Interview de Mme Laurence Boone, secrétaire d'État chargée de l'Europe, à France Inter le 15 septembre 2022, sur la vie politique dans l'Union européenne, le conflit en Ukraine, la question énergétique et la taxation des superprofits.

Texte intégral

Q - Laurence Boone, bonjour.

R - Bonjour.

Q - Avant de revenir sur le discours sur l'état de l'Union, prononcé hier par Ursula von der Leyen, et les propositions qu'elle a formulées, concernant la question énergétique en Europe, commençons par la Suède, où le leader de la droite conservatrice s'attelle aujourd'hui à la formation d'un gouvernement. Mais ces élections auront surtout marqué une percée historique des Démocrates de Suède, parti d'extrême droite héritier d'un groupe néonazi fondé en 1988. Les Démocrates de Suède obtiennent 73 députés, c'est désormais le deuxième parti du pays. Il n'est pas certain qu'ils entrent au gouvernement. Mais cette percée en elle-même, Laurence Boone, comment l'analysez-vous ?

R - C'est vrai que c'est inquiétant de voir la percée de l'extrême droite. On aura aussi les élections en Italie, comme vous savez. Et c'est inquiétant pourquoi ? Parce que ça traduit d'abord un désarroi des électeurs, qui se détournent des partis traditionnels pour chercher d'autres réponses. Et parce que dans ce qu'on a vu des réponses, elles sont en général soit instables, un jour on est pour l'euro, un jour on n'est pas pour l'euro, un jour on soutient la Russie, puis on change d'avis... donc, cette incertitude est inquiétante. Sur les sujets sociétaux aussi, on le voit, le droit des minorités, le droit des femmes, le droit à l'avortement, sont souvent remis en cause. On a des institutions européennes qui fonctionnent, donc on va travailler ensemble, on va respecter le choix des électeurs, mais c'est vrai que c'est inquiétant.

Q - Mais cette victoire droite-extrême droite en Suède intervient à moins de deux semaines des élections en Italie, très attendues, où la coalition qui réunit Fratelli d'Italia de Giorgia Meloni, le parti postfasciste, et Forza Italia de Berlusconi est favorite dans les sondages. Si une telle coalition arrivait au pouvoir dans deux semaines, qu'est-ce que ça changerait dans les relations entre la France et l'Italie ?

R - Alors on a, comme vous savez, un traité entre la France et l'Italie, qui s'appelle le traité du Quirinal, et qui ancre en fait les relations entre les personnes, entre les milieux d'affaires, entre la société civile, les écoles, les étudiants, les administrations. Donc on peut avoir des relations de travail. Comme je vous le disais, ce qui est inquiétant, je trouve, c'est les allers-retours, l'incertitude que cela crée sur des questions aussi importantes effectivement que la Russie, sur des questions aussi importantes que les droits sociaux, les droits sociétaux...

Q - Mais est-ce que ça va changer ? Par exemple sur la Russie, est-ce qu'on va voir s'il y a tout un certain nombre de pays, qui entourent la France et l'Allemagne, qui vont basculer vers une position plus, disons, indulgente avec la Russie ? Est-ce qu'on va changer de politique au niveau européen ?

R - Ecoutez, je ne crois pas. Il y a une chose qui a été très frappante pendant tout cet épisode de guerre, c'est l'unité face à la Russie : l'unité dans des sanctions, l'unité sur les mesures à prendre, que ce soit sur le pétrole ou sur la technologie, ou sur les oligarques, tout le monde - et d'ailleurs la présidente, la cheffe de file de Fratelli d'Italia l'a répété, elle est contre la Russie, en plein accord avec ce que fait l'Union européenne.

Q - Mais comment, plus généralement, Laurence Boone, avance-t-on en Europe, avec une Suède donc très à droite aujourd'hui, une Italie qui pourrait l'être dans deux semaines, et d'autres pays comme la Hongrie, la Pologne... Quelles conséquences cela aura au niveau de la gouvernance européenne ? Est-ce qu'il y aura deux blocs ? Est-ce que ça va ralentir des projets communs, comme la défense commune que voulait réactiver Emmanuel Macron ? Comment voyez-vous les choses ?

