Interview de M. François Braun, ministre de la Santé et de la Prévention à France Info le 27 septembre 2022, sur les arrêts maladie en téléconsultation, les déserts médicaux, l'instauration de 3 bilans individuels de santé gratuits, les services d'urgences et le covid-19.

Texte intégral

MARC FAUVELLE
Bonjour François BRAUN.

FRANÇOIS BRAUN
Bonjour.

MARC FAUVELLE
A partir de l’été prochain, il ne sera plus possible d’obtenir un arrêt maladie en téléconsultation, sauf si on le fait avec son médecin traitant. Pourquoi ? Il y avait tant d’abus que ça ?

FRANÇOIS BRAUN
Alors, par rapport à ces arrêts de travail, il faut voir de quoi on parle. On parle, sur l’année dernière, de 110 000 arrêts de travail qui ont été fait par téléconsultation, c’est deux fois plus que l’année précédente, et ce sera deux fois plus cette année quand on regarde les chiffres à date. Sur ces 110 000 arrêts de travail, il faut savoir que 80 %, dans 80 % des cas, 8 sur 10, ce sont des patients qui ont un médecin traitant et qui se sont faits faire un arrêt de travail par un autre médecin que leur médecin traitant. Forcément, ça interroge. Sur cette population, on parle beaucoup de population qui serait en désert médical. Cette population des 110 000 personnes concernées, c'est la même que celles qui sont concernées par tous les arrêts de travail. Donc il n'y en a pas plus dans les zones que l'on appelle désert médical.

MARC FAUVELLE
Mais pourquoi « punir tout le monde », pour les abus de certains ?

FRANÇOIS BRAUN
Alors, alors on ne punit pas tout le monde, bien entendu lorsque cet arrêt de travail est fait par votre médecin traitant ou qu'il est fait par un médecin qui vous a vu dans les 12 mois précédents, même si ce n'est pas votre médecin traitant, cet arrêt de travail continue à être remboursé, à être pris en compte, et bien entendu s'il y a des cas particuliers, ils seront traités au coup par coup et ils seront pris en charge.

SALHIA BRAKHLIA
C'est quoi un cas particulier, quelle exception possible ?

FRANÇOIS BRAUN
L’exception possible, c'est par exemple la personne âgée qui est dans une zone sous dotée, qui n'a plus de médecin traitant, parce que son médecin traitant a arrêté de travailler par exemple, eh bien cette personne-là pourra recourir ponctuellement s'il le faut, à un arrêt de travail.

MARC FAUVELLE
Mais si on n'a jamais eu de médecin traitant par exemple, si on n'en a pas, ça ne sera plus possible de se faire arrêter.

FRANÇOIS BRAUN
Alors, c'est pour ça qu'il… non, il est toujours possible de se faire arrêter…

MARC FAUVELLE
En visio.

FRANÇOIS BRAUN
… en allant voir un médecin. Je crois qu’il ne faut pas inquiéter nos concitoyens…

SALHIA BRAKHLIA
Mais, sans être remboursé, c’est ça la difficulté.

FRANÇOIS BRAUN
Si vous allez voir un médecin, vous serez remboursé, là on parle uniquement des arrêts de travail qui sont réalisés en téléconsultation. La téléconsultation et quelque chose de très utile, c'est un outil, mais comme tout outil qui se développe, il faut que nous soyons extrêmement vigilants par rapport aux abus d'utilisation.

SALHIA BRAKHLIA
On sent que dans ce budget il y a une volonté de faire des économies, beaucoup d'économies. On en est où dans la mise en place d'un système de carte Vitale biométriques ?

FRANÇOIS BRAUN
Alors, ce budget effectivement fait des économistes, c’est un budget responsable, mais c'est aussi un budget qui donne, qui donne à la santé plus de 7 milliards d'euros supplémentaires, qui ne fait pas d'économies sur l'hôpital, et ça c'est important aussi…

SALHIA BRAKHLIA
On va en parler.

