Interview de M. Gabriel Attal, ministre chargé des comptes publics, à BFM Business le 28 septembre 2022, sur le budget pour 2023 et la politique économique du gouvernement.

Texte intégral


LAURE CLOSIER
Notre grand entretien aujourd'hui, c'est un invité exceptionnel. Gabriel ATTAL, Ministre délégué en charge des comptes publics, bonjour.

GABRIEL ATTAL
Bonjour.

LAURE CLOSIER
Merci d'être avec nous dans Good Morning Business. Vous avez présenté le budget 2023 lundi, un budget qualifié par le gouvernement de protecteur et responsable. Mais les marchés, eux, n'ont pas eu exactement la même vision, ils étaient un petit peu inquiets. Le taux à 10 ans français est monté directement après la présentation du budget, on est ce matin à 2,84 sur le taux à 10 ans. C’est un record depuis 10 ans. Est-ce que vous l'avez pris comme une sanction ?

GABRIEL ATTAL
Je crois que la volatilité des taux, elle est surtout liée à la fois à la situation géopolitique, et pour ce qui est des taux des derniers jours, un impact aussi des élections italiennes, d'un certain nombre de décisions au Royaume-Uni qui ont eu un impact sur les marchés.

LAURE CLOSIER
Rien à voir avec la France ?

GABRIEL ATTAL
Non. On assiste depuis ces derniers mois, depuis plusieurs mois à une très grande volatilité. Les taux en France étaient de 2,4 en juin. Ils sont descendus à 1,4 en août, ils sont remontés ensuite. C’est pareil pour les Allemands. Les taux étaient, je crois, en août à 0,8. Ils sont aujourd'hui à 2,1. Il y a une volatilité du fait de la situation internationale, géopolitique, et je rappelle aussi qu'on est dans une phase de normalisation. C'est la période de taux négatifs ou nuls, qui était anormale.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Oui. Il y a quand même un écart de taux avec nos amis allemands ; ça veut dire qu'on est des moins bons élèves. Est-ce que vous l’avez ressenti comme étant une mauvaise note que vous ont donné les marchés financiers ?

GABRIEL ATTAL
Non, je ne crois pas. D'ailleurs notre notation est stable et, ensuite, on a la confiance des investisseurs. On le voit d'ailleurs dans nos levées. On a levé, je crois à cinq sixièmes de notre programme de financement pour 2022. La confiance est au rendez-vous.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Oui. Mais il y a 270 milliards à lever l'an prochain en 2023 à un taux qui va être près des 3%. Vous avez calculé combien ça allait coûter en plus aux Français ?

GABRIEL ATTAL
C'est un chiffre qui est stable d'abord. Je crois que c'est 260 milliards l'an dernier. Ensuite c’est un impact qui aura lieu sur la durée, puisque la durée de vie moyenne de nos obligations et de notre dette est de 8 ans et demi.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Oui, c’est ça.

GABRIEL ATTAL
8 ans et demi et donc ça sera sur la durée. Ce qui est certain, c'est que notre dette nous coûte. Elle nous coûte cette année 18 milliards de plus de ce qui était prévu. Elle nous coûtera l'an prochain probablement autour de 51,7 milliards d'euros. C'est beaucoup et ça témoigne d'une chose : c'est qu'il faut continuer à avoir une politique de maîtrise de la dépense publique. Parce que la réalité, c'est que si on ne tient pas une ligne de maîtrise de la dépense publique comme on est en train de le faire depuis le "quoi qu’il en coûte”, on s'expose effectivement à ce moment-là une remontée beaucoup plus importante de nos taux et donc à être privé de marge de manoeuvre pour agir et pour investir.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
C’est ce que vous reproche justement le gouverneur de la Banque de France, François VILLEROY de GALHAU, qui dit qu'il faut prendre garde à ne pas alimenter la volatilité des marchés comme vous le faites, avec un budget qui est encore largement en déficit. " Des déficits budgétaires massifs " dit le gouverneur. C’est ce que fait aussi le MEDEF. Il considère dans un communiqué que vous levez au-dessus de vos moyens et que vous ne faites pas le boulot.