R - Je pense, et c'était un peu le discours de l'état de l'Union hier : on a énormément avancé. On a énormément avancé sur la santé, qui n'existait pas avant ; sur la défense - il y a des fonds de défense, on achète des armes en commun pour les passer aux Ukrainiens ; on a avancé sur le climat, sur l'énergie ; on a avancé sur le social. La présidence française de l'Union européenne, de ce point de vue, a été vraiment moteur. Et ça, on a des institutions fortes en Europe. Donc ça ne va pas ralentir ça. Maintenant il y a des sujets sur lesquels ça va être plus difficile : quand on va parler immigration, ça sera plus difficile, quand on va parler progrès sociétaux, quand on va parler avortement, si on veut l'inscrire dans la charte européenne comme le Président de la République le veut, ça sera difficile.

Q - On n'y arrivera pas.

R - Ça prendra du temps.

Q - ...Regardez les rapports de force en Europe, comment ça va se dessiner d'ici Noël !

R - Tout ne se fait pas à l'unanimité, et une des raisons pour lesquelles nous on pousse justement à faire plus de choses à la majorité qualifiée, c'est pour pouvoir avancer en Européens même quand un pays bloque.

Q - Mais inscrire la protection du droit à l'avortement, donc dans la charte européenne, ça ne se fait pas à l'unanimité ça ?

R - Alors, il y a un truc qu'on a poussé, et que le Parlement européen pousse, qui s'appelle le pacte Simone Veil. Le pacte Simone Veil c'est quoi ? C'est de dire : on va pousser chaque Parlement national à prendre le meilleur de ce qu'il y a en matière de droits des femmes. Eh bien on va peut-être le faire que dans 25 pays, c'est vrai, mais ça sera déjà ça et ça va mettre une pression sur les autres.

Q - Venons-en donc au discours sur l'état de l'Union prononcé hier par Ursula von der Leyen, vêtue des couleurs ukrainiennes bleu et jaune. Son discours était très attendu ; elle y a affirmé d'emblée : "que ce soit clair, les sanctions sur le régime russe ne sont pas près d'être levées, l'heure est à la détermination, pas à l'apaisement." Il fallait le rappeler, Laurence Boone, de la manière la plus claire possible ?

R - D'abord je voudrais vous remercier parce que vous l'avez transmis. Vous avez fait une émission de deux heures hier sur le sujet, et c'est, comme vous savez...

Q - Le 18-20, Fabienne Sintes hier soir.

R - Absolument. Vraiment intéressant. La France est le pays de l'Union européenne où l'on parle, et j'en prends toute ma responsabilité, le moins d'Europe, et donc c'est absolument génial que vous ayez fait ça. La deuxième chose c'est : qu'est-ce qu'elle fait à ce moment-là ? Elle rend des comptes sur ce que la Commission a fait pendant un an, au Parlement, donc c'est vraiment un moment de démocratie, et elle annonce son programme de travail, qui va ensuite être discuté. Et donc c'est assez solennel et c'est assez démocratique. C'est pour ça qu'elle rappelle, effectivement, les temps forts : les temps forts c'est évidemment la guerre que la Russie mène à l'Ukraine avec ses conséquences humanitaires dramatiques, et c'est aussi la guerre que la Russie nous mène en faisant le yoyo avec les prix du gaz pour essayer de nous diviser et nous saper. Donc oui c'était super important.

Q - Le fait de la voir arriver en bleu et jaune, aux couleurs ukrainiennes, vous avez trouvé ça comment, pour le symbole ?

R - C'est émouvant, non ?

Q - Je n'ai pas d'avis, mais vous ?

