certains un matériel spécifique, il faut pour d'autres une pédagogie spécifique. Enfin, pour certains, il faut effectivement un accompagnement humain. Donc c'est tout cela qui est à considérer dans son ensemble et que nous avons à décliner à chaque rentrée scolaire. Ce qui est un véritable challenge pour l'Education nationale qui est en charge de cette mise en oeuvre tous les ans.

CHRISTOPHE BARBIER
On engage une procédure de validation des acquis pour les personnes qui aident des proches, notamment des personnes très âgées. Est-ce qu'on peut faire la même chose pour ce qui est des handicapés ?

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Absolument. Enfin, ça vient d’être proposé par le ministre du Travail, c'est que les validations des acquis de l'expérience puissent être accessibles aux personnes aidantes, donc aidant les personnes âgées mais aussi les personnes handicapées et aux proches aidants, afin que l'expérience qu'ils ont accumulée en étant au contact et au chevet ou en proximité de leurs parents en situation de handicap ou de dépendance puisse compter effectivement dans l'obtention potentiel d'un diplôme.

CHRISTOPHE BARBIER
Il faut mettre les compétences avant les incapacités, avez-vous dit. Nous sommes en période de pénurie d'emploi sans cynisme aucun. Est-ce que ça n'aide pas les handicapés à rentrer dans le marché du travail ?

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Mais je crois qu'il faut les aider parce que c'est leur souhait. Leur souhait, c'est d'être inclus dans la vie de la société, et le travail fait partie de la vie de la société. Donc, oui. Trop souvent et trop longtemps, vu le handicap comme une incapacité, moi, je pense qu'il faut évaluer les compétences de chaque personne en situation de handicap, et je peux vous assurer qu’ils en ont beaucoup, elles en ont beaucoup. Leurs compétences, les évaluer, adapter des formations par rapport à ces compétences et aux besoins du marché du travail et leur permettre d'avoir un accès à l'emploi.

CHRISTOPHE BARBIER
Est-ce que le Conseil national de la refondation peut vous aider à faire progresser la cause des handicapés ?

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Le handicap et les handicapés, et le sujet du handicap est transversal, il est dans toutes nos politiques. Donc, pour tous les ministères et avec Jean-Christophe COMBES, nous veillons à ce que, justement, chacun de nos collègues s'empare de cette politique dans tout ce qu'il met en oeuvre. Alors, bien entendu que ce sera également un sujet ; et d'ailleurs, les personnes en situation de handicap sont représentées dans ce Conseil national de la refondation parce que leur sujet est transversal mais doit être traité également.

CHRISTOPHE BARBIER
Alors, l'allocation adulte handicapé sera déconjugalisée, ça a été voté, mais pourquoi attendre presque un an encore pour l'appliquer cette mesure ?

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
On ne se rend pas bien compte mais il y a souvent des contingences, à la fois des contingences juridiques et des contingences techniques. Actuellement, nous sommes en ordre de bataille pour mettre en oeuvre un décret. Ce décret doit paraître fin décembre. Pourquoi il faut tant de temps pour mettre en oeuvre et écrire un décret ? Tout simplement parce que si nous appliquons la déconjugalisation (…) d'allocations familiales et qui doit construire une architecture numérique afin de pouvoir mettre en oeuvre ces tâches déconjugalisées, et ça demande à la Caisse d'allocations familiales de complètement inventer - on va dire - un système numérique différent par rapport à celui qu’il a actuellement, parce que toutes les prestations de la Caisse d'allocations familiales tiennent compte des revenus de la famille.

CHRISTOPHE BARBIER
La fin de vie fera l'objet d'une convention citoyenne. C'est le souhait du Président de la République. Pour certains handicapés très lourds, renoncer à l'existence peut être une volonté. Les personnes handicapées vont être concernées par ce débat. On se souvient, bien sûr, de l’affaire dite « Vincent HUMBERT ».

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Ecoutez, aujourd'hui, nous en sommes un comité d'éthique qui va remettre son rapport enfin au Président de la République. Le Président de la République doit mettre en oeuvre une consultation citoyenne, et puis de toutes les parties prenantes, je crois, qui devrait durer six mois. Et je crois que le Président de la République s'exprimera aujourd'hui là-dessus, donc je ne vais pas faire d'annonce avant lui bien sûr parce que je n'ai pas les annonces qu'il va faire. Mais bien sûr que c'est un sujet qui concerne les personnes en situation de handicap.

CHRISTOPHE BARBIER
Vous, au fond de vous-même, vous vous dites : la loi Claeys LEONETTI est suffisante ? Ou vous vous dites : le moment est venu de la faire évoluer ?