GABRIEL ATTAL
Il y a une forme d'incohérence objectivement dans certains propos, notamment du MEDEF. On ne peut pas d'un côté dire qu’il y a trop de déficits et en même temps appeler matin, midi et soir à accroître les aides aux entreprises, les baisses d'impôts.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Il vous appelle matin, midi et soir le MEDEF ?

LAURE CLOSIER
On quémande.

GABRIEL ATTAL
On ne peut pas dire il faut des réformes structurelles, et quand on présente la réforme des retraites dire elle n'est pas prioritaire. Donc je pense que c'est important qu’il y ait un peu de cohérence, c'est ce qu'a rappelé Bruno LE MAIRE. Ensuite, moi je veux rappeler quelle est la situation aujourd'hui. On avait un déficit qui était de près de 9% en 2020, il est descendu à 6,4% en 2021.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
On avait fermé l'économie aussi, il fallait la soutenir.

GABRIEL ATTAL
Oui. Il est descendu à 6,4%, il est aujourd'hui à 5% et il sera en dessous des 3% en 2027. Comment ? En nous fixant, et c'est ce que nous avons fait dans le programme de stabilité, une règle de maîtrise de nos dépenses publiques. L'effort qui a été prévu pour les 5 ans qui viennent dans le programme de stabilité, qui est matérialisé dans la loi de programmation des finances publiques qu'on a présenté lundi avec le budget, c'est l'effort le plus soutenu et le plus fort depuis 20 ans. 0,6% de croissance en volume de la dépense publique sur 5 ans.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Le MEDEF vous rappelle que les dépenses courantes hors crise vont encore augmenter de 62 milliards d'euros en 2023.

GABRIEL ATTAL
Non. La marche annuelle tout ministère, elle est autour de 20 milliards d'euros. Mais moi qu'on me dise où est-ce qu'il ne faudrait pas mettre des moyens supplémentaires. Est-ce qu'il ne faut pas mettre des moyens supplémentaires dans la justice ? On voit qu'on a une justice qui fonctionne mal depuis des décennies. Oui, on réinvestit. Est-ce qu'il ne faut pas mettre des moyens supplémentaires dans l'école, dans la formation professionnelle, dans l'apprentissage, dans la défense ? On fait des choix politiques, des choix budgétaires, c'est des choix politiques. Je pense que l'important, c'est de rester dans un cadre. On tient les 5 % qui ont été prévus dans le programme de stabilité, après avoir tenu l'objectif de déficit cette année, d’avoir fait mieux les années précédentes.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous ne respectez pas l'une des règles du programme de stabilité qui est la baisse du déficit structurel.

GABRIEL ATTAL
Ou mais je vais vous dire. Il y a un point qui est certain, c'est qu’on assume de ne pas faire de la consolidation budgétaire trop rapide. On a vu dans des crises précédentes et notamment la crise 2008-2010 qu'avoir fait de la consolidation budgétaire trop rapide, trop brutale ç’a eu ensuite un impact désastreux pour l'économie. Je ne dis pas ça pour critiquer ceux qui étaient au gouvernement ou aux affaires à l'époque, c'est une crise inédite qui est arrivée, il y a eu une réponse. Mais on apprend aussi et on tire des enseignements de ce qui s'est passé auparavant.

LAURE CLOSIER
Vous assumez donc un budget qui est un peu plutôt cigale que fourmi, mais à quel moment on va pouvoir pivoter ? À quel moment on va pouvoir resserrer ? À quel moment va devoir arrêter de payer une partie des factures d'électricité et de gaz des entreprises comme des particuliers ? À quel moment on dit stop ?

GABRIEL ATTAL
Vous avez vu déjà qu'on a adapté notre politique et notre bouclier tarifaire, puisque l'an prochain malgré notre bouclier tarifaire, malgré nos investissements, il y aura quand même une hausse…

LAURE CLOSIER
Une petite hausse, oui.