FRANÇOIS BRAUN
Concernant les fraudes, effectivement il y a des outils de lutte contre la fraude. Concernant ces cartes Vitale biométriques, il y a une expérimentation en cours avec la carte Vitale dématérialisée, qui a des outils biométriques, c'est la carte Vitale que vous allez avoir sur votre téléphone, et votre téléphone vous reconnaît pour que vous puissiez l'utiliser. Il y a un projet de carte Vitale strictement biométrique ; j'ai saisi l'Inspection générale des affaires sociales, l'IGAS pour faire une étude à ce sujet, un petit peu du rapport bénéfice-risque, c'est-à-dire le gain attendu par rapport au coût de sa mise en place…

SALHIA BRAKHLIA
Parce que ça coûte très cher, et les professionnels de santé disent « eh bien en fait, c'est juste un gadget d'affichage, notamment utilisé par la droite, parce qu'en fait le vrai problème c'est le ciblage des soins en fait, ce n’est pas la carte en elle-même, c'est plus les soins qui sont donnés.

FRANÇOIS BRAUN
Alors, sur la carte il faut faire, il faut continuer à faire des efforts, il y a eu beaucoup d’efforts de faits par la Sécurité sociale, en particulier sur les cartes qui étaient en circulation et qui n'étaient plus valables, entre guillemets. 600 000 il y a 10 ans, plus que 3 000 aujourd'hui. Donc on voit qu'il y ait un effort qui est fait là-dedans, maintenant, si vous parlez de la pertinence des soins, effectivement c'est un objectif majeur, y compris dans ce budget, puisque dans ce budget il y a une part de plusieurs centaines de millions d'euros sur ce qu'on appelle la maîtrise médicalisée des dépenses, c'est-à-dire justement l'évaluation de la pertinence des soins, la pertinence des actes.

MARC FAUVELLE
François BRAUN, pour lutter contre le manque de médecins dans les déserts médicaux, vous souhaitez rallonger les études de médecine générale, 4 années d'internat au lieu de 3, la 4e année serait faite dans les zones justement où l'on manque de médecins. Est-ce que ce sera obligatoire ?

FRANÇOIS BRAUN
Alors, là aussi il faut bien préciser les choses. Cette 4e année…

MARC FAUVELLE
Parce que vous entendez déjà la colère des internes et des…

FRANÇOIS BRAUN
Mais bien entendu.

MARC FAUVELLE
Qui a été assez rapide, à ce qu’on entend…

FRANÇOIS BRAUN
Des internes que j’avais rencontrés, mais parce que les choses ont été présentées peut-être de façon un peu imparfaite. Donc reprenons bien les choses. Un, cette 4e année elle est faite pour améliorer la formation des médecins généralistes, absolument pas pour résoudre le problème des déserts médicaux. C'est d'abord pour améliorer leur formation, c'est voulu par les professionnels qui considèrent que 3 ans de formation c'est insuffisant, en particulier sur des formations en pédiatrie, en gynécologie-obstétrique, mais également sur la possibilité d'apprendre à gérer une entreprise, puisque finalement un médecin généraliste qui s'installe dans une « zone sous-dence », il gère un peu une entreprise avec des personnes qui l'aident autour de lui, assistant médical, infirmière etc. Donc, cette 4e année elle est faite pour ça. Cette 4e année, ce que j'ai souhaité, c'est qu'elle se fasse exclusivement chez des médecins libéraux et non pas à l'hôpital.

MARC FAUVELLE
Chez tous les médecins libéraux ou uniquement ceux qui sont dans des zones où on en manque ?

FRANÇOIS BRAUN
Chez tous les médecins libéraux qui sont maître de stage universitaire, c’est une formation particulière, parce qu'il est hors de question de dénaturer cette formation. Bien entendu, pour répondre en partie, puisqu'il n'y a pas de solution miracle à cette problématique de déserts médicaux, nous allons inciter très fortement ces étudiants à le faire dans les déserts médicaux. Inciter très fortement, ça veut dire quoi ? Ça veut dire par exemple avoir une rémunération différente que lorsqu'ils le font dans une zone normalement dotée. Ça veut dire également leur donner des possibilités, leur offrir des possibilités de logement quand ils se déplacent, de maîtres de stage bien formés qui vont les accompagner. Et pour cela, pour ces modalités complémentaires, avec la ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche Sylvie RETAILLEAU, nous avons missionné 4 professionnels reconnus de la médecine générale, qui avant la fin de l'année vont nous donner leurs conclusions sur ces modalités d'organisation supplémentaires.