R - Moi, mon avis, c'est que c'est émouvant. C'est aussi un signal : on sait que certains pays vont passer un hiver plus difficile avec les tensions sur l'énergie. C'était un signal qu'on doit rester unis, que ce qu'on est en train de défendre, à nouveau, les Ukrainiens c'est une guerre, avec des conséquences humanitaires horribles, que mène la Russie, mais la Russie c'est aussi une guerre contre nos valeurs, contre la démocratie, contre l'Etat de droit, contre l'indépendance et la pluralité des médias, l'impartialité de la justice. Et c'est pour ça que je crois qu'il fallait un symbole très, très fort.

Q - La réaffirmation de cet engagement intervient alors que des voix dissonantes se font entendre en Europe, une petite musique qu'on entend aussi en France, qui disent notamment que les sanctions sur la Russie ne servent à rien, qu'elles enrichissent même Poutine. Vous êtes l'ancienne cheffe économiste de l'OCDE : que répondez-vous à ça, à ce point-là précis ?

R - Je vais être très claire avec deux messages. Le premier c'est : il ne faut pas être naïf, la Russie utilise tous les moyens possibles et imaginables pour faire passer sa propagande dans tous les pays de l'Union européenne. C'est une arme de guerre comme une autre. La deuxième c'est rappeler ce qu'on est en train d'essayer de faire : c'est de l'affaiblir dans la durée, et ça, ça veut dire maintenant, mais aussi sur le moyen terme. Maintenant, la Russie elle-même reconnaît qu'elle va avoir une récession entre 4 et 6%. Pas nous ; c'est les autorités russes qui disent ça, nous on va avoir 2,7% de croissance cette année en France. Sur les exportations de pétrole, dont on a parlé, on a dit que cela rapportait de l'argent. Je rappelle que l'embargo n'a pas commencé. Et donc effectivement ça a augmenté. Le but de l'embargo, le but du plafonnement sur les prix du gaz qui est discuté en ce moment en Européens, c'est de diminuer les recettes de la Russie. Et ensuite, de façon pratique, quand on dit affaiblir durablement : on la prive de nos technologies avancées, ce qui la prive d'armes, d'outils de destruction massive. Cela avait marché pour l'Irak, vous vous rappelez que ça les a mis complètement à plat sur ce sujet. On les prive de pièces détachées sur les avions, ils sont en train de dépecer les avions qui ont été captés au sol pour continuer à arriver en faire voler chez eux.

Q - Donc vous dites qu'il y a des impacts, les sanctions ont des impacts, ce n'est pas vrai de dire que ça ne sert à rien, c'est ça que vous dites ?

R - Absolument, ça a des impacts au quotidien, et sur le moyen terme.

Q - La question sur les armes. Le Président Zelensky a reconnu hier, après la contre-offensive ukrainienne : "nous n'aurions pas pu reprendre ces territoires sans l'aide des Etats-Unis." Depuis le début de la guerre, les Etats-Unis ont livré près de 15 milliards de dollars d'équipements militaires à l'Ukraine. C'est 70% de l'aide militaire occidentale. Le deuxième contributeur c'est la Pologne, ensuite c'est le Royaume-Uni. La France se situe au 11ème rang. Pourtant on ne cesse de louer le fait que nous sommes la première puissance militaire d'Europe, et on est au 11ème rang sur l'aide aux Ukrainiens, l'aide militaire aux Ukrainiens. Est-ce qu'il ne faut pas donner plus ? Est-ce qu'on peut donner plus ?

R - Alors, on donne beaucoup. Je vous rappelle qu'on avait commencé, nous, à donner avant la guerre en Ukraine : bien avant, on a exporté des armes vers l'Ukraine, on forme des personnes pour la guerre, on donne du soutien militaire et humanitaire. L'Union européenne, elle-même, a donné énormément. Mais je crois que ce qu'il faut regarder, effectivement, c'est que nous on n'a pas attendu le début de la guerre.

Q - Donc il n'y a pas plus, il ne faut pas donner plus, vous dites on donne ce qu'on peut.