GABRIEL ATTAL
Pour la facture des Français de 15% sur l'électricité et le gaz qui ne nous fait pas plaisir, mais qui montre qu'on agit dans un cadre raisonné, raisonnable à mesure de ce que nous pouvons dépenser. Ensuite deuxième chose, agir pour soutenir le pouvoir d'achat des Français. Agir pour protéger nos entreprises, nos collectivités locales dans le contexte de crise de l'inflation sur les prix de l'énergie. C'est aussi un investissement pour notre économie et c'est un peu ce qu'on a fait sur le "quoi qu’il en coûte”. Certains disent aujourd'hui : il n’aurait pas fallu faire le "quoi qu’il en coûte”. Sauf que l'étude, la dernière étude Cepremap montre que si on n'avait pas fait le "quoi qu’il en coûte”, on aurait eu 10 points de dette supplémentaire pour financer tous ceux qui auraient perdu leur emploi.

LAURE CLOSIER
D’accord, mais est-ce qu’on n’est pas condamné, du coup, à voir les finances publiques déraper ? Est-ce qu'on n’est pas condamné à avoir ce déficit à 5%, cette dette à 153 milliards ? À quel moment on va réussir vraiment à changer de cap ?

GABRIEL ATTAL
Je ne crois pas qu'on soit condamné à quoi que ce soit. D'abord parce que l'essentiel et le coeur de notre action, il se joue aujourd'hui au niveau européen pour arriver justement à casser cette spirale inflationniste sur les prix de l'énergie. L'essentiel de notre action, ce qui va nous permettre aussi de sortir de cette politique contrainte d'accompagnement budgétaire pour les ménages, les entreprises et les collectivités, c'est d'arriver à refroidir les prix sur le marché de l'énergie. C'est tout l'enjeu des négociations qui se tiennent. Il y aura une réunion très importante le 30 septembre pour arriver à trouver les mécanismes qui font baisser la facture d'électricité.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Une négociation avec qui ?

GABRIEL ATTAL
Au niveau européen avec la Commission européenne, avec l'ensemble de nos partenaires européens. Vous savez qu'on a fait un certain nombre de propositions…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Pour revoir le mécanisme de fixation des prix de l’électricité.

GABRIEL ATTAL
Notamment pour revoir le mécanisme qui associe les prix de l'électricité aux prix du gaz sur le format ce qui a été fait sur la péninsule ibérique.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Expliquez-nous ça. Pourquoi est-ce que les Espagnols ont réussi ce qu’on n'a pas réussi, c'est-à-dire déconnecter les prix de leur électricité de ceux du gaz russe ?

GABRIEL ATTAL
Parce qu’ils ne sont pas interconnectés comme nous le sommes avec les autres pays européens, et donc il y a une forme de circuit court entre guillemets entre la production de gaz, production d’électricité. Nous, même si on disait : on déconnecte les prix, on importe de toute façon une partie de notre électricité qui, de toute façon si la règle n'est pas européenne et si le changement de mécanisme n'est pas européen, continueraient à être des prix extrêmement élevés.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Un mot quand même de la relance des EPR. Hier, vous avez présenté un projet de loi qui permet effectivement d’aller plus vite un dans la construction de ces nouveaux EPR. Est-ce que vous avez un regret sur les dernières années et de votre gouvernement et celui d’avant d'avoir arrêté le nucléaire ? Est-ce qu’il y a un mea culpa qui est fait ?

GABRIEL ATTAL
On n’a pas arrêté le nucléaire.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous avez quand même fermé Fessenheim et l’idée c'était, Jean-Bernard LEVY nous l’a dit, le patron d'EDF, l'idée c'était de débrancher petit à petit la filière nucléaire.

GABRIEL ATTAL
D’abord, ce n’est pas parce que vous faites confiance au nucléaire et que vous investissez dans le nucléaire que vous ne pouvez pas avoir un regard sur des centrales, et notamment des centrales vieillissantes pour notamment des raisons de sécurité que vous décidez de fermer. Ça, c'est la première chose. La deuxième chose, c'est que moi je me souviens en 2017 une des premières décisions qu'on a prises, c'est précisément de revoir la programmation pluriannuelle pour l'énergie pour poursuivre notre investissement dans le nucléaire.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Pour tenir l’engagement de fermer Fessenheim aussi.