SALHIA BRAKHLIA
Vous dites « inciter très fortement », donc du coup, je reprends la question de Marc : ce sera obligatoire d’être dans ces déserts médicaux ?

FRANÇOIS BRAUN
Non, ce n'est pas obligatoire. Ce n'est pas obligatoire, c'est une incitation forte pour qu'ils aillent dans ces territoires. Ce n'est pas la seule solution qu'il faut mettre sur la table, pour cette question qui nous préoccupe tous, qui préoccupe nos concitoyens au quotidien, des déserts médicaux, c'est un des éléments, il y en a d'autres comme la réalisation de stages, plutôt, comme les parcours d'excellence pour former les jeunes.

SALHIA BRAKHLIA
Et alors, ça va s’appliquer dès l'an prochain pour ceux qui sont en 3e année, ou alors il va falloir attendre ceux qui entrent dans leur 1ère année ?

FRANÇOIS BRAUN
C'est ceux qui vont entrer dans leur 1ère année de formation spécialisée de médecine générale, c'est-à-dire ceux qui rentrent…

MARC FAUVELLE
Donc la mise en application dans 4 ans.

FRANÇOIS BRAUN
Alors, en fait, 3 ans. 3 ans, puisqu'ils vont sortir dans 3 ans, c'est-à-dire qu'il n'y a pas d'année, j'entends parler d'une année perdue, non il n'y a pas d'année perdue, puisque dès 2026 ils vont rentrer de façon normale. Actuellement les jeunes…

MARC FAUVELLE
On ne peut pas faire ça plus vite ?

FRANÇOIS BRAUN
On ne peut pas faire ça plus vite, parce que les jeunes qui ont choisi un exercice professionnel, vous leur dites, juste avant de terminer, vous rajoutez un an de plus, non, on ne peut pas à faire ce genre de choses, et d'autant plus que ces 4 années vont être entièrement revues.

MARC FAUVELLE
Est-ce que vous allez revenir sur la liberté d'installation des médecins ? Pourquoi est-ce qu'aujourd'hui un enseignant n'a pas le droit d'aller travailler où il le souhaite, et un médecin si ? Vous allez me dire que ce sont deux métiers différents, ce qui est exact.

FRANÇOIS BRAUN
Alors, effectivement, ce sont deux métiers différents, mais je vais surtout vous dire qu’un médecin qui choisit le service public hospitalier…

MARC FAUVELLE
Je parlais des médecins libéraux.

FRANÇOIS BRAUN
Oui, mais vous me parlez d'enseignants qui choisissent le service public, et de médecins libéraux, moi je vous parle d'enseignants par exemple qui vont choisir le service privé, de médecins libéraux. Un enseignant qui va dans un dans un lycée d'enseignement privé, il va où il a envie d'aller, où il y a un poste pour lui. Un médecin libéral, il s'installe effectivement où il veut. Un enseignant qui choisit le service public, il va où il y a un poste, un médecin hospitalier qui choisit le public, il va où il y a un poste également. Donc cette comparaison me gêne toujours, parce qu’on ne peut pas l'utiliser comme ça. Maintenant, vous le savez, dans le cadre du Conseil national de la refondation et sa partie santé, la problématique des déserts médicaux, la problématique d'un médecin traitant pour tout le monde, a fortiori pour les plus fragiles, ce sont les sujets qui vont être traités à l'échelle territoriale, parce qu’en fonction des territoires, on parle toujours de déserts médicaux, mais il y a des problématiques différentes, et donc des solutions différentes.

MARC FAUVELLE
On va parler de ce qui nous attend tous à 25, 45 et 65 ans, dans les années qui viennent, puisque vous avez annoncé la mise en place de plusieurs bilans, à 3 âges de la vie, ça ce sera dans une minute avec vous François BRAUN, ministre de la Santé.

