Interview de M. Stanislas Guerini, ministre de la Transformation et de la Fonction publiques, à Public Sénat le 19 septembre 2022, sur la réforme des retraites, le Conseil national de la refondation, le parti Renaissance, Ensemble, les violences conjugales, la politique de l'immigration, la sobriété énergétique, le revalorisation des salaires dans la fonction publique et les cabinets conseil.

Texte intégral


ORIANE MANCINI
Notre invité politique ce matin c’est Stanislas GUERINI, bonjour.

STANISLAS GUERINI
Bonjour.

ORIANE MANCINI
Merci beaucoup d’être avec nous, ministre de la Transformation et de la Fonction publiques, et vous avez laissé ce week-end votre place à la tête d’En Marche, qui est devenu Renaissance, à Stéphane SEJOURNE, on va bien sûr parler de tout ça, on est ensemble pendant 20 minutes pour une interview en partenariat avec la presse régionale représentée par Fabrice VEYSSEYRE-REDON, bonjour Fabrice…

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Bonjour Oriane, bonjour Stanislas GUERINI.

STANISLAS GUERINI
Bonjour.

ORIANE MANCINI
Du groupe EBRA, les journaux régionaux de l’Est de la France. On va commencer par la réforme des retraites, puisque vous avez sans doute lu cette interview de François BAYROU, Stanislas GUERINI, qui dit que la réforme des retraites ne peut se faire au détour d’un amendement dans le budget de la Sécurité sociale, je le cite, " je suis opposé au passage en force. Si on se lance dans cette voie-là, alors nous sommes entre train de coaliser d’abord les oppositions entre elles, puis de diviser la société française. " Qu’en dites-vous ?

STANISLAS GUERINI
Moi je dis que cette réforme elle est nécessaire, et je crois qu’il n’y a d’ailleurs aucune ambiguïté là-dessus dans la majorité, et au fond dans une grande part de l’opinion du pays. Je pense qu’on ressent bien qu’il y a besoin de travailler plus, davantage, que le volume de travail dans notre pays soit plus important, pour pouvoir financer des progrès, pour pouvoir financer aussi et faire face à des évolutions, à des transitions, je pense notamment à la transition démographique. Donc, posons ça là…

ORIANE MANCINI
Donc là il y a un problème sur la méthode.

STANISLAS GUERINI
Donc posons ça là de façon indiscutable, il n’y a aucune ambiguïté là-dessus. Ensuite il y a différentes possibilités de méthode qui s’ouvrent à nous, moi je suis ministre du gouvernement, pas ministre en charge des retraites, je n’ai pas à m’exprimer sur le choix de le faire dans le PLFSS, l’année prochaine dans un projet de loi ad hoc. Mon collègue Olivier DUSSOPT…

ORIANE MANCINI
Non, mais vous êtes un membre éminent de la majorité présidentielle, vous avez sans doute un avis…

STANISLAS GUERINI
Qui est le ministre du Travail, en charge de la réforme des retraites, reçoit aujourd'hui les organisations syndicales, je suis absolument certain qu’il aura l’occasion d’avoir des discussions, de recueillir les avis des uns et des autres, à la fois sur le fond, et sur la méthode, c’est à lui de conduire cette discussion-là, c’est à la Première ministre du gouvernement de rendre des arbitrages sur la bonne méthode pour le faire, pas au ministre de la Transformation et de la Fonction publiques.

ORIANE MANCINI
Elle doit parler rapidement pour éviter ces dissensions dans la majorité ?

STANISLAS GUERINI
Je pense que d’ici l’examen du budget, puisque la question que vous posez concerne l’examen du budget, je pense qu’il y aura une clarté sur la façon d’avancer…

ORIANE MANCINI
Mais d’’ici lundi prochain, puisque c’est présenté lundi prochain.

STANISLAS GUERINI
C’est le 26 effectivement que le budget est présenté, sur la façon d’avancer, mais encore une fois, moi j’ai un avis extrêmement clair, extrêmement net, sur le fait que nous avons besoin, pour financer les progrès, de faire cette réforme des retraites…

ORIANE MANCINI
Maintenant ?