GABRIEL ATTAL
Oui. Mais aussi de prolonger de 10 ans dans un premier temps nos centrales nucléaires. Puisque je vous rappelle qu'à horizon 2025, un très grand nombre devaient fermer et on devait ramener la part du nucléaire très bas dans notre mix énergétique. Première chose qu'on fait en 2017, on dit : on prolonge. Deuxième chose qu'on fait, on confie un rapport à RTE parce que la réalité c'est que le nucléaire était jusqu'au début du quinquennat précédent un otage politique dans la discussion politique. Il n’y avait pas de consensus politique et il y avait assez pu, du coup, de consensus dans l'opinion. Donc nous on a dit on va objectiver tout ça.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous vous êtes vous-même mis en otage avec Nicolas HULOT au gouvernement. Il fallait aussi donner des gages.

GABRIEL ATTAL
Oui. Il y avait du débat partout honnêtement dans toutes les formations politiques, du Rassemblement national jusqu'à la gauche en passant par les LR. On a confié un rapport à RTE, un rapport sur scientifique. Il y a des milliers d'experts qui ont fait des milliers de contributions. Ce rapport établit un constat qui est indiscutable. Et à partir de là, on peut relancer, et c'est ce qu'on a fait, un programme massif d'investissement dans le nucléaire. Et on n'a pas attendu la guerre en Ukraine pour le faire puisque l'annonce du plan, le discours du président à Belfort a eu lieu avant l'offensive russe en Ukraine.

LAURE CLOSIER
Mais vous ne croyez pas, et c'est un peu de psychologie, que ça ferait du bien à l'ensemble de la filière nucléaire si l'Etat disait : on s'est planté ? On s'est planté, on a trop écouté les Allemands, on a trop écouté Greenpeace, nous aussi on n'y croyait pas au nucléaire. Parce que franchement aujourd'hui la filière nucléaire elle est vexée, de Jean-Bernard LEVY à l'ingénieur nucléaire jusqu'au soudeur. Il y a un vrai sujet.

GABRIEL ATTAL
Si vous voulez me faire dire qu'il y a eu un sous-investissement dans notre filière nucléaire pas depuis 5 ans mais depuis 10, 15, 20 peut-être 30 ans, la réponse est oui évidemment. C'est vrai qu'on en paye le prix aujourd'hui. Vous ne pouvez pas reprocher à ce gouvernement, cette majorité, les maux de 20 ou 30 ans de sous-investissement. La réalité, c'est qu'on aurait lancé le programme nucléaire qu'on a lancé il y a maintenant plusieurs années au début du quinquennat précédent, il n’y aurait pas de nouvelles centrales nucléaires aujourd'hui de toute façon. On paye aussi une situation qui a plusieurs décennies. L'important c'est de faire les choix. Et encore une fois, je vous dis, pour faire les choix il fallait cette base et ce rapport scientifique et ce travail scientifique de RTE pour lever les controverses politiques totalement stériles et symboliques.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
On va revenir aux grands équilibres, parce qu'après tout vous êtes ministre délégué en charge des Comptes publics. Ça veut dire que - on l'a souligné avec Laure - il y a quand même une trajectoire de redressement des comptes publics qui n’est pas complètement en phase avec ce qu’attend notamment Bruxelles. Est-ce que, du coup, la réforme des retraites c'est l'alpha et l'oméga du redressement des comptes publics ? Est-ce que sans cette réforme des retraites, on n’y parviendra pas ? Et est-ce que donc vous êtes dans le camp Macron plutôt que dans le camp Borne ?

GABRIEL ATTAL
Alors c'est un point important pour nos finances publiques et, je vais vous dire, il n'y a qu'un seul camp dans la majorité : c'est ceux qui considèrent que la réforme est importante.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Celui du président.

GABRIEL ATTAL
Non. Tout le monde considère dans la majorité que cette réforme des retraites elle est importante. D'ailleurs on s'y est engagé…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Entre Edouard PHILIPPE et François BAYROU, il y a une nuance.