R - Non, je crois qu'il ne faut pas faire cette comptabilité. On est tous unis dans la même direction.

Q - Ursula von der Leyen a confirmé - passons au chapitre de l'énergie - sans parler de taxe sur les superprofits, qu'il y aurait une contribution temporaire de solidarité demandée aux producteurs et distributeurs de gaz, charbon, pétrole, qui réalisent des bénéfices massifs grâce à la flambée des cours. Elle pourrait rapporter 140 milliards d'euros, qui seraient, à ce moment-là, redirigés vers ceux qui en ont le plus besoin. C'est-à-dire qui ? Laurence Boone, où va aller l'argent exactement ?

R - Ce qu'elle a annoncé effectivement c'est deux choses : c'est à la fois d'aller capter la rente des producteurs d'électricité, qui ne font pas d'électricité à partir du gaz, et de taxer les superprofits. Dans tous les épisodes de crise...

Q - Taxer les superprofits, vous dites ?

R - Oui, c'est ce qu'elle a dit, c'est une contribution...

Q - Elle parle de contribution, oui.

R - Sur les superprofits.

Q - Parce qu'on a tellement joué sur les mots entre contribution et taxe, je vous entends dire une taxe sur les superprofits, d'accord.

R - Je vais en profiter pour rappeler que le Président de la République avait dit qu'on ferait ça en Européens ; on fait ça en Européens. Pourquoi c'est important d'ailleurs de faire ça en Européens ? C'est pour éviter les distorsions entre les pays. Et donc c'est ce qui va se faire, c'est un petit peu comme la taxe minimale de 15% que tous les pays de l'Union européenne ont signée et que, là, cinq pays ont décidé vendredi dernier de mettre en place.

Q - Ça c'est la taxe européenne sur les multinationales.

R - Absolument.

Q - Mais si on revient sur ce que vous demandait Nicolas Demorand, où va aller l'argent, ces 140 milliards ? Où ils vont aller, à qui ? Les entreprises françaises ou les plus démunis vont en profiter ? Où va aller l'argent et quand ?

R - Bien sûr. Alors, les 140 milliards c'est une estimation pour l'ensemble des pays de l'Union européenne. En fait il y a un système qu'on fait déjà en Europe et qu'on va continuer de faire, quand on capte cette rente... Ce qu'a annoncé la Première ministre hier, c'est comme vous le savez une hausse de 15% sur le gaz, une hausse de 15% sur l'électricité. Et pour limiter cette hausse, le financement vient en partie du fait qu'on va récupérer cette rente sur les producteurs d'électricité. C'est comme ça que ça marche.

Q - Mais par exemple, quelles entreprises françaises vont payer, vont faire partie de ceux qui vont payer ces 140 milliards ? Par exemple Total...

R - Les 140 milliards ce n'est pas la France, il faut être clair, c'est l'Europe.

Q - C'est ce que je veux dire... en fait nous on ne va pas tellement payer, les entreprises françaises ne vont pas être taxées, si on regarde sur cette taxe sur les superprofits annoncés hier par Ursula von der Leyen. Ça ne concerne pas les entreprises françaises.

R - Alors, Ursula elle a parlé de 65 entreprises françaises, on est en train de regarder évidemment dans les détails quelles entreprises tombent et font des profits, puisqu'elle a donné des conditions. La condition c'est que les entreprises, en gros, fassent 120% de profits par rapport aux 100 qu'elles faisaient sur la période de trois ans avant la guerre.

Q - Donc par exemple, si on prend Total, ils paieront ?

R - Je ne sais pas si Total fait, cette année, 120% de profits par rapport, ou 1,2 fois, à ce qu'il faisait il y a trois ans, mais si c'est le cas en France, oui.

Q - Sur la hausse des prix de l'électricité, Dominique Seux pointait ce matin dans son édito la responsabilité de la Commission européenne. Je le cite : "que le prix de l'électricité soit si haut parce qu'il est lié à celui du gaz défie le sens commun. Aujourd'hui Bruxelles est prêt à découpler les deux, mais c'est en février-mars qu'il fallait y penser et avaler son chapeau au lieu d'obliger toutes les capitales européennes à bricoler sur un coin de table." Ce plan européen n'arrive-t-il pas tout simplement trop tard, Laurence Boone ?