STANISLAS GUERINI
Oui bien sûr, bien sûr, à la fois parce que le système de retraite lui-même montre un déséquilibre durable, je vois parfois des débats sur cette question-là, on peut le prendre dans tous les sens, notre système de retraite aujourd’hui, et plus encore demain, montre un déséquilibre, donc nous avons besoin…

ORIANE MANCINI
A partir de 2023.

STANISLAS GUERINI
De le faire, mais nous avons besoin de le faire davantage encore, parce que nous sommes un pays où nous travaillons moins longtemps que les autres pays européens, les autres pays de l’OCDE, et pour autant notre modèle social est plus protecteur, eh bien si nous voulons répondre à cette équation-là, c'est-à-dire continuer à investir dans notre modèle social, alors oui nous avons absolument besoin de faire cette réforme-là.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Il faut le faire en début de quinquennat j’imagine, est-ce que pour vous ce n’est pas un petit peu l’épreuve du feu sur ce début de deuxième quinquennat, c’est l’épreuve test du gouvernement ?

STANISLAS GUERINI
Mais vous voyez, moi je ne le vois pas comme vous l’indiquez, c'est-à-dire au fond comme une forme d’affrontement, de capacité à imposer des choses, etc., on dit parfois début de quinquennat dans le sens où sinon on n’arrive plus à faire passer des réformes, c’est une réforme qu’il faut faire le plus rapidement possible parce que c’est maintenant que nous avons besoin de financer des avancées pour nos concitoyens et que…

ORIANE MANCINI
Non, mais sauf que c’est une réforme qui divise, elle divise l’opinion, elle divise les syndicats.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Elle divise la majorité.

STANISLAS GUERINI
J’entends bien, mais si on veut la faire de la façon la plus consensuelle possible, la façon la moins brutale possible, c'est-à-dire la façon la moins immédiate possible, alors il faut se donner les marges pour avoir une progressivité, c’est d’ailleurs ce que le président de la République avait indiqué pendant sa campagne, on n’allait pas passer du jour au lendemain en augmentant de plusieurs années l’âge de départ à la retraite, on veut le faire progressivement, quelques mois par an, c’était quatre mois par an qu’avait indiqué le président de la République, donc tout ceci nécessite d’avoir la discussion le plus tôt possible, pour pouvoir justement offrir cette progressivité et avoir la réforme la moins brutale possible. Mais ça se discute, évidemment, en concertation avec les organisations syndicales, et c’est ce qu’Olivier DUSSOPT va s’atteler à faire dès aujourd'hui.

ORIANE MANCINI
Donc ça ne se fait pas via un amendement ?

STANISLAS GUERINI
Moi encore une fois, je ne vais pas vous donner une opinion en tant que ministre du gouvernement, qui n’est pas en charge du dossier, sur ce dossier qui est aussi important.

ORIANE MANCINI
Est-ce que cette méthode elle ne serait pas quand même contradictoire avec le Conseil national de la refondation lancé la semaine dernière ?

STANISLAS GUERINI
Non parce que je crois que ce ne sont pas les mêmes sujets, et d'ailleurs en conclusion du Conseil national de la refondation le président de la République a d'une certaine façon classé les sujets, il a dit il y a certains sujets qui sont dans l'agenda gouvernemental, et c'est bien légitime, et c’est bien normal, il y a eu une élection, d’ailleurs les choses ont été présentées très clairement pendant cette élection, et puis on sent bien qu’il y a des sujets qui nécessitent d'avoir des discussions au sein du Conseil national de la refondation, parce que par nature ils sont plus transversaux, je pense à la question de la transition démographique, la question de la transition numérique, l'évolution du travail, le logement, qui est un sujet que les participants au CNR ont décidé de remettre sur la table, et donc si on fait ce distinguo-là, alors on peut avancer dans l’agenda tel qu'il était prévu, et puis il y a des sujets qui nécessitent peut-être d'être discutés hors les murs de l'Assemblée nationale pour être préparés, maturés, pour avoir aussi une forme de créativité dans la discussion, parce que ce sont les grands défis du pays et qu'on a besoin du CNR pour ça…

ORIANE MANCINI
Mais ce n’est pas ce que disent les parlementaires.