GABRIEL ATTAL
En fait, il n’y a pas de nuance sur le fond, il y a une nuance sur la forme et sur la méthode. Vous avez effectivement dans la majorité un débat pour savoir si la réforme des retraites doit passer dans quelques semaines par le projet de loi de financement de la Sécurité sociale ou si elle doit passer par un texte ad’hoc au début de l'année 2023.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous en pensez quoi, vous ?

GABRIEL ATTAL
Mais dans les deux cas, tout le monde est d'accord sur le fait qu'il faut faire la réforme des retraites et qu'il faut qu’elle rentre en vigueur à l'été 2023.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais comme vous le savez, le diable est dans les détails et c'est aussi une question de timing.

GABRIEL ATTAL
Oui mais alors je vais vous dire, Christophe JAKUBYSZYN, je trouve qu'on passe beaucoup trop de temps depuis plusieurs semaines maintenant à commenter l'emballage et pas à se poser les questions sur ce qu'il y a dedans, en l'occurrence la réforme.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Il y a eu un déjeuner vendredi entre Elisabeth BORNE et Emmanuel MACRON qui n'a pas fonctionné. Ce soir il y aura un dîner avec les principaux ministres.

GABRIEL ATTAL
Attendez, il y a des réunions en permanence sur tous les sujets évidemment entre le président et la Première ministre.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Il est long à accoucher ce calendrier de la réforme.

GABRIEL ATTAL
Mais ce qui est important, c'est qu'on sache qu'on va faire la réforme, et ça je le réaffirme ce matin devant vous. 2/ Que cette réforme entrera en vigueur en 2023, je le redis aussi devant vous. Et 3/ oui, qu’elle est essentielle aussi dans la stratégie de finances publiques. Pourquoi ? Pas uniquement en termes de gain budgétaire direct qu’apporte cette réforme. On a chiffré à 8 milliards d'euros à horizon 2027. Mais aussi en ce qu'elle va produire en termes d'activité économique dans notre pays. La réalité c'est quoi ? La réalité c'est qu'il faut qu’on augmente globalement le volume de travail dans notre pays parce que c'est ce qui va nous permettre de financer des grandes priorités. D’un point de vue social grâce aux cotisations sociales qui seront versées, d'un point de vue de politiques publiques grâce aux recettes fiscales qui seront permises. Si on avait le taux d'emploi de nos voisins allemands, on aurait beaucoup moins de problèmes de finances publiques.

GABRIEL ATTAL
Vous ne vous êtes pas mouillé là. Vous êtes plutôt pour un amendement dans le PLFSS ou vous êtes plutôt sur un texte en 2023 ?

GABRIEL ATTAL
Je vais vous dire, je suis pour que la réforme entre en vigueur à l'été 23. Ensuite, est-ce qu'il faut en amendement là ou un texte de loi en début d'année ? Objectivement, ça devient une question assez accessoire puisque le principe de la réforme est arbitré et que le calendrier de son application est déjà arbitré. La question, c'est le vecteur. Moi je vais vous dire, je pense qu'il faut le vecteur qui nous permet d'avoir une vraie discussion. Et je dis ça pourquoi ?

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Donc un vrai texte.

GABRIEL ATTAL
Une vraie discussion en tout cas. Mais pour avoir une vraie discussion, il faut qu'il y ait des personnes autour de la table qui sont prêtes à avoir une vraie discussion. Or ce que je constate aujourd'hui malheureusement, c'est que vous avez dans les partis politiques, aussi dans les organisations syndicales un certain nombre de représentants qui contestent le principe même de travailler plus longtemps. Quand vous avez des responsables qui contestent le principe même de travailler plus longtemps, c'est objectivement dur d'avoir une discussion sur les modalités d'une réforme qui consiste à travailler plus longtemps.

LAURE CLOSIER
Il y a ceux qui vous disent aussi que ça va mettre le bazar dans les entreprises, parce que Bruno LE MAIRE demandait hier de l'enthousiasme aux chefs d'entreprise sur cette question de la réforme des retraites. Nous, les patrons qu'on voit sur ce plateau, nous disent : la réforme des retraites, ça fait rentrer la politique dans l'entreprise, alors que la réforme de l'assurance chômage ça va, ça se gère, il n’y aura aucun problème. Si vous allez sur ce deuxième dossier plus compliqué, vous allez mettre le bazar dans les entreprises, notamment à un moment où il y a des tensions sur les augmentations de salaires. Ça, vous l'entendez ?