SALHIA BRAKHLIA
Toujours avec le ministre de la Santé François BRAUN. Dans le Budget de la Sécu, vous avez aussi prévu l'instauration de 3 bilans individuels de santé gratuits, à 25, 45 et 65 ans. Comment y avoir accès ? A qui s'adresser ?

FRANÇOIS BRAUN
Alors, ces bilans sont effectivement essentiels et rentrent dans le cadre de la prévention. Ministère de la Santé et de la Prévention. Enfin, cette prévention dont nous avons énormément de retard en France par rapport à d'autres pays européens. Donc ces bilans s'adressent à tout le monde, mais la cible principale ce sont bien sûr les gens qui sont loin du soin. Et c'est pour ces personnes que l'on va aussi aller vers une logique du « aller vers », comme ça a été fait pendant la crise sanitaire. Ce « aller vers », c'est grâce aux travaux de la caisse d'Assurance maladie, qui va nous permettre de solliciter les personnes par SMS, par courrier, je vais également m'appuyer sur les associations, sur le monde associatif, pour que ça devienne un réflexe, pour que quand on discute avec un collègue de 25 ans, on lui dise : au fait, tu as pensé à ton bilan ?

SALHIA BRAKHLIA
Parce que, ceux qui ont l'habitude d'aller chez le médecin, bon ben ils feront ces bilans, mais pas ceux qui n'ont pas l'habitude et qui sont loin du système de santé.

FRANÇOIS BRAUN
Exactement, et ce sont bien ceux-là qui sont aussi la cible principale, toutes les personnes qui sont éloignées de ce système de santé, toutes des personnes qui vont cumuler finalement ces inégalités d'accès. Les plus jeunes, la plupart du temps les plus jeunes, on n'imagine pas quand on a 25 ans qu'il faut qu'on ait vraiment un médecin traitant, qu'il faut faire le point sur ses vaccins, qu'il faut faire le point sur ses addictions, avant de basculer complètement, et qu'il faut aussi faire le point sur son exercice physique.

MARC FAUVELLE
Mais, ça se passera où ? Chez son médecin, en une seule fois, avec une séance un peu longue, ou il y aura toute une batterie d'examens à faire ?

FRANÇOIS BRAUN
Ça va dépendre de chaque cas, bien entendu, c'est-à-dire…

MARC FAUVELLE
Prenons l'examen de 65 ans par exemple.

FRANÇOIS BRAUN
Alors, l'examen de 65 ans, on va cibler, même si on fait un examen global, mais on va cibler sur tout ce qui détecte la perte d'autonomie ou le risque de perte d'autonomie, par exemple des troubles auditifs, des troubles de l'équilibre, des choses comme ça. Bien entendu, le médecin qui va faire l'examen clinique, s'il découvre des petits problèmes de santé, s'il les anticipe, il va pouvoir prescrire des examens complémentaires.

MARC FAUVELLE
Mais à la base, c'est donc chez le médecin traitant que ça se passe.

FRANÇOIS BRAUN
Ça va être idéalement chez le médecin traitant, mais vous savez c'est une équipe de soins vers laquelle on va maintenant, autour du médecin traitant, le médecin traitant n'est pas seul, là aussi c'est un moyen pour résoudre nos problèmes dans les déserts médicaux. Dans cette équipe de soins, on trouvera un kiné, on trouvera une infirmière, on trouvera un pharmacien. L'idée c'est vraiment d'élargir ce concept de prévention.

MARC FAUVELLE
Les médecins, François BRAUN, disent qu’ils n’en peuvent plus des rendez-vous qui ne sont pas honorés par les patients, 28 millions de rendez-vous gâchés chaque année, c'est plus que le nombre de passages annuels aux urgences des hôpitaux. Est-ce qu'il faut les facturer quand les patients ne viennent pas ?