STANISLAS GUERINI
Voyez c’est deux natures différentes.

ORIANE MANCINI
Ce n’est pas ce que disent les parlementaires qui ne sont pas venus au Conseil national de la refondation, à part évidemment les parlementaires de la majorité, vous le regrettez ?

STANISLAS GUERINI
Surtout j’ai bon espoir que chacun puisse rejoindre la table du Conseil national de la refondation, sincèrement je crois que ceux qui ont participé peuvent témoigner du fait qu'il s'est passé quelque chose au Conseil national de la refondation, dans cette première journée, au moins de deux natures, à la fois, peut-être parce que les débats n'étaient au fond pas sous l'oeil des caméras, j'assume de le dire ici sur un plateau de télévision, mais parfois ça aide à sortir des postures, et puis parce que chacun est sorti de son couloir de nage, voyez. Au début de la journée d'ailleurs c'était assez intéressant, on voyait que les uns et les autres venaient avec les propositions qu’ils portent depuis des années dans leurs associations d'élus, dans leurs domaines au fond de compétences, et puis au fur et à mesure des discussions on a vu qu’il était Ô combien nécessaire dans un pays qu'on puisse de temps en temps sortir un petit peu, décloisonner les sujets les uns avec les autres, et là on avait les discussions les plus intéressantes qui soit, je crois vraiment sincèrement que c'est ce qu'ont ressenti les participants.

ORIANE MANCINI
Je le disais au début, samedi soir vous avez passé la main à la tête d’En Marche, devenu Renaissance, le parti de la majorité présidentielle, le parti présidentiel en tout cas, à Stéphane SEJOURNE, Renaissance qui s'est donc construit sans Horizons !, le parti d'Edouard PHILIPPE, et sans le MoDem le parti de François BAYROU…

STANISLAS GUERINI
C’est comme ça qu’on avait prévu de le faire depuis le début.

ORIANE MANCINI
Effectivement pour Renaissance, mais vous souhaitiez quand même réunir la majorité sous une bannière commune ensemble, est-ce que finalement…

STANISLAS GUERINI
Mais c’est le cas.

ORIANE MANCINI
Ce n’est pas un échec ?

STANISLAS GUERINI
Alors je crois vraiment sincèrement…

ORIANE MANCINI
François BAYROU fait entendre sa voix, Edouard PHILIPPE fait entendre sa voix.

STANISLAS GUERINI
Pas du tout. Avant l'élection présidentielle nous avions annoncé, et la création d'Ensemble, qui est justement la fédération des trois partis qui constituent la majorité…

ORIANE MANCINI
Mais ça tient encore Ensemble ?

STANISLAS GUERINI
Mais oui, bien entendu, avec Horizons, avec le MoDem, et puis avec ce troisième pilier progressiste qui est constitué par le parti présidentiel Renaissance, et donc faire Renaissance aujourd'hui ce n'est pas détricoter Ensemble, et c'est évidemment, moi j’ai mis suffisamment d'énergie dans le premier quinquennat pour créer de l'unité dans la majorité présidentielle, créer ce climat de confiance, qui je crois a porté ses fruits dans ce premier quinquennat, pour ne pas aujourd'hui aller dans une situation où on serait en train de détricoter ce qu'on avait fait dans le précédent quinquennat, donc non, non, non, on continue, ensemble justement, et nous fondons, dans cette fédération des partis de la majorité, un parti présidentiel qui s'appelle Renaissance, qui a des bases élargies par rapport à La République en marche, qui a vocation à rassembler aussi les adhérents des partis Agir, venus du centre-droit, Territoires de progrès venu du centre-gauche, pour continuer ce travail de dépassement, dans l'ADN de ce qu'on avait fait en 2017, mais dans un mouvement supplémentaire, qui vient l'amplifier aujourd'hui.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Est-ce que ce qui se joue ce n’est pas justement l’investiture d’un candidat pour dans quatre ans ? On vous dit d’ailleurs pas très satisfaits de ce qui se passe actuellement sur les querelles, les gens qui déjà se positionnent pour dans quatre ans, pour vous ce serait trop tôt, trop de querelles, pas assez de solidarité.