R - Alors je vais vous répondre deux choses. Ça fait depuis mars, effectivement, que plusieurs pays, et notamment la France, poussent pour ce découplage. Qu'est-ce qui s'est passé ? Vous avez vu que l'Espagne a fait ce découplage. Elle a fait ce découplage, mais avec un prix qui, en fait, par rapport au prix qu'on a aujourd'hui, est beaucoup plus bas, et résultat la consommation n'a pas du tout baissé. Donc, ce qu'on est en train de faire, et ce qu'il fallait arriver à calibrer, c'était à la fois une baisse de la consommation... quand on cherche à sortir du gaz, et à limiter les prix. Et là on va réformer ce marché de l'électricité, qui a fonctionné correctement pendant 20 ans, avant qu'on arrive dans cette période de guerre.

Q - Convenez que la remarque de Dominique Seux est...

R - Je conviens tout à fait qu'on peut travailler plus vite.

Q - ... elle touche... pourquoi on a attendu sept mois pour découpler le prix du gaz de celui de l'électricité ? Ça semble, pardon, un peu fou - je veux dire on savait qu'on allait avoir des problèmes, on savait qu'on était en guerre - pourquoi on ne l'a pas fait tout de suite ?

R - Parce que, comme vous savez, on a des mix énergétiques dans chaque pays qui sont différents. Donc effectivement ce couplage n'affecte pas tous les pays de la même façon. Et il a fallu attendre qu'on ait un bloc de pays pour arriver à le faire ensemble, à nouveau pour éviter des distorsions entre nous.

Q - On passe au standard d'Inter, où nous attend Marc. Bonjour Marc, bienvenu.

Q (Marc, auditeur) - Bonjour Nicolas Demorand, bonjour Madame la Ministre. Les restrictions pour soutenir l'Ukraine seront d'autant mieux acceptées qu'elles seront partagées par tous. A quoi en est-on, dans notre pays, du fait des avoirs des oligarques russes ? M. Macron étant influençable, j'imagine qu'un certain nombre de visiteurs du soir et autres courtisans sont venus plaider la cause de nombreux oligarques ayant des biens en France.

Q - Alors voilà, merci, Marc. Il y avait une question, puis un petit édito qui suivait. Sur la question donc : où en est-on, en France, par rapport au gel des avoirs des oligarques russes, Laurence Boone ?

R - En Européens, on a gelé les avoirs de plus de mille oligarques. On applique tous les mêmes règles, on recherche tous selon les mêmes enquêtes. Et la France est l'un des pays, où effectivement, on a gelé le plus d'avoirs. Donc on n'a pas du tout à rougir à ce sujet.

Q - Benjamin, au standard également. Bonjour, bienvenu.

Q (Benjamin, auditeur) - Bonjour France Inter, bonjour Madame la Secrétaire d'Etat. On parle de relocalisations intra-européennes de l'industrie, mais pour éviter le dumping social intra-européen, que ce soit en Irlande ou dans les pays de l'Est, où les salaires sont moins élevés, pourrait-on envisager la création, enfin, d'un SMIC européen qui mettrait tout le monde d'équerre ?

Q - Merci Benjamin. Laurence Boone.

R - Merci Benjamin, puisque ça me donne l'occasion de promouvoir une des réussites de la présidence française de l'Union européenne, qui a précisément été de se mettre d'accord sur un cadre de salaire minimum dans toute l'Union européenne. Donc c'est fait.

Q - Paul, bonjour ! On vous écoute.

Q (Paul, auditeur) - Oui bonjour Madame la Secrétaire d'Etat, bonjour Monsieur Demorand et Madame Salamé. Merci de prendre ma question. Suite à l'attaque criminelle que subit l'Arménie, je voulais savoir ce que la France, et l'Union européenne derrière, prévoyaient comme sanctions contre le régime azerbaïdjanais.