FRANÇOIS BRAUN
Il faut résoudre ce problème des non venus, pas prévenu, c'est un petit peu ça. On peut toujours ne pas pouvoir aller à un rendez-vous auprès de son médecin, si on a un problème particulier, mais ce qui est inadmissible c'est de ne pas prévenir. C'est inadmissible pourquoi ? Parce que pendant ce temps-là le médecin pourrait prendre quelqu'un d'autre. Vous dites 28 millions, c'est le chiffre de nos collègues médecins libéraux, à l'hôpital c'est pareil, on a aussi des consultations qui ne viennent pas à l'hôpital et qui nous permettraient de prendre en charge d'autres personnes. On voit bien là qu'il y a une ressource pour regagner du temps médical. Alors, dans le cadre des discussions que je vais lancer, là début octobre, c'est un sujet qui va être sur la table. Comme je l'ai dit, il n'y a pas de tabou. Est-ce que c'est en les facturant, est-ce que c'est en trouvant une autre solution ? On va voir tout ça, tous ensemble, voir ce que ça représente, vers quel spécialiste, comment on peut de régler, il y a toutes ces plateformes de prise de rendez-vous qui peuvent aussi nous aider, pour éviter qu'on prenne 3 rendez-vous en même temps chez de même spécialiste et puis que finalement après on aille piocher. Donc on a un travail autour de ça, mais…

MARC FAUVELLE
Mais l'idée de facturer ces visites, même si elles n'ont pas lieu, n'est pas entièrement exclue.

FRANÇOIS BRAUN
Tout est sur la table. Comme je l'ai dit quand je suis arrivé dans ce ministère, moi je n'aurais jamais tabou dans les discussions, simplement il faut évaluer ce qui se passe, affiner de diagnostic, même si là on le connaît déjà, voir quelles solutions on peut mettre en place et ensuite évaluer ces solutions pour voir si c’est efficace.

SALHIA BRAKHLIA
François BRAUN, cet été certains services d'urgences ont dû limiter leur accès des nuits et des week-ends, en faisant un tri dans l'accueil des patients. Il faut d'abord appeler le 15 pour être accueilli. Est-ce que ça va devenir la règle partout ?

FRANÇOIS BRAUN
Alors, tout d'abord je dois dire que l'été a tenu, le système de santé a tenu, et je veux remercier tous les professionnels de santé, à l'hôpital comme en ville, qui se sont mobilisés pour que cela tienne. On entend souvent le terme de tri, ce n'est pas un tri en fait, c'est, enfin, c'est quelque part, faire profiter nos concitoyens…

MARC FAUVELLE
Un peu quand même.

SALHIA BRAKHLIA
On n’accueille pas tout le monde.

FRANÇOIS BRAUN
On accueille tout le monde, mais dans les réoriente vers un meilleur parcours de soins. Quand vous avez une angine, la meilleure prise en charge ce n’est pas d'aller aux urgences. Quand vous avez mal au genou depuis 3 semaines, ce n’est pas d'aller aux urgences, c’est d'être réorienté vers un médecin généraliste, encore faut-il qu'il y en ait de disponible, et c'est en ça que je remercie les collègues généralistes qui se sont fortement mobilisés cet été pour pouvoir prendre en charge ces patients. Alors, des services, des services d'urgences ont dû fermer, 8 ont dû fermer complètement, la moitié dans le privé, la moitié dans le public. Ces services d'urgences, à chaque fois, là les urgences vitales étaient assurées sur le secteur, je crois que c'est ça aussi qui est très important, c'est-à-dire qu'il y avait des équipes du SAMU qui pouvaient intervenir si vous aviez un infarctus. Donc on ne laisse pas des gens dans la nature. Par contre, effectivement pour l'angine, pour le petit traumatisme, pour la petite plaie, on pouvait vous réorienter plus loin.

SALHIA BRAKHLIA
Mais ça veut dire quoi, ça veut dire qu'il faut rendre les gardes des médecins de ville obligatoires, dans certains territoires ?