STANISLAS GUERINI
…Moi je suis content d’être sur un plateau de télévision pour pouvoir dire les choses directement, et d’autant plus que je me suis exprimé samedi soir, j'ai parlé exactement de ça, parce que je pense qu'il ne faut pas éviter ce type de sujet, en disant dès que quelqu’un va faire un pas, dans un sens ou dans l'autre, que ce soit au sein de Renaissance, que ce soit à côté, ça va tout de suite déclencher une salve de 10 articles en disant que l'un veut faire l'OPA sur Renaissance, l'autre ne pense qu'à 27, etc., moi je vois tout ça. Ce que je considère c’est qu’il n’y a toujours que deux choix possibles, faire le choix de la confiance, faire le choix de la défiance, c'est exactement ce que j'ai dit samedi soir. Le choix de la défiance on connaît bien le résultat, généralement ça se termine par des défaites à la fin, parce qu’on ne réussit pas le quinquennat dont on a la charge, ce qui est au fond le plus important, le choix de la confiance il est plus exigeant, il nécessite d'y mettre beaucoup d'énergie, je crois que c'est le seul choix possible, et moi très sincèrement, très sincèrement, j'y crois. Alors vous allez me dire c’est peut-être Bisounours, c’est peut-être naïf, etc., moi je pense qu’on a besoin des personnalités fortes de la majorité présidentielle, dans Renaissance, dans notre majorité présidentielle, dans Ensemble, que ce n’est pas un problème, ce n'est pas un problème d’avoir des personnalités qui ont du poids, qui ont des ambitions pour le pays, d'autant que de toutes mes discussions, avec ces personnalités-là, je vois que chacun est conscient d'une chose, on a besoin d'abord de réussir ce quinquennat, il n’y aura pas d'horizon de temps, pas de perspective possible pour 2027 si collectivement, si ensemble, on ne réussit pas le quinquennat dans lequel nous sommes.

ORIANE MANCINI
Mais ça veut dire que le candidat pour 2027, un dernier mot là-dessus, ça doit être un candidat Renaissance ou un candidat Ensemble, est-ce qu’aujourd'hui votre candidat le plus naturel ce n’est pas Edouard PHILIPPE ?

STANISLAS GUERINI
Ça sera, pour moi, un candidat qui sera issu de la majorité présidentielle, d’évidence…

ORIANE MANCINI
Donc pas forcément de Renaissance.

STANISLAS GUERINI
Renaissance a vocation à avoir un candidat, à soutenir un candidat, mais ça peut être y compris le même que les autres partis de la majorité présidentielle. Ne vous faites pas de noeuds au cerveau sur ces questions-là, nous nous avons dit les choses de façon très claire…

ORIANE MANCINI
Pareil pour les européennes, ça, ça arrive un peu plus vite, il y aura des listes communes ?

STANISLAS GUERINI
C’est mon souhait absolu. Quand on a créé Ensemble nous avions dit que nous préparions les grandes élections nationales du pays, ensemble justement, avec les partenaires de la majorité présidentielle, là aussi c'est pour moi une forme d'évidence. Mais, vous savez, on a dit les choses très clairement, en créant Renaissance on a indiqué que le parti présidentiel avait vocation à désigner un candidat à la présidentielle, et c'est bien normal, mais nous avons dit aussi que ce mode de désignation nous le fixerions collectivement après les élections européennes, très sincèrement ça me semble le bon calendrier pour faire ça.

ORIANE MANCINI
Est-ce que créer Renaissance ce n’est pas acter aussi que La REPUBLIQUE en marche a été un échec, quel bilan vous faites, vous, de votre poste de délégué général ?

STANISLAS GUERINI
Moi je crois que si La République en marche n'avait pas existé, n'avait pas fait le travail que ce parti, ce grand mouvement citoyen, a fait dans le premier quinquennat, on n'aurait pas pu créer Renaissance, et d’ailleurs ça ne nous oppose pas les uns les autres au sein de cet ensemble-là. Moi je crois que, vous posez la question du bilan…

ORIANE MANCINI
Il n’y a pas eu d’échecs ?