GABRIEL ATTAL
Mais en fait, c'est un tout. Notre politique, elle vise à quoi ? Elle vise à augmenter le taux d'emploi dans notre pays. Il est au plus haut depuis 50 ans, on veut continuer à améliorer notre taux d'emploi. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'il faut agir notamment sur le chômage des jeunes, le chômage des seniors, sur l'emploi des jeunes et des seniors. Donc c'est le sens de ce qu'on fait sur la formation professionnelle et sur l'apprentissage. C'est le sens de ce qu'on fait sur l'assurance chômage, oui, pour inciter davantage à la reprise du travail, et c'est ce qu'on veut faire sur la réforme des retraites. Tout ça est un ensemble et on ne peut pas trier entre les réformes parce que la réalité, c'est qu'elles vont les unes avec les autres. Elles ont une cohérence : c'est de renforcer l'activité économique dans notre pays.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Un mot des superprofits. Il y a cette commission d'enquête parlementaire en cours, notamment sur énergéticiens. Est-ce que vous pensez qu’il faut aller plus loin ? Certains au sein de la majorité le pensent. Et puis les superprofits aussi des laboratoires d’analyses médicales, les superprofits de l’industrie pharmaceutique. Ils se plaignent parce que vous voulez les taxer dans le budget 2023.

GABRIEL ATTAL
Alors d'abord sur le premier point, nous ce qu'on a toujours dit c'est que nous étions pour que l'Etat récupère des rentes indues qui sont liées à la spéculation sur les prix de l'énergie.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ou les effets d'aubaine.

GABRIEL ATTAL
C'est ce qu'on fait avec un mécanisme qui s'appelle le mécanisme de la CSPE, qui nous permet de récupérer les rentes des énergéticiens et notamment des énergéticiens du renouvelable. L'an prochain ce sera autour de 20 milliards d'euros qu'on va récupérer.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Oui. Parce qu'effectivement le prix de négociation entre l'Etat et les fabricants d'énergie grâce aux éoliennes est beaucoup plus haut aujourd'hui que ce qui a acté dans le marché, et donc vous récupérer…

GABRIEL ATTAL
Oui, c’est ça. C’est qu'on a acté avec eux dans leur contrat un prix qui garantissait leur rentabilité pendant des années, ce qui a conduit pendant des années l'Etat à leur verser plusieurs milliards d'euros. Aujourd'hui le prix du marché est tellement supérieur que dans les contrats, il est prévu qu'ils rendent à l'Etat ce qu'il y a au-dessus. D'ailleurs pour certains contrats, il y avait un plafonnement de ce qu’ils rendaient à l'Etat, c’est pour ça que cet été on a dans une loi adopté une mesure pour déplafonner d’office les contrats. Donc plusieurs dizaines de milliards d'euros l'an prochain. C'est d'ailleurs ce mécanisme qui a inspiré la Commission européenne pour le mécanisme européen qui va être mis en place. Nous, qu'est-ce qu'on dit à partir de ça ? 1/ Qu'on conforte ce mécanisme. 2/ Qu'on est prêt à l'étendre à d'autres activités énergétiques qui n'en font pas partie aujourd'hui. Il y a l'hydroélectricité par exemple, peut-être des activités de raffinage comme avait eu l'occasion de le dire Bruno LE MAIRE. C'est ça qu'on dit. En revanche, on n'est pas d'accord avec la ligne de la Nupes notamment qui, eux, disent : il faut créer une surtaxe sur toutes les entreprises, grandes entreprises profitables, qui ont vu leurs bénéfices augmenter depuis 5 ans.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Pourquoi vous n’êtes pas d’accord ?