FRANÇOIS BRAUN
Ça veut dire qu'il faut, déjà que les médecins de ville puissent accepter des patients en journée. On focalise toujours beaucoup sur les gardes, or le Conseil de l'Ordre nous nous renseigne dans son rapport annuel, dans 94 voire 96 % en fonction des horaires, du territoire, cette permanence des soins, ces gardes, sont assurées le soir et le week-end. Par contre, ce qui est très difficile, est aussi de trouver des médecins disponibles en journée, et c'est là que la régulation médicale, qui se fait autour du SAMU et du service d'accès aux soins, permet d'identifier des médecins qui peuvent justement, dans leurs rendez-vous, prendre une personne supplémentaire. C’est vraiment un rôle de chef d'orchestre qu'il faut donner à cette régulation. Le principe de base est simple : avant de vous déplacer, appelez. Appelez votre médecin traitant. Si votre médecin traitant n'est pas disponible, appelez la régulation médicale du SAMU ou du SAS, parce qu’il y a probablement une solution dans la rue à côté de chez vous, parce qu'un médecin sera disponible ou aura un créneau…

SALHIA BRAKHLIA
Sans aller aux urgences.

FRANÇOIS BRAUN
Sans aller systématiquement aux urgences.

MARC FAUVELLE
L'hôpital de Corbeil-Essonnes est victime depuis plusieurs semaines d’une Cyber Attaque, l'hôpital a refusé de payer la rançon demandée par ceux qui ont lancé l'attaque. Les hackers ont du coup commencé à diffuser des données de santé sur Internet. D'abord, qu'avez-vous envie de dire à ceux qui ont fait ça, à ceux qui se sont attaqués à cet hôpital ?

FRANÇOIS BRAUN
C'est inadmissible. Je condamne mais vraiment très fortement ce type d'attaque, qu'on peut qualifier de terroriste. Je vous rappelle quand même que l'hôpital de Corbeil, il a fallu en urgence évacuer des bébés. Evacuer des bébés dont la sécurité en réanimation n'était pas assurée, justement à cause de cette attaque informatique qui a fait tomber complètement le système d'information. Donc ce sont des attaques qui mettent en danger la vie des patients déjà. Je les condamne, nous les condamnons, le gouvernement les condamne, nous ne céderons jamais à ce genre d'attaque terroriste. Maintenant…

MARC FAUVELLE
Et aucun hôpital ne paiera une rançon.

FRANÇOIS BRAUN
Et aucun hôpital ne paiera une rançon. Maintenant, il y a diffusion de données de santé. Ces diffusions de données de santé, bien entendu l'ensemble des patients, potentiellement concernés à l'hôpital, ont déjà été prévenus.

MARC FAUVELLE
Ça concerne combien de patients ?

FRANÇOIS BRAUN
C'est très difficile à dire, puisqu'on ne sait pas le volume de données qui ont été prises par l'ensemble des hackers.

MARC FAUVELLE
Mais c’est quel type de données ? C’est des numéros de Sécu qui sont dans la nature, ce sont des données encore plus sensibles que ça, des résultats de tests ?

FRANÇOIS BRAUN
Ce qui a été diffusé pour l'instant, et sur les documents diffusés, les personnes sont prévenues individuellement en plus. Il y a des données médicales qui ont été diffusées, des résultats d'examens d'anatomopathologie, qui peuvent dire qu'untel a un cancer ou pas. C'est absolument honteux ce genre de procédure. Donc nous devons lutter, toujours de plus en plus contre ces cyber-attaques. Les hôpitaux étaient mal protégés, nous les protégeons de plus en plus, 176 millions d'euros ont été mis sur la table dans le cadre du plan France relance. Lorsque que je suis allé à Corbeil j'ai fait rajouter 20 millions d'euros pour lutter contre ces cyber-attaques. Les hôpitaux sont accompagnés par des spécialistes, des spécialistes de la gendarmerie. Nous renforçons la sécurité des hôpitaux.

MARC FAUVELLE
Toujours avec le ministre de la Santé, François BRAUN, 30 000 cas par jour de Covid désormais, est-ce que c'est le début de la 8e vague ?

FRANÇOIS BRAUN
Alors nous constatons depuis 3 semaines une reprise de la circulation du virus, vous savez ce fameux R, le taux de réplication que l'on évalue toutes les semaines, est passé de 0,9 à 1,7, à 1,37 la semaine dernière, j'attends aujourd'hui les chiffres de la semaine, de la semaine précédente.

MARC FAUVELLE
Donc ça monte vite.

FRANÇOIS BRAUN
Il y a recirculation du virus donc il y a remobilisation bien entendu.