STANISLAS GUERINI
Si, il y a eu d’abord des grandes réussites collectives ; vous savez, moi j’étais à la tête d'un parti qui a oeuvré, à sa place, pour permettre, pour faciliter la réélection du président de la République, ce n'est pas anodin, ce n'était pas arrivé, sous la Ve République, en dehors des périodes de cohabitation, donc c'est bien la preuve que tout n'a pas raté, il y a eu des grands moments de réussite, il y a eu des réussites aussi, je dirai collectives, en accompagnant des profils, des parcours, quand je vois aujourd'hui le groupe Renaissance il est constitué de référents, de collaborateurs, d'élus locaux, qui nous avaient rejoints, tout ça aussi c'est le fruit d'un travail collectif, et puis bien sûr dans tout bilan il y a aussi des échecs, moi je l'ai dit sans détour, j'aurais aimé amener plus de victoires à la majorité présidentielle dans les élections intermédiaires, il y a eu des défaites…

ORIANE MANCINI
Des élections locales.

STANISLAS GUERINI
Aux élections locales, j'aurais voulu qu'on puisse franchir cette étape-là d'implantation plus rapidement, il faut les regarder en face, il faut en tirer les enseignements. Moi il y a un enseignement que je te dire c'est que nous devons préparer plus en amont les élections locales, vous le savez très bien ici, quand il s'agit du mandat de maire, je crois que les électeurs ne le confient pas à quelqu'un qui se lance six mois avant dans la course, il faut travailler, il faut gagner une forme de légitimité, locale, quotidienne, tout connaître, connaître au fond tous les habitants de la ville pour pouvoir se lancer, c'est ce qu’on va s'attacher à faire au sein de Renaissance.

ORIANE MANCINI
Vous êtes inquiet pour les sénatoriales ? Vous avez une vingtaine de sénateurs aujourd'hui, vous pouvez en espérer combien ?

STANISLAS GUERINI
On nous disait - ce n’est pas à moi de fixer cet objectif, et en l’occurrence je n’ai pas fait ce travail de préparation – on nous disait un peu la même chose avant les dernières sénatoriales, je constate que tout le monde disait " tiens, le groupe de la majorité présidentielle va être balayé, va disparaître ", il a fait mieux que ça, il a même un peu progressé, il s'est renforcé, c'est le fruit, je crois, d'un travail minutieux, dépassant parfois les étiquettes partisanes, je pense que c'est comme ça qu'on doit préparer les élections sénatoriales, eh bien c'est comme ça qu'il faut le faire aussi pour 2023.

ORIANE MANCINI
C'est-à-dire dépasser les étiquettes partisanes, d’aller chercher du côté des élus de droite, des grands électeurs de droite ?

STANISLAS GUERINI
Non, pas forcément, je pense qu’il faut voir ceux qui ont envie de travailler avec la majorité présidentielle, c'est comme ça qu'on avait fait…

ORIANE MANCINI
Donc à droite, a priori.

STANISLAS GUERINI
Pas forcément…

ORIANE MANCINI
A gauche aussi ?

STANISLAS GUERINI
Oui, mais vous savez, quand on se rapproche du terrain, ces étiquettes-là elles ont tendance assez naturellement à s'estomper un tout petit peu, et moi ce que je constate c'est que les sénateurs eux-mêmes, en campagne sur le terrain, ils le font rarement avec l'étiquette d'un parti politique, ils le font avec leur propre parcours, leur propre ancrage et leur propre volonté de travailler, ou pas, avec la majorité présidentielle, et ça permet de mener un travail l'intelligence généralement.

ORIANE MANCINI
On va parler d’Adrien QUATENNENS.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Et oui, on poursuit sur l’opposition, week-end difficile pour Adrien QUATENNENS de la France insoumise, de la NUPES, suite à des violences conjugales, qu’il a d'ailleurs reconnues, il a annoncé prendre du recul par rapport à ses fonctions à la NUPES, dont il est coordinateur. Pensez-vous d'abord que c'est une bonne décision qu'il a prise de se mettre en retrait et doit-il démissionner de ses mandats électifs ?