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Moi, je crois qu'il faut écouter la société, il faut écouter les personnes en situation de handicap, il faut écouter ceux qui parlent d'éthique, c'est important. Il faut écouter la société. Et je crois que cette convention citoyenne est un bon moment pour que chacun puisse dans son intimité se faire une idée. La loi LEONETTI, elle a le mérite d'exister et elle n'a pas toujours été appliquée au niveau auquel elle aurait dû être appliquée.

CHRISTOPHE BARBIER
Un référendum sur ce sujet, c'est envisagé ? Le Président l’a confié hier à des journalistes. C'est au peuple de trancher à terme ?

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
C'est un sujet de société, pourquoi pas ? Bien sûr.

CHRISTOPHE BARBIER
Autre sujet de société : les retraites. Les retraites seront déficitaires dans quelques années, analyse le Conseil d'orientation des retraites. Est-ce qu'il faut néanmoins précipiter la réforme ? On évoque la loi de finances de sécurité sociale de cet automne pour faire passer des mesures. Est-ce que ce n'est pas mettre le feu aux poudres syndicales ?

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Je ne sais pas s'il faut précipiter les choses, mais depuis le temps que j'entends parler de réforme des retraites, on ne précipite rien. Et visiblement, on est dans un mur budgétaire, donc je crois qu'un jour, il faudra prendre des décisions qui soient des décisions courageuses et collectives, avec peut-être deux objectifs : le premier, c'est qu'on ne touche pas aux pensions de retraite ; et le deuxième, c'est qu’on ne crée pas d'impôt supplémentaire. Donc le travail, il faudra certainement travailler plus longtemps. Je crois que c'est du bon sens et que, ça, tout le monde le comprend. Après, quel est le bon moment ? Je ne suis pas en capacité de vous le dire.

CHRISTOPHE BARBIER
Mais il faut en parler tout de suite.

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Il faut en parler.

CHRISTOPHE BARBIER
Le MoDem est vigilant sur ce sujet depuis des années, comme il l'est sur les comptes publics en général.

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Oui, les comptes publics, c'est quand même un sujet essentiel. Bien sûr, on a bien vu avec le Covid, la dépense publique a beaucoup augmenté, mais heureusement que nous avons porté les mesures qui ont été portées pour soutenir l'économie française et soutenir les Français pendant la période Covid. Là, nous avons l'inflation, donc encore des soutiens, mais il est certain que le déficit public est, à terme et à long terme, quelque chose à regarder comme inquiétant, et qu'il nous faut traiter avec le plus grand sérieux donc. Mais il me semble que les Français comprennent ça.

CHRISTOPHE BARBIER
La majorité présidentielle se réorganise. Renaissance, le nouveau nom du parti LREM, va être lancé là en fin de semaine. Est-ce que le MoDem est à l'aise dans cette majorité présidentielle ?

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Je crois. Il me semble que le MoDem est un vrai pilier de la majorité, l'a été pendant cinq ans en tout cas. Le reste le restera. Avec sa spécificité, avec son ancrage local, avec ses élus. Mais oui, le MoDem est vraiment un pilier fort de cette majorité et il va le rester.

CHRISTOPHE BARBIER
Ce qui empêche la majorité de pencher trop à droite peut-être ?

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Au fond de moi-même, quand je regarde évoluer les choses, je me dis : trop à droite, trop à gauche, on est au centre, nous sommes tous au centre, du centre gauche au centre droit. Et le MoDem est bien à sa place dans cette majorité.

CHRISTOPHE BARBIER
Une France qui reste à peu près centriste dans une Europe qui, elle, va vers la droite la plus dure, on l’a vu en suède hier, on le verra en Italie bientôt ?

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
On voit l'inquiétude des peuples, qui se traduit le désarroi un petit peu des peuples, qui se traduit par cette montée effectivement de l'extrême droite, des nationalismes. Oui, moi, je trouve tout cela inquiétant. Nous portons des valeurs humanistes qu'il nous semble important de continuer à promouvoir.

CHRISTOPHE BARBIER
Est-ce qu'au MoDem, la réflexion s'ouvre sur l'après François BAYROU ?

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Non.

CHRISTOPHE BARBIER
Il est là, il est capitaine du bateau et on n'est pas dans la guerre de succession, contrairement à beaucoup de familles politiques ?

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Nous ne sommes pas dans la guerre de succession. Vous savez, au MoDem… En fait, je ne sais pas comment ça se passe dans les autres partis parce que je ne les ai pas fréquentés de l'Intérieur. Mais au MoDem, une chose est sûre, c'est que la parole est libre, c'est que chacun peut s'exprimer et que chacun est entendu et considéré. Et tout ça me paraît absolument essentiel. Donc c'est vraiment un parti formidable.

CHRISTOPHE BARBIER
Geneviève DARRIEUSSECQ, merci et bonne journée.

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Merci à vous.


Source : Service d’information du Gouvernement, le 14 septembre 2022