MARC FAUVELLE
Est-ce que ça veut dire qu'on se dirige vers une nouvelle dose de rappel pour toute la population ?

FRANÇOIS BRAUN
Alors on se dirige vers une nouvelle dose de rappel, pas pour toute la population, la Haute autorité de santé a été claire et continue à nous dire de vacciner une population cible, les personnes fragiles, les personnes de plus de 60 ans, les personnes qui n'ont pas été vaccinées de ce 2e rappel cet été doivent se faire vacciner et ceux qui ont été vaccinés vont se faire revacciner encore un nouveau rappel après 3 mois pour les plus de 80 ans au moins, après 6 mois pour les autres. Donc nous allons vers une campagne de vaccination à partir de cet automne, à partir même pour être exact du 3 octobre où nous aurons à disposition là aussi les nouveaux vaccins.

SALHIA BRAKHLIA
Est-ce qu'il va falloir remettre le masque dans les transports cet hiver ?

FRANÇOIS BRAUN
Je vais continuer à dire qu'il faut faire confiance aux Français, le masque dans les transports, les gestes barrières, se laver les mains, c'est très utile parce que ça vous protège de la transmission de la grippe, ça vous protège la transmission du virus pour la bronchiolite de l’enfant, ça vous protège de la transmission du Covid, ce n'est pas uniquement un principe de protection maintenant que pour le Covid. Je crois que nos concitoyens l’ont bien compris.

SALHIA BRAKHLIA
Ce matin vous dites aux Français, mettez vos masques dans les transports en commun.

FRANÇOIS BRAUN
Lorsqu’on est les uns sur les autres, c'est plus raisonnable de mettre son masque, lorsqu'on est avec une personne très fragile on met son masque, on s'assure qu'elle est vaccinée, on se fait vacciner soit même si on est très proche d'être. Bref reprenons le bon sens que nos concitoyens ont maintenant depuis le début de cette crise qui date d’il y a plus de 2 ans.

MARC FAUVELLE
Dans les écoles on fait quoi, est-ce qu'on ferme les fenêtres pour faire des économies de chauffage ou est-ce qu'on les ouvre pour se protéger du Covid ?

FRANÇOIS BRAUN
L'aération d'une pièce, on le sait, ça permet justement de lutter contre le Covid, contre la grippe, contre les VRS, donc l'ensemble de ces pathologies hivernales, il faut aérer régulièrement toutes les heures. Il a ces détecteurs que l’on met aussi qui permettent de déterminer que la pièce doit être aérée.

MARC FAUVELLE
Dont très peu d’établissements sont équipés aujourd’hui.

FRANÇOIS BRAUN
Oui même si les moyens ont été mis sur la table en concertation avec les collectivités locales. Donc il faut continuer à aérer, reprenons ces bons gestes de bon sens.

MARC FAUVELLE
Un mot sur une autre épidémie dont on a beaucoup parlé cet été, la variole du singe, vous venez d'autoriser la vaccination en pharmacie il y a quelques jours, est-ce que sur cette variole du singe ça va mieux aujourd'hui très clairement ?

FRANÇOIS BRAUN
Oui très clairement la situation va mieux. Nous avons vacciné plus de 110 000 personnes. La France a été reconnue par l'OMS comme le pays qui avait le mieux réagi face à cette épidémie. Le nombre de cas de contamination chute de jour en jour, donc oui nous pouvons dire que ça va mieux.

SALHIA BRAKHLIA
François BRAUN, le prix du tabac augmenter comme l'inflation a dit hier Elisabeth BORNE, on pourrait donc avoir un paquet de cigarettes à 11 euros bientôt, est-ce que vous êtes prêt à assumer l'impopularité d'une telle mesure ?

