Déclaration de Mme Catherine Colonna, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, sur les droits des femmes et des filles, à New York le 23 septembre 2022.

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Circonstance : Assemblée générale des Nations unies

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C'est un très grand plaisir pour moi, un an après l'organisation en juin 2021 du Forum Génération Egalité à Paris, avec le Mexique et sous l'égide d'ONU Femmes, de pouvoir dresser très rapidement un premier bilan, un point d'étape, afin de poursuivre notre mobilisation en faveur des droits des femmes et des filles, qui est en France "grande cause nationale" des deux mandats du Président de la République. Et dans le monde entier, pour chacun de nos pays, un enjeu de justice, de progrès et de développement.

Pourquoi devons-nous renforcer encore et sans relâche notre mobilisation ? Je vais citer Simone de Beauvoir, il le faut. Elle écrivait ceci : "il suffit d'une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question". C'était il y quelques décennies qu'elle écrivait cela, et malheureusement nous voyons combien c'est d'actualité aujourd'hui.

Voyons les choses en face. Alors que le monde traverse une série de conflits, de crises, le danger d'une régression des droits des femmes et des filles est de plus en plus réel et il est perceptible partout, même dans nos pays ou dans des pays proches, vous le savez bien, comme l'est le risque d'une hausse de discriminations et des violences sexuelles et sexistes, qui non seulement ne diminuent pas mais parfois augmentent. Depuis des décennies nous avons réalisé des progrès, je ne veux pas être négative, mais nous voyons que ces progrès sont aujourd'hui menacés par une sorte de contre-offensive conservatrice, populiste, sur tous les continents. Cette contre-offensive vise en particulier les droits de santé sexuels reproductifs, notamment le droit à l'avortement. Nous nous exprimons dans un pays qui, hélas, connait un réel recul à cet égard.

C'est dans ces moments de crises que nous devons faire avancer collectivement les droits des femmes et des filles. Le Forum Génération Egalité en est la parfaite illustration, quelques mois après ce soi-disant "Consensus de Genève" qui n'en n'était pas un, par lequel les signataires prétendaient remettre en cause des décennies de combats des femmes pour la liberté de disposer de leur corps.

Le Forum a permis de mobiliser plus de 40 milliards de dollars de financements inédits et de formuler 1000 engagements. Aujourd'hui ce sont plus de 2700 engagements qui ont été déjà pris dans ce cadre par des acteurs publics, privés ou associatifs dans le monde entier.

Il est de notre responsabilité de ne pas nous arrêter seulement aux engagements, aux promesses et de les traduire en actes. C'est ce que nous appelons le multilatéralisme en actes.

Bien sûr commençons par nous-mêmes. La France prendra toute sa part à cet effort. Elle a décidé de porter à 400 millions d'euros son soutien financier en faveur des droits de santé sexuels et reproductifs et de la santé des femmes et des filles sur la période 2021-2025. Elle verse 18 millions d'euros au Fonds des Nations unies pour la population en faveur de l'achat et de la distribution de moyens de contraception, c'est le chiffre de 2021. Je pense que nous ferons aussi bien cette année. Nous renouvelons notre contribution au Fonds français Muskoka, qui intervient en Afrique de l'Ouest et Centrale, à hauteur de 50 millions d'euros sur les cinq ans à venir.

Contre les violences affectant les femmes, nous finançons à hauteur de 6,2 millions d'euros (2020-2022) le Fonds mondial pour les survivantes de violences sexuelles liées aux conflits, dont vous savez toute l'importance et le remarquable travail.

Vous pouvez donc compter sur l'engagement solide et constant de la France pour faire avancer, à vos côté, les droits des femmes et des filles. Nous sommes fiers, chère Madame, de rejoindre l'Alliance pour les mouvements féministes, comme vous l'avez rappelé, et de compter parmi les neuf Etats promouvant une diplomatie résolument féministe.

Je ne veux pas prétendre en être l'incarnation, mais je tenais à donner une petite statistique qui concerne le ministère de l'Europe et des affaires étrangères.

Il y a un ministre et puis trois autres ministres ou secrétaires d'Etat, donc nous sommes quatre, et sur les quatre, il y a trois femmes.

C'est un bon début, soutenez-nous !

Merci.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 27 septembre 2022