STANISLAS GUERINI
Oui, c’était probablement nécessaire. Il a reconnu des faits de violences sur sa conjointe…

ORIANE MANCINI
Il a reconnu avoir donné une gifle à son épouse il y a un an.

STANISLAS GUERINI
Donc c’était nécessaire de prendre cette décision. Moi je n’ai pas envie de commenter plus en avant cette décision-là…

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Politiquement les violences faites aux femmes c’est une cause nationale…

STANISLAS GUERINI
Mais bien entendu.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Comment, en tant que ministre, en tant qu’élu, vous réagissez à cela, est-ce qu’il faut aller plus loin, est-ce qu’il doit démissionner ?

STANISLAS GUERINI
Moi je n’ai pas envie de m'exprimer plus en avant, il a reconnu ce fait de violences, il en a tiré des conséquences politiques…

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Ça vous le saluez ça ?

STANISLAS GUERINI
Oui, je crois que c'était absolument nécessaire, maintenant moi je n'ai jamais envie d'être juge à la place des juges, et même en l'occurrence je vois dans la vie politique, il y a plein de gens qui sont généralement candidats à être juges à la place des juges, et même juges à la place des victimes, puisque j'ai constaté que l'épouse d’Adrien QUATENNENS elle-même n'avait pas souhaité la médiatisation de cette affaire, n'avait pas souhaité qu'il y ait des suites qui lui soient données, donc je veux respecter ça aussi, je pense que c'est une façon de respecter aussi les victimes que d'entendre cela, je crois.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Jean-Luc MELENCHON a apporté un soutien amical à Adrien QUATENNENS.

ORIANE MANCINI
Il a parlé de malveillance policière et de voyeurisme médiatique.

STANISLAS GUERINI
Je lui laisse ces propos, c’est sa responsabilité que de dire ça, je fais le constat qu’il a tweeté, puis re-tweeté…

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
C’est maladroit ou pas ?

STANISLAS GUERINI
C’est peut-être là le signe qu’il n’était pas totalement à l'aise avec ce qu'il avait pu dire, ce sont des affaires qui sont très délicates, moi j'ai dit les choses comme je les ressentais ce matin, je n’ai pas envie de commenter plus en avant.

ORIANE MANCINI
Un mot sur le cumul des mandats, puisque Karl OLIVE, qui est député de la majorité présidentielle, remet le débat sur la table, il souhaite un retour au cumul des mandats, il va déposer un texte en ce sens, vous y êtes favorable vous ?

STANISLAS GUERINI
Je pense que ce n’est pas un débat qui est indigne, maintenant moi à titre personnel, non je ne suis pas favorable à ça, je crois qu'on a porté dans le quinquennat précédent des mesures pour justement de ne plus avoir le cumul des mandats, je ne suis pas très certain que ça serait bien perçu par l'opinion publique, même si, en tant qu'ancien maire, je respecte ça, et je peux comprendre qu'il y ait une volonté d'avancer cette question-là, mais en tout cas à titre personnel moi je ne suis pas favorable.

ORIANE MANCINI
Sur l’immigration, Fabrice.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Emmanuel MACRON a indiqué qu'il pensait que c'était une bonne chose de répartir les étrangers sur l'ensemble du territoire et notamment dans les territoires ruraux, c'est pour vous une solution efficace pour ne plus fermer les écoles, maintenir un service postal, etc. ?

STANISLAS GUERINI
En tout cas je pense que c'est, oui, bien sûr, une forme de bon sens que de pouvoir le faire, c'est un mouvement qu'on essaye de porter depuis quelques années, c’est des discussions que nous avions eues quand Gérard COLLOMB était ministre de l'Intérieur, nous avions examiné un projet de loi là-dessus, je pense qu’il faut à nouveau peut-être réfléchir aux outils qui sont les nôtres pour mieux accueillir et mieux intégrer les populations auxquelles nous donnons l'asile, puisque c'est de ça dont il s'agit en l'occurrence. Donc je crois qu'il faut continuer à travailler, parce que le constat, il faut le regarder lucidement, c'est que nous avons à la fois des difficultés pour faire appliquer les décisions qui sont prises, de reconduite à la frontière en l'occurrence, et encore, et toujours, pour bien intégrer les populations qui viennent, et en l'occurrence légitimement sur notre sol, et auxquelles nous faisons le choix de donner l'asile, donc le président de la République bien sûr a raison, avec le ministre de l’Intérieur, de continuer à travailler sur ces sujets-là parce que ce sont des sujet qui sont très importants, et qui seront très importants dans les années qui viennent. Les mouvements de populations aujourd'hui, dans le monde, sont certainement moins importants qu’ils ne le seront demain, sous beaucoup d’effets, le réchauffement climatique en étant un, donc on doit continuer à renforcer nos outils.