FRANÇOIS BRAUN
Ce que je suis prêt à assumer, c'est que le prix du tabac suive le coût de l'inflation, il serait aberrant que finalement le tabac revienne moins cher que les autres produits de consommation. Ce que je ne veux pas assumer ce sont les 74 000 morts par an qui sont liés au tabac. Donc nous devons continuer à lutter contre les addictions. Nous devons continuer à lutter contre le tabac. Le tabac va suivre le prix de l'inflation, c'est normal, mais également l'ensemble des produits du tabac vont avoir la même taxation. Je parle du tabac à chauffer, je parle du tabac à rouler, c'est logique, le tabac dans un axe de prévention nous devons bien entendu continuer nos actions de prévention, 2 millions de nos concitoyens ont arrêté de fumer depuis qu'on a augmenté le prix du paquet de cigarettes, eh bien c'est quand même, on parle de prévention, un axe de prévention fort.

SALHIA BRAKHLIA
Vous prenez en compte aussi les cigarettes électroniques jetables qu’on voit parfois au collège voire même au lycée qui ont des goûts de bonbons et qui en fait comportent de la nicotine ?

FRANÇOIS BRAUN
Oui, le tabac à chauffer et tout ce genre de produits. Ces produits au départ ont été mis sur le marché pour aider les gens à arrêter de fumer.

MARC FAUVELLE
Sauf que parfois c'est une porte d'entrée.

FRANÇOIS BRAUN
Voilà. Bien entendu nous continuons à aider, nous continuons à rembourser des substituts nicotiniques, mais ça devient une porte d'entrée extrêmement ludique et qui emmène brutalement les jeunes vers des consommations de tabac avec tous les risques.

MARC FAUVELLE
Encore un mot, Elisabeth BORNE a dit hier qu'elle était prête à taxer les laboratoires pharmaceutiques qui ont générer de gros profits grâce à la crise sanitaire, ça veut dire quoi ?

FRANÇOIS BRAUN
Ça veut dire que tout le monde va participer à l'effort pour la soutenabilité financière de notre système de santé. Je vais demander un effort à la radiologie, je demande également un effort à la biologie qui effectivement a eu un chiffre d’affaires…

MARC FAUVELLE
On parle des petits cabinets, ceux qui ont vu défiler des millions et des millions de Français qui se sont fait tester ou on parle des grands laboratoires qui ont travaillé sur les vaccins par exemple ?

FRANÇOIS BRAUN
On parle on parle de la biologie médicale qui a vu son chiffre d'affaires augmenter de plus de 20 % avec cette crise Covid et je rappelle quand même que ces 20 % c'est payé par la Sécurité sociale. Donc il est normal qu'ils participent là aussi à équilibrer les comptes et à la soutenabilité de notre système de Sécurité sociale.

SALHIA BRAKHLIA
Est-ce que ça veut dire aussi qu'à côté en plus de la biologie il y aurait des médicaments qui seront moins remboursés ?

FRANÇOIS BRAUN
Nous discutons avec les industries du médicament, vous savez que nous avons des phénomènes d'équilibre qui ont été validés, discutés par le président de la République d'ailleurs pour maintenir un niveau de progression au niveau des laboratoires du médicament. Bien entendu lorsque cela dépasse de façon importante la norme que l'on sait donner, eh bien ils participent plus là aussi à l'équilibre du système de sécurité.

MARC FAUVELLE
Je reviens d'un mot parce qu'on n'a pas été très vif avec Salhia, il y a quelques minutes sur la campagne de vaccination à partir du 3 octobre, qu'est-ce qui se passe précisément ?

FRANÇOIS BRAUN
À partir du 3 octobre nous avons un dispositif dans les pharmacies, sur les centres de vaccination ces nouveaux vaccins bivalents, c'est-à-dire ces vaccins qui vous vaccinent sur la souche sauvage, toujours très efficaces mais également qui vont vacciner contre Omicron.

MARC FAUVELLE
Et donc uniquement pour les personnes fragiles et les plus de 60 ans pour l'instant, pas de vaccination générale.

FRANÇOIS BRAUN
Les personnes fragiles, les plus. 60 ans, les personnes… les professionnels de santé, les personnes qui sont en contact des personnes fragiles mais pas de vaccination de la population générale. Bien entendu si vous souhaitez vous faire vacciner, vous pouvez vous faire vacciner.

MARC FAUVELLE
Merci pour cette précision.


Source : Service d’information du Gouvernement, le 28 septembre 2022