Q - Merci, Paul, pour cette question. Laurence Boone.

R - Alors on suit effectivement ce qui se passe entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan. On soutient l'Arménie, comme vous savez. Et d'ailleurs, on a cette réunion qui va se faire, au début du mois d'octobre, de ce que le Président a appelé la "communauté politique européenne", qui vise, en fait, à rassembler tous les pays d'Europe pour discuter des sujets actuels : la défense, l'énergie, la sécurité. Et l'Arménie sera invitée.

Q - Est-ce que vous soutenez suffisamment l'Arménie ? Beaucoup de voix disent : "on est très en retrait sur le soutien à l'Arménie."

R - Non, je crois qu'on est un des pays qui soutient le plus l'Arménie. D'ailleurs, pas que le Gouvernement ; on a une chambre de députés avec beaucoup de députés qui sont très volontaires là-dessus. Est-ce qu'on peut faire plus ? Probablement, on peut toujours faire plus. Mais vraiment, on le fait très fortement.

Q - La réunion d'octobre, ce sera avec la Turquie ?

R - Elle est invitée.

Q - Elle viendra ou non ?

R - Alors ça, je ne sais pas.

Q - Hier, on a vu à Strasbourg l'eurodéputée Manon Aubry brandir des factures d'énergie d'électricité des particuliers devant la présidente de la Commission européenne, en disant : "cette crise n'est pas uniquement le résultat de la terrible guerre en Ukraine, et du chantage odieux de Vladimir Poutine. Elle est aussi le produit d'un système économique, dont vous êtes, Madame von der Leyen, aujourd'hui obligée de reconnaître les failles". La présidente de la Commission européenne lui a répondu : "envoyez donc vos factures à Moscou. C'est là qu'est le responsable." C'est pas un peu court, comme réponse, Laurence Boone ? Le responsable, ce serait juste Poutine, ce n'est pas les choix des pays européens pendant des années d'être dépendants au gaz russe, par exemple, qui expliquent qu'on en soit là aujourd'hui ?

R - Il y a au moins deux choses, peut-être. Le premier, c'est la hausse des prix de l'énergie et des matières premières. Elle a commencé, comme vous le savez, avant la guerre que la Russie est en train de nous mener, avec le Covid et les perturbations que cela a créées. La deuxième chose, c'est que : oui, on n'a pas mis de sanction sur le gaz ; et oui, vous l'avez vu, Poutine ouvre et ferme le robinet pour créer des incertitudes et pousser le prix du gaz à la hausse. Il a quand même baissé de 60% les flux de gaz vers l'Europe. Donc, elle a eu raison de lui dire d'envoyer sa facture, en tous les cas en partie.

Q - Ça, c'est vrai pour le gaz, mais pas pour l'électricité.

R - Il y a de l'électricité qui est faite à partir du gaz. Donc ça a un impact sur les prix de l'électricité. Et oui, on n'a probablement pas décarboné assez vite, mais arrêtons de nous auto-flageller aussi : on est la région du monde - je dis la région parce que c'est l'Union européenne - qui est la plus avancée en matière de politique concrète pour sortir du carbone. On a des engagements de tous les pays, mais des politiques concrètes, l'Europe est sans conteste à l'avant-garde.

Q - On va vous demander de reprendre quelques instants votre casquette d'ancienne cheffe économiste de l'OCDE, donc, pour savoir si le pic d'inflation en France est passé, ou s'il est encore devant nous à attendre ?