ORIANE MANCINI
Sur cette proposition, Stanislas GUERINI, de répartir les étrangers en milieu rural, Marine LE PEN a elle à réagi hier, elle faisait son histoire de rentrée, elle parle de mépris pour les élus locaux et de négation de l'identité des communes, qu'est-ce que vous répondez à ça ?

STANISLAS GUERINI
Marine LE PEN, comme toujours, elle ne s’intéresse jamais aux solutions, donc dès lors qu’il y a une solution qui pointe son nez, son jeu à elle va être de, le plus rapidement possible, prendre un grand marteau et lui taper dessus, parce qu’à chaque fois qu’on fera avancer, de façon pragmatique, de façon concrète des sujets, à chaque fois qu'on trouvera des solutions, c'est son fonds de commerce à elle qui va s'amoindrir, donc sa réaction elle ne me surprend pas tellement en réalité.

ORIANE MANCINI
On va parler de sobriété énergétique, puisque le gouvernement a demandé aux ménages et aux entreprises de faire des économies d'énergie, 10%, quelle part va prendre la fonction publique dans ces économies d’énergie ?

STANISLAS GUERINI
Exactement celle-là, commencer, à travers le plan de sobriété, par réduire, et 10 % c'est bien l'objectif que nous nous sommes fixé…

ORIANE MANCINI
De quelle manière ?

STANISLAS GUERINI
Et ensuite continuer dans cette voie de la planification écologique, je pense qu'il ne faut jamais opposer le sujet sobriété, c'est-à-dire trouver des solutions de court terme, parce qu’on a un sujet de souveraineté énergétique, de difficultés d'approvisionnement pour toutes les raisons que vous connaissez, avec l'objectif plus durable de bâtir une société décarbonée. Donc on va le faire en activant tous les leviers possibles…

ORIANE MANCINI
Mais lesquels ?

STANISLAS GUERINI
Sur le bâti…

ORIANE MANCINI
Parce que le télétravail des agents, je crois que ce n’est pas très bien passé auprès des syndicats.

STANISLAS GUERINI
Je pense qu’il faut mettre aucune piste sous le tapis, je pense qu’on doit tout étudier, mais tout discuter avec les organisations syndicales, donc c’est pour ça…

ORIANE MANCINI
Donc y compris le télétravail ?

STANISLAS GUERINI
Mais bien entendu, et d’ailleurs sur cette question moi j’ai l'occasion de beaucoup en discuter avec les organisations syndicales, j’étais avec elles jeudi dernier, j'ai réuni l'ensemble des organisations syndicales, on a abordé aussi, même si ce n’était pas le coeur de nos discussions, ces questions-là, j'ai dit les choses, et je ne crois pas que c'était un point de conflit entre nous, la question du télétravail elle est liée à l'organisation du travail. Moi, je veux être extrêmement clair, je ne pense pas qu'on puisse appliquer d'en haut un plan de télétravail sans que ce soit mis en discussion avec l'ensemble des services, on voit bien que ce sont des questions qui nécessitent une discussion au plus près du terrain, c'est comme ça que l'on pourra avancer. Mais en tout cas on va continuer à la fois sur les questions de bâti, nous avons pris la décision d'accélérer encore les investissements dans la rénovation du bâti, parfois c'est une chaudière, vous voyez, qu'on vient rénover, on fait des grosses économies d'énergie, j’étais dans une cité administrative, on a connecté au réseau sauvage de ville une cité administratives, on diminue de 80 % les émissions de gaz à effet de serre, et la consommation énergétique, et la facture, donc on a intérêt à pouvoir faire ça, ça va jusqu'aux mobilités, au parc de véhicules automobiles dans les administrations, ce sont toutes ces questions-là qu'on a mis en discussion et que nous présenterons début octobre, parce que je crois que c'est très important que la puissance publique, que l'Etat, commence par elle-même, si on veut être entendu de nos concitoyens, si on veut être convaincant pour qu'on puisse chacun d'entre nous faire ces efforts-là, alors c'est extrêmement important que l'Etat soit exemplaire, avance, c'est exactement ce que nous sommes en train de faire.