GABRIEL ATTAL
Mais parce que ça n'a rien à voir avec la crise de l'inflation. Ils ne profitent pas d'une situation d'inflation. Si vous avez une entreprise qui a été reprise, qui a une nouvelle gouvernance, l'entreprise allait mal, la nouvelle gouvernance l’a remise sur pied, a fait les choix nécessaires, a investi, a innové et qu’elle voit, du coup, ses résultats s'améliorer, pourquoi est-ce qu'on viendrait lui dire : en fait vos résultats se sont améliorés, du coup on va vous sanctionner et on va vous prendre ce que vous avez gagné. Non. On a une politique fiscale en France qui est stable depuis 5 ans. Je peux vous dire que ça fait du bien pour les investissements.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors autre effet d’aubaine, les labos, les laboratoires d'analyses médicales, est-ce que vous confirmez que vous allez envisager un dispositif ?

GABRIEL ATTAL
Alors il y a deux sujets sur les laboratoires pharmaceutiques. Il y a comme chaque année a une négociation avec le Comité économique des produits de santé sur des baisses de tarifs. Ça se fait et chaque année. Nous ce qu’on dit de manière très claire, c'est que ça ne doit évidemment pas se faire au détriment de l'innovation. Et donc il y a des engagements du président de la République qui ont été pris devant le CSIS en 2021 pour qu'on continue à garantir l'innovation thérapeutique et pharmaceutiques dans notre pays.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais même dans les médicaments où il n’y a pas d’innovation, on était avec le patron des laboratoires MERCK qui nous disait : moi vu l'inflation des coûts de production avec des tarifs réglementés sur le médicament, je ne m'en sors pas.

GABRIEL ATTAL
Mais il y a un équilibre à trouver de toute façon pour garantir le financement de notre industrie et, en même temps, garantir la soutenabilité de notre assurance maladie et de notre Sécurité sociale. Donc ça c'est le premier sujet. Ensuite sur la biologie médicale, il s'agit d'un secteur qui a fait un certain nombre de profits pendant la crise Covid. Je ne les pointe pas du doigt, je ne dis pas que c'est indu. Ils ont été au rendez-vous. Grâce à eux, on a pu déployer des tests partout. C'est plus de 7 milliards d'euros du fait des tests. C'est un secteur qui affichait déjà une rentabilité importante avant la crise Covid et qui par ailleurs est solvabilisé à 75% par la Sécurité sociale. Donc oui, on leur demande un effort qui va être négocié de l'ordre 250 millions d'euros l'an prochain, ce qui est objectivement soutenable. Mais on doit faire des choix et, oui, demander des efforts à certains secteurs et je crois qu'on le fait avec un équilibre.

LAURE CLOSIER
Gabriel ATTAL, on ne peut pas vous laisser partir sans vous poser cette question. Est-ce que vous allez vous mettre à la sobriété col roulé exactement comme Bruno LE MAIRE qui a tweeté une photo de lui en col roulé au ministère ? Vous allez faire pareil ? Je crois que vous faites du skate électrique, ça aussi ça consomme de l'énergie. Il faut se mettre au jogging.

GABRIEL ATTAL
Non mais en fait, on doit tous faire des efforts et nous, politiques, on a évidemment un devoir d'exemplarité. Voilà.

LAURE CLOSIER
Le col roulé.

GABRIEL ATTAL
Col roulé ou pas col roulé ou autre chose mais l’important c’est, oui, de tous faire des efforts. Et c'est vrai qu'à Bercy d'ailleurs on a déjà commencé. Déjà cet été au niveau la climatisation, il y a des décisions qui avaient été prises. Voilà, il faut tous faire attention. Ce qui est vrai, c'est que si chacun on arrive à faire ces efforts-là, ç’a un impact collectif qui est très fort. Et c'est essentiel si on veut arriver à passer l'hiver autrement qu'à la bougie puisqu’on sait qu'il y a des tensions importantes sur le réseau.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Donc pas de team col roulé à Bercy.

GABRIEL ATTAL
Mais évidemment, j’en mettrai un s'il le faut.

LAURE CLOSIER
S’il le faut.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Si Bruno LE MAIRE vous le demande ?

GABRIEL ATTAL
[Rires]

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Merci Gabriel ATTAL, Ministre délégué en charge des Comptes publics, d'avoir été l'invité de Good morning business.


Source : Service d’information du Gouvernement, le 30 septembre 2022