R - Si vous m'y autorisez, je vais mettre mes deux casquettes. Faire des prévisions d'inflation, c'est compliqué, mais il y a une chose qu'on voit c'est que le bouclier tarifaire qui a été mis en place en France, renouvelé par la Première ministre, hier, conduit par Bruno Le Maire, c'est 2,2 points de PIB. C'est beaucoup d'argent qui a permis de contenir l'inflation à un niveau qui est bien moins élevé que chez les autres, et qui reste certes élevé. C'est pour cela qu'il y a des actions et des politiques à la fois sur les prix de l'énergie et sur les prix de l'alimentation. Et d'ailleurs, puisqu'il y a de l'Europe partout et que c'est bien d'en parler mais que c'est encore mieux de montrer ce qu'elle fait concrètement : l'Europe, par exemple, finance un quart de l'aide alimentaire française.

Q - Sur la croissance, Bruno Le Maire a dit hier qu'elle serait de 2,7% en France. La BCE, elle, en revanche, entrevoit une croissance à moins de 1% sur la zone euro. Est-ce qu'il y a des risques de récession sur la zone euro ?

R - On a parlé de la crise du Covid ensemble, où c'est les pays des économies de services, comme la France, avec beaucoup de tourisme, qui ont le plus souffert du Covid. Là, on est dans une crise où ce sont les économies manufacturières, donc avec une forte part de production manufacturière dans la valeur ajoutée, qui souffrent le plus puisqu'elles sont les plus énergivores. Donc, c'est assez normal qu'on retrouve cet écart. Et puis, la protection de l'inflation qui est donnée, c'est un bouclier, mais c'est aussi pour éviter une crise économique avec une baisse du pouvoir d'achat.

Q - Alors justement, crise économique, est-ce qu'on craint, est-ce que vous craignez dans les mois qui viennent des faillites d'entreprises qui auront du mal à payer leur gaz et leur électricité ? Est-ce que vous craignez cela ? Est-ce que vous regardez ça avec attention ?

R - Bien sûr, il y a une inquiétude et dans toute l'Union européenne sur la capacité des entreprises, et surtout les petites entreprises, à pouvoir payer leurs factures énergétiques, comme les personnes, comme les citoyens européens. Et c'est pour ça que le discours d'Ursula von der Leyen, hier, était très concentré sur ce sujet.

Q - En France, on craint des faillites, dans les mois qui viennent ?

R - Comme partout, on va faire attention. Je vais vous donner un exemple. On a très bien protégé les entreprises pendant le Covid. Et c'est pour ça qu'on n'a pas eu de faillite depuis longtemps. Là, on a fait un record, dans tout ce qui est tourisme, hôtel, restauration, cet été. Cela représente à peu près une quinzaine de pourcents des prêts qui avaient été faits aux entreprises, des PGE, vous savez, qui les protégeaient pendant la crise. Du coup, on est plus confiant qu'elles vont pouvoir les rembourser et qu'elles auront moins de problèmes.

Q - Une question sur l'application, une question d'Alexandre : la nouvelle Première ministre britannique qui a menacé de remettre en cause le protocole nord-irlandais signé avec l'Union européenne. Quelle sera la position de la France si elle met cette menace à exécution, Laurence Boone ?

R - D'abord, je voudrais dire que Liz Truss est à la tête d'un pays qui fait face aux mêmes difficultés que nous. Elle a, à la fois, une facture énergétique qui explose, vous avez vu les citoyens britanniques dans la rue, et elle a été très en soutien, vous ne l'avez pas citée tout à l'heure dans les chiffres, mais vraiment très en soutien aussi dans la guerre en Ukraine et contre la Russie. On est complètement alignés.

Q - Si, je l'ai citée, troisième pays, la Grande-Bretagne, après la Pologne. Etats-Unis, Pologne, Grande-Bretagne.

R - Pardon. Merci. Et c'est vrai que sur ces deux sujets, on a vraiment besoin de cohésion. Moi, je vais recevoir...on a échangé avec mon homologue ; je pense qu'il faut se parler. Après, il y a un protocole qui est très clair et qui protège les citoyens européens, et on fera tout avec la Commission pour le garder.

Q - Laurence Boone, merci d'avoir été à notre micro ce matin, Madame la Secrétaire d'Etat chargée de l'Europe.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 21 septembre 2022