ORIANE MANCINI
Sur la question de l'inflation, il y a une revalorisation des salaires dans la fonction publique de 3,5%, est-ce que d'autres hausses sont prévues ?

STANISLAS GUERINI
C’était l'objet des discussions que j'avais avec les organisations syndicales, moi je leur ai dit qu’il n’y avait pas de clause de revoyure, on n'a pas prévu une ré-augmentation, une nouvelle augmentation du point d'indice. Je fais remarquer que cette augmentation-là, quand on vient de l'ajouter aux augmentations moyennes dans la fonction publique, elle correspond, puisque ça correspond à peu près à 5%, au niveau de l'inflation tel que l'INSEE l’a mesurée, la prévoit, pour l'année 2022 dans son ensemble, 5,3% ce sont les prévisions de l'INSEE, donc je crois que la réponse de l'Etat employeur, ou de la puissance publique employeur, a été à la hauteur, et maintenant on a…

ORIANE MANCINI
Et pas de hausse prévue, on l’a compris.

STANISLAS GUERINI
Un grand chantier, qui est celui de l'attractivité, qu'on va évidemment poursuivre, et on aura l'occasion de se revoir avec les organisations syndicales justement pour travailler là-dessus, je l’ai dit clairement, c’est ma première priorité.

ORIANE MANCINI
Un dernier mot Stanislas GUERINI, rapidement. Il y a la proposition de loi pour encadrer le recours aux cabinets de conseil, qui, vous le savez, a été présentée par l'unanimité des sénateurs, devrait être examinée dans une niche parlementaire au mois d'octobre, est-ce que vous la soutiendrez ?

STANISLAS GUERINI
Moi en tout cas j’ai reçu le sénatrice ASSASSI et le sénateur BAZIN pour leur indiquer que j'avais la volonté de travailler avec eux et d'aboutir, ensemble, à renforcer notre cadre de contrôle, j'ai d'ailleurs pris des dispositions pour renouveler, renforcer l'accord cadre, de l'Etat, pour recourir à des prestations de conseil…

ORIANE MANCINI
Qui sera renouvelé quand ?

STANISLAS GUERINI
On a fait ça avant l’été, il y a un appel d'offres qui est en cours, qui sera achevé à la fin de l'année, je pense qu’on a fait une première étape pour pouvoir renforcer, à la fois sur l'encadrement des montants, les mesures de déontologie, la transparence aussi du travail qui est fait dans les prestations de conseil, le meilleur encadrement des données issues des prestations de conseil, tout ça ce sont les sujets que les sénatrices et les sénateurs avaient mis sur la table dans le cadre de la commission sénatoriale, je les ai déjà largement repris et je suis prêt à avancer avec eux pour aboutir et renforcer l'Etat. Moi ce qui m’importe c’est de renforcer l'Etat. Je vois que ce sont des sujets sur lesquels là aussi, vous voyez on parlait de Marine LE PEN tout à l'heure, les populistes s’en emparent assez facilement parce que, eux, ce qui les intéresse c’est la polémique, mais dès lors qu’on a réglé le sujet il n’y a plus personne au bout du fil, eh bien nous on va continuer à avancer, avec les sénateurs et sénatrices qui ont envie de renforcer l’Etat, je crois que c’est le cas des sénateurs et sénatrices qui ont déposé cette PPL, ils le trouveront avec eux pour pouvoir avancer ensemble.

ORIANE MANCINI
Merci beaucoup Stanislas GUERINI.

STANISLAS GUERINI
Merci à vous.


Source : Service d’information du Gouvernement, le 20 septembre 2022